IV. PIED PLAT VALGUS ACQUIS DE L ADOLESCENCE
Pied plat valgus douloureux, pes staticus, tarsalgie des adolescents (Gosselin). Pied plat inflammatoire ou aigu (Volkmann).
Cette variété de pied plat, improprement dénommée tarsalgie (Gosselin), décrite par J. Guérin et Bonnet sous le nom de valgus pied jjlat douloureux, est caractérisée par des douleurs violentes à siège spécial, des contractures musculaires, des déformations et des altérations des os du tarse.
Nous distinguerons deux formes principales :
1° Le pied plat valgus douloureux ;
2° La forme paralytique du pied plat valgus douloureux.
i" — PIED PLAT VALGUS DOULOUREUX
Etiologie. — Cette difformité s'observe dans Vadolescence, chez des jeunes gens de quatorze à quinze ans, dont le développement musculaire laisse à désirer.
Les professions exigeant des marches ou des stations prolongées, comme celles de garçon de café, de domestique, ont une influence manifeste sur le développement de la maladie.
Le rhumatisme (Bonnet, Verneuil, Trélat), la tuberculose, Vostéite épiphysaire (Gosselin, L. Piquard) ont été signalés comme causes de la maladie. Ces affections doivent être considérées comme des causes prédisposantes.
Symptômes. — Avec Gosselin, on peut diviser la marche de la maladie en trois périodes :
Dans MUQ, première période, les sujets accusent un sentiment de gène, d'engourdissement qui occupe tout le pied. Les deux pieds sont généralement atteints. Bientôt survient de la douleurqui présente quelques signes caractéristiques. Les douleurs, plus ou moins violentes, profondes, vives, aiguës au niveau des articulations calcanéo-astragalienne et astragalo-scaphoïdienne, de la malléole externe (Terrillon), à la partie postérieure du tarse, au niveau des tendons des péroniers et des fléchisseurs de la jambe, et qui sont
en grande partie la conséquence des contractures musculaires, disparaissent la nuit ^ sous r influence du repos ^ et sont augmentées pendant la marche et la station.
Dans certains cas, la douleur est exag'érée par la chaleur du lit, ce qui paraît indiquer, pour quelques auteurs, la nature rhumatismale du mal.
Par la pression, on développe des douleurs au côté interne de Farticulation tibio-tarsienne, au-dessous et en avant de la malléole externe, au niveau des articulations indiquées.
La peau n'est ni roug"e, ni œdématiée; quelques malades présentent cependant, vers la fin de la journée, du gonflement au niveau des malléoles et du cou-de-pied.
Le sujet boite et marche difficilement, reposant le pied tout d'une pièce sans l'enrouler sur le sol. Il ne peut monter des escaliers et préfère marcher sur une surface courbe. Les chaussures sont usées au côté interne.
Les mouvements qui se passent dans l'articulation tibio-tarsienne sont à peu près libres, ceux qui se produisent dans l'articulation astragalo-calcanéenne sont abolis.
Au début le pied Qsiplat; cette déformation s'est produite récemment ou existait depuis longtemps, mais bientôt apparaît la déviation en valgus, qui, passagère d'abord, devient ensuite permanente. Cette déviation, cause principale des difficultés de la marche et des douleurs, est due à la contracture des muscles antéro-externes de la jambe, innervés par le sciatique poplité externe. Les tendons de ces muscles forment sur le dos du pied et derrière la malléole externe des cordes saillantes, appréciables à la vue et au toucher.
L'exploration électrique indique, en général, une intégrité des muscles de la région antéro-externe de la jambe et, dans certaines formes (Duchenne),une parésie ou une paralysie du muscle long péronier latéral.
Exceptionnellement le pied peut être en variis, ou en variis creux (Duché une, Gosselin),
Généralement il présente la forme représentée dans la figure 688.
Le pied est renversé en dehors et repose sur le sol par son côté interne. L'axe de la jambe prolongé tombe beaucoup plus en dedans qu'à l'état normal.
La malléole interne et la tête de l'astragale forment un relief
plus OU moins considérable sur la face interne de la région. Il se produit un mouvement d'abduction de l'avant-pied dans l'articulation de Chopart, d'où une saillie très notable du scaphoïde qui touche le sol.
Le pied est plat, la voûte plantaire est complètement effacée, le bord interne du pied, de concave, est devenu convexe, et présente en arrière trois saillies marquées : la malléole interne ; un peu en avant et au-dessous, une saillie arrondie formée par la tète de
Fig. 688. — Pied plat valgus douloureux des adolescents.
l'astragale ; plus bas et en avant le scaphoïde qui touche le sol.
L'empreinte du pied indique que toute la face plantaire s'applique sur le sol (fig. 688).
Les empreintes (Volkmann, Onimus, Rohmer) ne peuvent donner que des renseignements approximatifs et souvent erronés.
On peut avec avantage se servir du procédé indiqué par Charpy pour apprécier la voûte et qui consiste à mesurer l'angle compris entre ses deux axes ou plus exactement entre les axes qui traversent ses deux arcs et qui représentent les lignes de poussée.
Charpy admet que les deux systèmes de fibres qui descendent le long de l'astragale représentent les deux lignes de poussée de la voûte, et que l'angle sous lequel elles se croisent sur l'astragale est la vraie mesure de cette voûte.
Sur le vivant on peut déterminer ces deux directions : d'un point placé en dedans, entre la pointe de la malléole interne et la tête un peu cachée de l'astragale, on mène et on dessine au crayon deux lignes qui vont aboutir en arrière au point le plus saillant du talon, en avant au pli digito-plantaire du gros orteil; l'angle est mesuré au rapporteur.
Dans les formes plates, cet angle a 130 à 110 degrés, dans
les formes très plates, 130 degrés; dans les formes demi-plates, 115 à 110 degrés.
A l'exemple de Ch. Féré, on pourra utiliser pour l'exploration de la plante du pied le moulacje et la section du moule, ou mieux encore faire le calcul de Yindice jolantaire.
L'indice plantaire est calculé suivant la formule employée en crànioloo'ie : "'f''"'' ^ — • La longueur est la longueur totale du
O longueur o o
pied fournie par le podomètre, la largeur est celle de l'empreinte plantaire prise au niveau de l'extrémité postérieure du cinquième métatarsien.
Cet indice plantaire donne d'une façon précise la largeur proportionnelle de l'empreinte plantaire, c'est-à-dire de la portion de la plante qui porte sur le sol dans la région où cette largeur est en généra] la moins grande.
Dans une deuxièrne péinode, la contracture des muscles est permanente, mais peut encore disparaître sous l'influence du chloroforme. Les symptômes de la première période sont plus accusés. La douleur est beaucoup plus vive; elle ne disparaît pas par le repos.
Dans la troisième j)ériode, les muscles sont définitivement contractures et rétractés, ils ne cèdent plus à l'action du chloroforme. Le piedest ankylosé, lesmouvements de flexion et d'extension sont nuls. La marche est très douloureuse, souvent impossible. L'exploration faradique des muscles de la région antéro-externe de la jambe indique, à ce moment, une dégénérescence assez avancée de la plupart des muscles.
Gosselin a décrit une quatrième période de la maladie, dans laquelle on observe la fusion osseuse des os du tarse.