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BACILLE DU CHANCRE MOU

(Bacille de Ducrey.)

ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XXV

Ce Bacille a été trouvé en premier lieu par Ducrey (2), en 1889, dans le pus du chancre mou, rencontré à nouveau par Krefting (3) en 1891, et bien étudié par Unna (4) en 1892. On le rencontre aussi dans le pus des bubons chancrelleux.

Les caractères paraissent actuellement bien fixés (5).

Ce sont des bâtonnets courts, de 1,34 à 2 y de long sur 0,5 x à 1 de large, à extrémités arrondies, parfois un peu étranglés au milieu; parfois isolés, plus souvent réunis par deux, trois, quatre ou plus, jusqu’à vingt et même une centaine, en chaînettes plus ou moins longues, d’où le nom de Séreptobacille du chancre mou qu'on lui donne souvent ; d'autres fois, ils forment de petits amas (fig. 83).

Ils se colorent facilement aux couleurs d’aniline, au mieux au Ziehl ou à la thionine phéniquée, et se décolorent très vite par Les acides ou l'alcool; ils se décolorent par Fig. 83. — Bacille du chancre mou. la méthode de Gram. Dans les bâtonnets des cultures principalement, la matière colorante ne se fixe souvent qu'aux extrémités des bâtonnets, la partiecentrale restant claire.

Le Bacille du chancre mou ne se développe pas sur les milieux ordinaires; il lui faut des milieux spéciaux, où il peut alors bien se cultiver, en présence d'air, à la température de 37°.

Petersen (6) a réussi le premier à cultiver une fois ce microbe sur

(1) Lamsorre, Recherches sur le microbe de la loque, maladie des abeilles l’'Inst. Pasteur, XVI, 1902, p. 694),

(2) Ducrey, Experimentelle Untersuch. über den Ansteckungstoffe des weichen Schankers (Monatsh. für prakt. Dermat., IX, 1889).

- (3) KrerTING, Ueber die für Ulcus molle specifische Mikrobe (Arch. für Dermat., 1892, p. 41).

(4) Unxa, Der Streptobacillus des weichen Schankers (Monatsh. für prakt. Dermat, XIV, 1892, p. 485).

(5) Zrissr, Ueber den Ducrey’schen Bacillus, den Erreger des venerischen Geschwüre (Ulcus molle) (Centralbl. für Bakl., XXXI, Ref., 1902, p. 169).

(6) Perersen, Ueber Bacillenbefunde beim Ulcus molle (Centralbl. für Bakt., XIII, 1893, p. 743).

(Ann. de

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gélose au sérum, où il a donné dans les parties profondes de petites colonies rondes, floconneuses, lég gèrement jaunâtres.

Istamanoff et Akspiantz (1) ont annoncé des résultats positifs en employant de la gélose faite avec une macération de peau humaine ; leurs cultures auraient pu reproduire le chancre mou chez l'homme.

Lenglet (2) a également eu des cullures en suivant la même voie, en employant des milieux renfermant les produits de l'action de ferments solubles énergiques sur les éléments protéiques de la peau humaine. Il n'a pas élé possible d’acclimater le microbe aux milieux ordinaires. Les colonies obtenues sont formées d'un Streplobacille identique à celui que l’on trouve dans le chancre. L'inoculation à l'homme donne une chancrelle typique. Les inoculations sous-cutanées, intrapéritonéales, aux animaux sont toujours restées inoffensives.

Besançon, Griffon et Le Sourd (3) ont très bien réussi avec la gélose au sang de lapin (}, P: 249). C'est le milieu de choix à employer. On voit apparaitre sur le milieu, après vingt-quatre heures à 37°, des colonies arrondies, saillantes, brillantes, atteignant leur complet développement en quarante- huit heures, devenant opaques, grisâtres, ayant de 1 à ? millimètres de diamètre. Elles sont difficiles à | dissocier el glissent sur la surface du milieu. Dans le liquide de condensation, le microbe forme de très longues chaînettes. La vitalité de ces cultures dépasse trois semaines. Les repiquages donnent des cultures plus abondantes. Des cultures s'obliennent aussi dans le sérum liquide de lapin, qui se trouble et présente de petits flocons; ces cultures sont moins résislantes. La virulence pour l'homme est constante.

Himmel (4) a obtenu de belles cultures sur le sang de cobaye fraîchement recueilli dans des tubes stérilisés. Ces cultures pourraient être rendues virulentes pour les cobayes à l’aide d'acide lactique ou d’antialexine, qui diminuent l’action phagocytaire.

Très souvent, l'ensemencement du pus chancrelleux donne en très grande abondance des colonies d'autres microbes, à cause de l'infection secondaire de la lésion. Il vaut mieux d'abord faire un lavage complet à l’eau bouillie et mettre ensuite un pansement protecteur à la ouate stérilisée; au bout de quelque temps, on prélève du pus sous ce pansement. Ce pus est très largement étalé à la surface de la gélose au sang solidifiée de préférence dans des boîtes de Petri, pour disposer d'une grande surface d'ensemencement., Des ensemencements doivent aussi être faits en tubes à cause de la grande facilité du développement dans le liquide de condensation. On peut aussi, après lavage, exprimer la sérosité des bords de l’ulcère et l'ensemencer.

Le pus des bubons chancrelleux fermés ne montre que très difficilement des Bacilles à l'examen microscopique; mais on en obtient aisément des cultures.

Le virus du chancre mou paraît pouvoir être inoculé avec succès à

(1) Isramanorr et AxsPraAnTz, Bactériologie du chancre mou (Soc. méd. du Caucase, décembre 1897).

(2) Lexccer, Culture du Bacille du chancre mou (Soc. de dermat., 10 novembre 1898).

(3) Besançon, GrirroN et LE Sourp, Culture du Bacille du chancre mou (Soc. de Biol., 8 décembre 1900. — Ann. de dermat., 1901, p. 1).

(4) Hier, Contribution à l'étude de l’immunité des animaux vis-à-vis du Bacille du chancre mou (Ann. de l'Inst. Pasteur, XV, 4904, p. 928).

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certains animaux. Quinquaud et Nicolle (1) disent avoir réussi sur le singe, le lapin et le cobaye; la plupart des expérimentateurs ont échoué avec les deux derniers animaux.

Il est très contagieux pour l’homme, comme le démontrent un grand nombre d'expériences; l’inoculation reproduit toujours un chancre mou typique. Les cultures donnent aussi des résultats positifs. Une première atteinte ne crée aucune immunité; le chancre mou est indéfiniment réinoculable en série sur le même individu.

Le pus conserve assez longtemps sa virulence, même desséché. D'après Aubert, un chauffage d'une heure à 42° le rendrait inactif. Le Bacille semble très peu résister aux antiseptiques, même faibles.

Les Bacilles des cultures sur gélose au sang conservent leur vitalité et leur virulence pendant plusieurs semaines; ceux des cultures en sérum liquide sont bien moins résistants.

La recherche de ce microbe peut rendre de grands services en permettant de distinguerrapidement un chancre mou d'un chancre syphilitique. On peut le rechercher dans le liquide exsudé ou dans les coupes de chancres excisés (2).

Pour le rechercher dans le liquide, il vaut mieux essuyer d'abord la surface de l’ulcération avec un tampon d'ouate pour enlever les nombreux microbes étrangers qui y ont pullulé; puis, après, on racle légèrement la surface de l'ulcération et l’on étend le pus recueilli sur une lamelle, sans l'écraser. On laisse sécher et l’on fixe, puis on colore au violet de gentiane ou au liquide d'Unna dont il est parlé ci-après ; on lave à l'eau et l'on examine la préparation. On voitles Bacilles disposés

en courtes chaînettes, tantôt entre les globules de pus, tantôt dans leur

intérieur.

Pour le rechercher dans les coupes, d’après Nicolle, on fixe la pièce en la plongeant, aussitôt après l’excision, dans la solution suivante :

RP RS ee nr Rhue dun es nee Non de en 381,9 nc ia ee GC tee eee ie eee 100 grammes.

Aerde-acehique cristallisable :%.4:...42440 00. ue 1 gramme.

On la laisse y séjourner pendant un jour. La pièce est ensuite lavée vingt-quatre heures à l’eau courante. On la coupe en pelits morceaux qu'on déshydrate en les laissant pendant quarante-huit heures dans l'acétone que l’on renouvelle trois ou quatre fois. Puis les morceaux sont mis successivement vingt-quatre heures dans le xylol, quarantehuit heures à 55° dans un “mélange à parties égales de xylol et de paraffine, et enfin vingt-quatre heures dans la paraffine. Les coupes faites et collées sont laissées deux à trois minutes dans la solution suivante :

BIEHPAEALOIMIAINE TANIA PRE PEER, CT 50 centigrammes. AMIE IEADSOIR PARIS Te RS UE 10 grammes.

OPDD EST QUE CE 0h tre Hire 000 /erammes, Acide Due PCR LRO OS D d'éAs 0 BU ae io AM OROIE 1 gramme.

(1) Quinquaun et Nicozre, Sur le microbe du chancre mou (Soc. Fac de dermat. e -de syph.; 7 juillet 1892).

(2) Nicoute, Rech. sur le chancre mou. Thèse de Paris, 14893.

VE

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On les traite ensuite pendant quelques secondes par une solution aqueuse de tannin au dixième, qui fixe la couleur, par l’alcool absolu, par le xylol et l’on monte dans le baume.

Unna emploie le procédé suivant : les coupes, fixées à l'alcool, sont portées dans cette solution :

Carbonate de potassium

ORDRE PO Lier ue 1 gramme Bleu de RmÉthY ICT EE TE AE PS ARMES RER 1 — Eau, AIS ER ER EAN ME RE 2e Pa 100 grammes AICOO AE RE TAER Re TE A PEUR 20 —

Chauffer jusqu'à réduction à 100 centimètres cubes. Ajouter :

Bleu de méthyiène BOrAX een eee pneu te DS 1 Eau distilée te ve a er Re Re TEE RENE Ten 100 grammes.

La coloration est bonne après deux minutes. La coupe est placée sur un porte-objet; l’excès de solution est enlevé avec du buvard. Puis la coupe est traitée quelques secondes par une goutte d’un mélange d’éther et de glycérine qui enlève l'excès de matière colorante; on enlève le liquide avec du buvard. Enfin, on peut déshydrater par l'alcool, l'essence de bergamote et inclure dans le baume.

Ces préparations montrent des Bacilles en nombre variable, souvent en grand nombre, disposés en longues chaînes fréquemment parallèles entre elles; on en peutrencontrer dans l’intérieur d'éléments cellulaires.

Il faut se rappeler qu'il peut exister des chancres mixtes. Aussi, la constatation du Bacille de Ducrey dans une lésion, même les résultats positifs de la réinoculation, ne permettent pas d’écarter absolument la présence possible de la syphilis qui peut se rencontrer en association.

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