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SENSIBILITÉ DES ORGANES

On rencontre quelquefois une sensibilité très-exagérée des organes extérieurs, qui rend le toucher très-douloureux, et oblige à en user avec une très-grande réserve; je l'ai rencontrée tellement exagérée dans le cas suivant, qu'il était tout à fait impossible de se livrer à aucune exploration.

Le 1" mars 1847, M. le docteur Poupon me fît appeler auprès de madame B..., à onze heures du matin.

Cette dame, âgée de quarante-trois ans, et n'ayant eu qu'un seul enfant dix-sept ans auparavant, à la suite d'un long travail de vingtsix heures, très-pénible, quoique l'enfant fût d'un petit volume, avait conservé de cette première couche une sensibilité et un état <le constriction de l'anneau vulvaire et du vagin, tellement pro-

1 Précipitation de la matrice ou prolapsus partiel de la matrice hors de la vulve vendant le travail de l'accouchement.

M. le docteur Naudin fils a rapporté, devant la Société de médecine de Toulouse, deux observations remarquables de précipitation de matrice, dont l'une surtout nous paraît digne d'être reproduite, à cause de la facilité avec laquelle on peut remédier à un accident aussi grave. Une dame était enceinte pour la troisième fois; le col de l'utérus était extrêmement rigide, et les eaux s'étant écoulées prématurément, le travail n'avançait pas. Tout à coup, au milieu des plus vives douleurs et de très-violents efTorts d'expulsion, l'utérus, chargé du produit de la conception, se précipite et sort subitement à travers la vulve. MM. Naudin et Gaussait, appelés sur-le-champ, trouvèrent, entre les cuisses de la malade, une tumeur représentant un ovoïde d'un volume plus considérable que la tète d'un fœtus à terme; en la comprimant dans tous les sens, on percevait la sensation d'un corps dur, arrondi, qui paraissait occuper tout son intérieur. Le museau de tanche était libre et saillant en bas, il était dur et résistant; en introduisant le doigt dans son orifice, on reconnaissait la fontanelle occipitale de l'enfant. MM. Naudin et Gaussait pensèrent qu'en dilatant artificiellement l'orifice utérin, on terminerait aisément l'accouchement, ils introduisirent les doigts d'abord, puis la main, et, après avoir donné à la tête une bonne direction, ils abandonnèrent l'accouchement à la nature : une seule douleur suflTit alors, en effet, pour l'expulsion du fœtus. La délivrance suivit de près, sans hémorrhagie.

L'accouchement terminé, on procéda à la réduction de la matrice, qui s'opéra avec assez de facilité. Dans un effort pour rendre les urines, la matrice sortit de nouveau, mais on la maintint en place par l'application d'un bandage en T. La femme se rétablit rapidement. Le toucher annonça que les organes avaient repris leur position, et la mère put nourrir son enfant comme si l'accouchement avait été naturel. [Compte rendu de la Société de médecine de Toulouse.)

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nonce, que les approches conjugales étaient devenues impossibles sans douleurs extrêmement vives. Madame B... ayant eu le mallieur de perdre cet enfant à l'âge de quinze ans, redevint peu de temps après enceinte. Parvenue au terme de cette deuxième grossesse, après quelques heures de souffrances modérées, elle fit appeler, le samedi matin 27 février, M. Poupon, son médecin. Notre confrère constata l'écoulement de glaires sanguinolentes, et quoique avec une très-grande difficulté et en déterminant des douleurs très-vives, il put aussi s^assurer par le toucher que la dilatation du col était déjà très-avancée et que le sommet se présentait; mais, depuis lors, il fut complètement impossible de se livrer à aucuneinvestigation, tant la sensibilité des organes devint vive.

Les contractions très-énergiques s'exercèrent sans relâche pendant la journée du samedi, la nuit suivante, la journée du dimanche, sans aucun résultat apparent, si ce n'est l'écoulement d'une petite quantité de liquide amniotique; et le rapprochement et l'intensité des douleurs devinrent tels que le médecin, dans la nuit du dimanche au lundi, jugea à propos de les modifier par l'usage du laudanum en lavement.

Les contractions pathologiques cessèrent en effet; mais, malgré un narcotisme assez prononcé, la sensibilité si vive des organes génitaux s'était accrue à tel point, que le plus léger contact faisait pousser à la malade des cris déchirants. L'abdomen était aussi devenu très-sensible, le pouls variait de 120 à 430 pulsations par minute, la langue était sèche, la soif vive, la peau chaude; et la pauvre femme, accablée, ne cessait de pousser de sourds gémissements ; l'utérus était tombé dans une inertie presque complète.

Tel était l'état de la malade, quand j'arrivai le lundi 11, cinquantequatre heures après la seule exploration faite par M. Poupon.

Malgré les indications qui me furent données par notre honorable confrère sur celte sensibilité extrême des parties, ne pouvant pas imaginer qu'elle était aussi exagérée, bien que je l'aie rencontrée quelquefois bien vive, j'insistai sur la nécessité de pratiquer le toucher; mais, malgré l'état de narcotisme presque complet dans lequel la malade était plongée, au plus léger contact elle se redressa sur son lit, fut prise de mouvements nerveux, et poussa des cris si effroyables, que je dus renoncer à toute investigation; le cathétérisme essayé, détermina les mêmes douleurs : nous fûmes aussi forcés d'y renoncer.

Que faire? Attendre? Cela n'était pas possible ; depuis cinquantequatre heures la malade était en travail bien déclaré, et l'on ignorait complètement ce qui pouvait entraver ce travail que l'on n'avait

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