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MILIEUX A RÉACTIONS COLORÉES

Procédé de Chantemesse. — Chantemesse (2) recommande l'emploi de la gélose phéniquée laclosée lournesolée préparée comme il a été indiquée page 123.

L'eau peut être ensemencée directement en surface, sur la gelée. I] est préférable d'ensemencerl'enduit obtenu sur bougie de porcelaine, en liltrant plusieurs litres d'eau, commie il a été dit précédemment. On passe sur l’enduit déposé un pinceau de blaireau très fin que l'on promène successivement, el sans le recharger, sur la gelée des boîtes de Petri. Au bout de douze heures à l'étuve, la surface de la gelée violette est parsemée de petites colonies. Parmi celles-ci, il en est de franchement roses qui appartiennent surtout au Colibacille; d'autres sont bleues : c'est parmi elles que l'on doit rechercher le Bacille typhique en les isolant et en constatant les caractères habituels, surtout l'agglunation et la fixation du complément.

Procédé de Drigalski-Conradi. — Ce procédé, qui donne de très bons résultats pour la recherche du Bacille lyphique dans les selles (p. 124), peut également très bien réussir pour l'eau. L’ensemencement se fait comme dans la méthode précédente.

(1) Macé, Les nouveaux procédés d'analyse bactériologique des eaux (Technique sanilaire, décembre 1909 ; et : Hygiène générale et appliquée, V, 1910, p. 137).

(2) Caanremesse, Nouvellé méthode permettant de reconnaître le Bacille d'Eberth dans l’eau (Acad. de méd., 4 juin 1901). — Gélo-diagnostic de la fièvre typhoïde et des eaux typhogènes (/bid., 20 mai 1902).

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BACILLUS TYPHOSUS. 137

Procédé d'Endo.— Endo(1) conseille une gélose lactosée additionnée de fuchsine, puis décolorée par action du sulfite de soude.

A'un litre de gélose neutre fondue, il ajoute 10 grammes de lactose pur, puis 5 centimètres cubes de solution alcoolique de fuchsine; le milieu présente une belle teinte rouge. On mélange alors graduellement d'une solution de sulfite de soude à 10 p. 100 jusqu'à décoloration. Cette gélose est répartie en tubes qu'au moment du besoin on fond, on coule en plaques et ensemence en surface. Le Bacille typhique y donne des colonies transparentes, imcolores, en gouttes de rosée; le Colibacille des colonies opaques, d'un rouge vif. Le Bacille paralyphique B donne sur ce milieu des colonies semblables à celles du Bacille typhique; il faut donc songer à la différenciation. D'autres espèces voisines ont jusque vers la seizième heure le même aspect de gouttes de rosée, mais deviennent ensuite opaques et se distinguent aisément.

Le milieu, à la longue, par suite de l'oxydation du sulfite, reprend une nuance rosée qui peut gêner pour la distinction des colonies.

Procédé de E. et À. Kindborg (2). — Le milieu est de la gélose lactosée à laquelle on ajoute de la fuchsine acide, antiseptique, et du vert malachite dont l’action est favorisante pour le PBacille typhique et empêchante pour les autres. Pour 100 de gélose lactosée à 5 p. 100 neutralisée, on ajoute 0,75 de solution normale de soude, puis 3 cenlimètres cubes de solution aqueuse saturée de fuchsine acide el 4 centimètres cubes de solution de vert malachite à 1 pour 120. C'est un milieu de teinte grisâätre qui paraît ne pas virer spontanément même à l'étuve et se conserve bien au moins pendant huit jours. Le Colibacille y donne des colonies rouges, de moyenne grosseur ; le Bacille typhique, des colonies transparentes, incolores, très grosses.

2° MILIEUX FAVORISANTS POUR LE BACILLE TYPHIQUE ET EMPÊCHANTS POUR LE COLIBACILLE.

Procédé de Loeffler (3). — C'est le premier en date de ceux de la seconde catégorie, Il est basé sur ce fait, observé par Loeffler, que le vert malachite pouvait empêcher le Colibacille de pousser dans les cultures et laissait au contraire se développer le Bacille typhique. Cette opinion a été infirmée par de nombreuses observations, confirmée cependant par d’autres; ceci liendrait peut-être à la difficulté de se procurer des verts malachite bien purs, beaucoup de ceux du commerce renfermant de la dextrine et donnant des résultats moins bons. Actuellement, Loeffler ajoute de la bile, à action favorisante très marquée sur le Bacille lyphique. Le colorant et la bile sont ajoutés à de la gélose nutrosée, puis l'ensemencement se fait sur plaques. Les colonies transparentes qui se développent sont isolées, puis éprouvées par les méthodes ordinaires, surtout par l'agglutination.

(1) Expo, Ueber ein Verfahren zum Nachweis der Typhusbacillen (Centralbl. für Bakt., 1 Abth., Orig., XXXV, 1904, p. 10).

(2) E.et A. KinnsorG, Ueber eine neue Farbenreaktion zur Erkennung der Typhusbacillen und verwandter Arten im Plattenausstrich (Centralbl. für Bakt., 1te Abth., Orig., XXXVI, 1908, p. 554).

(3) Loerrcer, Zum Nachweise und zur Differenzialdiagnose der Typhusbacillen mittels der Malachitgrünnahrboden (Deutsche med. Wochenschr., 1907, n° 39).

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Le procédé ne permet d'ensemencer que de faibles quantités d’eau, comme les précédents.

Nouveau procédé de Conradi (1). — Le milieu est de la gélose peptonisée, à laquelle on ajoute un 15000° d'acide picrique etun 150000 de vert brillant (brillantgrünkrystall). L'ensemencement se fait sur plaques en surface. Le Bacille Lyphique Y donne des colonies transparentes, d'un vert clair, à contours arrondis, plus épaisses au centre qu'à la périphérie. Le Bacille paralyphique B donne des colonies plus fortes, d'un vert jaune. Le Colibacille n'y pousse pas.

D'autres espèces peuvent se développer, le Bacillus fœcalis alcaligenes, le Bacille pyocyanique, le Proteus vulgaris par exemple; on les différencie aisément par les réactions ordinaires et surtout par l'agglutination.

Malheureusement, on observe souvent le développement du Colibacille, à l'encontre de ce qui est annoncé. De plus, on ne peut aisément opérer que sur une petite quantité d'eau comme avec toutes les méthodes d'ensemencement en surface, ou recourir au dépôt obtenu par filtration sur bougie.

Procédé à la caféine. — Roth (2) a démontré que le Colibacrlle ne poussait pas dans les milieux renfermant 1 p. 100 de caféine, alors que le Bacille typhique ne semblait pas entravé dans son développement.

Ce résultat est réel, mais cependant pas constant, comme l'ont montré les expériences de Courmont et Lacomme (3). Il est des Bacilles lyphiques qui résistent à la caféine, d'autres pas, et parmi ces derniers ceux qui proviennent des selles, dans les expériences de Courmont et Lacomme, à l'encontre de ce qu'annoncent d’autres expérimentateurs, alors que ceux des urines se rangent parmi les premiers. D'une façon régulière, le Colibacille ne pousse pas. Les Streptocoques intestinaux se développent bien, mais sont faciles à différencier. Hoffman et Ficker (4) ont appliqué la méthode à la recherche du Bacille lyphique dans l’eau; ils auraient obtenu un résultat positif dans des conditions plutôt délicates, l'eau étant très chargée de microbes ordinaires; Strôüsner (5), opérant de mème, annonce également. une réussite.

Le grand avantage d'un tel procédé est qu'il permet d'opérer sur de grandes quantités d'eau, un litre environ par exemple. C'est une sécurité bien plus grande qu'avec les ensemencements sur milieux solides à base de gélose comme les précédents, où l'ensemencement direct ne peut porter que sur des quantités de liquides assez faibles.

Voici une manière de faire qui semble être à recommander: À 200 centimètres cubes de bouillon peptonisé, stérilisé, versés dans un ballon d'un litre, on ajoute 5 grammes de caféine dissous préalablement

(1) Conrapt, Ein Verfahren zum Nachweis spärliche Typhusbacillen (Centralbl, für Bakt., 1 Abth., Refer., XLII, Beiïheft, p. 47).

(2) Rora, Versuche über die Einwirkung des Trimethylxanthine auf den B. typhi und B. coli (Hygienische Rundschau, 1903, XIII, et Arch. für Hygiene, 1903, XLIX).

(3) Couruonr et Lacomme, Essai de différenciation du B. d'Eberth et du B. coli (Journ. de physiol., et de pathol., générales, mars 1904).

(4) Horruanxet Ficxer, Ueber neue Methoden der Nachweisen von Typhusbacillen (Hygienische Rundschau, 1904, n°1).

(5) SrrüsNer, Typhusbacillen in dem Wasser eines Hausbrunnens (Centralbl. für Bakl., 1€ Abth., Orig., 1905, XXX VIII, p. 19).

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dans un peu d'eau distillée bien bouillie, puis 10 centimètres cubes d'une solution de Oer,1 de crystalviolet (marque de Hoechst) dans 100 centimètres cubes d’eau distillée. On complète au litre avec l'eau à examiner dont on prend, par conséquent, environ 800 centimètres cubes. On laisse treize heures à l’étuve à 37° et on ensemence des plaques de gélose de Drigalski-Conradi s'il s'est produit un trouble même très minime du milieu:

Les résultats obtenus avec des Bacilles typhiques de laboratoire paraissent très encourageants. Deux litres d'une eau assez riche en microbes ont été additionnés de deux üses d'une culture de Bacille typhique en bouillon et de deux ôses d’une culture semblable de Colibacille. Mise en culture, comme il vient d'être dit, l'eau a donné exclusivement un développement de Bacille typhique; la gélose de Drigalski-Conradi n'a montré que des colonies de Bacille typhique, pas de colonies de Colibacille. En mêlant à l'eau de la terre de jardin avec fumier, à laquelle avaient été ajoutées deux üses de culture typhique, le Bacille lyphique seul a poussé et a pu être facilement isolé. Ces résultats ont été confirmés à plusieurs reprises.

Reste à voir, d'une façon plus complète, pouvant permettre de se faire une opinion ferme, ce que ce procédé peut réellement donner dans la pratique courante. Pour cela, il faut répéter les expériences, et surtout avec les eaux nettement suspectées d'être lyphogènes. Si le Bacille typhique de l’eau donnait d'aussi bons résultats que les Bacilles typhiques des laboratoires, on aurait là un procédé commode pour résoudre l'importante question qui nous occupe. Les résultats positifs cités plus haut, obtenus par Hoffman et Ficker, Strôsner, peuvent le faire espérer.

En tout cas, le nombre des espèces qui se développent dans ce milieu paraît très limité. Le Colibacille en est exclu, d'une façon complète semble-t-1l, car, avec les mêmes eaux, qui y donnent un dévelop: pement, l'emploi des bouillons phéniqués en montre et même parfois en très grande abondance. Seulement on obtient des cultures de types bien voisins du Bacille d'Eberth, qui ne présentent avec lui que des différences culturales des plus minimes, toutefois n'agglutinent pas ou peu par le sérum antityphique, caractère de grande importance. A-t-on affaire à une espèce bien réellement distine te ou bien est-on en présence d’un Bacille d'Éberth amoindri par des conditions de vie peu favorables? La question est difficile à résoudre ; on n'y peut parvenir qu'après de nombreuses et longues observations et des expériences minutieuses. J'ai obtenu, d'une eau de rivière suspectée, riche en Colibacille, un développement de Bacille pyocyanique pur.

Procédés à la bile ou aux sels biliaires. — Le fait que la bile est un excellent milieu de culture pour le Bacille Eyphique a déjà été signalé à diverses reprises (p. 99); il a été dit quelles applications on pouvail en faire pour la recherche dans le sang en particulier (p: 121). Il est possible aussi de l'appliquer à la recherche du microbe dans l’eau.

On peut se servir de gélose ordinaire additionnée de bile de bœuf stérilisée en proportions de 1 à 2 centimètres cubes pour 15 à 20 centimètres cubes de gélose. On coule en boîtes de Petri et on ensemence en surface. Sur un tel milieu, le Colibacille ne donne en général rien

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après douze heures, alors que le Bacille typhique a déjà formé de grosses colonies ; plus tard, les colonies de Bacille typhique grossissent jusqu'à attemdre 3 millimètres, tandis que celles du Colibacille n'augmentent que très lentement et restent toujours petites.

D'après Duenschmann, l'action favorisante serait due au taurocholate de soude, qu'on aurait intérêt à employer en place de bile. La gélose spéciale, recommandée pour la recherche du Bacille {yphique dans les matières fécales (p. 125), pourrait également donner de bons résultats pour l'eau. |

Procédé utilisant la précipitation par le sérum antityphique. — Chantemesse conseille de traiter l'eau par une petite quantité de sérum antityphique.

I se produit une agglutination portant principalement sur le Bacrlle typhique. On sépare par sédimentation, ou mieux par centrifugation, et on ensemence le dépôt.

Ce dépôt peut cependant renfermer beaucoup d’autres microbes, simplement entraînés ou même activés par le sérum qui est nettement agglutinant aussi pour de nombreuses espèces voisines, que l’on est toujours exposé à rencontrer dans les conditions des recherches courantes. à

Procédé utilisant la fixation du complément. — Volpino et Cler (1) ont eu l'idée de mettre à profit la réaction de fixation du complément pour reconnaitre la présence du Bacille typhique dans l’eau.

Ils se basent sur les données fournies en opérant de la facon suivante : dans 100 litres d’eau, on dilue 2 milligrammes de culture sur gélose de Bacille typhique; le microbe ne peut pas être décelé dans ce mélange par les méthodes habituelles. On évapore un litre à 10 centimètres cubes, à basse température; on se sert du produit comme antigène ; avec un sérum antityphique très agglutinant, on obtiendrait très nettement la réaction de fixation du complément.

Reste à voir si les résultats seraient tout aussi bons avec les eaux, très diverses, sur lesquelles on a à effectuer la recherche en question.

La plupart des procédés qui viennent d'être exposés pour la Recherche du Bacille typhique dans l'eau donnent facilement des résultats positifs lorsqu'on se sert de Bacilles de laboratoire que l'on mélange à des eaux. Par contre, quel que soit le procédé employé, les résultats sont beaucoup moins nets lorsqu'on opère avec des eaux naturelles suspectées d'être typhogènes. Jusqu'i ici, l'isolement du Bacille lyphique de telles eaux est un fait tout à fait exceptionnel, tellement exceptionnel même qu'en présence des nombreux résultats négatifs, obtenus par des expérimentateurs très qualifiés, on peut se demander si, dans les cas rapportés comme positifs, la réussite n'est pas une vraie question de hasard ou de chance particulière. Il faut admettre naturellement, et ce n'est pas toujours le cas, il s'en faut, que rien n’a été négligé pour assurer l'identification du microbe, que tous les caractères morphologiques et biologiques ont été scrupuleusement vérifiés. C’est une règle dont on ne doit, pour rien au monde, se départir. Aussi, il est encore bien permis

(1) Vozrio et Crer, Die Untersuchung der Waser auf Typhusbacillen mit dem

Komplementfixierungverfahren (Centralbl. für Bakt., te Abth., Orig., LVIII, 1911, p. 392).

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