CULTURES SUR GÉLOSE ET SUR SÉRUM
— Sur gélose et sérum, en strie, on oblient une bande mince, d'un blanc brillant: rarement les colonies sont translucides. La gélose tournesolée lactosée ne change pas de nuance.
CULTURES SUR POMMES DE TERRE. — D'après Lignières, il ne se produirait pas de culture visible avec les pommes de terre naturelles, à réaction acide.
Toutefois, sur certains tubercules, à réaction peut-être autre, le microbe peut donner, mais seulement en étuve Fig. 49. — Bacille du choléra des à 30°-37°, une pellicule minime, un peu
poules. Sang de pigeon montrant transparente, jaunâtre, ressemblant à
le microbe type à espaces clairs. une mince couche de cire (1).
ODA MARNE nIÈrES)| CULTURES DANS LE BOUILLON. — Le
liquide se trouble légèrement, 1l laisse déposer un sédiment minime. L'addition d'un peu de sérum favorise la culture.
CULTURES DANS LE LAIT. — Le lait n’est jamais coagulé el sa réaction n’est pas modifiée.
CULTURES DANS D'AUTRES MILIEUX. — Le microbe croit
très mal ou pas du tout dans les milieux peu nutritifs, les milieux minéraux en particulier.
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
sf
La vitalité parait en général assez faible. La dessiccation tue vite le microbe ; il périt vite à 58°, en cinq minutes à 55°, en une vingtaine de minutes à 50°; sa résistance aux antiseptiques est peu marquée.
A l'air, la virulence se perd vite ; à l’abri de l'air, elle peut se conserver longtemps. Dans le sol humide, le virus peut se conserver plusieurs mois, peut-être à cause Fig. 50 Be des aérobies qui le protègent contre l'oxygène; il peut se
cille du cho- Conserver un mois dans l’eau ordinaire.
léra des pou- Dans les milieux de culture, il paraît se former des
les. Cultureen acides aux dépens de certains sucres, glucose, lévulose,
DORE 87 saccharose, mannite; on n'observe cependant pas de dé-
gagement de gaz.
Les cultures dans les milieux peptonisés ne donnent jamais la réaction de l’indol, d’après Lignières; Porcher et Panisset (2) ont montré
(1) La figure 3 de la planche XXIII de mon Aflas de microbiologie a été dessinée d'après nature ; le microbe avait été isolé d'un cas de choléra des poules paraissant bien authentique. Le relief et la coloration de la colonie ont cependant été forcément un peu exagérés par le dessin et surtout sa reproduction en couleurs.
(2) Porcuer et Panisser, Recherche de l’indol dans les bouillons microbiens. Sa présence dans la culture du choléra des poules (Soc. de Biol., LXVT, 24 avril 1909,
BACILLUS CHOLERÆ GALLINARUM. 269
-qu'il s'en formait, mais très tardivement, seulement après quinze jours de culture. Il se produit un peu d'hydrogène sulfuré.
Pasteur a reconnu la présence, dans les liquides de culture, d'un principe sécrété par la Bactérie, auquel on doit rapporter certains symptômes tout particuliers à cette maladie épidémique, entre autres la tendance au sommeil si marquée chez tous les individus infectés. En filtrant le bouillon à travers une bougie de porcelaine dégourdie, on le prive de toute cellule ; une goutte inoculée à du bouillon préparé le laisse indéfiniment stérile. Ceper non si l’on injecte de ce liquide filtré à une poule neuve, elle montrera, au bout de très peu de temps, la somnolence si D des Due malades : le sommeil est tou- Lefois plus léger que celui de la maladie naturelle. La Bactérie produit donc pendant sa vie une substance narcotique à laquelle on doit rapporter certains phénomènes observés pendant la période d'état de laffecion primitive. De plus, il ya une indépendance absolue entre l'effet de ce narcotique et le véritable effel nuisible de l’espèce, car Pasteur à prouvé que l'extrait d'une culture filtrée endort les poules vaccinées au maximum, complètement réfractaires aux inoculalions les plus virulentes,
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
La maladie se transmet par inoculation du sang d’une poule malade ou de la substance d'une culture fraiche. Tous les oiseaux de bassecour sont très sensibles à linoculation, surtout la poule et le pigeon; les petits oiseaux s'infectent aussi très facilement. Il en est de même des oiseaux sauvages congénères. Les symptômes observés dans la maladie naturelle se déroulent rapidement et la mort arrive d'ordinaire avant le deuxième jour. Il suffit de doses extrêmement minimes pour amener l'infection, comme l’a bien montré Voges (1).
Les symptômes sont ceux d’une véritable septicémie. Au point d'inoculation, il se produit un œdème plus ou moins prononcé, dont la sérosité renferme beaucoup de microbes. On trouve un très grand nombre de- microbes dans le sang de toutes les parties du corps. L'intestin estle siège d’une véritable entérite hémorragique ; les poumons présentent des noyaux de pneumonie; le foie est souvent hypertrophié, friable ; la rate peut être tuméfiée ou normale. Le péricarde renferme une sérosité limpide. Le cœur est ramolli et a l'aspect lavé, jaunâtre ; il renferme un peu de sang noir, coagulé. Les muscles ne sont pas altérés quand la maladie a évolué-rapidement; dans les cas subaigus, ils sont pales, lavés. Lignières insiste sur la fréquence de la production d'arthrites ou de synovites.
Avec des virus très actifs, la mort survient rapidement ; on ne trouve pas de lésion locale.
Les passages successifs dans des organismes réceplifs augmentent notablement la virulence.
Dans les cultures faites en présence d'air, la virulence diminue graduellement; après quelques semaines, leur inoculation ne produit plus
(1) Voces, Kristische Studien und experimentelle Untersuchungen über die Bakte-
rien der hämorrhagischen Septicämie und die durch sie bewirkten Krankheitsformen (Zeitschr. für Hygiene, XXII, 1896, p. 149).
270 BACTÉRIACÉES.
que des accidents locaux ; après soixante Jours, elles sont complètement inoffensives.
Les cultures de huit à quinze jours ont une virulence très atténuée; elles ne produisent la plupart du temps que des phénomènes purement locaux, eparfaitemnt éludiés par Pasteur. Après inoculation d’un de ces bouillons atténués dans le tissu conjonclif sous-cutané qui recouvre l'épaisse masse musculaire pectorale, il se produit une inflammation du tissu conjoncüf et d'une partie du muscle. Le muscle se tuméfie, durcit et blanchit, devient lardacé; examiné à ce moment, il est infiltré de Bactéries, qui paraissent plus longues que celles du sang; il se dissocie très facilement. La partie altérée se sépare de la partie saine par une membrane formée de tissu embryonnaire, elle se mortifie et forme un séquestre. Dans les cas de guérison, la partie nécrosée se résorbe plus où moins vite; en quelques semaines ou quelques mois, l'animal est parfaitement guéri. Ce résultat peut être plus rapidement atteint en enlevant le séquestre. Le fait le plus curieux et le plus intéressant pour la pratique est que les poules ainsi traitées sont, après guérison, absolument réfractaires aux inoculations des culturesles plus virulentes ou de sang d’autres poules qui viennent de succomber à la maladie ; elles sont vaccinées. L'effet de la vaccination est d'autant plus sûr que la force du vaccin est plus grande et, par conséquent, que la maladie qui a suivi l’inoculation a été plus grave.
L'effet atténuateur est dû à loxygène qui affaiblit peu à peu la virulence et finit même par l’éteindre complètement. L'action retardatrice se fait même sentir sur la végétlalion, qui est moins abondante dans les cultures atténuées que dans les cultures plus virulentes. Elle n’est due en aucun cas à l’âge avancé de la culture, lorsqu'on évite l’action trop forte de l'air; une culture peut conserver sa virulence pendant un temps très long, quand elle n’a à sa disposition qu'une quantité très minime d'oxygène, en tube scellé par exemple. D'un autre côté, des cultures repétées de jour en jour, qui n'ont alors pas le temps de s'atténuer, gardent indéfiniment le maximum de virulence ; une minime fraction de goutte amène infailliblement la mort en deux ou trois jours et le plus souvent en moins de vingt-quatre heures.
Les cultures atténuées peuvent récupérer de leur virulence en passant par l’organisme du moineau; au bout de cinq à six passages, des cultures vaccinales pour la poule deviennent mortelles pour elle.
Pasteur est parvenu à transmettre l'affection à des poules en répandant quelques gouttes de cultures virulentes sur leurs aliments. Les excréments de ces poules font très rapidement périr les poules auxquelles on les inocule. D'où l’on est en droit de tirer la conclusion que les excréments des animaux malades ont la plus grande part à la contaoion dans les basses-cours.
Les lapins et les souris succombent rapidement, en moins de vinglquatre heures, aux inoculations virulentes ; d’après Pasteur, les lapins pourraient même s'infecter par la nourriture comme les poules, comme l’a prouvé l'expérience de destruction faite dans le clos Pommery, à
teims. Les cobayés, les moutons résistent beaucoup plus ; l'inoculation n’amène la plupart du temps chez eux qu’une lésion purement locale; il se forme un abcès dans le pus crémeux duquel on rencontre des quantités de Microcoques. En inoculant ce pus à des poules ou des
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lapins, ces derniers animaux meurent rapidement, Landis que le cobaye porteur peut guérir. Les cobayes peuvent ainsi servir à colporter la maladie sans qu’on s’en apercçoive facilement. Chez le cobaye, linoculation intrapérilonéale ou intraveineuse détermine rapidement la mort. Tjaden (1) signale cependant la grande virulence de certain choléra des poules pour le cobaye, même en inoculation sous-cutanée. On a vu que le porc pouvait être infecté (p. 264).
Les chiens et les chats ont mangé impunément des poules mortes; l'inoculation sous-cutanée détermine une lésion locale. D’après Marchiafava et Celli, lorsque du sang virulent ou une culture virulente sont mis en contact avec la peau excoriée de l’homme, il peut se former un petit abcès au point d’inoculation.
Les œufs des poules peuvent contenir le virus; 1l s'ensuit une infection de l'embryon et du poussin, comme l’a démontré Barthélemy (2).
La contagion se fait par l'intermédiaire de l’homme ou d’autres animaux, voire même des insectes. Les pigeons, très sains en apparence, peuvent fort bien transporter le contage; Gamaléia (3) a trouvé deux fois le Bacille du choléra des poules dans l'intestin de pigeons sains, ce qui tendrait à faire penser que le microbe peut vivre ainsi en saprophyte commensal et n’acquérir une grande virulence que sous certaines influences.
Klein (4) a décrit, sous le nom de Bacillus gallinarum, une Bactérie qui n’est très probablement pas à différencier de celle de Pasteur. Les symptômes de la maladie très contagieuse qu'elle détermine sont voisins de ceux du choléra des poules typique, sauf la somnolence, qui paraît toujours manquer. Les cultures sont également très semblables ; les dimensions moyennes qu'il attribue aux bâtonnets des cultures sont de 0,3 y à 0,4 y de largeur sur 0,8 y à 1,6 y de long.
C’est certainement le même microbe que Lucet (5) donne comme l'agent de la dysenterie épizoolique des poules el des dindes.
Cornil et Toupet (6) ont étudié une affection épidémique développée sur les canards du Jardin d’acclimatation à Paris et présentant certaines analogies avec le choléra des poules; ils ont décrite sous le nom de choléra des canards. La maladie est caractérisée par de la diarrhée, un affaiblissement progressif tel que les animaux ne pouvaient plus se tenir sur leurs pattes et mouraient après avoir présenté des tremblements musculaires.
A l’autopsie, les canards présentent une forte congestion des viscères
(1) TsaDEN, Einige Bemerkungen zur Empfanglichkeit der Meerschweinchen gegen den Erreger der Hühnercholera (Centralbl. für Bakt., XXX, 14899, p. 224).
(2) Barrnézemx, De l’incubation des œufs d'une poule atteinte de choléra (C. R. de l’Acad. des sc., CXIV,1882, p. 1322).
. (3) Gamazëra, Zur Aetiologie der Hühnercholera (Centralbl. für Bakl., IV, 1888, p. 161).
(4) Krew, Ueber eine epidemische Krankheït der Hühner (Centralbl. für Bakt., V, 1889, p. 689 ; VI, 1889, p. 257 ; XVIII, 4895, p. 105).
(5) Lucer, Dysenterie épizootique des poules et des dindes (Ann. de l'Insl. Pasteur, Vert p21312):
(6) Conmniz et Tourer, Sur le choléra des canards (Bull. de la Soc. d'acclim., ‘uin 1888).
272 BACTÉRIACÉES. i
particulièrement du foie, et souvent une inflammation des séreuses; le cros intestin est habituellement distendu par un liquide muqueux sanguinolent. Le sang renferme beaucoup de petites Bacléries ovoïdes ou allongé ées, mesurant de { à 1,5 & de long sur 0,5 u de large. Elles se colorent facilement aux méthodes ordinaires el se décolorent par la méthode de Gram.
On en obtient facilement des cultures avec le sang du cœur, le suc de la rate ou du foie.
Celte Bactérie ne liquéfie pas la gélatine. En piqüre, on observe à la surface une mince pellicule grisâtre et dans le canal une série de petites colonies sphériques.
Sur gélose, à 38°, il se forme une série de petites Laches lenticulaires, un peu jJaunâtres.
Sur pomme de lerre, on observe, vers le sixième jour, une plaque jaune-chamois, à bords festonnés. La substance de la pomme de terre prend une coloration brune autour de la culture.
Le bouillon se Lrouble rapidement et abandonne un dépôt pulvérulent blanchâtre.
Les canards inoculés sous la peau avec un produit de cultures succombent rapidement avec les symptômes et les lésions caractéristiques. L’infection s'obtient aussi parfaitement en faisant ingérer des produits de cultures mêlés aux aliments.
Les cultures virulentes possèdent une innocuité complèle ou presque complète pour les poules et les pigeons. Ceux qui ont résisté à de telles inoculations ne sont cependant pas vaccinés contre le microbe du choléra des poules.
Les lapins et les cobayes ne sont sensibles qu'à de fortes doses.
On doit séparer des Pasleurella le Bacille de la maladie des grouses de Klein (1).
ce sont de petits Bacilles très mobiles de 0,6 y à 1,5 w de long sur
4 u de large. Ils se décolorent par le Gram, donnent des cultures
. sur gélose, gélatine et pomme de terre, coagulent le lait et donnent beaucoup d indol. Ils déterminent, chez les grouses, une véritable septicémie avec taches ecchymotiques de l'intestin, hypertrophie duf oie et des reins, et des Bacilles partout dans le sang.
Ilenestdemême du Bactlle de la maladie des palombes de Leclainche ( 2)
L'affection, observée sur des palombes capturées et mises en volière a des symptômes très semblables à ceux du choléra des poules vrai. Le microbe isolé est mobile, très cultivable sur pomme de terre. Virulent pour le pigeon, le lapin, le cobaye, il est sans effet sur la poule, même en injection intraveineuse à la dose de 3 centimètres cubes de bouillon de culture. Il détermine, chez les animaux récepüfs, soit des lésions diffuses de septicémie, soitdes dégénérescences caséeuses locales.
Le Bacille de la seplicémie du faisan de Klein (3), son Bacillus pha-
(1) Ken, Ueber eine akute infectiôse Krankheit des schottischen Moorhühnes (Centralbl. für Bakt., VI, 1889, p. 36 ; VII, 1890, p. 81 et IX, 1891, p. 47).
(2) LecLace, Sur une nouvelle septicémie hémorragique, la maladie des palombes (Ann. de l’Inst. Pasteur, VIII, 1894, p. 490).
(3) KzeiN, An acute infectious disease of young pheasants (Journ. of Path. and Bact., 1593).
MDI ET an, CE y,
à . BACILLE DE LA PASTEURELLOSE DU PORC. 27
siani, le Bacille de la seplicémie des canaris de Rieck (1) paraissent plutôt se rapporter au type du Bacillus coli communis où aux espèces similaires. Ce sont des bâtonnets mobiles, coagulant le lait, produisant de l’indol et donnant des gaz dans la gélatine. Klein (2) a toutefois décrit depuis, sous le nom ‘de Bacterium phasianicida, un microbe qui n'est pas à différencier de celui du choléra des poules.
Le choléra des cygnes coscoroba, étudié par Trétrop (3), est dû à un microbe (Bacillus coscoroba) qui se distingue par le plus grand développement des cultures en milieux ordinaires, sauf la pomme de terre, où il ne pousse pour ainsi dire pas, par la coagulation du lait, la production d’indol.
Santori (4) a observé une épidémie des poulets due à une coccobactérie chromogène, à éléments mobiles, se cultivant sur les milieux habituels en donnant des colonies d’un rouge vif, très pathogène pour les lapins, les cobayes et les souris blanches.
Maggiora et Valenti (5), Lode et Gruber (6), puis Centanni (7) ont décrit, sous les noms de peste des oiseaux, peste aviaire (Vogelpest), une épizootie meurtrière, sévissant surtout sur les poules, mais pouvant atteindre aussi le dindon, la pintade, l’oie et le canard. Le pigeon est réfractaire à la contagion naturelle.
Le sang et les tissus ne montrent aucun microbe. Le sang et le suc d’ organes, dilués et filtrés sur bougie Berkefeld, sont aussi virulents qu'avant la filtration. Le dév eloppement ne montre aucun microbe après séjour à l’étuve.
La virulence doit donc être due à un microbe invisible, comme ceux de la péripneumonie et de la fièvre aphteuse.
Ces deux derniers virus ne paraissent rien avoir de commun avec le choléra des poules.