EVOLUTION SPONTANEE
pelvienne qui suit aussi la même direction. Enfin, le périnée bombe, et l'on voit successivement se dégager, à la commissure antérieure du périnée, la partie latérale et supérieure de la poitrine, le côté proprement dit, la hanche et l'extrémité pelvienne. A mesure que ces parties se dégagent, la tête et le bras gauche pénètrent dans l'excavation, mais ils en sont bientôt expulsés, et dans la plupart des cas, sans que la tête exécute son mouvement de rotation intérieur. En effet, elle se présente à des parties qui viennent d'être dilatées outre mesure, et elle n'est pas sollicitée par ces parties à accomplir ce mouvement de rotation.
C'est ainsi que les choses se passent quand le plan dorsal du fœtus répond en avant du bassin. L'expulsion est toutàfait la même ; mais il est encore plus facile, dans ce cas, de constater la régularité de Taccomplissemerit du mouvement de rotation extérieur, qui, dans toute présentation, doit ramener le plan postérieur du fœtus en avant. Ce mouvement s'accomplit ici avec une régularité parfaite ; on voit tout le fœtus, à mesure qu'il franchit la vulve, éprouver sur lui-même un mouvement de torsion qui ramène en avant le dos de l'enfant. Nsegelé, le premier, a pu constater ce phénomène.
Fig. 258.
J'ai pu observer deux fois le mécanisme de l'évolution spontanée, une fois à la Maternité, et une fois à la Clinique, chez la nommée Gornillot, dans une grossesse gémellaire. Dans le premier cas, l'en-
fanl n'était pas viable; dans le second, celui des deux jumeaux qui fut ainsi expulsé était d'un très-petit volume et n'avait atteint que le terme de huit mois : il survécut à l'accouchement, M. Velpeau a rapporté un grand nombre de ces faits *. Dans quelques-uns même, les fœtus étaient parvenus au terme de la gestation. Denman en consigne une assez grande quantité ; le docteur Vandezan a aussi observé un fait de ce genre, le 30 juillet 4840 : mais on comprend facilement que, dans l'immense majorité des cas, à terme, cette expulsion ne pourra s'effectuer quand le bassin et le produit auront leurs dimensions normales, et que la mère, si l'art n'intervient pas, succombera le plus souvent sans accomplir son œuvre. On s'explique facilement aussi, pour la mère et pour l'enfant^, tous les dangers d^une pareille expulsion. La longueur du travail, la compression à laquelle le produit est soumis, déterminent presque toujours sa mort ; et son passage forcé contond, dilacère plus ou moins les organes maternels; enfin, les douleurs horribles et continues d'un pareil enfantement portent dans toute l'économie une perturbation à laquelle la femme ne peut survivre.
Le pronostic de cet accouchement est donc extrêmement fâcheux à terme : aussi ne saurait-on trop s'élever contre la pratique de Denman, qui confiait la plupart de ces expulsions à la nature. Sur cent trente-sept évolutions spontanées, d'après les relevés faits par M. Velpeau, cent vingt-cinq enfants sont morts, et combien de femmes ont succombé avant la terminaison de l'accouchement, ou bien peu de temps après ; combien aussi ont gardé, pendant toute leur vie, des infirmités plus déplorables que la mort môme.
Avant terme, l'évolution spontanée peut s'effectuer avec moins de dangers pour la mère et pour l'enfant, surtout si le bassin est large, les contractions très-énergiques, le fœtus petit, et les parties peu résistantes. La primiparité, comme on le pense bien, sera un grand obstacle.
En résumé, cet accouchement ne s'accomplissent qu'en vertu de circonstances tout à fait exceptionnelles et compromettant presque toujours la vie de l'enfant et souvent celle de la mère 2, quand il s'accomplit, Vaccoucheurne doit jamais rester simple spectateur dans un cas semblable, à moins que le produit n'ait pas dépassé le terme de la viabilité.
1 Traité pratique de l'art des accouchements. Paris, 1835, t. Il, p. 256 et suiv.
2 Voyez Ruptures de l'utérus, p. 836.
PROCEDES OPERATOIRES. 8 55