BACILLE DE LA SEPTICÉMIE GANGRENEUSE DE LA GRENOUILLE
La solution est rougé-brique ; traitée par des traces d’ammoniaque, elle vire au pourpre et devient semblable à la solution de pigment du Micrococcus RCE l'acide acétique la ramène à la teinte primitive. ;
Mais la principale différence entre les deux espèces est leur action sur l'organisme animal. Tandis que des doses massives de Wicrococcus pr odigiosus, injectées dans le sang, ne provoquent aucun trouble chez les lapins, une proportion assez grande, quoique beaucoup moins forte, de Bacillus indicus, introduite par la même voie, tue ces animaux en un temps très court, de trois à vingt heures d'ordinaire. Presque immédiatement après l’opération, ils sont pris d’une diarrhée très violente On leur trouve à l’autopsie les signes d’une gastro-entérite aiguë et souvent la muqueuse intestinale ulcérée.
BACILLE DE LA SEPTICÉMIE GANGRENEUSE DE LA GRENOUILLE LEGRaAIN. -
ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XLIX
Les grenouilles conservées dans les aquariums présentent souvent, à la saison chaude principalement, des mutilations des doigts etmême de toute une portion de membre. L’affection, qui s’observe surtout aux pouces des mâles, débute par une tuméfaction des phalanges ; la peau devient rouge, d’où le nom de red-leg(patle rouge), se sphacèle, pendant que le gonflement gagne l’avant-bras. Les muscles de la partieimtéressée se désagrègent; il ne reste plus, au bout d’une huitaine de Jours, que les os et les tendons; puis la nécrose les atteint. Cette gangrène peut se remarquer aux quatre membres et au sternum, à la face interne des jambes, où la peau repose directement sur l'os. L'animal tombe la plupart du temps dans un état de torpeur excessive, puis meurt. La guérison peut se faire au prix d’une portion plus ou moins considérable du membre lésé.
A l’autopsie, on trouve les lésions typiques des affections septicémiques. Le foie est devenu très friable, a une couleur terne, brunâtre ou ardoisée ; la rate est rouge, molle. Tout l'intestin est hyperémié, gonflé par un mucus épais, sanguinolent, spumeux.
Legrain (1), qui a étudié cette maladie dans mon laboratoire, a môutré que cette affection, contagieuse et inoculable, était due à des Bactéries que l’on rencontre en abondance dans le sang et les sérosités des parties alteintes surtout, qu'il a pu isoler et obtenir en cultures pures, à l’aide desquelles il a réussi à reproduire les troubles observés.
C'est bien certainement cette espèce que Sanarelli (2) a décrite plus tard comme nouvelle sous le nom de Bacillus hydrophilus fuscus, qu'il dit avoir isolée de l’eau, aussi celle que Ernst (3) a décrite sous ) LEeGRaiN, Sur une septicémie gangreneuse de la grenouille (Soc. de Biol., avril,
(2) Saxarezur, Ueber einen neuen Mikroorganismen des Wassers, welcher für Thiere mit Veränderlicher und Konstanter-Temperatur pathogen ist (Centralbl. für Bakt., IX, 1891, p. 1931.
(3) Erxsr, Die Frühjahreseuche der Frôsche und ihre Abhängigkeit von Temperatur einfiüssen (Ziegler’s Beiträge, VIII, 1890, p. 203).
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le nom de Bacillus ranicida, et celle qu'Emerson et Norris (1) ont reconnue comme cause du red-leg de la grenouille.
Ce sont des bâtonnets très mobiles, mesurant 1,8 x de long et 0,6 w à 0,8 y de large, qui se colorent assez bien aux couleurs d’aniline, mais cèdent leur couleur avec une facilité extrême et se décolorent par la méthode de Gram. Souvent les deux extrémités se colorent seules et peuvent donner l'illusion de diplocoques. Dans les vieilles cultures, on rencontre des éléments arrondis, de 0,44 à 0,6 & de diamètre, peu mobiles, qui sont peut-être des spores.
L'espèce est aérobie et se cultive facilement sur tous les milieux.
En cultures sur plaques de gélatine, il se forme, à 22°, en un jour, de pelites colonies circulaires, granuleuses, grisâtres. Le centre devient plus sombre, s’entoure d’un anneau floconneux, puis d’une zone périphérique claire de gélatine liquéfiée. La liquéfaction se fait dès lors très vite.
En piqäre dans la gélatine, la liquéfaction est également rapide; il se produit en très peu de temps un large entonnoir, rempli d’un liquide trouble, à la pointe duquel s’est déposé un sédiment épais, grisâtre. La gélatine liquéfiée est fortement alcaline.
Sur gélose à 30°-35°, en trois jours, on peut obtenir une large bande d'un blanc grisâätre mat, friable.
Sur pomme de terre, la culture est épaisse, jaune-bistre, à bord sinueux, à odeur spéciale rappelant un peu celle de tabac mouillé.
Dans le bouillon, en dix heures on observe déjà un léger trouble qui s'accentue et donne un dépôt floconneux, léger.
Le lait est complèlement coagulé en trente-six heures à 37°, un peu plus tard à la température de la chambre. Le caillot est peu à peu liquéfié.
Les cultures prennent une réaction acide.
Le sérum coagulé est attaqué et liquéfié progressivement.
Les matières sucrées sont altaquées et fermentées avec production d'acide et de gaz.
Le Bacille produit de l’indol aux dépens des peptones et réduit les nitrates en nitrites.
Les cultures sont très virulentes pour les grenouilles. L'inoculation de faibles doses donne toujours des résultats positifs. L’injection dans les sacs lymphatiques détermine une véritable septicémie, sans accidents locaux, avec des symptômes viscéraux rappelant ceux qui ont été indiqués au début. Le foie est très modifié, brun noir, très friable, gorgé de sang; les cellules hépatiques sont altérées; on trouve des Bactéries même dans leur intérieur. La rate est hypertrophiée. L’estomac et l'intestin sont remplis de mucus spumeux, rougeâtre; les glandes sont très altérées. Les piqûres aux membres antérieurs peuvent ne déterminer que des accidents locaux guérissables; en quarantehuit heures, le membre est très tuméfié, rouge. L'infection peut se généraliser, la grenouille ne tarde pas alors à succomber. L'introduction de fortes doses dans l'estomac ne produit aucun trouble. De semblables accidents se développent par inoculalion aux crapauds, aux lézards et à certains poissons, le barbeau et l’anguille par exemple.
(1) Emerson et Norris, Red-leg; an infectious disease of frog (Journ. of exper. Medicine, février 1905).
La virulence ne reste pas identique dans les différentes cultures. Celles sur pomme de terre sont les plus actives. Les cultures sur gélatine perdent assez vite de leur vitalité; mais, fait intéressant, elles récupèrent leur virulence si on les fait passer sur des pommes de terre. C'est, je crois, un des faits des plus nets de récupération de virulence par un changement de milieu de culture qui ait été signalé.
L'inoculation aux cobayes n’occasionne pas ou presque pas de réaction. Les lapins sont, au contraire, {rès sensibles et succombent facilement. Il en est de même des souris blanches. On peut déterminer des accidents septicémiques chezles poulets et les pigeons, mais seulement par inoculation intraveineuse.
Diverses espèces de poissons d’eau douce, surtout celles qui sont élevées en bassins ou aquariums, ou qui vivent dans des eaux souillées, sont sujettes à des maladies contagieuses qui occasionnent souvent une forte mortalité, RS
Il est de ces maladies qui semblent dues à une infection par diver microbes dont plusieurs espèces bacillaires.
Fischel et Enoch (1) ont isolé du sang de carpes mortes d'une affection épizootique, un Bacille immobile, formant des spores, se cultivant sur gélatine qu'il liquéfie assez vite, en formant une colonie brunâtre, sur pomme de terre en revêtement farineux, sur bouillon en y donnant un voile, dans le lait en le peptonisant. Il est très pathogène pour les poissons, qu'il tue rapidement; il fait périr en quelques jours les souris et les cobayes; n'occasionne rien chez le pigeon. Les accidents semblent bien être déterminés par une toxine formée dans les cultures.
Bataillon (2), dans une épizootie sévissant sur les truites, a isolé un microbe qui paraît bien voisin du Proteus vulgaris, sauf qu'il communique une nuance verdâtre à la gélatine, véritable Proteus fluorescent. Il est pathogène pour les poissons et fait périr les écrevisses avec des symptômes qui rappellent ceux de la peste des écrevisses. Chez les grenouilles, il peut causer la mort avec des symptômes de paralysie des membres.
Emmerich et Weiïbel (3) ont observé un de ces microbes dans une épizootie sévissant sur des truites (Forellenseuche, Peste des truites), occasionnant des sortes d’abcès à la peau avec chute des écailles.
C'est un Bacille court, immobile, ne formant pas de spores et se décolorant par la méthode de Gram.
La gélatine est rapidement liquéfiée par ce microbe. Il se développe dans le boutllon en donnant des flocons qui flottent dans le liquide et se sédimentent à la longue; le liquide reste clair. Sur gélose, il donne un ne revêlement gris jaunâtre, puis brunâtre. Rien du tout sur pomme
e lerre.
(1) Fiscnez et Enocu, Ein Beitrag zur Lehre von den Fischgiften (Fortschritle der Med., X, 1892, p. 271).
(2) Bararzow, Contribution à l'étude de la peste des eaux douces (C. R. de l’'Acad. des sc., CXVIII, 1894, p. 942).
(3) EumericH.et Weisez, Ueber eine durch Bakterien erzeugte Seuche unter den Forellen (Arch. für Hygiene, XXI, 1894, p. 1).
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L'injection sous-cutanée de cultures pures détermine chez des truites des symptômes identiques à ceux de l'infection spontanée.
La maladie paraît être en rapport avec la stagnation et la mauvaise qualité de l’eau.
Charrin (1) a étudié une épizootie des goujons du Rhône, où il a trouvé un Bacille mobile, croissant bien sur tous les milieux, liquéfiant lentement la gélatine et donnant une culture jaune brunâtre sur pomme de terre. On infecte facilement des poissons, en ajoutant à leur eau du produit de cultures.
Canestrini (2) a décrit sous le nom de Bacillus anguillarum un court Bacille, donnant sur gélatine une culture liquéfia nte très semblable à celle du Vibrion cholérique, très pathogène pour l'anguille, les autres poissons, les grenouilles; inoffensif pour la souris, le cobaye et le lapin. IL vit difficilement dans l'eau douce, très aisément dans les eaux fortement salées.
Sieber (3), à la suite d'une grande mortalité s'étant manifestée dans un bassin où l'on transportait des poissons d'un étang, a rencontré dans les muscles et les organes des poissons morts, puis dans l’eau du bassin et des conduites, un microbe qui lui a paru spécifique et qu'il a nommé Bacillus piscicidus agilis.
Il est en courts bâtonnets, isolés ou souvent réunis par deux, très mobiles, pouvant former des spores dans certaines conditions, les cultures âgées par exemple. On le colore facilement avec la solution de Ziehl.
Les cultures s'obtiennent facilement de 12° à 37°, avec ou sans air.
Sur plaques de gélatine, il donne de petites colonies grises ou un peu jaunâtres, montrant trois zones circulaires concentriques, liqué/fiant la gelée.
Sur gélose, on a une culture grisâtre.
Sur pomme de terre, des taches jaune brunâtre, nacrées.
Dans le lait, le développement est abondant; le milieu est coagulé.
Le microbe conserve longtemps sa virulence dans l’eau. Il est tué à une température de 60°-65°.
Les cultures sont très virulentes pour les poissons, plus encore pour les grenouilles. Les inoculations font périrle cobaye, le lapin, la souris, le chien; elles semblent sans effet sur les oiseaux.
Lesfiltrats de bouillons deculturesrenferment des composésloxiques; chez les animaux, ils déterminent de la dépression et des phénomènes de paralysie.
Sieber dit avoir retrouvé ce même microbe, pendant une épidémie de choléra à Pétersbourg, dans les selles de deux cholériques et dans de nombreux poissons vendus sur le marché.
Wyss (4) a observé une importante épizootie faisant périr quantité de gardons du lac de Zurich. Les poissons morts ou malades montraient
(4) CHarriw, L'infection chez les poissons (Soc. de Biol., 1893, p. 331).
(2) Canesrrii, La malattia dominante delle anguille (R. Istitulo Veneto di sc., série VII, 1892-1893).
(3) Seser, Zur Frage nach dem Fischgifte. Bacillus piscicidus agilis (Gazeta lekarska, 1895, nos 13, 14, 16, 17).
(4) Wyss, Ueber eine Fischseuche durch Bacterium vulgare (Proteus) (Zeitschr.
Hyg., X XVII, 1898).
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des taches jaunâtres à la surface du corps et souvent de nombreux infarctus hémorragiques partout. Le sang et les organes contenaient. en abondance de courts Bacilles de 0,5 à 0,6 u de large et très peu plus de long, très mobiles, possédant de nombreux cilset restant colorés par” la méthode de Gram.
Sur gélatine, ils se cultivent bien en liquéfiant le milieu. En piqüre, on observe, le long du canal, la production de fins tractus radiés ; à la surface, la production de filaments radiaires dont certaines parties semblent migratrices, comme on le voit pour le Proteus vulgaris, auquel il croit devoir assimiler ce microbe.
Dans le bouillon, il se forme un voile mince.
Le lait est coagulé.
Sur pomme de terre, on obtient une culture abondante, d'un jaune bronzé, où se produisent des gaz et une odeur ammoniacale.
Les cultures sont très pathogènes pour les poissons, les souris et les cobayes. °
Weyl aurait isolé cette même espèce du contenu intestinal de poissons sains, mais avec une virulence faible.
Cérésole (1) a observé une épizootie sur les poissons rouges (Car assius auratus), due à l'infection par un Bacille très mobile de 9 u à 2,5.u de long sur 0,8 y à 0,9 y de large. Il se cultive facilement sur tous les milieux, au mieux vers 18°, et est anaérobie facultatif. En piqûre sur gélatine, il donne, en vingt-quatre heures, une minime culture en clou dont la tige est formée de petites colonies rondes: d’abord blanches, puis jaune rougeâtre. Après quarante-huit heures, il part de cette tige des prolongements filamenteux rappelant l'aspect des cultures de Bacille du charbon. Au bout de huit jours la colonie superficielle a un centre rouge-brique. La liquéfaction de la gelée commence après huit ou dix jours.
Ce microbe est très virulent pour le lapin, qu il peut tuer en dix à douze heures, en inoculation sous-cutanée.
Babès et Riegler (2) ont étudié une épizootie sévissant sur les poissons d'un petit étang, faisant périr les carpes, carassins, brochets, tanches, perches et gardons; on trouvait en même temps beaucoup de grenouilles mortes. L'étang était alimenté par un petit cours d’eau, recevant, sur son parcours, des eaux putrides d’une fabrique de glucose.
Les poissons morts étaient pâles, avec des taches ecchymotiques nombreuses à la peau.
Ils ont pu isoler un même microbe du sang et de tous les organes des poissons morts; ils l'ont retrouvé dans Veau de l’étang, dans le contenu intestinal des poissons malades, alors qu'il manquait toujours dans celui des poissons d'autre provenance.
C'est un microbe assez polymorphe. Dans les cultures, faciles à obtenir sur les milieux habituels, on trouve des bâtonnets qui ressemblent beaucoup à ceux du Proteus vulgaris, courts, de 0,6 màlyde large et d'une longueur peu supérieure, presque ovalaires, mais souvent
(1) CÉRÉSOLE, Ein neuer Bacillus als Epidemieerreger beim Carassius auratus der Aquarien (Centralbl. für Bakt., XXVIII, 1900, p. 305).
(2) Basës et Rieczer, Eine Fischepidemie bei Bukares (Centralbl. für Bakt., 1e Abth., Orig., XXXIII, 1903, p. 438).
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aussi des formes filamenteuses ondulées ou des éléments renflés. Ils se décolorent par la méthode de Gram; on peut leur reconnaître des cils nombreux ou rares, disséminés sur toute la surface. Il ne semble pas y avoir formation de spores.
Surgélatine,en piqûre, on obtienten vingt-quatre heures un entonnoir
de liquéfaction bien netet le long de la piqûre une traînée blanchâtre.
Plus tard, la cupule de lquéfaction est bien marquée; le liquide, jaune
sombre, montre à la surface une pellicule rosée; la gélatine restée solide a une teinte rose pâle ; dans le canal, on trouve de petits amas gris ou rosés. La liquéfaction du tube n'est complète qu'après un assez long temps.
Sur gélose, il se fait, au mieux vers 20°, une culture jaunâtre, rappelant le miel; {elle brunit avec l’âge et développe une odeur de triméthylamine. Dans la gélose sucrée, on observe un dégagement de gaz.
Sur pomme de terre, on obtient une large colonie muqueuse ; le milieu peut prendre autour d'elle une coloration rose-chair ou rouge brun.
Dans le bouillon, il se forme un voile épais, réticulé: le liquide trouble dépose un sédiment pulvérulent brunâtre. Le développement est plus abondant avec addition d’un peu de lactose.
Le lait est coagulé; la réaction est acide; la couche supérieure crémeuse prend une coloration rougeâtre.
Les cultures sont très pathogènes pour les poissons. Diluées en petite quantité dans l’eau où ils vivent, elles les font périr en vingt-quatre heures. L'inoculation sous-cutanée est aussi rapidement mortelle.
L'activité parail être due à des produits solubles. Du bouillon de culture, filtré sur bougie Chamberland, dilué dans l'eau en proportion de 50 centimètres cubes pour un litre, fait périr les poissons qui y vivent. De mème, l’inoculation sous la peau de 2 centimètres cubes de cette toxine.
En inoculant aux poissons, sous la peau ou dans le muscle, de petites quantités de produit de culture, on les voitdevenir rapidement malades ; il se développe un œdème hémorragique au point d'inoculation, des taches hémorragiques sur la peau, de la nécrose du muscle sous-jacent ; la mort survient en quelques jours.
Les grenouilles se montrent aussi sensibles que les poissons.
Les souris et les lapins meurent en quelques jours; les cobayes supportent l'inoculation.
Les observateurs proposent de nommer le microbe Proteus piscicidus versicolor.
Plehn (1) a décrit sous le nom de Peste rouge des poissons (Rotseuche) une maladie épizootique sévissant sur des carpes et tanches d'étangs.
La mortalité était grande. Chez les poissons morts, toute la face ventrale a, le plus souvent, une coloration rouge foncé, entière ou disséminée par plaques; ce signe peut être peu marqué ou même manquer entièrement.
Chez les poissons malades, on trouve, comme seul symptôme, un grand affaiblissement, une inertie considérable, qui va en s'accentuant
(1) Peux, Bacterium cyprinicida, der Erreger der Rotseuche der Karpfenartige Fische (Centralbl. für Bakt., 1t Abth., Orig., XXXV, 1904, p. 461).
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jusqu’à ce que la mort survienne. En intervenant assez tôt, mettant les malades dans de l’eau courante bien pure, on arrive à les sauver.
A l’autopsie, on remarque des taches hémorragiques ou des points de nécrose aux branchies; la muqueuse intestinale est très hyperémiée et même ulcérée par places; il existe des signes manifestes de péricardite.
Dans le sang et tous les organes, se rencontre en abondance un court Bacille, de 1 y sur 0,8 uw, muni d’une capsule très nette, immobile, se colorant facilement, surtout à la thionine phéniquée, restant coloré par la méthode de Gram. Il ne forme pas de spores.
Il se cultive facilement sur la plupart des milieux habituels, en présence d'air, pas du tout en aérobie. Le développement se fait de 10° à 20°, plus du tout à 37°. Une température de 50° le tue en dix minutes.
Sur plaques de gélatine, lescoloniessuperficiellessont déjà visibles après vingt-quatre heures; elles grandissent assez vite et forment à la surface depetites demi-sphères blanches, opalescentes, pouvant atteindre ?2millimètres de diamètre. On observe alors autour d'elles une légère fluorescence verdâtre, qui peut s'étendre à toute la plaque. La gélatine n'est pas liquéfiée.
Sur gélatine, en piqûre, on obtient une culture blanche en clou, surtout abondante à la surface; la fluorescence verte apparaît en quelques jours et est surtout intense à la partie supérieure du tube.
Sur gélose, la culture est abondante, d'un blanc brillant, très muqueuse, filante.
Sur pomme de terre, il se fait une culture épaisse, gris jaunâtre, puis brunâtre ; lasurface du tubercule, d’abord grise, devient, avec l'âge, d’un gris violet sombre. La culture n’est pas visqueuse et ne renferme que des Bactéries sans capsules.
Le bouillon se trouble d’abord uniformément ; puis il se forme à la surface une peau épaisse, très visqueuse.
Le lait n’est pas coagulé; son aspect n'est pas modifié, mais il devient épais, très visqueux.
Dans les milieux sucrés, le développement est lent; il ne se forme jamais de gaz.
Le microbe est très pathogène pour les poissons. L'injection sous la peau, dans le péritoine, dans les muscles, dans l'estomac donne une infection à marche rapide, cinq à huit jours, où l'on n'observe pas la coloration rouge du ventre, probablement à cause de l'évolution précipitée.
La voie d'entrée naturelle du microbe, que Plehn dénomme Bacterlum cyprinicida, est sans doute l'intestin.
Voilà une série de microbes nettement pathogènes pour les poissons, pouvant occasionner sur eux de véritables épizooties très meurtrières, contagieux par conséquent d’individu à individu, semblant tous, ou à peu près, bien distincts les uns des autres.
Quelle est leur spécificité réelle ? Il est difficile de se prononcer.
Sont-ce de simples saprophytes, devenant infectieux en présence de conditions particulières de milieu ? C’est possible.
Certains ont de bonnes ressemblances avec le Proteus vulgaris des
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milieux putrides. Il y a loin cependant d'y avoir identité. Cette dernière espèce se montre bien douée d’un certain degré de virulence pour les poissons; mais il est alors nécessaire d’injecter de très fortes doses el on ne peut jamais observer de contagion directe. Une identification est à rejeter.
Mercier et Lasseur (1) ont observé que le Bacillus chlororaphis, considéré jusqu'ici comme un simple saprophyte, était nettement pathogène pour les poissons et les grenouilles. C’est peut-être une indication. Il pourrait exister dans les eaux, et tout particulièrement dans les eaux souillées, des microbes qui y vivent en saprophytes, agents divers de décomposition de la matière organique, pouvant devenir infectieux pour les êtres qui y vivent, poissons, grenouilles, crustacés. Il ressort de là l'importance qu'il y a d'assurer une pureté assez grande des eaux où ces animaux vivent et d'éviter surtout le mélange d'eaux manifestement souillées de produits en décomposition putride.
Il a été isolé par Hofer (2) du tissu musculaire d'écrevisses ayant succombé à l'infection, si répandue aujourd’hui.
C'est un petit Bacille de 1 w à 1,5 & de long sur 0,25 y de large, à extrémités arrondies, très mobile. Il se colore bien aux couleurs d’aniline et se décolore à la méthode de Gram.
Il est anaérobie facultatif et végète bien sur les milieux de culture habituels entre 15° et 37°.
Sur plaques de gélatine, les colonies superficielles sont minces, aplalies, nacrées et aranuleuses; les colonies, profondes, sont discoïdes, Jaunâtres, à bords sinueux, à surface granuleuse. La gelée se liquéfie autour des colonies et dégage une odeur de sperme.
Sur gélatine en piqûre, “il se forme une cupule de liquéfaction pleine d'un liquide trouble.
Sur gélose, il donne un revêtement muqueux légèrement irisé.
Le sérum est rapidement liquéfié ; il se développe d'abord une odeur agréable qui rappelle celle du miel, puis plus tard de l'hydrogène sulfuré.
Sur pomme de terre, la culture est minime, muqueuse, jaune brunâtre.
Le lait est coagulé par formation d'acide.
Le boutllon, les liqueurs minérales sont uniformément troublés.
Le microbe fait fermenter le glucose, le saccharose et le lactose. II réduit les nitrates. Il donne de l’hydrogène sulfuré dans les milieux contenant du soufre et forme un peu d'indol dansle bouillon.
Il est extrêmement pathogène pour l’écrevisse (3). L’inoculation d'une très petite quantité de culture la fait périr parfois en vingt-quatre
(1) Mercier et Lasseur, Un Bacille {Bacillus chlororaphis) pathogène pour certains animaux d’eau douce (Soc. de Biol., LXX, 1911, p. 889).
(2) Horer, Ueber die Krebspest ( Allgemeine Fischeris Zeitung, 1898). — Handbuch der Fischkrankheiten. Stuttgart, 1906.
(3) Weser, Zur Aetiologie der Krebspest (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheilsamle, XV, 4899).
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BACILLUS ALVEI. 363 :
heures. Par voie digestive, avec des aliments souillés, on reproduit les symptômes de la maladie en question.
Beaucoup de poissons meurent après inoculation sous-cutanée de cultures. Les grenouilles paraissent réfractaires.
Les cobayes et les lapins ne ressentent rien des inoculations souscutanées, mais périssent en un ou deux jours après inoculation intrapéritonéale de 1 à 2 centimètres cubes de culture.
D'après Manteufel (1), il existerait plusieurs races microbiennes voisines que l'on arrive à isoler des muscles des écrevisses malades ; elles pourraient même constituer des espèces distinctes, d’après lui. Les caractères donnés ne permettent guère de les séparer du Bacille de Hofer dont elles constituent de simples variétés. On en rencontrerait même dans les muscles d’écrevisses saines, provenant d'eaux où la peste est inconnue, ce qui ne résout pas du tout la question de la réelle spécificité du microbe ou des microbes isolés.
On pourrait obtenir aussi, dans des manifestations de la peste des écrevisses, des espèces décriles dans la peste des poissons, qui se sont montrées pathogènes pour les écrevisses.
Plehn (2) attribue à ce Bacillus peslis astaci une maladie des poissons, caractérisée par un redressement des écailles (lépidorthose).
Mercier et de Bouville (3) rapportent aussi à ce Bacille une épidémie observée sur des gardons. «
BACILLUS ALVEI WaArTson-CHEYNE et CHESHIRE.
Watson-Cheyne et Cheshire (4) l'ont isolé d’une maladie qui sévit fréquemment en Angleterre sur les abeilles. Elle y est connue sous le nom de Fowl-brood et décime surtout les larves, qui meurent en peu de temps en prenant une couleur jaunâtre et devenant très molles. On l’a également observée dans d’autres pays (5) où elle est redoutée des apiculteurs. La maladie désignée sous le nom de loque des abeilles n'en serait pas à distinguer (6).
On trouve dans le liquide recueilli dans le corps de très nombreuses Bactéries en bâtonnets, lentement mobiles, mesurant 3,5 x de long sur 0,8 y de large, à extrémités arrondies. Après la mort des larves, les Bacilles donnent des spores très caractéristiques. Elles sont ovales, beaucoup plus grosses que les bâtonnets, qui se renflent alors considérablement à l'endroit où elles se forment; elles atteignent 2,12 y de lonsueur sur une largeur de 0,07 #. Les bâtonnets se trouvant souvent accolés en rangées assez grandes suivant la longueur, les spores qui s'y forment gardent cette situation après la disparition de la membrane de
(1) Manreurez, Beitrage zur Beurtheilung des Krebspestbazillus (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XXX, 1909, p. 623).
(2) PLEHN, Loc. cit., p. 360.
(3) Mercrer et be Bouvizce, La lépidorthose observée sur les gardons du lac de Nantua (C. R. de l'Acad. des sc., CLII, p. 289, 30 janvier 1911).
(4) WarTson-CHeyxe et Cnesnire, The pathogenic History under cultivation of a new Bacillus (B. alvei) (Journ. of the Roy. Microscop. Soc., 1885).
(5) Harrison, The Foul Brood of Bees (Centralbl. für Bakt., 2% Abth., VI, 1900, p. 42, 457, 481, 513).
. (6) Lorrer, La Bactérie loqueuse. Traitement de la loque par le naphtol 8 (Revue internat. d'agricult., février 1890).
leur cellule mère (fig. 82). Les Bacilles se colorent assez bien et ne se décolorent pas parla méthode de Gram. Les spores se colorent à chaud dans un bain préparé à l’aide d’eau anilinée.
Le Bacillus alver se cultive facilement à une température de 15° à 20°. C’est un anaérobie facultatif. Les éléments des cultures sont souvent plus longs ct forment parfois des filaments. Les spores se produisent assez bien dans les bâtonnets isolés et les filaments.
Sur plaques de gélatine, il se forme, au bout de peu de temps, de petites colonies ovoïdes, de l'une des extrémités desquelles partent de nombreux prolongements qui s’irradient dans la gélatine. Ces tractus, d'épaisseur inégale, comprenant en largeur, selon l’endroit, un, deux,
trois bâtonnets ou plus, peuvent se
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filaments. La liquéfaction est lente;
Fig. 82. — Bacillus alvei (d'après une elle envahit progressivement toute la
photographie de Crookshank). longueur du tube ; au fond, se dépose un sédiment blanc floconneux.
Sur gélose et sur sérum, la culture donne une mince couche blanchâtre, opaque; sur pomme de terre, une couche jaunâtre.
Dans le lait, cette espèce provoque rapidement la coagulation. Le coagulum formé est dissous et l’on ne trouve que des traces d'acide. Il est probable que de la présure est sécrétée au début pour coaguler la caséine et préparer l’action de la diaslase, qui la dissout ensuite.
Toutes les cultures dégagent une odeur fade, urineuse.
Les auteurs cités ont pu reproduire une maladie ayant toutes les allures du fowl-brood chez des abeilles et des mouches nourries avec des substances infectées à l’aide de cultures pures.
Les injections sous-cutanées, faites à des souris et des lapins, n'ont pas montré d'action nocive bien évidente. Une souris est morte en un Jour en offrant simplement un gonflement œdémateux au point d’inoculation. La sérosité de l'æœdème contenait de nombreux Bacilles. Un cobaye est mort en six jours en montrant à l'endroit de la piqûre une nécrose de la peau et des muscles superficiels.
Vignal (1) a cru retrouver le Bacillus alvei parmi les Bactéries de la bouche. Son Bacillus d, qu'il assimile à cette espèce et que j'ai rencontré dans le tartre dentaire de l'homme et du chien, donne des colonies d'aspect semblable à celles du Bacillus alvei, mais les spores, qui s'observent très facilement dans les vieilles cultures, n'ont pas un diamètre supérieur à celui de l’article où elles se forment; les bâtonnets ne pré-
(1) Vicnaz, Recherches sur les microorganismes de la bouche (Arch. de physiol., 1886).
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