‹ Traité pratique de bactériologieChapitre 63 sur 210 · BACILLE DE LA BALANITE DE VINCENT · texte numérisé non relu

BACILLE DE LA BALANITE DE VINCENT

On doit rapprocher des espèces précédentes, en raison de la similitude

des lésions observées et surtout de l'association symbiotique avec des formes spirillaires, un Bacille que Vincent (3) donne comme très fréquent dans la balanite simple.

L'examen de la sécrétion montre de très grandes quantités de petits Bacilles fins de 2 à 3 u de long, et de longs spirilles très mobiles.

Le Bacille est immobile, à extrémités arrondies ; il peut se grouper en diplobacilles, ou en courtes chaïînettes (fig. 88); on trouve des grou- ,.. RONA es pements qui rappellent Eee ne Ed de se du Bacille pseudo-diphtérique. | |

Il prend bien les malières colorantes, surtout la thionine phéniquée, la solution de Ziehl. Il se décolore par la méthode de Gram.

(1) VeszPRÉmr, Züchtung am Thierversuche mit Baci l i so : ; acillus fusiformis, Spirochaete gracilis und Cladothrix putridogenes (Centralb il Ori p: 332, et XLV, p. 15, 1907) 7 bit Ori XPH (2) Sizserscaminr, Centralbl. für Bakl., XXX, 1901 p. 159.

3) VINGE» e NET AE 3 s 5 A a Recherches bactérioloziques sur la balanite vulgaire (Ann. de derma-

374 BACTÉRIACÉES.

Il se cultive exclusivement en anaérobie, dans les milieux habituels. Les cultures dégagent une odeur fétide.

Une température de 55°-58° le tue rapidement.

L'inoculation intrapéritonéale de cultures tue la souris en un ou deux Jours. Le cobaye et le lapin sont plus résistants ; il faut employer 3 ou 4 centimètres cubes de bouillon de culture pour les faire périr ; la mort semble due à une intoxication par des produits solubles.

Vincent a retrouvé le même microbe dans un cas de métrite puerpérale avec phénomènes septiques.

Berdal et Bataille (1), puis Gastou et Deruelle (2), avaient signalé antérieurement la présence de nombreux Spirilles très mobiles dans des

balanites érosives, et leur avaient attribué le rôle essentiel dans la formation des lésions.

BACILLE DU RHINOSCLÉROME.

C'est une maladie rare. en Europe, assez commune dans l'Amérique centrale, caractérisée par l'épaississement et l’induration de la muqueuse nasale et de la peau du nez et des parties voisines. Il se forme, dans ces tissus, des plaques ou des nodosités dures, saillantes, douloureuses à la pression. L'affection est due à la pullulation, souvent excessive, dans les lymphatiques et à l’intérieur des cellules, de Bactéries spéciales. La marche est en général très longue; l’altération ne semble pas pouvoir se produire en dehors du lieu infecté. L'étude en a été surtout faite par Cornil et Alvarez (3).

Les Bactéries décrites ont des dimensions très variables. En moyenne, elles ont une longueur de 2,5 w à 3 u et une largeur de 0,6 uw à 0,8 pu; on trouve cependant des individus parfaitement ronds et d’autres pouvant atteindre jusque 7 w. On les colore bien aux solutions ordinaires, dans des coupes ou sur des préparations faites avec du liquide exprimé des tissus malades; la méthode de Gram ne les décolore que très peu. Elles sont entourées d'une capsule quireste souvent faiblement colorée après la décoloration ou qu’on parvient à teindre par une double coloration à la safranine.

Paltauf et Eiselsberg (4) et Dittrich (5) ont décrit les premiers les caractères des cultures.

Les cultures sur gélatine ont une grande ressemblance avec celles du Pneumobacille de Friedlaender; on observe la formation d’une colonie blanche en forme de clou, qui n'atteint que des dimensions moyennes. La gélatine n'est jamais liquéfiée. La tête du clou reste toujours grisâtre, un peu transparente et ne devient jamais d’un blanc opaque.

Dans le bouillon, il se forme, en deux ou trois jours, un dépôt

(1) Berpaz et Baraize, Sur une variété de balano-posthite inoculable contagieuse, la balano-posthite érosive circinée (Médecine moderne, 1891).

(2) Gasrou et DERUELLE, Ann. de dermatol., 1901.

(3) Corniz et Arvarez, Mémoire pour servir à l’histoire du rhinosclérome (Arch, de physiol., 1885, p. 11). — Arvarez, Anat. path. du rhinosclérome (Arch. de physiol., 1886, p. 1961. — Casrex, Traité de chirurgie clinique publié sous la direction de Le Denru et P. Derger, V, 1897.

(4) Parraur e& Eisezsserc, Fortschr. der Med., 1886, no 19. à À

(5) Dirrricu, Ueber das Rhinosclerom (Zeilschr. für Heilk., VIIT, 1887). Et Die Aetiologie der Rhinoscleroms (Centralbl. für Bakl., V,1889,p. 145).

és à >.

BACILLE DE L'OZÈNE. 375

nuageux, blanchâtre, filant, qui ne se mêle que difficilement au liquide.

Les cultures sur les autres milieux n’ont rien d'intéressant.

Les Bactéries des cultures, excepté celles du bouillon, se montrent souvent entourées d’une capsule.

Les cultures inoculées sous la peau du chien, du lapin, du cobaye ou de la souris, ne produisent aucun trouble ; on n'observe même pas de suppuration au point d'inoculation. En injection dans la muqueuse nasale, il ne se produit aucune modification. L’injection dans la plèvre peut tuer les cobayes, sans qu'on parvienne à découvrir de lésions pleurales ou pulmonaires.

En somme, ce microbe paraît très voisin du Pneumobacille de Friedlaender, sinon identique à lui. Il en diffère peut-être par quelques caractères peu importants, la transparence plus grande des cultures sur gélaline, la décoloration incomplète par la méthode de Gram, la fréquence de la capsule dans les éléments des cultures. Quel rôle joue-t-il dans la production de la tumeur nasale? On ne le sait pas. Il pourrait du reste se rencontrer sur, la muqueuse nasale saine de l'homme et des animaux (1).

Toutefois, d'après Goldzicher et Neuber (2),il se différencieraitnelte-ment du Pneumobacille au moyen de la réaction de fixation du complément, que les cultures détermineraient toujours avec le sang de rhinoscléromateux, qui donnerait par contre des résultats complètement négatifs avec le Pneumobacille.

BACILLE DE)L'OZÈNE.

L'ozène est une affection des fosses nasales connue depuis très longtemps et caractérisée par l'odeur extrêmement nauséabonde de l'air expiré par les sujets qui en sont atteints, d’où vient son nom vulgaire de punaisie. La muqueuse des fosses nasales présente des altérations toutes spéciales; elle s’atrophie et finit par être réduite à une mince couche pelliculaire, couverte, par places, de croûtes très adhérentes, exhalant à un haut degré l'odeur répugnante caractéristique.

L'affection paraît due à l'envahissement de la muqueuse par une Bactérie. Lœwenberg (3), dès 1884, et plus tard, en 1894 (4), puis Abel (5) ont décrit dans l’ozène un microbe leur paraissant spécifique.

Ce microbe, leur Bacille de l’ozène ou Bacillus mucosus, se trouve très facilement, d’après eux, dans le mucus ozénique, surtout dans les filaments muqueux qui se rencontrent toujours entre la cloison et les cornets.

Les éléments sont des bâtonnets courts et trapus, immobiles, associés

(1) DE Simonr, Ueber das nichtseltene Vorkommen von Frisch'sen Bacillen in der Nasenschleimhaut des Menschen und der Thiere (Centralbl. für Bakt., XXV, 1899, p. 625).

(2) Gorpzicuer et Neuser, Untersuchungen über das Rhinosclerom (Centralbl. für Bakt., 1te Abth., Orig., LI, 1909, p. 124).

(3) LŒwEensErRG, De la nature et du traitement de l’ozène (Union méd., 1884).

(4) LOŒ WENBERG, Le microbe de l’ozène (Ann. de l'Inst. Pasteur, VIII, 1894, p. 292).

(5) Asez, Bakteriologische Studien über Ozaena simplex (Centralbl. für Bakt.. XII 1893, p. 161).

376 BACTÉRIACÉES.

par deux ou plus, en chaînes. Ils se colorent très bien aux couleurs d'aniline et se décolorent par la méthode de Gram.

Dans le mucus nasal et dans le sang des animaux morts à \ Ja suite d'inoculation, ils montrent toujours, d’une façon bien évidente, une capsule assez épaisse, qui ne se colore pas ou très faiblement. Dans les cultures, tantôt on constate la présence de la capsule, tantôt elle fait défaut.

Les cultures s’obtiennent très facilement sur les milieux habituels: elles se développent même à la température ordinaire. Elles poussent aussi à l’abri de l'air, mais moins abondamment.

Sur plaques de gélatine, il se forme, dans l'épaisseur de la gelée, de petites colonies rondes, jaunâtres; à la surface, des colonies étalées, demi-transparentes, d'un blanc plus ou moins laiteux, de consistance visqueuse, devenant irrégulières à la longue. La gélatine n'est pas liquéfiée.

Sur gélatine, en PA on obtient une culture en clou à tête aplatie élargie.

Sur gélose et sur sérum, il se développe une bande d’un blanc grisâtre.

Dans le bouillon peptonisé, simple ou sucré, le liquide se trouble et forme lentement, au fond du vase, un petit dépôt de grumeaux ou de filaments, au-dessus duquel le liquide paraît clair. Le bouillon ne dégage pas de gaz et reste alcalin.

Sur pomme de terre, la culture est abondante. C’est d’abord une bande muqueuse, blanchâtre ou jaunâtre ; la colonie, très visqueuse, filante, s'étale, devient foncée, brunâtre et communique même la nuance à la pomme de terre; il se développe souvent des bulles gazeuses.

Dans le /ait, le développement est très peu abondant; l’aspect du milieu ne change pas, pour Læœwenberg. D'après Robineau (1), au contraire, le microbe pousse abondamment surle milieu et le coagule assez régulièrement.

Le microbe fait fermenter le glucose, la dextrine, la mannite, le galactose, l'arabinose, le maltose, le lactose, le saccharose, le lévulose, le dextrose et le xylose. Pas la dulcite, l’inuline, la pinite et la quercite.

Les cultures ne développent pas l'odeur si pénétrante de la punaisie, mais au contraire une odeur éthérée agréable, rappelant souvent celle de la fleur de sureau. Seules les cultures sur viande, fraîche ou stérilisée, dégagent une odeur de putréfaction qui n'est toutefois pas celle de l’ozène. On ne constate jamais la réaction de l’indol.

Les cultures, celles sur gélose surtout, sont pathogènes pour les animaux d'expérience. .

En inoculation sous-cutanée, à la dose d’une goutte d’émulsion, elles tuent rapidement les souris blanches ou grises. On trouve peu delésions à l’autopsie, beaucoup de Bacilles encapsulés dans le sang, pas dans les tissus des organes.

Les cobayes résistent à l'inoculation sous-cutanée, mais succombent toujours aux injections intrapéritonéales. L'exsudat du péritoime montre le Bacille spécial en abondance.

(1) Roseau, Étude du microbe de l'ozène. Thèse de Paris, 1899.

BACILLE DE L'OZÈNE. 377

Les lapins succombent aux inoculations intraveineuses ou intrapéritonéales.

Dans les cultures en liquides, filtrées sur bougie, on voit que le microbe sécrète un ou plusieurs poisons solubles, actifs sur le lapin et le cobaye, sans aucun effet sur la souris.

Par tous ses caractères, ce Bacille ressemble au Pneumobacille de Friedlaender; les caractères donnés comme différentiels ou bien ne se rencontrent pas réellement, ou sont d’une importance absolument secondaire.

Pour certains, Stein (1) surtout, le Bacillus mucosus serait bien la cause de l’ozène, l'odeur spéciale étant le fait d'un microbé associé. Belfanti et Vedova (2) incriminent le Bacille pseudo-diphtérique, si fréquent sur la muqueuse nasale.

Pour Perez (3), le Bacillus mucosus n’est autre que le Pneumobacille ; le vrai microbe de l'ozène, qu'il nomme Coccobacillus fœtidus ozœnæ, serait autre. C’est un petit Bacille immobile, se décolorant par la méthode de Gram, pouvant donner sur les préparations des formes en coccus, en petits bâtonnets ou en longs Bacilles. Aérobie ou anaérobie facultatif, il se cultive bien à 37° sur tous les milieux, lentement à 20°.

La culture sur gélatine est épaisse, luisante, blanche, à bords trans-

parents, ne liquéfiant pas le milieu.

Sur gélose, on ales mêmes caractères ; sur pomme de terre, ilse forme en vingt-quatre heures une couche jaunâtre abondante, sans bulle de gaz.

Dans le bouillon, le liquide, très trouble, laisse un dépôt abondant, visqueux.

Le lait n’est pas coagulé.

La gélose lactosée au tournesol ne vire jamais.

L’urine subit la fermentation ammoniacale.

Les cultures en bouillon peptonisé donnent la réaction de l'indol.

Presque toutes les cultures dégagent une odeur fétide bien spéciale qui rappelle celle de la punaisie. Pour bien la percevoir, il faut mettre un capuchon au tube.

Les cultures sont pathogènes pour le cobaye, la souris, le pigeon et le lapin.

Chez le lapin, Perez a pu reproduire expérimentalement l’atrophie de la muqueuse pituitaire qui caractérise l’ozène vrai.

Perez a retrouvé plusieurs fois ce microbe bien caractérisé dans la salive et le mucus nasal de chiens paraissant sains. Il fait ressortir, à ce point de vue, la possibilité de la contamination de l'homme par le chien.

De Simoni (4) incrimine un voisin du Colibacille, qu'il nomme Bacillus pyogenes fœtidus.

(1) Sreix, Zur Bakteriologie der Ozaena (Centralbl. für Bakt., XXVIII, 1900, p. 726 et 769).

(2) Bezranrr et Venova, Sull'eziologia dell'ozena e sulla curabilita colla seroterapia (Giorn. d. r. Accad. di med. di Torino, 1896, p. 149).

(3) Perez, Recherches sur la bactériologie de l’ozène (Ann. de l’Inst. Pasteur, XII, 1899, p. 937, et XIV, 1901, p. 409).

(4) De Simon, Contributo alla conescenza delle rinite con emanazione di fœtor (Gaz. di Osped., 1904).

Page 1