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BACILLES DANS LA MALARIA

L'opinion que l’intoxication palustre est due à la pénétration d’organismes dans le sang est ancienne. Les soupçons se portaient, mais sans preuve, sur les êtres inférieurs, Algues surtout qui se développaient en abondance dans les régions marécageuses, où règne la fièvre intermittente.

Lemaire (1) a été un des premiers à incriminer les Bactéries, sans rien préciser cependant. Plus tard, Klebs et Tommasi Crudeli (2) ont retiré de la vase de régions où l'affection est endémique des Bacilles qu'ils ont considérés comme les véritables agents spécifiques. Ce sont des bâtonnets longs de 2 x à 7 4, pouvant même, dans certaines conditions, croître en filaments onduleux. Les filaments se segmentent, et dans chacun des articles formés se développe une spere, au milieu ou à une extrémité. L'inoculation de produit de culture à des lapins déterminait, d’après Klebs, un véritable état fébrile. Rien de caractéristique toutefois ; de plus, il fallait injecter des quantités de matières relativement considérables, et enfin il y avait toutes probabilités pour que les cultures employées ne fussent pas pures.

Ceci (3), Cuboni et Marchiafava (4) ont annoncé des résultats analogues ; ces derniers auraient trouvé des Bactéries voisines d’aspect de celles décrites par Klebs et Tommasi Crudeli dans le sang des malades atteints de fièvre intermittente, au début des accès. D'après Golgi (5) et beaucoup d’autres, ces Bacilles n'auraient rien à voir avec l'infection malarienne.

On sait que les recherches de Laveran (6) ont montré que la malaria était produite par des Hématozoaires, bien étudiés depuis, et que les Bactéries incriminées n'étaient nullement spécifiques.

L'étude de la pathologie végétale microbienne n'est encore qu'ébauchée, peut-être, comme le dit Vuillemin (7), parce que chez les plantes l’action des microbes doit être certainement reléguée au second plan par l'importance du parasitisme des Champignons proprement dits.

La plupart des maladies des plantes paraissent être causées par des Moisissures dont le développement est relativement lent. Beaucoup de ces êtres, certainement, vivent d'ordinaire en simples saprophytes aux

(4) LemammE, C. R. de l'Acad. des sc., LIV, 1864, p. 317.

(2) Kzesset Tommasi Crunezr, Arch. für exper. Path., XI, 1879.

(3) Cecr, Arch. für exper. Path., XV et XVI, 1882.

(4) Cugoxi et MarcniAFAvA, Zbid., XIII, 1881.

(5) GoLc1, Arch. per le sc. med., vol. XIII, n° », 1890.

(6) Laverax, Nature parasitaire des accidents de l’impaludisme, 1881. — Traité des fièvres palustres, Paris, 1884. Et surtout : Du paludisme et de son Hématozoaire. Paris, G. Masson, 1891.

(7) VuiremiN, Les maladies microbiennes des plantes (Revue gén. des sc., 15 décembre 1890).

dépens des plantes mortes. Puis, aun moment donné, elles deviennent parasites, gagnent de la virulence à un tel point qu’elles peuvent occasionner des manifestations véritablement épidémiques ; ainsi, par exemple, le Botrytis cinerea.

Il est d’autres maladies des plantes qui sont bien nettement d'origine bactérienne.

Les lésions produites, paraissant bien être sous la dépendance d’une infection bactérienne, peuventse ranger sous plusieurs types distincts (1).

Dans un premier, ce qui s'observe ce sont des phénomènes de nécrose, se traduisant par des tavelures, des pourritures.

Ces pourritures, sèches ou humides, peuvent fort bien, il est nécessaire de le dire de suite, être occasionnées par des Bactéries non spécifiques, espèces banales, se trouvant communément dans le milieu extérieur, n'attaquant la plante que par occasion; c'est ce que l'on observe avec le Colibacille, fréquent dans ces conditions (2), ou des espèces bien voisines, le Bacillus mycoides, divers Bacillus mesentericus, le Bacillus subtilis, le Bacillus megatlerium, le Bacillus fluorescens liquefaciens, le Proteus vulgaris, le Bacille pyocyanique, des anaérobies, entreautres le Bacillus amylobacter et d’autres ferments bulyriques. Ou bien, elles paraissent être déterminées par des espèces spéciales qui se sont peutêtre adaptées exclusivement ou presque à la vie parasitaire végétale. Ce sont de ces dernières seules que nous allons nous occuper.

Sorauer (3) a, le premier, signalé la présence de Bactéries dans la maladie désignée sous le nom de morve des oignons et les regarde comme la cause des altérations.

Wakker (4) et Heintz (5) ont appelé Bacillus hyacintht une espèce qui du le ramollissement des oignons de jacinthe (6). Ce sont des bâtonnets de 4x à 6 w de long sur 1 x de large, très mobiles, se cultivant bien. Les cultures pourraient reproduire la maladie sur les bulbes de jacinthe et d'ail.

Les céréales sont souvent attaquées : Prillieux (7) a décrit une altération des grains de blé par un microbe qui paraît être le Bacillus prodigiosus. Le sorgho est fréquemment atteint d'une maladie bactérienne, la brülure. D'après Burrill (8), elle serait occasionnée par le Bacillus sorghi, Bacille de 1,5 y à 4u de long sur 0,5 & à 1,3 w de large, donnant des spores ovales longues de 1 u. à , Jouet larges de 0,5 Huet OU, ONtL:

Bruyning (9) la rapporte à un Bacille chromogène qu ‘il nomme

(1) Vurzzemin, Consid. gén. sur les mal. des végétaux (Trailé de palh. gén. de Boucuanp, t. I).

(2) Livre nr, Recherches expérimentales sur les maladies desplantes(Ann. de l’Inst. Pasteur, XIII, 1899, p. 1).

(3) Sonauer, Die Rotzkrankheit (Bacteriosis) der Pflanzen (Ailgem. Brauer-und Hopfenzeitung, 1881).

(4) Waxker, Contribution à la pathol. végétale (Arch. néerl., XXIIT, 1888).

(5) Hexrz, Zur Kenntniss der Rotzkrankheiten der Pflanzen (Centralbl. für Bakt.,

(6) Erwin Sir, The cultural characters of Pseudomonas hyacinthi, Ps. campestris, Ps. phaseoli and P. Stewarti, four one flagellate yellow Bacteria parasite on plants. Washington, 9011.

(7) Prinuteux, Corrosion de grains de blé colorés en rose par des Bactéries (Bull. de la Soc. bat., 1874, p. 31).

(8) Burnizz, Sorghum blighe (Rep. of bot. Depart. of the Kansas exp. Slat., 1888).

(9) BruxxixG, La brûlure du sorgho et les Bactéries qui la provoquent (Arch. néerl. des sc. exactes et nat., série 2,t. 1).

Bacillus ruber ovatus, à éléments courts de 0,9 & à 1,2 u de long sur 0,7 u à 0,8 u de large, peu mobiles, ne donnant pas de spores. Il se cultive sur tous les milieux à la température ordinaire.

Sur gélatine, il donne une petite colonie d'un rouge jaunâtre pâle, ne liquéfiant jamais. Sur pomme de terre, en quatre jours, une colonie assez étendue, rouge-vermillon ou rouge-corail. Dans le bouillon, un léger trouble avec sédiment incolore.

Les cullures n’ont pas d’odeur. On peut y constater des traces d'alcool, d'acide acétique, d'acide lactique et d'indol ; pas d'ammoniaque ni d'hydrogène sulfuré.

À côté du Bacille, Bruyning trouve un coccus, Micrococcus auranlacus sorghi, qui donne sur pomme de terre une belle culture jaune d'or et ne liquéfie pas la gélatine.

Les deux espèces concourraient à produire l'altération des tissus de la plante.

Burril nomme Bacillus secales un Bacille qui attaquerait le maïs.

Burril (1) a décrit, dès 1880, une pourriture des pommes et des poires d'origine bactérienne. Le microbe qui la cause serait le Bacillus amylivorus, à éléments mobiles, de 1 w à 1,25 & de long sur 0,5 y. à 0,75 y de large, se cultivant facilement sur gélatine sans la liquéfier.

Erwin Smith (2) donne le Bacillus tracheiphilus comme l'agent de la flétrissure de diverses cucurbitacées. Il sera décrit ci-après (p- 396).

Les pommes de terre sont très sujettes à la pourriture. L'altération est due soit à des Mucédinées diverses, soit à plusieurs espèces de Bactéries citées plus haut (3). Parmi ces dernières, se trouvent des saprophytes ordinaires ou des espèces paraissant plus spéciales, comme le Micrococcus phytophtorus de Franck.

D'après Smith (4), le Bacillus Solanacearum attaquerait les tomates, les aubergines et les pommes de terre, où il occasionnerait des pourritures spéciales (p. 397). Harrison a étudié une forme de pourriture de la pomme de terre causée par une autre espèce, le Bacillus solanisaprus (p- 398). Van Hall (5) signale aussi comme occasionnant une pourriture de ces tubercules, un Bacillus atroseplicus; Pethybridge et Murphy (6), un Bacillus melanogenus, qui occasionnerait tous deux une coloration noire des endroits envahis.

La pourriture des carottes serait due, pour une partie au moins, au Bacillus carotovorus de Jones (p. 399).

(1) Burriz, Americ. Nat., VII, 1893, p.319. — Anrraur, History and Biology of Pearblight (Proc. of the Philadelphia Acad. of nat. sc., septembre 1886).

(2) Enwix Surrm, Die Ursache der Verwelkens verschiedener Cucurbitaceen (Centralbl. für Bakt., 2te Abth., I, 1895, p. 364)

(3) Roze, Sur les Bactériacées de la pomme de terre (Bull. de la Soc. de mycol. de France, 1896, p. 55. Et C. R. de l'Acad. des se., CXXIII, p. 613 et 323). — WEHMER, Untersuchungen über Kartoffelkrankheiten (Centralbl. für Bakt., 2® Abth., V, 1899). — Frawk, Die Bakterienkrankheiten der Kartoffeln (/bid.).

(4) ErwiN Suirm, À bacterial disease of the Tomato, Eggplant and Irish Potato (Depart. of agric. Divis. of veget. Phys., Bulletin, n° 12, 1896).

(5) Vax Harr, Bioragen to de kennis der bakterielle planienziekten. (Thèse d’Amsterdam, 1902).

(6) PerayeridGEe et Murpux, A bacterial disease of the potato plant in Ireland (Royal Irish Acad., XXIX, 1911, B. n° 1).

Le Bacillus campestris (Pseudomonas campestris) serait, d’après Pammel (1) et Smith (2), la cause la plus fréquente de la pourriture de beaucoup de crucifères, choux, navets, raves particulièrement. Ce microbe sera étudié plus loin (p. 400).

Potter et Forster (3) disent que le Bacillus destructans (Pseudomonas destructans) cause une maladie semblable chez le navet (p. 40).

Erwin Smith (4) a décrit sous le nom de Pseudomonas phaseoli une Bactérie qui occasionne une pourriture des haricots, maladie analogue à celle dénommée graisse des haricots par Delacroix (5).

Le Pseudomonas Stewarti occasionne une maladie des graines de diverses céréales, particulièrement du blé (6).

Dans un second type, l’altération porte sur les membranes cellulosiques qui se transforment en matière gommeuse ou mucilagineuse, d'où le nom de gommose bacillaire. La maladie de la gomme, très fréquente chez beaucoup de plantes, est le plus habituellement causée par des Mucédinées, l'Endomyces Magnusii particulièrement, ou des Levures, le Saccharomyces Ludwigii principalement (7). Elle peut aussi être due à des Bactéries (8); nous avons vu qu'on pouvait y rencontrer un Leuconostoc (I, p. 475) jouant probablement un rôle actif. D'autres affections du même ordre paraissent être exclusivement d’origine bactérienne.

La gommose bacillaire de la vigne, mal noir, serait due, d’après Baccharini (9) et Macchiati (10), à un Bacille que ce dernier dénomme Bacillus Bacchariniti.

Dans les tissus malades, la Bactérie est en bâtonnets courts de 1 y à 2 y de long sur 0,75 w de large, à extrémités arrondies, peu mobiles, isolés, par couples ou en chainettes. La formation de sporesest douteuse. Ils se colorent légèrement aux solutions habituelles et restent un peu colorés par la méthode de Gram.

Sur gélatine, le microbe donne une colonie blanchâtre qui liquéfie lentement; dans les vieilles cultures, la gelée brunit un peu et devient fluorescente.

Sur gélose, il forme une colonie muqueuse, d’un jaune ambré.

Sur pomme de terre, une colonie gélatineuse d’un jaune brillant. La Bactérie attaque l'amidon des couches supérieures et le transforme en un produit visqueux.

(1) Pammez, Bacteriosis of Rutabaga (Jowa agric. exper. stat., 1895).

(2) Erwix Suir. Pseudomonas campestris. The cause of a brown rot in cruciferous Plants (Centralbl. für Bakl., 2t® Abth., ILT, 1897, p. 284, 408 et 478). = (3) Porrer et Forsrer, Ueber eine Bakterienkrankheiten der Ruben (Centralbl). für Bakl., 2% Abth., VI, 1901, p. 288).

(4) Erwin Suira, Loc. cit., p. 398.

(5) Decacroix, La graisse, maladie bactérienne des haricots (C. R. de l’'Acad. des sc., CXXIX, p. 656).

(6) Srewarr, À bacterial disease of sweet corn. New-York, 1897.

(7) Luowic, Die Genossenschaften der Baumtlussorganismen (Centralbl. für Bakl., 21° Abth., 11, 1896, p. 337).

(8) Hozrz, Beitrag zur Kenntniss der Baumflüsse und einiger ihrer Bewohner Centralbl. für Bakt., 2te Abth., IX, 1901, p. 112, 179, 229, 274, 338). + (9) BaccHanint, Sul mal nero della vite in Sicilia (Malpighia, VI, 1892).

(10) Maccurarmi, Ueber die Biologie der Bacillus Baccharinii (Centralbl. für Baktl., 2te Abth., IV, 1898, p. 332).

396 BACTÉRIACÉES.

Le lait est coagulé et le coagulum lentement dissous. Le liquide, alcalin au début, devient acide. ;

La gommose des betteraves serait aussi d’origine bacillaire et pourrait être due à plusieurs espèces de Bacilles, un Bacillus Belæ, d'après Busse (1).

Dans un troisième type, l’action parasitaire microbienne détermine une réaction locale de la part de la plante envahie; il se forme des proliférations cellulaires anormales ou des transformations pathologiques des éléments existants. D'où, des modifications de forme du corps de la plante attaquée, dont l'expression la plus complète est la formation de véritables fumeurs végétales.

La fuberculose de l'olivier (2) est une de ces maladies. Les Bactéries qui la déterminent, Bacillus oleæ, détruisent les éléments au contact desquels elles arrivent; mais, à la suite de l’irritation, les cellules voisinesse multiplient pour dégénérer plus tard sous l'influence du microbe. Il se forme ainsi des tumeurs ou tubercules dont le centre, envahi par le parasite, se ramollit et se transforme en mucilage.

Ce processus de formation de tumeur est plus net encore dans une maladie du pin d'Alep, causée par un Bacille qu'a découvert Vuillemin (3). Le Bacille introduit sous l'écorce, probablement par le suçoir ou l’oviducte de quelque insecte piqueur, se développe, forme entre les éléments des tissus des zooglées de plus en plus grosses. Les cellules voisines, sous l'influence de l’irritation, reviennent à l’étatembryonnaire et prolifèrent rapidement. Il se forme alors une tumeur qui grossit de plus en plus et peut atteindre, avec le temps, de grandes dimensions. Dans cette tumeur, se rencontrent des zooglées de Bacilles immobiles de 1,8 y à 2,5 & delong sur 0,6 x à 0,8 v de large, se colorant faiblement aux couleurs d’aniline. Tant que les cellules sont vivantes, les Bacilles ne pénètrent pas à leur intérieur; l’action spécifique doit donc s'exercer par des produits solubles diffusant à travers la paroi cellulosique. Le contenu des cellules mortes sert probablement d’aliment au microbe.

C'est dans ce type que l’on doit classer la maladie observée par Vuillemin (4) chez le Tricholoma terreum, Champignon comestible. Les Bactéries, qui attaquent les tissus du chapeau, produisent une déformation complète de cet organe.

BACILLUS TRACHEIPHILUS Suiru.

D’après Smith (5), c'est l'agent d'une flétrissure spéciale qui sévit sur plusieurs plantes de la famille des Cucurbitacées, melons, corni-

(4) Busse, Bakteriologische Studien über die Gummosis der Zuckerrüben (Zeilschr. für Pflansenkrankh., VII, 1897, p. 65 et249).

(2) SAvasraxo, Il Bacillo della tuberculosi de l’Olivo (Acc. dei Lincei, 1889). — Prir- LIEUX, Bacilles des tumeurs de l'olivier (C. R. de l’Acad. des sc., CVIII, 1889, p-124).

(3) Vuizzemn, Sur une bactériocécidie ou tumeur bacillaire du pin d'Alep (C. R. de l’'Acad. des se., 26 novembre 1888). Et : Sur les relations des Bacilles du pin d’Alep avec les tissus vivants (Zbid., 31 décembre 1888).

(4) Vuizzemin, Sur une maladie mycobactérienne du Tricholoma lerreum (C. R. de l'Acad. des sc., 5 novembre 1894, p. 811).

(5) ERwIN Smiru, Loc. cil., p. 394.

BACILLUS SOLANACEARUM. 397

chons, courges particulièrement. Cette maladie peut causer de gros dégâts dans les cultures. La plante atteinte se fane vite, comme si elle manquait d'eau, puis se flétrit complètement en prenant une teinte un peu plus foncée. Delacroix (1) a signalé cette même maladie en France.

La maladie s'étend par contagion. On peut très facilement la provoquer en inoculant à des plantes saines, par piqûre, un peu du suc de parties malades.

Dans le suc des parties malades, très visqueux, se trouvent en abondance de petits bâtonnets mesurant en moyenne de 1,2 y à 2,5 y de long sur 0,5 y à 0,7 y de large; on rencontre aussi des formes plus courtes ou plus longues. Dans les cultures, les dimensions sont plus variables encore. Ces bâtonnets sont isolés ou fréquemment réunis par deux ; rarement en chaînes de quatre. Jeunes, ils sont très mobiles ; mais cette propriété se perd vite. Ils ne montrent jamais de spores, mais parfois une capsule bien nette.

Ils se colorent bien aux méthodes ordinaires, mais le plus souvent incomplètement ; ils se décolorent par la méthode de Gram. Les méthodes spéciales montrent la présence de cils, tantôt au nombre de deux, tantôt assez nombreux, péritriches.

Les cultures sont faciles à obtenir en présence d'air; le microbe paraît cependant être anaérobie facultatif.

Sur gélatine, la croissance est lente et pénible, parfois à peine sensible. Le milieu n’est pas liquéfié.

Sur gélose, sucrée ou non, il se forme une bande visqueuse, mince, lisse, d’un blanc de lait, débordant très peu la strie.

Sur pomme de terre, une culture mince, lisse, blanche, visqueuse.

Dans le bouillon, il se fait un léger trouble ; le liquide prend parfois une certaine viscosité.

Ce microbe est très sensible à la chaleur ; un séjour un peu prolongé à 45° tue les cultures.

L'inoculation de produits de cultures aux melons, concombres, etc., reproduit la maladie.

BACILLUS SOLANACEARUM Suiru.

Il serait, d'après Smith (2), l'agent d'une forme de pourriture qui attaque fréquemment les pommes de terre, aubergines, tomates.

Les éléments sont de petits bâtonnets mesurant le plus souvent environ 1,5 & de long sur 0,5 uw de large, à extrémités arrondies, fréquemment unis par deux ; ils sont mobiles et munis de cils nombreux. Ils ne forment pas de spores.

Sur plaques de gélatine, ils forment d’abord, dans la gelée, des colonies rondes, jaunâtres ou brunâtres, granuleuses à un faible grossissement ; après quelques jours, les colonies s’entourent d'une zone marginale claire et la liquéfaction se fait autour. Les colonies de la surface s'étendent peu et ne liquéfient pas.

Sur gélatine, en piqûre, il se fait, à la surface, une petite culture

(1) Deracroix, Sur une maladie bactérienne de la pomme de terre (C. R. de l'Acad. -des sc., 1901, p. 2).

(2) SmirrH, Loc. cit., p. 394.

398 BACTÉRIACÉES.

blanche, lisse, humide ; la liquéfaction ne se produit pas. En strie, une bande blanche, humide, qui envoie dans la gelée des prolongements en forme de doigt de gant.

Sur gélose, la culture est blanc sale, humide, devenant à la longue un peu jaune ou brune ; la gelée se colore plus ou moins en brun, par diffusion.

Sur pomme de lerre, la culture est d'abord blanchâtre, puis devient brunâtre, même brun noirâtre.

Dans le bouillon, il se fait un trouble rapide à 20°-30°.

Le lait devient savonneux, fortement alcalin ; il ne s’y produit pas de coagulation.

La maladie se donne facilement par inoculation de produits de cultures.

BACILLUS SOLANISAPRUS Harrison.

Harrison (1) le donne comme l'agent d’une pourriture noire, carie noire, bacterial rot, de la pomme de terre.

Des plantes en pleine croissance se décolorent par places, jaunissent ou présentent des plaques noires, et se fanent.

Les tubercules montrent des taches d’abord plus claires, puis brunissent ; par expression, il en sort un liquide trouble, noircissant à l'air, dégageant une odeur putride quand la maladie est avancée.

Ce liquide renferme en abondance un microbe spécial.

C'est un Bacille à extrémités arrondies, mesurant de 1,5 à 4ude longueur sur 0,6 x à 0,9 ude largeur, très mobile, assemblé parfois en chaines ou filaments, ou en petites masses zoogléiques. Il ne forme pas de spores et ne montre pas de capsule.

Il se colore bien aux méthodes ordinaires et se décolore à la méthode de Gram, mais péniblement et surtout en employant de l'alcool amylique ou propylique.

Sur plaques de gélatine, à la surface, on trouve, en quarante-huit heures, de petites colonies poncliformes, qui grandissent lentement, atteignent en quatre jours un millimètre et demi, montrent un centre brunâtre et le reste hyalin avec bords ondulés, rappelant tout à fait la colonie de Colibacille.

Les colonies profondes sont circulaires ou elliptiques, légèrement granuleuses et hyalines, s'entourant d’une zone transparente.

Sur gélatine, en piqûre, on a une petite colonie transparente à la surface, blanche dans le canal. La colonie de la surface s'enfonce dans la gelée après huit jours, puis de plus en plus ; la liquéfaction commence très lard, après cinq à six semaines, puis progresse lentement ; le liquide est trouble, blanchâtre. é

Sur gélose, en strie, vers 30°, la croissance est rapide, en culture blanche, nacrée. Le développement est plus abondant sur gélose sucrée, surtout maltosée ; il se produit des bulles gazeuses avec la mannite et le lactose.

Sur pomme de terre, ilse fait en vingt-quatre heures une culture crémeuse, assez épaisse ; l'aspect de la pomme de terre ne change pas.

(1) Harrison, A bacterial rot of the potate, caused by Bacillus solanisaprus (Centralbl. für Bakt., 2 Abth., XVII, 1906, p. 24, 120, 166 et 384).

BACILLUS CAROTOVORUS. . 399

Dans le bouillon, le développement est rapide ; le liquide se trouble et laisse un sédiment blanc sale.

Dans le lait, ilné se produit aucun développement.

Le microbe est un aérobie vrai. Il présente un optimum de température vers 25°-28° et meurt en dix minutes à 54°.

Il produit un peu d’indol et un peu d'hydrogène sulfuré ; réduit les nitrates en nitrites

Il n'est pas pathogène pour les animaux.

Inoculé aux pommes de terre, aubergines, tomates, concombres, topinambours, il produit une même pourriture molle.

BACILLUS CAROTOVORUS Joxess.

Jones (1) le donne comme agent d’une pourriture molle des carottes. La maladie est très envahissante ; les parties envahies sont très molles et un peu brunies.

Le suc des parties malades renferme en abondance des Bacilles de 1,5 u à 5 u de longueur sur 0,8 & environ de largeur, bien mobiles, ne montrant pas de capsules, ne formant jamais de spores.

Ils se colorent bien aux méthodes ordinaires et restent colorés par la méthode de Gram. Les méthodes spéciales colorent de deux à six longs cils péritriches.

Les cultures s’obtiennent facilement à l’air ; le microbe est anaérobie

facultatif.

Sur plaques de gélatine, les colonies profondes, circulaires, granuleuses, ont d’abord les bords nets ; puis les contours se fondent dans la gelée qui se liquéfie rapidement en cupule ; celles qui n'arrivent pas à la surface en deux ou trois jours montrent des zones concentriques avec striation radiaire, frangées à la périphérie. Les colonies de la surface sont d’abord blanches, granuleuses, à bords nets ; elles liquéfient rapidement en cupule dont les bords forment une zone ciliée, frangée, de 50 y d'épaisseur, et dont le centre montre un dépôt grisâtre.

Sur gélatine, en piqûre, la croissance se fait tout le long du trajet, mais en diminuant avec la profondeur. A 20°, la liquéfaction se fait vite ; en vingt-quatre heures, on a une cupule de 3 millimètres sur 1 millimètre de profondeur. Le liquide est trouble, avec dépôt abondant, et à la surface une pellicule blanche ; il est fortement alcalin. Avec addition de sucre, la liquéfaction est moindre ; elle peut même manquer avec le glucose.

Sur gélose, on a une culture mince, blanche, à demi transparente ; le milieu prend parfois une certaine fluorescence. La culture est plus épaisse sur gélose glycérinée, plus faible sur gélose glucosée.

Sur sérum coagulé, la culture ressemble à celle sur gélose ; le sérum n'est pas liquéfié.

Sur pomme de terre, il se fait une culture épaisse, blanche, crémeuse ; la pomme de terre devient à la longue un peu grise et molle.

Sur carotte, la culture envahit vite toute la surface, mince, blanche,

(1) Joxes, Bacillus carotovorus, die Ursache einer weichen Faülniss der Môhre (Centralbl. für Bakt., 2te Abth., VII, 1901, p. 12 et 61).

400 BACTÉRIACÉES.

lisse ; il s'y développe beaucoup de bulles gazeuses ; la coloration de la carotte ne change pas.

Dans le lait, il se fait un bon développement. On ne remarque aucune coloration ; au troisième jour, la réaction devient acide ; la coagulation se produit au quatrième ; le caillot est mou, mais n’est pas attaqué ; le sérum est trouble, incolore ; on perçoit une odeur de fromage, pas d’amertume.

La température optima est vers 27°-30° ; maxima vers 400. Il se fait déjà un léger développement vers 4°. La mort survient vers 51°-52°. Le microbe est très peu résistant à la lumière solaire et à la dessiccation.

Il se produit, dans les cultures en milieux peptonisés, un peu d’indol et un peu d'hydrogène sulfuré.

La maladie se communique facilement par inoculation de produits de cultures.

BACILLUS CAMPESTRIS PAMMEL.

Ila été trouvé par Pammel (1) dans la bactériose du rutabaga ; puis rencontré par Smith (2) sur des choux, raves, raifort et autres crucifères.

Il détermine une pourriture noire des feuilles, tiges, racines, et envahit surtout les faisceaux fibro-vasculaires.

Ce microbe présente une assez grande variation de formes.

Dans les vaisseaux de la plante malade, on trouve de très pelits bâtonnets à extrémités arrondies, ressemblant presque à des coccus. Dans les cultures, les bâtonnets mesurent 0,7 4 à 3 u de long sur 0,4 uw à 0,54 de large. Ils sont isolés ou disposés par deux, rarement par quatre. Dans la plante, ils sont le plus souvent immobiles, nettement mobiles cependant dans les parties très récemment envahies. Dans les cultures, ils peuvent être immobiles, peu mobiles ou très mobiles, suivant l’âge et le milieu. Ils ne montrent jamais de spores.

On peut déceler la présence d'un seul cil polaire.

C'est un microbe aérobie, peut-être anaérobie facultatif.

Sur gélatine, la croissance est très faible ; la liquéfaction commence après vingt-quatre heures et est complète en quinze jours. Le liquide abandonne un dépôt jaune brillant.

Sur gélose, la culture est plus abondante, jaune pâle, lisse, brillante. On y trouve de gros cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien.

Sur pomme de terre, la culture est très copieuse, jaune pâle et par places jaune-safran ; la coloration de la pomme de terre ne change pas.

Dans le boutrllon, le développement se fait bien ; le liquide se trouble, puis montre, à la surface, une pellicule ou une collerette jaune pâle et un dépôt jaune.

Il ne se développe pas de bulles de gaz dans les milieux sucrés.

Le microbe commence à pousser vers 7°, végète bien vers 17°-19, a un optimum vers 25°-30°, ne pousse plus à 40° et meurt vers 51°.

L'inoculation des cultures donne la même maladie à toutes les crucifères (3).

(1) Paume, Loc. cit., p. 395.

(2) Erwin Suit, Loc. cil., p. 395.

(3) HarnixG, Die schwarze Faülniss der Kohls (Centralbl. für Bakt., 2t Abth., VI, 1900, p. 305).

AT

BACILLUS SYNCYANUS. 401

BACILLUS DESTRUCTANS Porrer.

D'après Potter et Foster (1), il occasionnerait une maladie spéciale du navet. Les feuilles de la plante jaunissent et se fanent ; on trouve la racine molle, grise ou brunâtre ; la coloration brune serait due à l’intervention d'autres microbes, celui-ci paraissant ne causer qu’une pourriture blanche.

Des parties malades, on retire un suc trouble, qui peut fournir plusieurs microbes, dont le Bacillus destructans paraîssant bien spécifique, pouvant par inoculation reproduire la pourriture blanche chez la plante.

Les éléments sont des bâtonnets de 3 & à 8 uw de long, très mobiles, munis d'un seul cil polaire.

Ils se colorent bien aux procédés ordinaires et se décolorent par la méthode de Gram.

On en obtient facilement des cultures ; le microbe est aérobie.

Sur plaques de gélatine, les colonies rondes, d’un blanc grisâtre, liquéfient le milieu.

Sur gélatine, en piqûre, il se fait un développement rapide, une liquéfaction en entonnoir ; le liquide trouble laisse déposer un sédiment blanc.

Sur gélose, la culture est d'un blanc brillant. Sur pomme de terre, on obtient une large colonie blanche. Dans le bouillon, un trouble rapide et dépôt floconneux blanc. La réaction du liquide est acide.

Ce microbe sécréterait une cytase qui ramollitet gonfle les membranes cellulaires, dissout même la lamelle moyenne.

Par inoculation des cultures au navet, on obtient facilement la maladie avec ses caractères habituels.

ESPÈCES CHROMOGÈNES BACILLUS SYNCYANUS EHRENBERG.

(Bacille cyanogène, Bacille du lait bleu.)

ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL, XXVII

La coloration bleue du lait est fréquente. Comme elle se propage par contagion, qu'elle apparait en quelque sorte épidémiquement dans les étables, on l’a longtemps mise sur le compte des circonstances climatériques ou de vices de l’alimentation des vaches laitières.

Ehrenberg (2) en a donné comme cause le développement, dans le lait, d'une Bactérie qu'il a nommée Vibrio syncyanus, retrouvée un peu plus tard par Fuchs (3), qui l'appelle Vibrio cyanogenus ; c’est la désignation d’'Ehrenberg, la plus ancienne, qui doit être conservée. Depuis,

(1) Porrer et Fosrer, Loc. cil., p. 395.

(2) Enrexgerc, Die Infusionsthierchen als volkommene Organismen, 1838.

(3) Fucus, Zur Kenntniss der gesunden und fehlerhaften Milch der Hausthiere (Magazin für die ges. Thierheilk., VII, 1841).

Macé. — Bactériologie, 6e édit. II. — 26

402 BACTÉRIACÉES.

de nombreux observateurs se sont occupés de ce phénomène intéressant ; c’est surtout à Nuelsen (1), à Hüppe (2) et à Heim (3) que l’on doit desdétails précis surla morphologie et la biologie de l'espèce qui le cause.

D’après J. Reiset (4), la coloration apparaît très vite sur le lait tiré et mis en terrines. [l se forme, à la surface, de larges taches bleues ; au fur et à mesure que la crème monte, la coloration augmente ; c’est surtout celle couche supérieure qui se colore. La crème peut être fortement bleue. Le beurre qu'on en obtient est de couleur verdâtre et possède une odeur butyrique forte et désagréable.

MORPHOLOGIE

Caractères microscopiques. — Les éléments du Bacillus syncyanus du lait sont des bàtonnets lentement mobiles, dontla longueur varie de 2 pu à 4 2, pour une épaisseur de 0,5 &; les extrémités sont arrondies (fig. 94, 7). Lorsqu'ils forment de petites zooglées muqueuses, on peut leur reconnaître une auréole hyaline, sorte de capsule de gelée (fig. 94, 2). La formation de spores s’observe facilement à la température ordinaire. Les spores sont ovoides,un peu plus grosses que les bâlonnels, qui se renflent à l'endroit où elles se produisent. C'est d'habitude à une extré- 1, bätonnets libres dans le lait: 2, bâtonnets avec au- mité : le bâtonnet réole gélifiée ; 3, bâtonnets sporifères ; 4, formes d'involu- prend alors une tion (d’après Nuelsen). 650/1. forme en massue ; c'est parfois au mi-

lieu : il devient fusiforme (fig. 94, 3). Dans les cultures sur mi-

Fig. 94. — Bacille du lait bleu.

(1) Nurssen, Sludien über die blaue Milch(Cohn's Beitr. zur Biol. der Pflanzen, HIT,

(2) Hurre, Untersuch. über die Zersetzungen der Miich durch Microorganismen

(Mitth. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, If, 1884, p. 355).

(3) Hem, Versuche über blaue Milch (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, V, 1890, p. 518).

(4) J. Reiser, Observations sur le lait bleu (C. R, de l’Acad. des se., XCVI, 1883,

BACILLUS SYNCYANUS. 403

lieux liquides, il se produit souvent des formes d'involution bizarres. La figure 94, {, représente de ces aspects curieux, éléments gonflés en ballons, rubanés, sinueux, que Nuelsen a observés dans la solution de Cohn, à laquelle il ajoutait un peu de nitrate de potasse ; Hüppe en a obtenu de tout semblables dans les solutions de tartrate d'ammoniaque.

Coloration. — Le microbe se colore facilement aux couleurs d’aniline et reste coloré par la méthode de Gram. Les méthodes spéciales décèlent de deux à cinq cils à une extrémité des bâtonnets.

Cultures. — Les cultures s’obtiennent facilement sur les milieux ordinaires ; le microbe est exclusivement aérobie. Il croît bien aux températures ordinaires et moins bien déjà vers 300 ;: à 40°, les cultures meurent souvent. Les milieux donnent bientôt une réaction alcaline, même ceux qui sont acides. La production de pigment paraît dépendre, du moins dans de certaines limites, des aliments que l'espèce a à sa disposition ; elle n’en forme pas dans des conditions spéciales. La nuance de la coloration peut varier ; elle est tantôt d'un bleu bien franc, tantôt légèrement violeite. Il se peut même que ce microbe, dans des conditions peu déterminées encore, perde le pouvoir de produire du pigment et donne des séries de cultures incolores (1). C'est un fait qui a été observé, du reste, pour bien des Bactéries chromogènes. Il doit être possible, dans ces conditions, en faisant vivre cette Bactérie dans des conditions éminemment favorables, de la voir récupérer sa puissance chromogène.

CULTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — On remarque, en deux jours, de petites colonies blanchâtres, arrondies, granuleuses, qui s’étalent à la surface en petites gouttelettes muqueuses. La gelée prend une teinte gris bleu ; elle n’est pas liquéfiée.

Ces Bactéries croissent mieux sur la gélatine acide que sur celle à réaction alcaline faible. La meilleure gelée est celle que l’on additionne de faibles proportions (0,2 à 0,3 p. 100) d'acide lactique.

CULTURES SUR GÉLATINE. — En piqüre dans un tube de gélatine, il se forme dans le canal une mince culture blanchâtre, et à la surface un petit disque blanc ; la gelée se colore en bleu verdâtre qui brunit avec l'âge. En strie, il se développe, le long du sillon, de petites colonies blanches, autour desquelles la gelée prend une teinte verdâtre qui peut passer au gris bleu. Dans ces cultures sur gélatine, les éléments pris au milieu sont beaucoup plus petits que ceux des bords ; les premiers peuvent ne mesurer que ! & à 1,44; les autres ont de 2,3 & à 3,5 u ; la largeur est à peu près semblable, de 0,4u à 0,5 y.

CULTURES SUR GÉLOSE. — La culture sur gélose donne une couche grise ; la partie supérieure du milieu est teinte en brun.

CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Sur pomme de terre, le long des stries d’inoculation, il se produit une bande ou une série de taches

jaunâtres ; la substance du tubercule se colore profondément en gris bleu.

CULTURES DANS LE BOUILLON. — Le liquide se trouble fortement et prend une teinte verdâtre ; il se forme un dépôt épais d’un blanc sale. CULTURES DANS LE LAIT. — Cette Bactérie ne détermine ni coagulation

ni formation d'acide, mais avec l’âge on perçoit une faible réaction

(1} Beur, Ucbereine nicht. farbstoffhildende Race des Bacillus der blauen Milch (Centralbl. für Bakt., VIII, 1890. p 485).

404 BACTÉRIACÉES.

alcaline. La coloration bleuâtre, terne, apparaît à la surface, par taches, puis s'étend à toute la couche superficielle. Lorsque le lait a été stéri-. lisé, la teinte bleue ne se communique pas au liquide, qui est simplement un peu grisâtre dans sa partie supérieure. Dans du lait ordinaire, au contraire, toute la masse devient rapidement d’un beau bleu de ciel. Le fait est dû à l'acidité de ce dernier liquide, causée par le développement simultané d’autres Bactéries, en particulier des ferments lacliques ; on peut du reste le provoquer en ajoutant des traces d'acide lactique.

CULTURES DANS LES SOLUTIONS MINÉRALES. — Hüppe recommande, comme milieu de culture, les solutions minérales à base de tartrate d'ammoniaque. Lorsqu'on ensemence un de ces liquides, il se produit très vite, dans toute la masse, un trouble floconneux diffus. Puis, à la surface, 1l se forme une mince pellicule blanche et le liquide prend une teinte bieuâtre. Il apparaît alors sousle voile une coloration verte, qui envahit tout le pue en quatorze jours ; la membrane elle-même devient gris vert; elle se désagrège par sa face interne, ses débris viennent constituer au fond du vase un dépôt blanc sale. La nuance verte du liquide tourne plus tard au jaune : la réaction est nettement alcaline. Le vert peut passer au bleu par oxydation ou par addition d’un peu d’acide lactique.

Dans les solutions simples de sucre, de peptones, de glycérine, d'urée, on ne remarque pas de coloration. Elle apparaît dès qu'on ajoute du tartrate d’ammoniaque. Cette propriété de sécréter du pigment ne semble pas diminuer par les cultures successives, comme cela a lieu pour nombre d'espèces chromogènes. Elle reste aussi prononcée après un grand nombre de générations et dans des cultures très anciennes. L'optimum de température pour la formation de la matière colorante est de 15° à 18°; elle est déjà retardée à 25° et ne se fait plus à 37°.

PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES

Vitalité. — Le microbe résiste peu à la chaleur ; une température de 60° le tue en quelques minutes. Aussi doit-on se demander si les formalions décrites comme spores doivent réellement être considérées comme telles. Il supporte toutefois longtemps la dessiccation,

Produits formés dans les cultures. — Il ne se forme pas de gaz ; par contre, beaucoup d'ammoniaque et des traces d’indol.

Pigment. — Le pigment n’a pas encore pu être obtenu à l'état pur. Il paraît légèrement soluble dans l'eau acidulée, insoluble dans l'eau, l'alcool, l éther. Il se dissout également un peu dans la glycérine. Il se décompose très vile ; les solutions pâlissent rapidement à la lumière, un peu plus lentement à l'obscurité. Traitée par les acides organiques ou les acides minéraux étendus, la solution ne change pas de nuance ; par l'ammoniaque, elle devient violette ; par la potasse et la soude, d’un rouge rose ; la nuance bleue est régénérée par les acides. Lorsqu'on Ja traite par la potasse et qu'on l'abandonne quelque temps, de douze à vingt-quatre heures, de rouge rose elle devient rouge-brique, en offrant une fluorescence peu marquée ; la couleur ne devient plus bleue par les acides, mais jaunit et se décolore peu à peu. Au spectroscope, la

BACILLUS CYANEO-FUSCUS. 405

solution bleue donne une bande d'absorption épaisse dans le jaune,

sur la ligne D de Frauenhofer. Ces réactions ont été en partie déjà signalées par Braconnot (1).

D'après Simon (2), la matière colorante spéciale ne se produirait qu’à la suite de la sécrétion d’une oxydase par la Bactérie.

A côté du pigment bleu caractéristique, ce Bacille produit en outre une autre matière colorante, la bactério-fluorescéine, qui donne aux milieux une fluorescence verdâtre.

HABITAT ET RÔLE DANS LA NATURE

On n’a pas encore rencontré cette espèce en dehors du lait qu'elle modifie. Elle doit se conserver dansle milieu extérieur, terre, poussières ou eau. Elle semble inoffensive pour l’homme et les animaux. Hüppe a nourri de nombreux animaux avec des aliments mélangés de fortes proportions de cultures, sans observer aucun trouble. Les injections intraveineuses, à fortes doses, n'ont rien déterminé.

Pour empêcher la pullulation de la Bactérie dans le lait et s'opposer à son extension, Reiset recommande de laver soigneusement les vases à l'eau bouillante. D’après lui, le lait contaminé pourrait servir à la fabrication du beurre en y ajoutant au préalable 08,50 d'acide acétique par litre.

Ce même microbe peut se développer dans le beurre et le fromage, qui présentent alors des taches bleues ou d'un bleu verdâtre, où l’on retrouve en abondance les bâtonnets décrits.

Le Bacille isolé d’un lait bleu par Zangemeister (3), et décrit par lui sous le nom de Bacillus cyaneo-fluorescens, paraît n'être qu’une simple variété du Bacillus syncyanus. n'en diffère que par quelques minimes variations de forme, d'aspect des cullures et de production de

pigment.

BACILLUS CYANEO-FUSCUS BEYERINCK.

Beyerinck (4) a rencontré fréquemment cette espèce dans les liquides putréfiés, les eaux de fossés vaseux, la terre ; elle serait la cause d’une altération spéciale des fromages de Hollande, connue sous le nom de bleu.

Les éléments sont de longueur variable suivant les conditions de vie. Dans les bouillons, ce sont de très petits bâtonnets de 0,3 & à 0,6 uw de long sur 0,15 y d'épaisseur ; sur gélatine, l'épaisseur est de 0,2 w à 0,3 et la longueur assez grande ; ce sont de très fins Bacilles. Leur mobilité est très nette.

Cette espèce est rigoureusement aérobie.

Elle s’isole facilement sur les plaques de gélatine ; mais en été, à la

(1) Braconnor, Journ. de chim. méd., IT, 2° série, p. 625.

(2) Simon, Contribution à l'étude du Bacillus syncyanus et de son pigment. Thèses de l'Université de Nancy, 1908.

(3) ZanGemeisrer, Kurse Mittheïlungen über Bakterien der blauen Milch (Centralbl. für Bakt., XVIII, 1895, p. 321).

(4) Bexerinex, Die Lebensgeschichte einer Pigmentbakterie (Bot. Zeit., 1891). — In., La biologie d'une Bactérie pigmentaire (Arch. néerl. des sc. nat., XXV, p. 227).

406 BACTÉRIACÉES.

température de la chambre, toute vitalité disparaît après quelques générations ; on la conserve beaucoup plus longtemps aux basses tempéra- Lures, surtout dans les milieux liquides.

Dans la gélatine, en piqûre, déjà vers 6°, la liquéfaction se produit vite ; dans le liquide nagent des flocons brun noirâtre formés par les Bacilles ; la gélatine prend une teinte bleue sur une faible étendue.

À la surface des liquides, il se forme une mince pellicule bleue. En trois à cinq jours, les solutions de peptone se colorent en un beau vert, puis en bleu-marin pur, puis en brun, enfin en gris, finalement en brun noir. La matière colorante diffuse dans le milieu.

La caséine et l'albumine de l'œuf sont liquéfiées.

La matière colorante forme de petits sphéro-cristaux d'abord verdâtres, puis bleus, devenant enfin bruns par oxydation. Les aiguilles cristallines doivent être constituées par une substance protéique imprégnée de pigment.

BACILLUS POLYCHROMOGENES.

(Bacille polychrome.)

ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XXIX

C'est une espèce que j'ai rencontrée plusieurs fois (5 fois) dans des eaux de puits et des eaux de conduite. Thiry (1) l’a étudiée dans mon laboratoire. Il a pu la retrouver dans une eau de puits avec les mêmes caractères deux ans après une première constatation. Aucun des individus isolés à divers moments n’a différé, ni en première culture ni dans les cultures suivantes ; il ne semble donc pas exister de variétés

naturelles.

Certainement, cette belle espèce pourra être observée dans d’autres circonstances et identifiée av ec certitude. Elle se distingue par la propriété de produire facilement à la température ordinaire, sans intervention d'actions chimiques ou physiques spéciales, des couleurs variées. Sur les milieux habituels elle donne, mais avec une inégale fréquence, le bleu, le violet, le rouge, le vert, les jaune, les diverses nuances spectrales. Le pigment, très sensible aux acides et aux alcalis, présente des réactions chimiques et spectroscopiques particulières. En outre, sur les milieux solides s’observent souvent des amas de formations cristallines d’un beau bleu- indigo foncé, semblables de forme et d'aspect à l’indigo urinaire. S'agit-il du Bacille lacmus de Schroeter ? C’est une question qui ne de être résolue à cause de l'insuffisance de la description donnée par cet auteur.

Caractères microscopiques et coloration. — Généralement incolore, le Bacille polychrome est dans quelques cas coloré, en rouge ou en bleu. Tout le corps bacillaire est parfois uniformément coloré ; d’autres fois seuls de petits grains intrabacillaires, irrégulièrement disposés, sont colorés en bleu foncé. La forme du Bacille est très variable.

(1) Tiny, Bacille polychrome et Actinomyces mordoré. Thèse de Nancy, 1900. — Cuamor et Tiny, Studies on chromogenic Bacteria (Botanical Gazette, XXX, 1900).

BACILLUS POLYCHROMOGENES. 407

Il n’est pas de milieu, même de composition chimique définie (avec source d'azote autre que des peptones), où l’on obtienne à coup sûr une forme donnée, où la forme soit constante. C’est souvent un Bacille court à bouts arrondis ; d’autres fois les éléments sont sphériques ; parfois les formes sont longues et géantes à extrémités renflées, droites ou courbes. Les Bacilles sont tantôt isolés, tantôt groupés (diplobacilles, chainettes) ; les formes sphériques sont également ou isolées ou groupées (diplocoques, chaînettes de huit éléments, tétrades, grappes), parfois encapsulées. Le plus souvent les cellules, colorées ou incolores, sont lentement mobiles, parfois tout à fait immobiles. Leur contenu est homogène et transparent ou bien granuleux avec grains de taille et de couleur diverses.

Le Bacille se colore facilement aux méthodes ordinaires et reste coloré par la méthode de Gram et par celle de Claudius.

Cultures. — CuLTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — L'attention est attirée par la teinte verte des colonies, par la zone fortement colorée en vert foncé, vert-émeraude ou vert un peu bleu qui les entoure, par leur énergique pouvoir liquéfiant et parfois, mais non toujours, par la présence, dans beaucoup d’entre elles, de grains bleu foncé ou bleu noir. Quand les colonies ont déjà liquéfié, par leur zône annulaire de liquéfaction elles ressemblent assez aux colonies formées par certains Bacilles fluorescents, mais la zone colorée par le pigment diffusé qui les entoure est d’un vert plus foncé ; de plus, la fluorescence manque et il existe un dichroïsme rouge particulier.

Le développement des colonies superficielles est beaucoup plus précoce et plus marqué que celui des colonies profondes. Les colonies profondes sont globuleuses ou lenticulaires, grenues, jaune verdâtre, souvent avec stries d'accroissement concentriques. Les colonies super-ficielles plus colorées présentent des types divers : types étoilés, en rosace, en cocarde plissée, mûriformes, mamelonnés, mais les types discoïdes sont les plus fréquents.

CULTURES SUR GÉLATINE EN PIQURE. — Sur gélatine légèrement alcaline, il se forme rapidement une mince colonie transparente qui se développe surtout dans les parties les plus superficielles. Après quelques jours, la gélatine se colore autour de la colonie en vert-émeraude pur ; celte coloration devient de plus en plus intense et graduellement envahit les trois quarts de la gélatine. Alors commence à se montrer un dichroïsme rouge qui ira en augmentant avec l’âge de la culture. En même temps la gélatine est liquéfiée ; vers le quinzième jour, on a un large entonnoir de liquéfaction de forme variable. Le milieu liquéfié et trouble garde d’abord son intense couleur vert-pré, puis devient vert sale.

Finalement la coloration verte fait place à des teintes rougeâtres, brunâtres, feuille-morte ou rouille.

Dans d’autres cas, le rouge, le bleu, le violet dominent ou s'observent seuls.

CULTURES SUR GÉLOSE. — L'aspect est très variable. Habituellement le Bacille forme une large bande gris bleu, souvent pointillée de bleuindigo foncé, tandis que la gelée prend une belle teinte violette ou bleu violet.

Dans d’autres cas on a des cultures vertes.

A08 BACTÉRIACÉES.

CULTURES SUR SÉRUM SOLIDIFIÉ. — Le sérum de cheval est rapidement liquéfié ; les teintes sont variables, le plus souvent sales et olivâtres ; le sérum glucosé ou saccharosé est un excellent milieu, la liquéfaction est retardée. Le blanc d'œuf et la fibrine sont aussi rapidement liquéfiés.

CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Sur un milieu de réaction aussi peu uniforme et de composition aussi différente que les pommes de terre, le Bacille polychrome colore le substrat diversement en donnant également des colonies de coloration variée. Assez souvent cependant la pomme de terre cuite devient bleu-indigo foncé dans toute sa masse, avec colonie gris bleu, jaunâtre, verdâtre ou marron. Quand les pommes de terre sont fortement alcalines, la colonie est épaisse et jaune, parfois jaune vif, mais le milieu ne se colore pas. Il est presque de règle sur pommes de terre sodées (c'est-à-dire trempées dans une solution de Oer,5 p. 100 de soude, selon leur épaisseur, cinq à vingt-quatre heures, pour les alcaliniser légèrement) d'obtenir cette belle coloration bleuindigo foncé parfois presque noir (Chamot).

Avec l’âge, la pomme de terre se décolore lentement en passant par une teinte rouille. Cette décoloration semble débuter dans les parties profondes soustraites à l’action de l'air. À ce moment, coupés en petits morceaux, étalés et séchés en grande surface, les fragments foncent de couleur, et présentent un curieux bleuissement à l'air. Secs, ils peuvent se conserver bleu foncé plus d’une année.

CULTURES SUR EMPOIS-PEPTONE. — Sur empois de fécule assez consistant peptonisé à 2 p. 100 et légèrement alcalinisé, on obtient des colonies bleu pur ou- bleu violet avec coloration de toute la masse en bleu ou en violet.

CULTURES SUR ARTICHAUT. — Il s'y produit un verdissement rapide.

CULTURES SUR BOUILLON ET SOLUTIONS DE PEPTONE. — Le liquide se trouble uniformément; il ne se colore jamais. Exceplionnellement, on observe un très léger anneau violet adhérent au tube près de la surface du liquide ; mais il ne se forme jamais de voile coloré.

CULTURES SUR LAIT. — Sur lait non écrémé à 20°, dans des ballons ou dans des tubes à essai, le Bacille se développe surtout sur la pellicule ou les flocons qui se forment à la surface du liquide au moment de la stérilisation, et qu'il liquéfie rapidement après les avoir colorés dans leur partie exposée à l’air en jaune vif. Le liquide devient plus fluide, roussâtre; la peptonisation est totale en cinq à dix jours.

PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES

Le développement se fait bien surtout à la température de la chambre et encore à des températures assez basses ; il peut encore se faire à 32°-37°, mais alors les cultures ne se colorent pas. Le Bacille est surtout aérobie ; il peut encore croître légèrement dans une atmosphère privée d'oxygène par un mélange d'acide pyrogallique et de potasse, mais sans colorer le milieu. Une réaction légèrement alcaline favorise la production des colorations ; une réaction fortement alcaline permet encore le développement, mais les cultures sont incolores. Donc, certaines conditions de température, d'aération, de réaction sont nécessaires pour que les colorations apparaissent ; une culture jusque-là incolore ne donne

BACILLUS POLYCHROMOGENES. 409

du pigment que si l’on fait ne l'un ou l’autre de ces facteurs. Sur solutions de peptones à 2 p. 100, on ne constate pas la réaction de l'indol.

Le glucose ajouté à la gélatine favorise, selon la dose, la production de bleu pur, bleu violet, violet intense très rouge par transmission, et en même temps la liquéfaction est retardée et moins considérable ; le tartrate ou le succinate d’ammoniaque favorisent la production du rouge ; l’asparagine la production du vert.

Le phosphate de calcium, ajouté aux pommes de terre, favorise la production du bleu ou de bleu violet, tandis que le phosphate de soude favorise le développement et la formation de colonies jaune-serin, ne colorant pas le substrat.

L'amidon de riz ou cet amidon et un sucre (lactose, saccharose, glucose) ajoutés au sérum de cheval favorisent la production du pigment bleu ou violet, avec retard dans la liquéfaction ; tandis que par addition d’asparagine on obtient plus volontiers des colorations vert glauque ou vert sale.

Outre les conditions chimiques et physiques, interviennent encore des causes de variations inhérentes aux Bacilles. Avec une culture cependant bien homogène, ila été possible d'obtenir sur un même milieu des colonies très différentes. Ainsi, sur la même face d'une pomme de terre repiquée avec la même semence, il est venu des colonies violettes, roses, vertes, Jaune vert, jaune d’or, marron, bleu-indigo.

Toutesles variations de nuances où le vert, le jaune, le rouge, mais surtout le bleu et le violet dominent, semblent résulter surtout des conditions actuelles de vie, de l'aliment et de ses réactions ; jusqu'ici il a été impossible, malgré l'application soutenue de conditions dysgénésiques, de créer une race incolore ou, malgré des essais nombreux, d'obtenir des races en fixant des variations.

Propriétés du pigment. — Le Bacille polychrome ne produit pas de bactério-fluorescéine. Son pigment bleu ne donne pas la réaction de la pyocyanine. De même que les pigments rouges, violets et verts, le pigment bleu est soluble dans l’eau.

Si, aux cultures vertes sur gélatine, filtrées sur bougie Chamberland, on ajoute quelques gouttes d’une solution aqueuse de potasse ou de soude, le dichroïsme est d’abord accentué ; mais, par un léger excès de réactif, toute teinte rouge est détruite, le vert persiste seul et paraît alors plus brillant. Abandonné dans un tube à essai, le liquide traité par la potasse ou la soude se décolore vite ; la décoloration débute par le fond du tube ; il ne persiste de coloration verte qu'à la surface en contact direct avec l'air, À ce moment, la belle coloration verte primitive peul être régénérée dans toute la masse par une vive agitation à l'air (verdissement à l’air). Par addition d'ammoniaque, la couleur verte vire au rouge ; par les acides minéraux (acides chlorhydrique, azotique, sulfurique), elle donne un rouge violet intense ; par l'acide acétique, une coloration violette ou violet bleu.

Si, aux cultures violettes sur gélatine glucosée, filtrée sur bougie Chamberland, on ajoute quelques gouttes d'une solution aqueuse de potasse ou de soude, la coloration violette donne d’abord une teinte bleuâtre fugace, ensuite du vert, puis immédiatement du bleu. Abandonné au repos dans un tube à essai, le liquide, traité par la potasse ou

410 BACTÉRIACÉES,

la soude, se décolore dans les parties profondes, passe au jaune, et il ne persiste qu'une légère coloration bleue à la surface ; mais on peut faire réapparaître une coloration bleue de plus en plus intense, comparable à celle d'une solution de bleu de méthylène, par une vive agitation à l'air du liquide décoloré. Au repos, le bleu disparaît de nouveau, en passant par le vert, puis le jaune, et peut ainsi plusieurs fois de suite être régénéré par agitation à l'air.

Si, aux solutions aqueuses bleu pur, obtenues de cultures sur pommes de terre sodées, on ajoute de la potasse ou de la soude, le liquide bleu pur reste bleu ; un grand excès de réactif donne du vert. Abandonné au repos, le liquide bleu ou vert devient jaune, sauf à la surface, où, au contact de l'air, il reste bleu ou vert. La recoloration se fait par agita- Lion à l'air. L'addition d’'ammoniaque fait virer le bleu au rouge violet. Le bleu vire également au rouge violet par les acides minéraux, par l'acide carbonique ; un grand excès décolore.

Les réactions spectroscopiques de quelques-unes de ces solutions de pigment paraissent être les suivantes (1) :

Le pigment vert, filtré sur bougie, d'une culture sur gélatine avec dichroïsme rouge, donne une bande floue dans le rouge qui commence à à — 656 et marche très graduellement vers l’infrarouge, une autre bande dans le jaune et orangé qui présente un maximum d'intensité à À — 587,5, puis une bande dans le bleu et le violet qui commence à

— 460 et présente un maximum d'intensité à À = 436.

Le pigment bleu obtenu sur pommes de terre sodées, filtré, donne dans le rouge une bande qui commence à À — 670, une autre bande dans le jaune et orangé qui présente un maximum d'intensité à À — 600-601, puis dans le bleu et violet une bande qui a son maximum à nee Se el commence à À — 460.

Par addition d'acide acétique, en même temps que la couleur vire, a bande située dans le jaune spécialement est déplacée vers le violet ; par addition de potasse ou de soude, la bande est déplacée vers le rouge.

Le spectre du pigment bleu obtenu sur gélatine estle même que celui du pigment bleu obtenu sur pommes de terre ; le spectre du pigment vert obtenu sur gélatine est le même que le spectre du pigment bleu obtenu sur pommes de terre, mais traité par la potasse jusqu’à colo- ‘alion verte ; le spectre du pigment rouge et violet obtenu sur gélatine est le même que le spectre du pigment bleu obtenu sur pommes de terre traité par les acides. Il se pourrait que les nuances variées du pigment, les colorations absolument différentes, particulièrement rouges, vertes, bleues, violettes, soient dues aux transformations successives d'une seule et même substance.

Le microbe ne paraît pas être pathogène. Des injections intrapéritonéales massives ne déterminent rien chez le cobaye.

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