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II. — FARADISATION

La faradisation, sous les auspices de Tripier, a devancé, en gynécologie, l'emploi du courant continu.

On l'a employée : dans les cas d'arrêt de développement ou de troubles de nutrition de l'utérus et des annexes ; dans la superinvolulion; dans certaines formes d'aménorrhée, de dysménorrhée

Fig. 169. — Appareil d'induction volta-faradique de GaiCfe, actionné par deux couples au

bioxyde de manganèse.

ou d'irrégularité menstruelle ; dans la subinvolution de Tutérus et de ses ligaments ; pour combattre des déviations, des métrorrha-.. gies ; dans les névralgies pelviennes symptomatiques ou essentiel^ les (névralgies lombo-abdominales, coccycodynie) ; dans l'incontinence d'urine ; dans le cas de tumeurs (fibromes et même kystes de l'ovaire) et de tuméfactions inflammatoires (salpingoovarite, etc.) ; dans la grossesse ectopique.

Le mode d'application diffère suivant les affections en cause et suivant les opérateurs.

Quand il s'agit de faradiser l'utérus, l'application externe dea deux rhéophores est généralement insuffisante. 11 faut appliquer l'un d'eux seulement sur la région hypogastrique et l'autre au coi^ tact du col ou dans la cavité utérine, ou mieux, user de l'éleclrod^ intra-utérin bipolaire d'Apostoli (fig. 170),

FAKADISATION.

Pour comballro les aiitédéviations, Tripier introduit le pôle + dans le reeluni, et le pôle — dans l'utérus jusqu'au niveau de l'orilice interne ; s'il s'agit d'une rétrodéviation, le pôle — est placé

comme précédemment et le pôle + dans la vessie, au contact de la paroi antérieure de l'utérus, ou encore, sur les deux régions inguinales ou l'hypogastre.

Les 7iévralgies loinbo-abdominales et le prurit vulvaire sont justiciables de la faradisation externe.

Dans la cocr.ycodynie, Grafe place un des pôles sur le sacrum et l'autre

Fig. 170. — Électrode ialra-uléiiii bipolaire Vig. 171. d'Apostoli.

lil(!ol,ro(lc vaginal bipolaire d'Apostoli.

sur le coccyx ; trois à huit séances, d'intensité progressive, lui ont généralement donné de bons résultats.

Dans la rjrossesse ectopique, on a pour but de tuer le fœtus : le pôle positif est placé extérieurement sur la paroi abdominale ; le

ÉLEGTRISATION.

pôle négatif, au Jiiveau de la tumeur, par l'interiTiédiaire du vagin ou du rectum. On fait passer un courant de force progressive pendant cinq à dix minutes, et l'on continue les séances tant que l'on croit le fœtus encore vivant. En général,, il n'en faudrait pas plus de trois ou quatre. Ce procédé, mis en usage suiiout en Amérique (Garrigues, Brothei s, Buckmaster) et en Russie (Kalabine, Warnek, ISfedowetsky), aurait donné quelques succès, mais aurait aussi déterminé la rupture du kyste (Janvrin, Brothers).

Daiis les kijstes de l'ovaire, surtout dans les kystes proligères uniou multiloculaires, de petit et de moyen volume, Nœggerath (1890) emploie les courants induits de la façon suivante : Le pôle négatif du courant secondaire est introduit dans le vagin sous forme d'une éponge humide, tandis que l'électrode positif, électrode-éponge de la largeur de la main, est appliqué sur le ventre-. Le courant doit être tout juste assez fort pour être perçu de la malade, mais la durée de la séance est au moins d'une demi-heure au début et, plus tard, d'une heure. Il suffirait de trois applications par semaine pendant un mois et demi ou deux, puis l'on attend l'action éloignée du traitement ; s'il échoue, il faudrait conclure à la malignité de la tumeur.

Reymond et Mally ont appliqué les courants induits aux fibromes, dans le service de Terrier. L'électrode indifférent, représenté par une plaque métallique, est placé sur l'abdomen. L'électrode actif est une sonde métallique, malléable, de 2 millimètres de diamètre, entourée d'un manchon isolant en caoutchouc, sauf à son extrémité sur une étendue de 3 centimètres ; cette sonde est introduite dans la cavité utérine et reliée au pôle négatif, si ce sont les hémorrhagies qui dominent, au pôle positif, s'il s'agit de combattre l'élément douleur. Les séances, au nombre de trois par semaine, sont de cinq minutes dans le premier cas, de dix minutes dans le second, et on augmente la force du courant jusqu'à produire la contracture des muscles abdominaux. Ce traitement, prolongé de quinze jours à trois mois, a fait cesser les hémorrhagies et les douleurs sans diminuer en rien le volume des tumeurs.

Munde emploie aussi la faradisation, mais à haute dose, contre les fibromes interstitiels.

jn. — GALVANISATION Méthodes. — La méthode ŒApostoli (1), pour les lésions utérines

(l) Voir Aposloli, Sur un nouveau Irailcmcnl ilc la mélrile [Noiiv. archiv. d'obst. et de gynécologie, 1880, p. 501).

GALVANISATION.

ot péri-utci'incsi, consisic en une galvano-caustiquc, soit cii applications superficielles, soit sous l'orme à'èlectro-piincture. Elle utilise aussi V action interpolaire du courant dont la physiologie intime est encore hypothétique. Elnfin les expériences récentes d'Apostoli et Laquerrière (t) ont démontré Vaction antiseptique du pôle -j- qu'il vaut donc mieux employer toujours comme pôle actif.

Danion, dans le. traitement du fibrome, n'utilise que l'action mécanique du courant.

Fifr. 172. — Batterie au manganèse de GailTe.

Gautier, dans le but d'utiliser les combinaisons nouvelles qui résultent du passage de l'électricité dans les corps composés, a imaginé de se servir d'électrodes de cuivre qui donnent naissance, au pôle positif, à de l'oxychlorure de cuivre non toxique et hémostatique {méthode d' éleclroly se interstitielle) .

Le courant alternatif sinusoïdal, découvert en 1891 par d'Arsonval (2), a été employé avec succès par Apostoli contre la douleur en général, la leucorrhée et dans le cas d'exsudat pelvien. Mais il augmenterait plutôt les hémorrhagics, serait sans influence sur l'hydrorrhée et ne diminuerait en rien le volume des fibromes (3).

[ (1) Jlevue internationale d'électrothérapie, août 1891.

(2) D'Arsonval, Arclùoes de pliysiologia, 1"'' janvier 1892.

(3) M"«Kaplan-La[)ina. r/t. /-"am, 1803.

ÉLEGTRISATION.

Appareil instrumental. — L'appai-cil iiisirumcntal comprend i° Une pile pouvant donner de 100 à 230 milliampères (fig. 172); 2° Un galvanomètre d'intensité hion réglé et gradué à 2ij0 milliampères (fig. 178) ; 3° Des rhéophores souples et résistants ; 4° Des électrodes spéciaux.

IW excitateur intra-utérin le plus souvent employé est en métal inattaquable, or, aluminium ou mieux platine (Apostoli), et doit avoir le volume et la forme d'un hystéromètre ordinaire; il est monté sur un manche creux, et on l'engaine, au moment de s'en servir, sur une hauteur variable, dans un tube isolateur en celluloïde (fig. 174).

Apostoli se sert aussi d'excitateurs en charbon de cornue ayant

Fig. 178. — Galvanomètre d'Arsonval-GailTe.

la forme de cylindres de 2 centimètres 1/2 de long, portés sur une tige métallique entourée de caoutchouc. Ces cylindres, de 5 à 12 millimètres de diamètre (fig. 17b), permettent de localiser plus étroitement l'action galvano-caustique et s'emploient lorsque l'utérus est très perméable. Danion emploie, comme excitateur intrautérin, un index de platine qu'il introduit seulement dans le col, etc.

Pour la galvano-puncture, on donnera la préférence au trocart d'Apostoli, trocart en acier terminé par une pointe en or très fine et isolé, dans sa portion vaginale, par une gaine en guttapercha.

'L'électrode indifférent est formé d'une plaque d'étain recouverte de peau de chamois, ou mieux, pour les grandes intensités, d'un gâteau rectangulaire de terre glaise (Apostoli) de 30 centimè-

GALVANISATION.

1res sur 20 ccntimùtrcs de côté et 1 centimètre 1 /2 d'épaisseur, enveloppé dans de la tarlatane. La teri-e glaise doit être aussi plastique que possible et assez molle pour se modeler sur la peau et l imprégnor d'humidité. Elle est reliée au rliéophorepar l'intermé-

Fig. 174. — Éleclrodo on Fig. 175. — Éleclrodc en charbon de Fig. 17G. — Trocart à platine d'Apostoli pour cornue d'Aposloli pour l'électrolyse galvano-punctured'Al'électrolyse intra-ulé- intra-utérine. posloli. rine.

diaire d'une plaque métallique d'environ 10 centimètres de côté qu'on inclut dans l'épaisseur de la brique. La gélosine, conseillée par Ménière, est d'un maniement plus agréable que la terre glaise, mais ne présente pas les mêmes avantages au point de vue de la conductibilité du courant.

Technique opératoire. — A. En gicnérai.. — Galvavo-caustique in-

Vmhkv.i kt Petit. — Ciynccologic. 3o

S4G ELECTRISATION.

ira-utérine. — Pour la galvano-caustique intra-utérine, le gâteau de terre glaise élanl, appliqué au-dessus du pubis, en deiiors des poils, et maintenu par la malade avec ses deux mains étendues à plat, l'excitateur est introduit comme un hystéromètre et avec les mêmes précautions. On s'assure qui; le manchon isolateur affleure le col et déborde la vulve; on fixe solidement les rhéophores aux électrodes et on amène l'aiguille du galvanomètre au 0 ; enfin, l'excitateur étant maintenu d'une main, on fait mouvoir de l'autre la manette du collecteur, en ne perdant pas de vue le galvanomètre. L'intensité du courant doit être augmentée très lentement et subordonnée à la tolérance individuelle. Pour les premières séances il faut> se borner à des doses faibles, 30 à 40 milliampères par exemple. Au bout de cinq à dix minutes au plus, on suspend le courant « d'une façon progressive, couple par couple, et jamais brusquement, pour éviter tout choc et toute contraction douloureuse consécutive de l'utérus ou de la paroi abdominale » (Apostoli).

L'opération terminée, la malade garde le repos pendant une heure au moins. Il se produit parfois, immédiatement après le retrait de l'électrode, quelques coliques utérines, un léger écoulement sanguin et, dans les jours qui suivent, un peu de leucorrhée. On doit recommander l'usage des injections antiseptiques, le repos et l'abstention du coït. Les séances d eleclrisation sont renouvelées deux ou trois fois par semaine. La durée totale du traitement dépend de la nature et du degré des lésions : il varie de deux ou trois semaines à plusieurs mois.

Galvano-puncture. — Pour pratiquer la galvano-punclure, on conduit sur le doigt le trocart spécial dont nous avons parlé jusqu'au contact de la tumeur ou de la tuméfaction inflammatoire et on l'y enfonce de 2 centimètres environ. Le courant, tout en étant beaucoup mieux localisé que dans la galvano-causlique intra-utérine, est tout aussi bien supporté. 11 est évident qu'on doit asepsier, avec le plus grand soin, et le trocart et la surface à ponctionner. Apostoli a renoncé à la galvano-puncture négative ; avec le pôle -H qui est antiseptique, il ne craint plus la suppuration et la gangrène.

B. Technique oPÉiuTonuc en particuuer. — Galvanisation dans la ^étrite. — Apostoli conseille la galvano-caustiquc intra-utérine comme traitement de la méti'ite.ïout d'abord, il employait le pôle +À coa'^ulant et hémostatique, dans les formes congestives et hémor-} rhagiques, et le pôle -, fluidifiant, dans les formes anciennes et scléreuses. Actuellement, il n'emploie plus, comme pôle actif, que le pôle + qui, seul, d'après lui, a une action antiseptique. Nous pensons qu'au lieu de recourir à de fortes intensités, il vaut mieux

GALVANISATION.

s'en tenir à une cautérisation superficielle, c'est-à-dire, ne pas dépasser 40 à 50 milliampcres.

Quand la métrite est à l'état subaigu, ou même aigu, Apostoli ne renonce pas à sa méthode, mais se limite à des intensités très faibles et très lentement progressives.

. Galvanisation des fibromes. — AposloH a recours à la galvanocaustique à haute dose, de d 00 à 250 milliampères, sous forme de galvano-causlique intra-utérine, ou de galvano-puncture quand l'utérus est imperméable ou qu'il s'agit d'obtenir des effets à la fois puissants et rapides. La galvano-puncture des fibromes n'est douloureuse qu'au moment où l'aiguille traverse la paroi vaginale. Nous avons déjà indiqué ce qu'on pouvait attendre .de ces procédés. Un certain nombre de gynécologues, et nous sommes du nombre, pensent qu'il est inutile d'atteinch-e les hautes intensités conseillées par leur promoteur : en général, il suffit de 50 à 60 milliampères pour obtenir l'action sédative, la plus constante d'ailleurs, et de dOO àd50 miUiampères pour arriver aux effets hémostatiques.

Cutter pratique de la façon suivante la galvano-puncture des fibromes : il se sert d'une puissante batterie de Stohrer ; les électrodes, en forme de sondes cannelées, pointues et tranchantes sur les bords de la gouttière, sont profondément introduits dans l'épaisseur de la tumeur, à un intervalle d'un demi-centimètre. Le lieu d'élection dépend du siège et de la saillie du fibrome ; la ponction est faite, soit à travers les parois abdominales, soit à travers la muqueuse du vagin ou du rectum. Chaque application a lieu sous le chloroforme, dure trois minutes environ et se renouvelle tous les huit ou quinze jours,, suivant la tolérance. En procédant ainsi. Cutter cherche à obtenir, non pas une cautérisation ni une décomposition chimique, mais une modification dans le processus de nutrition. Son procédé, de son aveu même, n'est pas sans dangers, car il a eu à déplorer 4 morts sur 50 cas.

Gehrung, de Saint-Louis, ponctionne la tumeur en son point le plus accessible, vagin ou paroi abdominale, au moyen d'un trocart à double canule auquel il adapte l'électrode négatif, et fait passer, pendant cinq à vingt minutes, un courant de 50 à dOO milliampères. Le trocart est alors retiré et la canule laissée en place, pour assurer l'écoulement du liquide résultant de la galvano-caustique, l'abstersion du trajet par des injections et le renouvellement de l'électrisation sans ponction nouvelle.

Cliéron, dès d868, a tenté d'appliquer les courants continus au traitement des fibromes en utilisant seulement leur action mécanique. A cet effet, il place un tampon positif dans le vagin, au

r,48 . ÉLECTRISâTTON.

contact du col, et l'électrode négatif sur le ventre. Il a été suivi dans cette voie par Aimé Martin (1879), qui interrompait on renversait le courant, après les premières séances; par Onimus, Ménière, Munde, Carpenter, etc. ; enfin, par Danion et Lucas-Championnlère.

Danion emploie, comme électrode indifférent, une plaque de terre glaise ou une plaque d'étain recouverte de peau de chamois et, comme excitateur, un index de plaline qu'il introduit dans le col, ou un tampon d'amadou qu'il applique à sa surface.

Il laisse passer, pendant trois à six minutes, un courant de 40 à 70 milliampères avec l'électrode intra-cervicale, et de 150 milliampères avec le tampon, puis renverse deux ou trois fois le courant. A chaque interruption, la malade éprouve une sensation de chaleur et de fourmillement. Ce traitement, qui doit être poursuivi pendant des mois, aurait, d'après Lucas- Championni ère, une action analogue à celle des eaux chlorurées sodiques et leur serait associé avec avantage.

Galvanisation dans les phhqmasies péri-utérines. — Pour appliquer le galvano-puncture aux phlegmasies péri-utérines, on est le plus souvent obligé d'endormir la malade. Le Irocart est enfoncé au point culminant de la tuméfaction, en dehors des battements artériels et aussi près que possible de la face postérieure de l'utérus. On fait passer, durant cinq à dix minutes, un courant de 50 à ^v^o milliampères. Une seule séance pourrait parfois suffire. Il est nécessaire, après l'opération, de pratiquer un pansement antiseptique et de maintenir la malade au repos.

Pour les exsudais anciens, sans collection liquide, pour les nevralqies pelviennes, on emploie la galvanisation intra-utérine positive' ou les simples applications vaginales au moyen d un électrode métallique entouré d'ouate humide et promené autour du col, au niveau des points malades.

Galvanisation dans les sténoses. - Dans les cas de sténose uterme ou vaginale, on emploie un électrode de forme appropriée relie au pôle négatif et une intensité de 60 à iOO milliampères au plus; les séances doivent être assez longues, de dix à vingt minutes environ On a encore conseillé les courants continus dans le vagimsme (Lomer), le cancer (Gibbons, Steavenson, etc).

En r<^s«)né,l'électrisation, sous toutes ses formes, rend dlncontestables services à la gynécologie. ^, <^.oe«„h-

Ses effets se font surtout sentir à l'égard des symptômes sub-

MASSAGE

jectifs et fonctionnels des Tibromes et dans les cas d'exsudats anciens ou de douleurs pelviennes avec peu ou pas de lésions.

Apostoli avance, de plus, qu'elle peut être d'un grand secours pour le diagnostic (1). D'après lui, Vinsiiccès curatif de la faradisation dans les douleurs ovariennes indiquerait une lésion profonde et non une simple névralgie. La sensibilité utérine au courant continu serait généralement tributaire de celle des annexes. Si les douleurs provoquées par le passage du courant ne s'atténuent pas rapidement dès les premières séances, ou si, a fortiori, elles augmentent, cette intolérance impliquerait l'existence d'une lésion justiciable de l'ablation.

La grossesse et la suppuration péri-utérine constituent les deux contre-indications principales à l'emploi de l'électrici té en gynécologie. Jusqu'à nouvel informé, les tumeurs fibro-kystiques et malignes paraissent échapper à son action.

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