SENSIBILITE DES ORGANES
pu suivre ; depuis quinze heures les contractions suspendues ne s'étaient pas ranimées, et quand bien même l'expectation eût permis d'espérer de les voir renaître, elles avaient été insuffisantes jusqu'alors, malgré leur énergie, et ne devait-on pas redouter de les voir de nouveau jeter la malade dans l'état vraiment inquiétant d'où l'opium l'avait tirée? De plus, pour l'enfant, bien qu'il semblât rester une certaine quantité d'eau dans l'utérus, il pouvait souffrir de cette prolongation insolite du travail. Et, quant à la mère, il y avait indispensable nécessité de constater l'état des choses, puis de mettre fin à un travail aussi pénible.
Mais comment agir^, quand il est impossible de savoir quelle est la position affectée par la partie foetale qui se présente; quel est l'obstacle qui s'oppose à la terminaison de raccouchement? Et encore, quand on aurait pu s'éclairer sur ces points, comment extraire un enfant à travers des organes affectés d'un état de constriction spasmodique si énergique, doués d'une sensibilité si exagérée, que le doigt ne peut y pénétrer sans crainte de voir se produire les accidents les plus graves? Cette pensée me préoccupait à tel point, que, malgré la résolution prise de recourir aux vapeurs éthérées, qui nous parurent indiquées ou jamais, dans ce cas, je passai des heures bien anxieuses, depuis midi que je quittai la malade jusqu'à quatre heures que je retournai auprès d'elle.
Mes bons amis les docteurs Devilliers fils et Nitard-Ricord voulurent bien venir prendre, avec nous, leur part de responsabilité dans ce cas, dont l'issue ne m'inspirait que des craintes.
Madame B... fut placée en travers de son lit; les inspirations d'éther furent commencées avec l'appareil de M. Gharrière ; au bout de deux minutes le narcotisme sembla se dissiper en partie, après cinq minutes l'insensibilité était complète. Immédiatement le toucher fut pratiqué avec facilité et sans douleur; la tête était déjà assez engagée dans l'excavation, et cependant elle était encore recouverte par une partie des membranes ; je les déchirai, et un peu de liquide s'écoula. M. Devilliers toucha aussi et reconnut, en outre, un abaissement et une légère dépression d'avant en arrière de la symphyse des pubis, que je constatai aussi à la hâte, et qui nous expliqua toutes les lenteurs du travail, malgré l'énergie des contractions. Pendant les investigations, la malade n'avait manifesté aucune douleur; celte sensibilité si exaltée avait disparu comme par enchantement.
Que faire? Fallait-il abandonner le travail à lui-même? Il n'y avait plus de contractions depuis quinze heures, et, je le répète, on ne pouvait espérer, quand bien même elles se fussent ranimées,
qu'elles auraient surmonté un obstacle que jusqu'alors elles n'avaient pu vaincre. Il fallait se hâter, car chaque seconde qui s'écoulait allait nous replonger bientôt dans la triste position d'où l'éther nous avait tirés : on fît faire encore quelques inspirations à la malade, j'appliquai le forceps avec la plus grande facilité, quelques contractions se réveillèrent alors; je fis franchir à la tête l'obstacle qui l'avait empêchée de s'engager; je lui fis exécuter son mouvement de rotation; mais bien que le périnée fût fort assoupli, comme sa rigidité antérieure me donnait la crainte de le voir se déchirer, malgré toutes les précautions possibles, je retirai l'instrument, et je confiai la dernière expulsion aux contractions qui s'étaient suffisamment ranimées. Trois contractions suffirent pour expulser la tête. Les épaules présentèrent quelques difficultés dans leur dégagement; enfin l'enfant fut expulsé et bientôt ranimé.
Pendant l'expulsion de la tête, la femme se livra à des efforts propres à seconder l'utérus, et madame B... poussa quelques cris. Nous pensâmes tous qu'elle n'était plus alors exactement soumise à l'influence de l'éther, et cependant elle nous affirma plus tard, quand les cris de son enfant l'eurent complètement réveillée, qu'elle n'avait rien senti;, qu'elle ne se souvenait de rien.
ARTICLE IX