CAUSES EFFICIENTES
Hippocrate et quelques anciens accoucheurs, quelques modernes même, tels que G. Harvey, regardent le fœtus comme le principal agent de son expulsion ; ils se fondent sur ce c[ue l'accouchement est plus long, plus pénible quand l'enfant a cessé de vivre ; sur ce que des fœtus ont pu être expulsés après la mort de leur mère, et enfin, sur ce qu'on voit les petits des femelles de grands animaux exécuter des mouvements propres à faciliter leur expulsion. Il est certain qu'après la mort du produit l'expulsion est plus lente; mais cette lenteur ne dépend pas de ce que le fœtus mort ne peut plus aider à son expulsion, mais de ce que le fœtus, affaissé sur lui-même, ne présente plus à l'organe un point d'appui et ne l'irrite plus par ses mouvements actifs; de ce que l'utérus perd son activité, de ce qu'enfin sa contractilité organique ne s'exerce plus que faiblement. Ces circonstances qui dépendent, il est vrai, de la mort du produit suffisent pour expliquer la lenteur du travail dans le cas de mort de l'enfant, sans qu'on soit en droit d'attribuer cette lenteur à la mort même du fœtus.
Onaencoreallégué, pour prouver que le fœtus coopère à sa sortie, l'exemple d'enfants nés spontanément après la mort de la mère, et
ces faits ne sont pas très-rares *, mais dans la plupart de ces expulsions les enfants étaient morts quelquefois avant et le plus ordinairement en même temps ou peu après leur mère; le fœtus mort est alors expulsé en vertu de la tonicité de l'organe.
Bichat a démontré en outre que tous les organes ne meurent pas en même temps, et que l'utérus peut expulser le produit par sa force de rétraction, quelques instants après le dernier battement du cœur.
Leroux a senti cet organe se contracter un quart d'heure après le dernier soupir. Osiander, ayant pratiqué l'opération césarienne sur un cadavre, vit la matrice se rétracter comme sur le vivant.
Quant aux mouvements que les petits des grands animaux exécutent lors de leur expulsion, ils ne peuvent être révoqués en doute. Aussi, s'il est rationnel d'admettre que le fœtus n'est pas le principal agent de son expulsion, l'opinion de ceux qui pensent, par analogie, qu'il peut y contribuer directement, au moins pour une certaine part, ne me semble pas dénuée de tout fondement.
Mais quelle est la cause efficiente de l'accouchement? Évidemment elle réside dans la contraction des parois utérines, aidée de celle du diaphragme et des parois abdominales. Toutefois, la contraction utérine peut suffire seule, dans beaucoup de cas, à déterminer l'accouchement. En effet, l'expulsion ne s'effectue pas moins chez les femelles dont les parois abdominales sont ouvertes, et chez celles dont les parois sont paralysées. Mais, si le plus souvent l'utérus se suffit à lui-même dans le premier temps du travail, il n'en est pas toujours de même quand la tête a franchi le détroit supérieur, et qu'elle repose sur le plancher du bassin. L'action simultanée du diaphragme et des muscles abdominaux est souvent indispensable pour aider la contraction utérine et terminer l'expulsion.
Cependant le diaphragme n'est pas, comme les muscles abdominaux, un agent direct de la parturition ; il n'exerce pas une compression sur l'utérus même: mais, soutenu par l'air inspiré pa'r les poumons, il donne à la base de la poitrine une immobilité qui permet aux muscles d'y prendre un point d'appui solide, et vient indirectement ainsi en aide à la contraction utérine.
Il peut arriver aussi que le produit soit expulsé sans contractions apparentes de l'utérus, et seulement sous l'influence des contractions abdominales. J'ai pu observer un cas très-curieux de cette nature, avec mes amis les docteurs Lucien Boyer et Filhos.
1 Cas de parturition dans le cercueil; exhumation après 2 ans et 'à mois. Fait rapporté par le docteur Casper, de Berlin [Union me'dicale, S ianViev 1858;.