CHAPITRE VINGT-TROISIÈME
De ta Composition du Menuetto ou du Scherzo tf un Quatuor.
Uélève doit être, maintenant, assez avancé dans ses études pour s'essayer à la composition d'un Menuetto ou d'un Scherzo^ le morceau le plus facile, comme forme, d'un quatuor.
Pour commencer, nous prendrons pour exemple un morceau court, puis nous lanalyserons et nous indiquerons par quelle méthode on peut arriver à en composer de semblables.
Le commencement d'un menuet ne se compose souvent que d'une période simple de huit mesures, comme:
Menuetto,
AUegreUo.
laquelle est répétée par une reprise ce qui produit, naturellement, pour Foreille une période double ou groupe de périodes. A cette période double nous donnons le nom de » groupe du thèmes. Ce groupe, dans la petite forme du menuet, constitue à lui seul ce qu'on appelle aussi «la première reprise «.
Cette première reprise est suivie d'une autre qui renferme deux groupes de périodes. Le premier groupe est composé de périodes dont les éléments sont pris ou, plutét, sont déduits de ceux qui remplissent la première reprise, et cela par les moyens que nous avons indiqués dans le chapitre consacré à la manière de modifier, transformer ou varier une pensée musicale. Nous appelons ce groupe » groupe du travail thématiques ou, aussi, «groupe moyen «.
Voici un exemple du groupe de travail thématique faisant suite à la première reprise donnée ci-dessus:
Première période 4. 2.
Deuxième période.
# — ,— .pq3
Le second groupe est la répétition du groupe du thème maïs, le plus souvent, allongé et avec maintes variantes dont nous parierons plus loin. Nous appelons ce groupe «groupe de répé^ titiona. Ex:
Première période.
L'ensemble de ces deux groupes constituant la seconde reprise est, ordinairement, répété deux fois comme Test la première reprise. .
Nombre et longueur des Périodes.
Dans notre exemple, le groupe moyen se composé de trois périodes simples que nous avons désignées, chacune, par un rn . La première a huit mesures, la seconde en a dix et la troisième, six, ce qui produit une variété suffisante sous le rapport de leur étendue.
La première période commence par le premier motif du thème, avec variante, motif suivi à!\xn autre qui est nouveau et que la troisième continue. Ensuite, dans la quatrième mesure, apparaît encore un motif nouveau. Le motif rhythmique de la cinquième mesure (motif répété deux fois) est emprunté au thème, puis cette période se termine sur le premier temps de la huitième mesure.
La seconde période du même groupe est une reproduction assez exacte de la précédente, mais dans une autre tonalité et prolongée, à la fin, par trois motifs simples.
Quant à la troisième période, elle emprunte d'abord la seconde incise du thème, puis elle continue, jusqu'à la fin, par le second motif de cette incise.
La seule transformation de la trame mélodique ne suffit pas au bon compositeur. Il transpose sa mélodie dans d'autres tons. Ainsi, dans notre exemple, la première période,, en fa min., est reproduite, à peu près, en ré t^maj.; la troisième période cons-
Lobs , Compog. musicale. I. IS
truite sur la dominante et la tonique d^ut min. ramène ^ sous forme de demi-oadence, à la tonalité principale dana laquelle se fait la répétition. Le bon compositeur harmonise aussi de diverses manières la même mélodie, modifiée ou non. Il la distribue dans différentes parties; il raccompagne par de nouvelles figures harmoniques; il Tenrichit li'une autre instrumentation, lui donne une autre sonorité, etc.
Pour épargner de la place, je ne donnerai point ici des exemples spéciaux pour chacune de ces transformations, exemples qui, d'ailleurs, seront présentés plus tard sous un autre point de vue, et je continue l'analyse des périodes de la seconde reprise du Menuet qui nous sert de modèle^
La première période du groupe de répétition reproduit le thème étendu à dix mesures par la répétition de la seconde incise, un degré au-dessus^ et par Fadjoncdon de motifs empruntés à la première période du groupe moyen et présentés en mouvement contraire.
La seconde période est une période jointe à la précédente comme conclusion. Elle est formée du quatrième motif du thème, varié par les moyens divers dont nous avons déjà parié.
Donc, la partie principale d'un Menuet est composée de: Groupe du thème; Groupe du travail thématique; Groupe de répétition.
Ensuite vient:
Le Trîo.
Il est formé, également, de deux reprises comprenant trois groupes construits sur le même plan que ceux du Menuet proprement dit dont il est la véritable seconde idée, au point de vue de l'invention. Le »trio(i( doit être dans une tonalité autre que celle du menuet mais, en tout cas, toujours voisine, et doit former un contraste, comme caractère, avec la partie principale, laquelle se répète, après le trio, soît textuellement, soit avec des variantes.
Nous allons, maintenant, guider l'élève, pas à pas, dans la coa]q[>osition d'un Menuet, afin de lui montrer l'application pratique des théories énoncées jusqu'ici.
Supposons qu'il veuille former sa première reprise, ou groupe du thème, de trois motifs: il cherchera, par conséqueaat, trois motifs dans la mesure à ^4 ^^ ^^^ notera, séparément, sans penser encore à les relier entre eux, comme, par exemple:
a. Premier motIL b, Seooiid motif. . c. Troisième motif.
«»«• p LtJ4^ |, ^Ti ;i I I ^
Avec ces trois motifs il lui est possible d'en former un grand nombre d'autres à Taide des procédés de déduction que nous lui avons enseignés. Nous pouvons donc supposer quMi arrivera à une formation telle que celle-ci:
Les accords propres à harmoniser cette période seront facilement trouvés et seront, à peu près^ comme dans Vej^emple suivant (692).
Ce premier travail préparatoire achevé, Télève n'aura plus qu'à distribuer entre quatre parties sa mélodie et son harmonie, comme:
Allegro,
ff^^|^"î^r^,>|^'"^;,, | ^ff-[7?hr|
et le groupe du thème sera créé.
is*
De oe groupe doit être tiré le groupe moyen ou groupe du travail thématique, ce qui se [fera par les essais préparatoires suivants :
\. Chercher les transformations mélodiques auxquelles le thème peut donner lieu, et cela en prenant chaque motif séparément^ comme:
Avec le premier motif:
etc.
Avec le second motif:
etc.
RiHARQUE. Le motif b (ex. 694) est la répétition rétrograde, un degré plus bas, du motif a. Cette manière de changer un motif s'emploie rarement parce qu'elle le rend à peu près méconnaissable et qu'elle lui donnne parfois une forme peu mélodique, ce qui, d'ailleurs, n'est pas le cas ici.
Avec le troisième motif:
it
etc.
2. Relier entre eux quelques-unes des motifs trouvés par modification, comme, par exemple:
Le troisième avec le second:
3. Former, ensuite, avec ces divers éléments, le groupe moyen tout entier.
Pour rendre ^lus facile le premier travail de Pélève, en ce genre, nous formerons ce groupe avec une seule période simple, par exemple:
Groupe moyen formé d'une période de neuf mesures.
l=lai±:
iï^È
A celte période nous joindrons le groupe de répétition, aussi dans sa forme la plus simple. £x:
Groupe de répétition formé d'une période de neuf mesures.
Cette esquisse mélodique doit être, maintenant, harmonisée et mise en partition. En faisant ce travail Télève doit chercher à ajouter encore de Tintérét à son invention première par l'emploi de nouvelles ressources harmoniques, par une distribution ingénieuse de sa mélodie entres les différentes parties, par des changements de sonorité, etc.
Ces divers éléments de variété doivent être aussi essayés pour chaque fragment du groupe, comme, par exemple:
La première incise du thème avec différentes harmonisations.
Même incise avec différentes formes d'accompagnement.
Même iuci:»e avec des changements de sonorité.
(En 6, dernier exemple, on voit que deux fragments thématiques peuvent être employés simultanément, l'un, comme mélodie, Tautre, comme accompagnement.)
Le groupe de répétition pourrait être varié par le» mêmes moyens.
Nous mettrons, maintenant, les deux groupes (groupe moyen et groupe de répétition) en partition de Quatuor.
Uélève en fera la copie à la suite de la .première reprise, donnée comme exemple No. 602, et il aura sous les yeux Tensemble de ce Menuet qui est de Haydn.
Travail thématique.
Que relève se reporte aux trois motîls séparés âe Vexemple 690; qu'il les oompare arvec TensembLe du morceau qui en est formé et il verra, alors, eombien la part de véritable invention peut être minime, combien il faut donner d'importance à Fart du travail thématique, moyen technique à la disposition de quiconque veut en étudier la théorie et faire les exercices nécessaires.
Dans ce Menuet, Haydn a employé trois motifs ; mais les créa* tions les plus intéressantes peuvent être basées sur des éléments originaux encore plus restreints. Quoi de plus ordinaire, de plus insignifiant, par exemple, que le motif isolé qtte voici?
Et que celui-ci, surtout?*)
Et, cependant, c'est de ces deux motifs seuls que Haydn a formé entièrement le trio du Menuet précédent. Ex: IWo.
m à iJ%i I "-gl^iUUL^
*) Voir les exemples semblables, de Beethoven, N»» 620 et 624.
On voit par Tanalyse que nous venons de faire, aussi minutieusement que possible, d'un morceau de Maître que par un travail thématique habile on peut tirer parti des éléments les plus ordinaires pour faire un bon morceau. Il est vrai que le procédé, en quelque sorte mécanique, que nous préconisons est très superficiel; mais il a, néanmoins, l'avantage que par lui un élève dont l'imagination n'est pas eucorç éveillée peut arriver, cependant, à construire un thème. Lorsque, plus tard, de réelles facultés d'invention (qui ne pourront qu'être développées par notre méthode) apparaîtront chez lui, il lui sera facile de rejeter ce qu'il y a de froid et de sec dans ce procédé.