DES CONTRACTIONS IRRÉGULIÈRES OU PATHOLOGIQUES
La conlractilité organique de l'utérus est sujette à des irrégularités dans son mode d'action et à un état particulier d'exacerbation qu'il est bien important de reconnaître.
L'utérus, comme on a pu le voir dans les figures de la partie anatomique de cet ouvrage, est formé par plusieurs plans fibreux et plusieurs faisceauxmusculaires, qui constituent de véritables muscles bien distincts. Dans l'accouchement normal, tous ces muscles se contractent à la fois pour agir sur le produit, et le résultat de cette contraction est une douleur vive, suivie bientôt d'un calme parfait. Si, au contraire, ces différents muscles se contractent les uns après les autres, il en résulte une série de contractions alternatives extrêmement douloureuses, fatigantes, et très-irrégulières dans le mode et dans les intervalles de leur reproduction.
La main, appliquée sur l'abdomen, reconnaît très-bien aux irrégularités de la surface de l'utérus, à la dureté de certaines parties de son étendue, à la mollesse de certaines autres, que les contractions sont partielles; on sent, de plus, que le fœtus, ballotté par ces alternatives de contractions, au lieu d'être engagé par une synergie d'action de tous les muscles de l'organe, ne s'avance que lentement, et le plus souvent ne fait aucun progrès.
D'autres fois, les douleurs sont continues ; on n'y remarque pour tout paroxysme que de véritables exacerbations. Dans ce cas, toutes les parties de l'organe se contractent à la fois, et bien que cette contraction puisse déterminer l'engagement du produit, cependant l'impulsion qu'il reçoitn'estpas en rapport avec la violence de la douleur. Dans Tune et l'autre circonstance, les femmes sont en proie à une agitation extrême, à un véritable désespoir ; le pouls est fréquent, développé, la peau chaude, la face rouge et animée ; tous les muscles du corps semblent participer à la contraction de l'organe ; l'intelligence se trouble. Enfin, si l'on ne modifiait pas cet état particulier de l'utérus, auquel on a donné le nom de tétanos utérin, il serait bientôt remplacé par de véritables convulsions, par l'éclampsie puerpérale.
Toutefois, dans ce cas, la médication est le plus souvent suivie
d'un résultat heureux; elle permet de faire cesser les angoisses horribles auxquelles les femmes sont en proie, et d'en prévenir les fâcheuses conséquences.
Elle consiste dans la saignée générale, les bains et les narcotiques, suivant le tempérament de la femme. Si elle est pléthorique, la saignée suffira quelquefois seule; mais si, dix minutes ou un quart d'heure après qu'elle aura été pratiquée, l'effet sédatif qu'elle doit produire ne s'est pas manifesté, il faut recourir aux opiacés. Si la patiente est nerveuse, irritable, les bains, et surtout les narcotiques, devront être employés. On administrera d'abord un huitième de lavement laudanisé, quinze gouttes de laudanum de Sydenham dans unquartde verre d'eau tiède seulement, afin qu'il soit pi us facilement gardé ; puis on fera mettre la femme au bain; si, un quart d'heure après sa sortie du bain, l'effet n'est pas produit, on reviendra de quart d'heure en quart d'heure aux petits lavements, avec addition de dix gouttes de laudanum dans chacun ; trois ou quatre de ces lavements suffisent.
En général, peu d'instants après le premier lavement, les douleurs s'affaiblissent. A cette agitation extrême succède un calme parfait, pendant lequel la femme goûte quelquefois un sommeil bienfaisant; puis les douleurs renaissent, mais régulières, et suivies d'intervalles de calme. La femme a retrouvé son énergie, son courage, etTaccouchement fait de rapides progrès.
J'ai eu souvent, tant en ville qu'à l'hôpital, l'occasion d'employer cette médication, que j'ai toujours vue couronnée de succès. C'est par M. P. Dubois que je l'ai vu employer pour la première fois. Je me bornerai à en citer un exemple ^
Dans ce cas aussi, toujours je me suis très-bien trouvé de quelques inspirations de chloroforme, faites h môme le flacon, bien que je me sois vu souvent encore obligé de recourir au laudanum.
Voyez le chapitre spécial sur le Chloroforme et Véther appliqués aux accouchements.
1 Le II juillet 1837, la nommée Carron, âgée de vingt-cinq ans, entra à la salle d'accouchement, présentant tous les symptômes d'un travail commençant : les douleurs assez vives étaient continuelles ; cependant le travail languissait, la femme était excédée de fatigue et découragée. Quinze gouttes de laudanum lui furent administrées, les douleurs se suspendirent, un sommeil assez calme survint, et elle n'accoucha que le lendemain.
Je pourrais multiplier ces citations, mais l'étendue de cet ouvrage ne me le permettant pas, je renvoie au mémoire que j'ai publié sur cette matière en 1838.
RHUMATISME UTERIN. 425
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