RECHERCHE DU BACILLE TYPHIQUE DANS L'EAU
L'observation et l'étude de la marche de bien des épidémies ayant démontré la part qui revient à l'eau de boisson dans la transmission de la fièvre typhoïde, on comprend que l'attention des bactériologistes ait été vite attirée sur ce point. Les premières constatations annoncées sont celles de Moers (1) et de Michael (2), trouvant le Bacille typhique dans des eaux de puits, celles plus complètes de Chantemesse et Widal (3) signalant le même microbe dans l’eau d’une borne-fontaine de Paris, dans l’eau d’un puits de Pierrefonds, dans la vase d'un réservoir à Clermont-Ferrand. Ce sont ces derniers auteurs qui ont véritablement érigé en méthode la recherche du Bacille typhique dans l'eau. Depuis, de très nombreux expérimentateurs ont signalé, dans des eaux de provenances très diverses, suspectes où paraissant à l'abri de tout soupçon, la présence du même microbe.
Toutefois, on doit remarquer qu'un grand nombre de ces constatations ont été faites à un moment où le diagnostic si délicat du Bacille lyphique et d'espèces voisines, les Bacilles paratyphiques et le Colibacille principalement, était moins bien établi qu'aujourd'hui. Il est très probable que bien des fois ce sont de ces espèces qui ont été isolées et données comme Bacille d'Eberth.
Des expériences de laboratoire, spécialement celles de Grimbert, de Nicolle, de Wathelet, dont il a été parlé précédemment, semblent démontrer l'impossibilité d'isoler le Bacille typhique, en présence du Colibacille. Grimbert ajoute à 1 litre d’eau stérilisée 1 centimètre cube d'une culture bien vivante de Bacille typhique et seulement deux gouttes d'une culture de Colibacille; trois jours après, les recherches minutieuses n'y décèlent que du Colibacille, malgré la proportion beaucoup plus grande du Bacille typhique ajoutée. Wathelet a obtenu des résultats tout à fait semblables en faisant, dans des bouillons, des ensemencements simultanés des deux espèces; le Colibacille a toujours pris le dessus et a pu être seul décelé, à l'exclusion complète du Bacille typhique, au bout de quelques jours. Il y aurait un véritable antagonisme entre ces deux espèces, qui aboutirait à l'écrasement du Bacille typhique par le Colibacille. Pour Rémy (4), il n'y aurait aucun antagonisme entre ces deux microbes, qui vivraient au contraire fort bien en commun. Seulement, cette vie en commun modifierait sensiblement
(1) Moses, Der Brunnen der Stadt Mülheimam Rhein vom bacteriologischen Stand-
punkt aus betrachted (Centralbl. für allgem. Gesundheitspflege, 1886). (2) Ivan Micaaez, Typhusbacillus im Trinkwasser (Fortschr. der Med., 1886,
(3) Craxremesse, Traité de médecine de Caarcor et Boucuarp, I, p. 719.
(4) Rémy, Contribution à l’étude de la fièvre typhoïde et de son Bacille, 2° partie (Ann. de l'Inst. Pasteur, XIV, 1900, p. 405).
BACTÉRIACÉES.
certaines de leurs propriétés : ainsi le Bacille typhique pardrait sa sensibilité envers les agglutinines; le Colibacille se rapprocherait du Bacille typhique, par les caractères de ses colonies en culturesssur plaques, qui sont alors plus bleutées et plus transparentes, et pourrait même perdre en grande partie ou totalement ses propriétés fermentatives, celle de donner de l'indol dans les milieux peptonisés.
Il semble bien cependant qu'il faut admettre qu'en présence de beaucoup de Colibacille il devienne tout à fait impossible d'arriver à isoler un Bacille typhique présent dans le produit examiné.
Ces résultats doivent certainement beaucoup donner à réfléchir. S'ils diminuent l'importance de la recherche du Bacille d'Eberth dans l’eau, en raison des grandes difficultés, ou de l'impossibilité même, qu'il y
à l'isoler, 1ls augmentent, par contre, et considérablement, celle de É constatation du Colibacille dans ce milieu. Toujours, en effet, de par son origine fécaloïde, le Bacille lyphique arrivant dans l'eau est accompagné du Colibacille: ce dernier est même beaucoup plus abondant dans les selles typhiques, comme le démontre l'expérimentatien; il doit donc, plus facilement encore que dans les expériences précitées, masquer ou même étoufler le premier. De là suit que la seule constatalon du Colibacille dans une eau doit faire penser à une souillure par des matières d’origine fécale et à la présence possible du Bacille typhique, et peut suffire à faire regarder l'eau comme suspecte au point de vue de la fièvre typhoïde.
La plupart des procédés que l'on emploie peuvent conduire en même temps à l’isolement du Colibacille et du Bacille typhique ; d'après ce qui a élé dit plus haut, ils réussissent même d'ordinaire bien mieux pour déceler la présence du Colibacille, qui a une vitalité et une résistance plus grandes et prend facilement le dessus. Il s'en suit, lorsqu'on en use, que la recherche du Pacille typhique se confond avec celle du Colibacille.
La recherche du Colibacille est assez aisée; par contre, celle du Bacille lyphique, lorsqu'on veut. arriver à ne différenciation bien précise, est beaucoup plus délicate.
Il est d'abord possible d'employer des procédés qui peuvent servir à isoler ces deux espèces, procédés qui, d'après ce qui a été dit, conduisent surtout à l'isolement du Colibacille, obtention du Bacille typhique étant exceptionnelle.
La méthode ordinaire des cullures sur plaques peut servir. La plupart du temps, cependant, la présence d'un trop grand nombre de Bactéries, dont plusieurs liquéfient très vite la gélatine, ne permet pas d'arriver facilement à un résultat. Un assez orand nombre d' espèces donnant des colonies d'aspect similaire à “celui des colonies des espèces en question, on est conduit à faire beaucoup d'isolements et d'identifications, ce qui exige un très gros travail et fait que le procédé n'est pas à mettre en ligne. Dans les eaux relativement pures, 1l est cependant possible de réussir.
Il vaut mieux recourir à des milieux spéciaux et à des traitements particuliers, que l'expérience a démontré exercer une véritable action empêchante ouretardatrice sur un grandnombre d'espèces mmicrobiennes, alors qu'au contraire ils se trouvent favorables au développement du Bacille lyphique, du Colibacille et d'un petit nombre d'autres espèces
BACILLUS TYPHOSUS. 129
voisines ou nettement dissemblables. La recherche et le diagnostic des espèces recherchées deviennent ainsi plus faciles, puisqu'on nese trouve en présence que d'un nombre restreint d'espèces.
Emploi des milieux phéniqués.
On écarte un grand nombre d'espèces, et en particulier les prineipales espèces liquéfiantes qui détruisent souvent vite les cultures sur plaques, en employant une modification imaginée par Chantemesse et Widal, qui met à profit la résistance relative des microbes recherchés à de faibles proportions d'acide phénique.
Procédé de Chantemesse et Widal. — On ajoute à l’eau à étudier uné petite quantité d'acide phénique, 1 pour 600 d'eau environ, ou, mieux, trois à quatre gouttes d'eau phéniquée à 5 p. 100 à la gélatine qui sert aux ensemencementsouauxdilutions. Cetteadditiond'acide phéniqueentrave la végétation de beaucoup d'espèces, retarde en particulier beaucoup la production de la liquéfaction de la gélatine par certaines, et n'influe guère sur le développement de quelques autres, en particulier le Colibacille et le Bacille typhique, dont les colonies prennent leurs caractères habituels.
En maintenant les cultures sur plaques à une température de 15° à 18°, on voit apparaître dans la gelée de nombreuses petites colonies dès la fin du deuxième jour. Pour pouvoir se prononcer avec une cerlaine probabilité, 11 faut laisser le développement se continuer jusqu'au troisième ou quatrième Jour, en maintenant les cultures à la température indiquée; si la température est plus basse, le développement est naturellement plus lent. En examinant alors les plaques à l'œil nu, puis à un faible grossissement, on peut apercevoir des colonies présentant l'aspect de celles du Bacille lyphique, telles qu'elles ont été décrites précédemment (p. 64). On peut rencontrer les colonies Lypiques, transparentes, irisées, bleutées, semblables à de petites montagnes de glace. La recherche de ces dernières se fait même plus facilement à l'œil nu qu'à la loupe ou au microscope, surtout en éclairant la surface de la plaque par réflexion, pour mieux accentuer lirisation qui fait rapidement distinguer la colonie. Lorsque ces colonies deviennent vieilles, leur centre s'opacifie, prend une teinte un peu jaunâtre; la zone marginale seule garde sa minceur, sa transparence el sa teinte bleuâtre.
Mais l'aspect seul des colonies en cultures sur plaques est loin de suffire pour établir un diagnostic certain. Plusieurs autres espèces, en effet, abondantes dans l’eau, offrent des caractères très voisins ou même identiques. I faut alors s'aider de tous les autres caractères de forme et de culture. Ce n'est souvent que par une étude longue et minutieuse qu'on peut être en droit de porter un diagnostic assuré. Nous verrons plus loin quels sont les caractères qui permettent de distinguer le Bacille typhique d'un certain nombre d'espèces à caractères assez voisins, en particulier du Colibacille.
Procédé de Rodet. — En se basant sur la propriété qu'a le Bacille lyphique de végéter à une température relativement élevée, jusqu'à 45°, alors que la plupart des autres Bactéries de l'eau ne se multiplient
MACE. — Bactériologie, 6° édit. II. — 9
130 BACTÉRIACÉES,.
pas, Rodet (1) a proposé de le rechercher dans ce liquide en mettant en culture dans du bouillon, conservé à 45° dans une étuve, une assez forte proportion, une vingtaine de gouttes par exemple. Si le bouillon se trouble, dit cet expérimentateur, il contient du Bacille typhique, du Colibacille ou quelques autres espèces que l'on peut reconnaître en faisant des cultures sur plaques et une identification soignée.
Procédé de Vincent. — Vincent (2) a heureusement modifié ce procédé en faisant intervenir, outre l'action de la haute température, 419,5 à 420, l'action de l'acide phénique à faibles doses dont Chantemesse et Widalavaient antérieurement tré profit. Voicila technique qu'il indique : On ensemence avec une petite quantité, une à vingt gouttes, de l’eau à examiner, cinq à six tubes de bouillon auxquels on a ajouté une goutte de solution d'acide phénique à 5 p. 100 pour 2 centimètres cubes de bouillon, ce qui donne une dilution d'acide phénique équivalant à un peu plus de 1 p. 1000; on peut couvrir d'un capuchon et l’on porte à l'étuve ou au bain-marie à 42°, De huit à douze heures après, le bouillon peut se troubler; on ensemence alors une goutte du liquide dans cinq ou six tubes de bouillon phéniqué préparés comme les premiers, qu'on porte à 42°. En même temps, on ensemence des milieux habituels, gélatine et pomme de terre.
En ensemencçant une série de tubes avec une quantité graduellement croissante de l'eau à examiner, 1, 2, 5, 10, 15, 20, 40 gouttes, ou même plus, par exemple, on peut avoir des renseignements précieux sur la répartition proportionnelle des microbes que l'on isole ainsi, dans l'eau à examiner,intéressants surtout pour l'évaluation de la quantité de Colibacille que peut renfermer une eau. Cette question sera étudiée dans la Quatrième partie, à propos de l'Analyse bactériologique de l'eau.
Lorsqu'on veut utiliser des quantités d'eau supérieures à 20 gouttes, et en pratique on verra (Quatrième partie : Analyse bactériologique des eaux) qu'on à souvent intérêt à employer des quantités beaucoup plus crandes, 50 centimètres cubes, 100 centimètres cubes, 200 centimètres cubes et même plus, surtout pour rechercher la présence de faibles proportions de Colibacille qui peuvent servir pour émettre une apprécialion sur la valeur d'une eau, 1l faut procéder autrement pour éviter d'être en présence d'une dilution trop faible d'acide phénique, ne possédant plus en entier l'action empêchante recherchée. On ajoute au volume d'eau sur lequel on veut opérer une quantité suffisante d'une solution aqueuse de peptone à 25 p. 100 dans laquelle on a dissous de l'acide phénique en proportions assez grandes pour que son taux de dilution, dans le mélange final, soit environ de 1 p. 1000, comme cela sera indiqué spécialement plus loin dans l'exposé du procédé de Miquel (p. 132).
Dès l'obtention du premier trouble dans les bouillons, on fait ainsi successivement plusieurs passages sur bouillon phéniqué en petits tubes, en s'attachant à ensemencer dans du nouveau bouillon dès que le trouble apparaît dans la culture précédente; souvent, surtout quand il existe du Colibacille où du Bacille typhique, le trouble est déjà
(1) Ropzr, Soc. de Biol., 1889, n° 26.
(2) Vixcenr, Sur un procédé d'isolement du Bacille typhique dans l'eau (Soc. de Biol., 1er février 1890). — Sur la signification du Bacillus coli dans les eaux potables (Ann. de l’Inst. Pasteur, XIX, 1905, p. 233).
BACILLUS TYPHOSUS. : 151
apparent au bout de six heures dans ces cultures d'ensemencement. On parvient ainsi à éliminer aisément d’autres espèces qui, se développant moins vite, n'ont pas encore apparu, et à obtenir en culture pure le Colibacille ou le Bacille typhique après deux ou trois passages.
Cependant, lorsqu'on recherche spécialement le Bacille Eyphique, comme l'expérience démontre amplement que le Colibacille pousse toujours et plus rapidement que lui dans un mélange, il serait préférable d'ensemencer de nouveaux tubes non pas dès que le trouble apparaît, mais lorsque la culture est déjà bien développée, comme l'indique Brochard (1).
De même, pour l'isolement de ces deux espèces en mélange, par les divers procédés de cultures sur plaques, il faut aussi attendre le plein développement des cultures.
Nous verrons plus loin quelles sont Îles espèces qui peuvent se développer dans ces milieux phéniqués et comment il est possible de les séparer et de les distinguer (p. 134).
Il est important de noter que, dans le bouillon phéniqué, le Bacille lyphique n'a pas sa forme normale ; il a ses articles très courts, donnant même l'aspect de diplocoques, et est presque immobile. Aussitôt reporté dans du bouillon ordinaire, il reprend son aspect habituel. Le Colibacille et quelques autres espèces qui végètent dans ces conditions spéciales présentent également la même particularité.
Procédé de Péré. — Péré (2) conseille aussi les bouillons phéniqués; sa manière d'opérer permet d'employer de grandes quantités d'eau. Voici sa méthode : Dans un ballon d'un litre, stérilisé, on introduit 100 centimètres cubes de bouillon stérilisé, 50 centimètres cubes d’une solution de peptone pure à-10 p. 100 neutralisée et stérilisée, puis 600
à 700 centimètres cubes de l'eau à analyser. On ajoute alors 20 centi-
mètres cubes, exactement mesurés, d'une solution d'acide phénique pur à 5 p. 100 et l'on complète à 1 litre avec l'eau en expérience. Le liquide contient par litre 1 gramme d'acide phénique et 830 centi® mètres cubes de l’eau à analyser.
On le répartit en dix vases stérilisés, fermés avec un tampon d'ouate, que l’on porte à la température moyenne de 34. Il ne faut pas dépasser 36°, on risquerait de tout tuer. Dans une eau renfermant du Bacille typhique où du Colibacille, un trouble se produit d'autant plus vite que la proportion de ces microbes est plus forte. On peut déjà observer le trouble dès la douzième heure, plus généralement entre la quinzième et la vingtième heure, seulement vers la trentième si la pollution est réduite à des traces.
Dès que le trouble est apparent, on ensemence de cette première culture dans du bouillon normal qui peut déjà donner une culture pure, et dans quelques tubes à essai contenant une dizaine de centimètres cubes d'un mélange stérilisé renfermant, par litre, 1 gramme d'acide phénique, 5 grammes de peptone, 100 centimètres cubes de bouillon ordinaire et de l’eau en quantité suffisante pour compléter le litre. On peut faire deux ou trois passages successifs dans ce liquide
(1) BrocaarD, Contribution à l'étude des procédés d'isolement du Bacille typhique. Thèse de Bordeaux, 1899.
(2) PéRé, Contribution à ‘’étude des eaux d’Alger (Ann. de l’Inst. Pasteur, 1891, V, p. 79).
de
phéniqué pour éliminer le plus possible d'autres espèces. Le dernier
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passage donne, après quelques heures d'étuve, une culture pure de .
Bacille d'Eberth, une culture pure de Colibacille, où un mélange des deux espèces, comme on peut le vérifier par culture sur plaques de gélatine.
L'emploi de ce procédé a permis à l’auteur de retrouver des traces de Colibacille et de Bacille lyphique ajoutés à de l'eau non stérilisée et d'isoler le Bacille lyphique de certaines eaux d'alimentation d'Alger.
ILest possible de simplifier ce procédé en opérant sur des quantités moindres d'eau; les résultats obtenus sont très satisfaisants. À 100 cenlimètres cubes de l'eau à examiner, on ajoute une vingtaine de centimètres cubes de bouillon ordinaire peptonisé et 2 centimètres cubes de solution phéniquée à 5 p. 100. On met à l’étuve à 37°; cette dernière température convient bien. Dès que le trouble se produit, on réensemence dans des tubes de bouillon, contenant 10 centimètres cubes de milieu, et 5 gouttes de la solution phéniquée, comme dans le procédé de Vincent; on fait quelques ensemencements successifs comme pour ce dernier procédé.
Procédé de Parietti. — Parietti (1) emploie une solution acide d'acide phénique, contenant 5 grammes d'acide phénique, 4 grammes d'acide chlorhydrique et 100 grammes d'eau distillée. 1 ajoute à des tubes à essai contenant 10 centimètres cubes de bouillon, 3, 6 et 9 gouttes de la solution phéniquée.
Ces tubes sont ensuite ensemencés avec des doses croissantes (1, ?,
, 10 gouttes) de l’eau à examiner, puis portés à l'étuve à 37°. Le Bacille typhique et le Colibacille, quand ils existent, troublent l'eau en vingt-quatre heures. On peut faire plusieurs passages sur le même milieu et isoler sur plaques.
Procédé de G. Pouchet et Bonjean (2). — On prépare des ballons de 275 centimètres cubes contenant 100 grammes de bouillon, stérilisés, puis additionnés de 5 centimètres cubes d'eau phéniquée à 5 p. 100. On y verse 150 centimètres cubes de l'eau à examiner, ce qui donne pour l'acide phénique un taux de dilution de 1 p. 1 000, et l'on porte à l'étuve à 42°. Si l'eau contient du Bacille d'Eberth ou du Colibacille, 11 se di un trouble en vingt-quatre ou quarante-huit heures. En cas de trouble, on fait une série de passages de quarante-huit en quarantehuit heures dans des tubes contenant, pour 10 centimètres cubes, 6 gouttes de solution phéniquée à 5 p. 100 et maintenus à 42°. Après trois passages, on ensemence dans du bouillon ordinaire, à 36°, et l’on prend de la semence pour faire les cultures de contrôle.
On pratique sur un cobaye une injection intrapéritonéale de 0°,3 pour 100 grammes d'animal d'une culture âgée de huit jours. L'animal est mis en observation ; s'il succombe, on fait des cultures avec le sang du cœur, le foie et la rate. La méthode d'Elsner (p. 144) ou d’autres permettent de séparer le Bacrille typhique du Colibacille.
Procédé de Miquel. — Le Bacille lyphique, le Colibacille, les espèces similaires voisines se développent encore bien en présence
{1) Parier, Metodo -di ricerca del Bacille del tifo nelle aque potabili (Rivista d’igiene, 1890).
(2) Poucuer et BonseaNw, Contribution à l'analyse des eaux potables (Ann. d'hygiène, février 1897, p. 150).
BACILLUS TYPHOSUS. 133
d'une proportion d'acide phénique supérieure à 1 p. 1000: Dunbar (1) dit que leur végétation est encore abondante avec 1,40 p. 1000. Miquel conseille d'employer un taux de 1,25 p. 1 000, concurremmentavecune température de 42°. Un plus grand nombre d'espèces se trouvent éliminées par ce procédé, qui paraît être, pour l'isolement du Colibacille et éventuellement du Bacille typhique, un véritable procédé de choix.
On peut employer la technique suivante.
On prépare ainsi une solution de peptone phéniquée :
Hauts PILE ER ED UM PE ACTE A rene 1000 grammes. PeptoneiGollas PERLE RATE TN ON Tan ee 100 — SORA PR RER NE A ren LE MERS TASER 25 — ACTdelPhÉNIqQUENElE EUX EE PEL ALU RE EPP COLE 6 —
Lorsqu'on désire essayer directement sur ce bouillon la réaction de l’indol, je conseille de porter la dose de peptones à 150 et même 200 grammes au lieu de 100; les résultats sont incomparablement plus nets.
La peptone et le sel sont dissous à chaud dans la majeure partie de l'eau, 700 centimètres cubes environ; l'acide phénique est ajouté au reste. La solution de peptone est portée à l'ébullition pendant dix minutes, puis filtrée et ajoutée à la solution phéniquée. Le tout est complété à 1000 centimètres cubes avec de l’eau distillée. On répartit dans des ballons de 100 centimètres cubes par doses de 10 centimètres cubes et dans des ballons de 150 centimètres cubes au moins par doses de 25 centimètres cubes. Ces ballons sont stérilisés pendant dix minutes à l’autoclave à 105°.
Pour l'usage, selon la quantité d'eau sur laquelle on veut expérimenter, on ajoute 40 centimètres cubes de l’eau au ballon renfermant 10 centimètres cubes de solution de peptone phéniquée, ou'100 centimètres cubes de l'eau au ballon contenant 25 centimètres cubes de solution phéniquée ; on met à l'étuve à 42°. Si le liquide se trouble après vingt à vingt-quatre heures, c'est presque sûrement dû au développement de l'une des espèces en question. Pour être plus sûr de l'isoler, on peut pratiquer plusieurs passages en tubes de bouillon phéniqué à 1,25 p. 1000, ou bien ensemencer directement sur bouillon ordinaire afin d'obtenir une culture normale d'où l’on partira pour faire les constatations nécessaires pour une identification rigoureuse.
Malgré la présence de l’antiseptique et la température de 42°, le développement des espèces en question se fait bien, et relativement vite; les bouillons peuvent se troubler dès la dixième heure ou tout au moins avant la vingtième. Parmi les quelques autres espèces qui peuvent croître dans ces conditions, en dehors de celles du groupe considéré, il n'en est pas, ou au moins il n’en est guère, dont la végétation soit aussi rapide; c'est une condition précieuse pour un isolement.
Les deux microbes cités, Bacille d'Eberth et Colibacille, ne sont toutefois pas les seuls à pouvoir se développer dans les milieux phéniqués employés; un certain nombre d’autres y croissent; il est alors important de pouvoir les différencier. La chose est possible, parfois par le seul
(1) Duxsar, Untersuchungen über den Typhusbacillus und den Bacillus coli communis (Zeitschr. für Hygiene, 1892, XII, p. 485).
134 BACTÉRIACÉES.
examen de l'aspect de la culture, par l'étude microscopique, par les réac- Hüons chimiques ou biologiques, ou par les caractères des cultures sur les milieux habituels.
C’est d’abord les Bacilles paratyphiques A et B, puis toute la série d'espèces voisines, le Bacillus enteritidis, le Bacille de la psittacose, le Bacillus lyphi murium, le Bacille du hog-choléra, le Bacillus fœcalis alcaligenes, le Bacillus dysenteriae principalement (Voy. p. 152).
Le Bacillus mesentericus vulyalus ne lrouble pas véritablement le milieu, mais y apparaît d’abord sous forme de flocons irréguliers, puis forme rapidement à la surface un voile épais, plissé, au-dessous duquel le liquide s'éclaireit vite. Il ne résiste pas à un deuxième passage sur bouillon phéniqué, fait six à sept heures après l’ensemencement, quand il est en mélange, parce qu'il demande plus de temps pour pulluler.
Le Bacille rouge de Globig se trouve aussi fréquemment dans les cultures en milieu phéniqué; il y prend les mêmes caractères que le précédent et il forme aussi un voile compact et le liquide s'éclaireit.
On rencontre fréquemment deux Streptocoques, lun troublant uniformément le liquide, l'autre se cultivant en flocons assez denses dans le liquide clair. Il est possible que ce soient là deux formes du S{replocoque pyogène(Voy.t.T, p.397). L'aspect microscopiqueles différencie de suite.
On distingue tout aussi facilement quelques Microcoques qui peuvent se développer dans ces conditions. Il faut, toutefois, se rappeler que dans les bouillons phéniqués le Bacille typhique affecte la forme d'éléments très courts, presque de coccus ; dans le doute, il faut donc ne pratiquer l'examen microscopique que sur une culture au bouillon ordinaire.
En usant du procédé de Vincent, on obtient assez fréquemment du Bacille pyocyanique. L'odeur aromatique spéciale, qui se répand vite dans l’étuve, puis la constatation de la pyocyanine dans le bouillon permettent de le reconnaitre facilement. vec le procédé de Miquel, qui emploie un taux plus élevé d'acide phénique, on ne l'obtient que plus rarement.
J'ai également obtenu des cultures de Cladothrix, de Leptothrix, de Levures que l’étude microscopique faitrapidementreconnaître. Wittlin (1) donne aussi, comme pouvant végéter dans ces bouillons phéniqués, les Bacillus violaceus, Bacillus ochraceus, Bacillus fluorescens liquefaciens (?) Bacillus subtilis, Micrococcus pyogenes aureus, Bacillus pyocyaneus, Bacillus anthracis el quelques autres espèces mal déterminées, qu'il est facile de distinguer du Bacille typhique et du Colibacille.
Pour la recherche spéciale du Bacille typhique, on peut faire une objection importante à l'emploi de ces milieux phéniqués; c'est que, dans le mélange, le Colibacille prédomine d'autant plus que le nombre des passages en milieu phéniqué est plus grand. De plus, le développement en bouillon phéniqué diminuerait la vitalité du Bacille typhique, qui met alors beaucoup plus de temps à donner ses colonies sur plaques.
Pour arriver avec plus de chances à isoler le Bacille typhique de
(1) Wirrun, Des Bactéries susceptibles de se développer lorsqu'on emploie la méthode de Parietti pour l’analyse bactériologique de l’eau (Ann. de micr., VIII, 1896, p.89).
BACILLUS TYPHOSUS. 135
l'eau, on a cherché à appliquer des procédés qui permettent l’ensemencement direct et conduisent alors à une différenciation et un isolement de ce microbe et surtout du Colibacille, lorsque ces espèces se trouvent en mélange, ce qui est le cas le plus habituel, sinon constant.
Les procédés qui ont été proposés (1) pour résoudre ce problème peu commode peuvent se classer en deux catégories.
Les uns cherchent à obtenir une différenciation des colonies développées sur plaques, en employant des milieux où les colonies qui se développent présentent des caractères différentiels suffisants pour que : l'on puisse aisément les distinguer : c'est le cas de la méthode d'Elsner qui sera exposée plus loin à propos de la différenciation du Colibacille (p. 144); ou bien des milieux colorés sur lesquels le Bacille typhique et le Colibacille réagissent différemment. On sait que cette différence de réaction est due surtout à ce que le Colibacille produit, aux dépens des sucres, des acides que ne produit pas le Bacille lyphique. D'où possibilité pour le premier de faire virer au rouge certains colorants, le tournesol bleu par exemple, ou de rendre de la couleur à des milieux renfermant des matières colorantes décolorées préalablement par des bases. Le Bacille lyphique, au contraire, ne donnant pas d'acides avec les sucres, ne modifie pas la couleur bleue du tournesol légèrement alcalin et ne change en rien l'apparence des milieux de la seconde classe.
Une deuxième catégorie de procédés vise à exalter la vitalité du Bacille typhique et à diminuer ou même à supprimer celle du Colibacille, par addition de certaines substances. On peut obtenir alors de belles colonies ou un bon développement du Bacille lyphique et de petites colonies ou aucun développement du Colibacille. L'idéal ici serait certainement d'arriver à faire développer le Bacille lyphique et n'obtenir aucune végétation du Colibacille.
Parmi un très grand nombre de produits qui ont été expérimentés dans ce but, il en est quelques- uns en effet qui paraissent ou favoriser assez nettement ou Lout au moins ne pas trop contrarier le développement du Bacille typhique dans un milieu ordinaire et qui au contraire retardent manifestement ou peuvent même empêcher celui du Colibacille; c'est surtout le vert malachite, la caféine et la bile.
Il est mème très possible de combiner les actions de ces deux catégories, en constituant des méthodes mixtes.
On peut ensemencer l’eau directement sur ces milieux, ou bien faire intervenir préalablement des traitements qui conduisent à condenser en quelque sorte les microbes contenus sous un petit volume ou même à séparer des autres l'espèce recherchée, seule ou accompagnée seulement d'une ou quelques-unes dont la différenciation esl alors plus aisée.
C'est ainsi que Chantemesse recommande de filtrer sur une bougie de porcelaine une assez grande quantité d'eau, 5 à 6 litres si l'on peut, et d'ensemencer l'enduit “déposé. |
Procédé de Cambier. — Cambier (2) met à profit la facilité que
(1) Réuy, Contribution à l'étude de la fièvre typhoïde et de son Bacille, 3€ partie. Procédé nouveau pour isoler le Bacille typhique des eaux (Ann. de l'Inst. Pasteur, XV, 1901, p. 145).
(2) Camsrer, Nouvelle méthode de recherche du Bacille d'Eberth (C. À. de l'Acad. des sc., 10 juin 1901, CXXXI, p. 1442).
136 BACTÉRIACÉES.
présente le Bacille typhique de traverser rapidement la paroi des bougies de porcelaine assez peu résistantes, commeles bougies Chamberland F. La bougie est disposée à l'intérieur d'un ballon ou d'un vase contenant du bouillon, fixée au col par un bouchon de caoutchouc approprié ou par un fort tampon d'ouate ; son orifice est naturellement tourné à l'extérieur. Le tout est stérilisé à 120°. On verse dans la bougie une certaine quantité de l'eau à examiner; ou, mieux, on filtre au préalable plusieurs litres de l’eau à examiner sur une bougie stérile à l’aide de l'un des dispositifs habituels; on recueille, dans une petite quantité d'eau, le léger enduit adhérent et l'on ensemence cette eau dans la bougie-culture. On place à l'étuve à 38. Dès qu'un trouble se produit dans le bouillon, on prélève une prise que l'on ensemence dans les milieux de différenciation habituels.
Tous les microbes mobiles de faible dimension présentent cette même parlicularité. Le Colibacille surtout passe souvent aussi vite, sinon plus, que le Lacille typhique et se montre aussi envahissant ici que dans les autres méthodes. Le point délicat est aussi sa différenciation, qui doit alors se faire à l'aide de l’une ou l'autre des méthodes suivantes.
Remy dit avoir obtenu de bons résultats de l'emploi de sa gélatine différentielle (£. 1, p. 245) ; la méthode d'Elsner, originale (t. 1, p. 244) ou modifiée par Grimbert (Lt. 1, p. 245), peut également servir. Les milieux à réactions colorés, ou ceux favorisants pour le Bacille typhique et empèêchants pour le Colibacille, paraissent devoir donner des résultats préférables (1).