TUMEURS DE LA VULVE ET DU VAGIN
L'œdème des grandes lèvres, le développement variqueux de leurs veines, le thrombus de la vulve, du vagin, les tumeurs cancéreuses et fibreuses^ les kystes, les végétations qui peuvent se développer dans l'épaisseur des parois du vagin, sont autant de complications qui peuvent avoir de la gravité pour la mère; ces tumeurs, quand elles sont très-développées, peuvent aussi mettra obstacle à l'accouchement.
§ 1. — «lEiIème des grandes lèvres.
Lorsque les lèvres de la vulve sont le siège d'un œdème considérable, la dernière expulsion de la tête peut être ralentie, et la pression de la tête, au moment du travail, peut déterminer la gangrène
OU la rupture des lèvres : ces accidents sont très-rares. J'ai vu toujours les femmes, même celles dont la vulve était extrêmement infiltrée, se délivrer d'elles-mêmes, sans que cet œdème créât des difficultés et fit courir aucun danger à la mère. Cependant, quand l'œdème est considérable, il est bon de donner issue à la sérosité, en pratiquant quelques mouchetures avec la lancette.
§ 2. — Varices et tlu*ouiltus des lèvres.
A. Varices. — L'état variqueux des grandes lèvres et du vagin, déterminé par la gêne que le développement de l'utérus apporte dans la circulation veineuse des membres inférieurs, ne nécessite par lui-même aucun moyen particulier; mais les accidents auxquels ces varices donnent lieu sont de nature, parleur gravité, à mériter toute l'attention de l'homme de l'art. Pendant la grossesse en efi'et, mais surtout pendant le travail, ces veines extrêmement tuméfiées peuvent se rompre et laisser épancher dans le tissu cellulaire une plus ou moins grande quantité de sang; quelquefois même, à la suite de la gangrène des parties, cet épanchement se fait jour à l'extérieur, et la femme peut périr d'hémorrhagie.
B. Thrombus. — 11 est rare que les veines variqueuses se rompent dans les premiers mois de la grossesse, elles ne sont pas en général assez développées pour se déchirer spontanément ou même sous l'influence d'une cause extérieure ^. C'est à une époque voisine du terme, et surtout pendant le travail, que le thrombus peut se manifester; quelquefois aussi, les varices n'apparaissent qu'après la délivrance, et, dans ce cas, elles sont d'autant plus graves, qu'elles peuvent prendre un développement plus considérable dans des tissus relâchés, et que souvent elles ne sont pas constatées immédiatement.
La formation du thrombus est annoncée par une douleur vive, ressentie dans la partie qui en est le siège ; cette partie se tuméfie, et acquiert son volume instantanément, ou elle s'accroît insensiblement.
1 Une femme de trente ans, qui s'était présentée à la Clinique le 12 février 1835, pour accouclier, affectée de tumeur variqueuse des grandes lèvres du vagin pendant toute sa grossesse, en avait été beaucoup moins incommodée dans la dernière quinzaine qui précéda l'accouchement.
Au moment du travail, le 27 avril, elles reprirent l'apparence qu'elles avaient eue pendant la grossesse ; mais il suffit, pour en empêcher la rupture, de les soutenir légèrement avec les doigts jusqu'à ce que la tête, s' engageant dans les parties génitales, les comprimât elle-même, et l'accouchement se termina sans accident.
On a vu des Ihrombus occuper toute l'étendue d'une des grandes lèvres, s'étendre ensuite dans l'excavation, et contenir une quanlité de sang assez considérable pour que la femme en soit notablement alfaiblie.
Les tissus sont violacés, tendus; on y sent une fluctuation trèssensible, souvent même ils se rompent sous l'efTort de l'épanchement, et une hémorrbagie plus ou moins grave se manifeste ; quelquefois ces épanchements sanguins se terminent par résolution; ils penvent aussi se terminer par résorption.
Au moment du travail, si la tumeur met obstacle à l'accouchement, il faudra donner issue au sang par une incision, et jamais cette incision ne devra être pratiquée avant que la tête de l'enfant soit engagée sur la tumeur même et tout près de la comprimer en s'engageant de plus en plus; sans cette précaution, en effet, une hémorrbagie grave pourrait être la conséquence de l'incision.
Si la tumeur se manifeste pendant la grossesse ou après l'accouchement, et si elle est peu considérable, on devra tenter la résolution du sang épanché; mais si elle est volumineuse, si surtout les tissus amincis, mortifiés, faisaient craindre la gangrène, il faudrait inciser largement et évacuer ainsi les caillots et le sang contenu dans la tumeur; ces caillots seront extraits avec le doigt, en ayant soin de laisser ceux qui seraient adhérents, dans la crainte de renouveler l'hémorrhagie. On a conseillé, dans ce cas, de ne pas ouvrir la tumeur aussitôt qu'elle est formée, et ce conseil est extrêmement sage. En effet, si l'on donne issue au sang épanché, avant qu'il se soit formé un caillot, on s'expose à déterminer une hémorrbagie grave; aussi doit-on attendre quelques jours avant d'inciser. Cependant, si la tumeur prenait un accroissement rapide et qu'on craignît une hémorrbagie interne grave, il faudrait ouvrir immédiatement et tamponner dans le foyer lui-môme et dans le vagin.
ARTICLE XL