ACCIDENTS DE LA SÉCRÉTION LAITEUSE
Les accidents dont la sécrétion laiteuse peut s'accompagner sont bien plus fréquents chez les femmes qui nourrissent que chez celles qui ne nourrissent pas. Cependant l'opinion contraire est gé»éralement répandue ; mais l'expérience prouve chaque jour combien elle est peu fondée.
Ces accidents sont la galactirrhée, l'agalaxie, l'engorgement de& seins, les excoriations, ou gerçures des seins, l'inflammation, les abcès, les indurations, qui sont les conséquences de l'inflammation.
§ 1. — I»e la galactirrhée.
A. Chez la femme qui ne nourrit pas. — La galactirrhée ou l'excès de sécrétions laiteuse chez une femme qui ne nourrit pas est un accident qui mérite toute la sollicitude de l'accoucheur.
Cependant cet accident de la sécrétion laiteuse n'est jamais assez prononcé le premier jour de la fièvre de lait, pour qu'on doive y remédier autrement que par les moyens conseillés généralement pendant cette fièvre : repos le plus absolu de corps et d'esprit, boissons chaudes, diète, et entretien de la chaleur sur les seins, au moyen des cardes de coton ou de linges de mousseline. Mais si, le second
jour, la fièvre persévère, si les seins sont fortement tendus, tuméfiés, douloureux, il faut modérer cette sécrétion trop active.
La malade est d'abord tenue à une diète absolue, des cataplasmes de fécule de riz sont appliqués sur les seins ; puis, afin d'augmenter les autres sécrétions, on tiendra la malade assez chaudement pour déterminer, s'il se peut, de la moiteur; mais surtout on activera la sécrétion de la muqueuse intestinale par de légers laxatifs, tels que l'huile de ricin (15 à 30 grammes) : il y aurait de môme utilité à administrer un lavement purgatif; enfin, comme boisson, la malade ferait usage d'une infusion chaude aiguisée avec le nitrate de potasse (50 centigrammes pour un litre d'eau).
Ce régime serait continué tant que l'état des seins pourrait inspirer quelques craintes.
B. Chez lanourrice. — La galactirrhée chez une femme qui allaite ne constitue jamais une maladie, à moins de circonstance que je vais énumérer dans un instant.
En effet, il est bien rare que la sécrétion laiteuse devienne assez active pour dépasser les besoins du nouveau-né, si l'on a soin de le présenter au sein avant la fièvre de lait. Aussi ne saurait-on trop recommander de ne pas attendre la montée du lait, mais de mettre Tenfant au sein quelques heures après l'accouchement, qu'il y ait ou non une suffisante quantité de lait. S'il n'y trouve pas assez de nourriture, on pourra y suppléer par de l'eau de gruau; mais tout au moins la succion exercée par la bouche de l'enfant donnera prématurément à la glande mammaire l'activité qu'elle n'aurait acquise que quarante-huit à soixante heures plus tard, et qui alors eût été peut-être trop intense.
Qu'advient-il, en effet, quand, suivant l'avis de quelques médecins, on attend la montée du lait? Premièrement, les seins se gonflent, puis le mamelon s'efface, et l'enfant ne peut le saisir pour diminuer la quantité du lait et se nourrir, et alors les seins se tuméfient et s'engorgent.
Cet accident, malgré toutes les précautions, peut arriver aux femmes qui nourrissent, et surtout à celles dont le mamelon ne présente pas assez de saillie pour pouvoir être saisi par l'enfant.
Aussi, pour obviera tous ces inconvénients, pour assurer, autant que possible, le succès de l'allaitement naturel, j'ai adopté une pratique qui, jusqu'à ce jour, m'a donné de très-bons résultats: elle consiste à prendre, pendant les premiers jours, une nourrice dont l'enfant est plus fort que le nouveau-né. Quand on veut faire teter le nouveau-né, on place d'abord au sein l'enfant de la nourrice, qui, plus fort, forme les bouts, fait monter le lait ou dégorge les seins
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suivant le cas, et, quand tout semble bien disposé, on le retire pour présenter le nouveau-né au sein, qui le prend alors facilement. Si la sécrétion laiteuse n'est pas encore assez établie pour que le nouveauné puise chez sa mère un élément réparateur, la nourrice lui donne immédiatement le sein dès qu'il a fait quelques efforts de succion.
Ce moyen bien simple, et qui est à la portée de tout le monde, s'oppose aux engorgements du>ein, aux conséquences qui résultent, pour le nouveau-né, des efforts de succion (le muguet), et d'une alimentation artificielle. Il doit être continué jusqu'à l'établissement régulier de l'allaitement maternel : cinq ou six jours suffisent en général.
Cependant, si l'on n'a pris aucune des précautions qui peuvent s'opposer à ce que la sécrétion laiteuse ait trop d'activité, ou si l'on n'a pas usé des moj^ens propres à utiliser cette activité, cette galactirrhée peut devenir une maladie, lorsque, par quelques circonstances, l'enfant cesse de prendre le sein ou ne peut teter une quantité de lait suffisante. Un régime trop succulent, la constipation, l'embarras gastrique, favorisent aussi singulièrement cet excès de sécrétion laiteuse qui, chez certaines femmes, peut encore être produit par une sorte d'irritation de la glande mammaire, souvent suivie d'un engorgement considérable, si le lait ne parvient pas à s'écouler au dehors, soit naturellement, soit par la succion de l'enfant. Mais il est un cas surtout oii la galactirrhée peut se manifester : c'est lorsqu'une femme, ayant commencé à donner le sein pendant plusieurs jours, se trouve dans la nécessité de cesser l'allaitement; alors l'excitation déjà produite par la succion de l'enfant continue après que celui-ci a cessé de teter, et le lait sécrété, n'étant plus extrait, détermine un engorgement très-douloureux.
Le traitement à employer contre la galactirrhée consiste d'abord, dans le cas où il y a seulement surabondance de lait, à en extraire le superflu au moyen de la pompe à sein, mais avec une extrême douceur, ou à faire exercer la succion par de jeunes chiens, comme cela se pratique souvent dans les campagnes; puis à diminuer la quantité d'aliments, même à prescrire la diète dans les cas graves, et à augmenter les autres sécrétions, etc., etc.
Chez une femme qui n'a pas donné le sein, mais surtout chez celle qui s'est vue, par suite de crevasse ou de mauvaise qualité du lait, dans l'obligation de cesser de nourrir, la galactirrhée peut, si elle résiste aux moyens généralement usités, compromettre gravement la santé de la femme.
Dans ces cas fort rares, on devrait faire usage de l'iode recommandé par le docteur Riesenberg de Carolath.
Dans trois couches successives, chez la même femme, que cet accidentavait réduite aune maigreur excessive, qui déjà était prise de fièvre, l'iode, à la dose de 5 à 10 centigr. unis à 4 à 5 grammes d'hydriodate de potasse pour 200 grammes d'eau, en application sur les seins, fit cesser les accidents.
§ 2. — De l'agalaxic.
L'agalaxie est beaucoup plus fâcheuse, surtout lorsque la femme se trouve dans la nécessité d'allaiter son enfant. Le défaut de lait peut reconnaître pour cause le squirrhe ou l'atrophie morbide des mamelles, une sécrétion beaucoup trop abondante, des lochies, le flux de ventre et d'urines immodéré, les sueurs trop copieuses, une mauvaise alimentation, les irritations des viscères importants, les excès en tous genres, les affections de nature vénérienne et autres, un allaitement trop prolongé^ la trop grande jeunesse ou l'âge trop avancé, l'apparition des règles, ou enfin la grossesse. Quant à la mauvaise conformation ou à l'absence du mamelon, qui empêche l'enfant de le saisir, elles constituent des causes d'agalaxie, mais secondairement, parce que l'enfant, ne pouvant exercer la succion, ne fait pas monter le lait. Il en est de même du côté de l'enfant, de la mauvaise conformation des lèvres, de la langue ou du voile du palais, et de tout autre vice de conformation ou de sa trop grande faiblesse, qui l'empêchent de prendre le sein. C'est donc aux causes énoncées les premières qu'il faut s'en prendre pour rappeler le lait dans les seins. Et d'abord le régime adoucissant, même quelques évacuations sanguines, conviennent chez les femmes pléthoriques ou atteintes d'inflammation de quelques viscères. Chez celles, au contraire, qui sont affaiblies d'une manière notable, c'est un régime un peu tonique, et le repos tant moral que physique, qui conviennent. Le mamelon est-il mal conformé, il faut s'assurer s'il est susceptible d'érection pour donner quelque prise à l'enfant, car assez souvent il peut se développer sous l'influence de quelques titillations et des efforts de succion. Quant à l'enfant, il faudrait remédier, si cela se pouvait, au vice de conformation dont il est atteint. Mais il est des cas oii le mal est sans remède pour la mère comme pour l'enfant : c'est lorsque le vice de conformation de celui-ci est beaucoup trop prononcé pour lui permettre la succion; alors il ne reste d'autre ressource que l'allaitement artificiel dont il sera question plus loin. Lorsque la mère est atteinte d'une aff"ection organique des seins, se trouve trop âgée, que ses règles viennent à paraître ou qu'elle devient enceinte, c'est alors une nourrice qu'il faut donner à l'enfant.