AU CHAPITRE NEUVIÈME
LA TECHNiaUE DES INSTRUMENTS A ARCHET,
Pour un compositeur, le moyen le plus sûr d'écrire d'une manière brillante et peu difficile pour un instrument quelconque, serait d'en jouer lui-même. Mais cela étant à peu près impossible, eu égard au grand nombre de ceux qu'il a à employer, il est forcé de se borner à acquécir une connaissance sommaire du mécanisme de l'exécution de chacun des instruments et des effets spéciaux qu'il en peut tirer.
Nous allons donner, ici, les indications de ce genre les plus nécessaires pour ce qui concerne le Violon, l'Alto et le Violoncelle, les instrments ^ui forment le Quatuor.
Le Violon.
Dans le Quatuor (et même à l'orobestre) on peut disposer de l'étendue suivante.
Avec tous les intei*vaUes chromatiques.
(Par l'emploi des sons harmoniques ou flageolets, les virtuoses peuvent dépasser la limite aiguë de cette échelle).
Toutes les gammes diatoniques les plus usitées (majeures et mineures] peuvent s'exécuter, sur le violon, même dans un mouvement très rapide et avec toutes les combinaisons rhythmiques résultant des divers coups d'archet.
Les ))Solistes« peuvent faire aussi la gamme chromatique avec une certaine vitesse; mais il y a là ui^ difficulté sérieuse que l'on fera bien d'éviter dans le quatuor, et surtout à l'orchestre, en n'employant de passages chromatiques que dans un mouvement lent.
Tous les^ trilles sont faisables à Texception de celui-ci:
qui ne pourrait avoir de terminaison. Cependant plus ils sont placés en haut de Téchelle, plus ils deviennent difficiles, à cause du rapprochement des doigts.
On peut, sur le violon, faire entendre simultanément deux, trois et qiMtre sons.
A partir de la 3® corde toutes les doubles^notes suivantes, (secondes, tierces, quartes, quintes, sixtes, septièmes et octaves) sont exécutables.
Tftblaau des doubles notes d'une exécution facile. Secondes. Tierces.
t^i.^Ml.fTffT^ || ^jijj .Wit f4^
Qaartes.
Quintes.
Ces doubles-notes peuvent aussi se faire sur tous les intervalles chromatiques, mais, alors, quelques-unes d'entre elles sont assez difficiles. Les plus faciles sont celles dans lesquelles se trouve une corde à vide, comme, par exemple, dans les secondes suivantes.
etc.
Les doubles notes se /ont encore, à l'aigu, au-delà du tableau ex. 14. Mais elles deviennent alors de plus en plus difficiles et.
quand on n'écrit pas pour un virtuose spécial, il est mieux de ne pas dépasser la limite que nous avons indiquée.
La même note peut se faire double, en untsson; les trois unis«sons suivants sont très faciles à cause de la corde à vide:
mais d'autres sont assez difficiles à faire parfaitement justes.
Sur une même corde on peut obtenir une longue série de sons en changeant de position, c'est à dire en déplaçant régulièrement la main gauche de manière à ce que le 4^' doigt monte, de la distance d'un ton ou d'un demi-ton, de quatre en quatre noièi. On admet en général huit positions, lesquelles sont pour la 4® corde (sol) :
4 «position. 2® position. déposition. 4 « position.
5« position. 6« position.
7^ position.
8« position.
Sur les trois autres cordes on procède de la même manière.
L^archet pouvant facilement faire vibrer simultanément deux cordes voisines, des gammes entières, diatoniques ou chromatiques, sont exécutables pendant qu'une même corde à vide résonne continuellement. Ex :
Gamme chromatique sar la corde sol pendant la répétition de la note ré. 000000 000 00 00 00 00
Dans toutes les positions les doubles notes ne peuvent s'exécuter que sur deux cordes immédiatement voisines. Ainsi, par exemple, la double note suivante:
LoBB, Compos. musicale. I.
ne pourrait pas se faire *) , car entre le sol inférieur et le sol supérieur [qui se trouve sur la 4® corde) Tarohet rencontrerait les cordes de r^ et de to et les mettrait en vibration.
Pour les accords de trois notes, il en est de même, c^est à dire qu'ils ne sont possibles que sur trois cordes voisines. De plus, il faut remarquer que, d«ns ces acqords, les trois sons ne peuvent se faire entendre tout à fait simuitanâment à cause de la position légèrement convexe des cordes. * Mais ils se suivent si rapidement que Foreille, néanmoins, les admet comme accords frappés.
Les plus faciles à exécuter sont ceux dans lesquels se trouve, au moins, une corde à vide. Ex:
Ceux qu'on ne peut faire à l'aide d'une corde à vide et, surtout, ceux dans lesquels il faut former deux sons avec le même doigt spnt toujours d'une certaine difficulté d'exécution. Ex:
Voici quelques accords de trois notçs ^ui s^ font assez fa* cilement : *
Certains accords, pour lesquels il faut passer un possibles, comme, par exemple :
sont
Dés accords de quatre sons offrent aussi les Tessouroes les plus variées. Comme les précédents, ils sont d'autant plus faciles lorsqu'ils permettent l'emploi de cordes à vide. L'élève qui ne joue pas de violon fera bien d'étudier attentivement le tableau suivant qui renferme les principaux accords de quatre notes dont l'exécution n'offre pas de difficultés sérieuses.
*) Cette double-note peut néanmoins se faire en prenant le sol supérieur, sur la corde ré, à la huitième position. (N. d. T.)
Tous les accords de 3 et 4 notes peuvent se faire brisés, c^est à dire en forme d^arpèges. aussi facilement que frappés.
On peut aussi arpéger certains accords dont ît ne serait pas possible de faire entendre simultanément toutes les notes; mais cela ne peut se faire qu'en déplaçant rapidement le même doigt, de bas en haut. Ex:
En général, toutes les formes d^aecords brisés sont possibles sur le violon, même dans les mouvements les plus rapides. Cependant les intervalle! 1res écartés, ^ui obligent à sauter par dessus une ou deux cordes, sont difficiles si le mouvement est u0 peu vif; ainsi le passage suivant:
qui est facile dans un mouvement Adagio ou Andante devient presque impossible dans le Presto et le Prestissimo.
A notre époque, il y a des virtuoses qui réussissent à vaincre des difficultés de ce genre, et bien d'autres encore, mais il faut se garder, en écrivant pour le quatuor, et surtout pour Torchestre, de s^attendre à trouver des exécutants armés d'une semblable technique.
En effleurant légèrement une corde avec les doigts de la main gauche sans appuyer sur la touche*), on obtient des »sons harmoniquesc ou «flageoletst. L'emploi, de plus en plus fréquent, de ces sons spéciaux est dû, en grande partie, à Paganini qui en a, en quelque sorte, inventé le mécanisme. On les divise en deux classes, 4^, les sons harmoniques naturels; S®, les sons harmoniques artificiels.
Les sons harmoniques naturels sont produits simplement par Peffleurement du doigt sur certains peints déterminés d'une corde. Nous donnons, ci-dessous, un tableau contenant ceux de ces sons qui s'obtiennent le plus facilement sur chaque corde.
Les notes indiquées par des rondes désignent quels points des cordes on doit effleurer légèrement; les notes indiquées par des noires désignent le son produit ou »son eflectifa.