ENGORGEMENT LES SEINS
§ 3. — I>c reug;ov$;eiucut des seins.
V engorgement des seins, ou communément \e poil {morbus pilaris), qui survient pendant la lactation, est caractérisé par le gonflement de l'un ou de l'autre sein et pi us rarement de tous les deux à la fois. Le sein devient douloureux, dur, tendu, inégal, présente une légère rougeur ksasurface, des inégalités et des nodosités rénitentes, qui gagnent quelquefois la région de l'aisselle. Quoique le poil puisse survenir à diverses époques de l'allaitement et à différentes reprises, il ne se manifeste ordinairement que peu dejours après l'accouchement et n'est accompagné le plus souvent d'aucun danger. Les causes de cet engorgement sont l'impression du froid, les coups, les tiraillements du mamelon, la sensibilité développée par la succion trop forte de l'enfant, une nourriture trop succulente, la cessation brusque de l'allaitement, les excoriations et les gerçures du sein, etc., etc.
L'engorgement des seins se termine habituellement par résolution au bout de quelques jours, et il ne laisse d'induration après lui que lorsqu'il a été très-considérable, a duré longtemps, et n'a pas été traité convenablement. Ce qu'il fautfaire d'abordlorsque cet accident arrive, c'est de dégorger la mamelle en plaçant l'enfant au sein, lorsque la femme nourrit ; et si l'on exerce la succion artificielle', il faut le faire avec douceur, car, faite sans ménagement, elle aggraverait certainement les accidents ; la diète ou un régime très-léger, des applications émollientes, que l'on accompagne de l'emploi, à l'intérieur, de purgatifs salins, des diurétiques et des diaphorétiques, devront seuls être employés ^ Il est bon d'observer aussi que, chez la nourrice, le dégorgement par la succion exercée par l'enfant sur le sein malade ne doit être tenté qu'au début, et sans insister, si dès la première tentative il n'y a pas d'amélioration, car ce procédé, continué sans réserve, serait bien plutôt de nature à aggraver les accidents qu'aies diminuer; à plus forte raison devra-t-on, dans ce cas, s'abstenir delà succion artificielle.
Inflammation. — L'm/?amma^2or{desmamellesest une conséquence de l'engorgement qui n'a pas pu être détruit; bien rarement elle détermine des accidents d'une certaine gravité : elle occupe le tissu cellulaire sous-cutané ou les fascias, ou le tissu môme de la glande. Comme la précédente, elle peut survenir pendant tout le cours de la lactation, mais elle arrive surtout pendant le premier mois. Elle reconnaît les mêmes causes que l'engorgement et principalement l'impression du froid, les gerçures du mamelon, les affections morales vives, etc., etc.
i Velpeau, Traité des maladies du sein, 2e édition, Paris, 1858, p. 186.
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Si l'inflammation sous-cutanée est circonscrite, elle ne diffère en rien du phlegmon ordinaire. En palpant le sein, on sent qu'il est dur, tendu, douloureux dans un certain point, que la surface de la peau est plus lisse, rosée, ou même déjà rouge, douloureuse, et que son épaisseur semble augmentée. Bientôt, si l'affection ne se termine pas par résolution, le point le plus sensible se ramollit, devient d'un rouge livide, est le siège d'une fluctuation évidente, superficielle, et enfin la peau s'amincit tellement qu'elle s'excorie et laisse échapper le pus au dehors. Cet accident peut se reproduire sur d'autres points de la mamelle.
L'inflammation est-elle plus profonde et occupe-t-elle les aponévroses, la douleur est plus obscure et ne devient vive que lorsque le tissu cellulaire sous-cutané ou la glande elle-même sont atteints, ce qui a lieu ordinairement. Alors l'engorgement augmente considérablement, rend le sein raboteux, dur, inégal au toucher; la douleur, très-vive, profonde, pulsative, produit des élancements très-sensibles ; la fièvre est d'autant plus forte que l'inflammation occupe une plus grande étendue de la glande ou sa totalité (il esta remarquer que cette inflammation commence habituellement vers la partie supérieure externe de la mamelle) ; il y a de l'anorexie, de la soif, de la céphalalgie, tous les signes, enfin, d'une irritation intense. Si l'inflammation ne semble pas cesser ou se limiter, peu à peu la sécrétion du lait se supprime, et l'on remarque sur les points d'abord les plus indurés un commencement de fluctuation profonde, qui peut même envahir plusieurs parties ou la presque totalité de l'organe ; c'est qu'alors des collections de pus se sont formées dans les vaisseaux galactophores et les aréoles de la glande. Du reste, à moins que la collection de pus ne soit considérable ou qu'elle ne soit rapprochée de la surface de la peau, la fluctuation est très-difficile à distinguer. Il arrive, en effet, parfois que des doigts peu exercés croient sentir une fluctuation profonde là où il n'existe que des portions de glande saines et molles qui, chez la plupart des femmes, donnent lieu à une sensation de liquide épanché : c'est une erreur que n'ont pu éviter même quelques praticiens exercés et qui ont fait des incisions qui, au lieu de pus, ne donnaient que du sang. Et cependant cette difficulté ne doit pas faire reculer devant l'ouverture d'un abcès, aussitôt qu'on le croit formé ; car, abandonnée à elle-même, l'inflammation de la glande mammaire peut donner lieu à de nombreux abcès qui s'ouvrent sur différents points de la surface du sein, après de grandes douleurs, ou fusent au-dessous des aponévroses et détruisent une parlie de la glande, en gagnant le tissu cellulaire et les glandes voisines de l'aisselle. Dans tous les