‹ Traité pratique de l'art des accouchementsChapitre 227 sur 287 · GERÇURES OU EXCORIATIONS DES SEINS · texte numérisé non relu

GERÇURES OU EXCORIATIONS DES SEINS

Bien plus, dans ces circonstances, on est souvent obligé de cesser l'allaitement pour éviter de graves accidents, la chute du mamelon, l'inflammation du sein, les abcès, etc., etc.

On a conseillé comme traitement préventif de préparer, avant l'accouchement^ le mamelon par la succion peu énergique et souvent répétée, afln d'endurcir l'épithélium qui recouvre le mamelon : ce moyen, d'ailleurs, aura aussi l'avantage de rendre celui-ci plus propre à remplir ses fondions par suite de l'allongement qu'il subira; d'appliquer sur les seins, un mois avant l'accouchement un peu de coton imbibé de rhum ou d'eau~de-vie; de placer sur les mamelons de petits chapeaux de caoutchouc (flg. 267).

Tels sont les seuls moyens préventifs tant soit peu efficaces qu'on puisse proposer.

Quant au traitement curatif, il est aussi peu certain que possible. J'ai vu successivement tous les moyens échouer et réussir alternativement : tel est le mucilage de coing (5 ou 6 graines de coing sur lesquelles on jette une cuillerée d'eau bouillante), appliqué sur le sein immédiatement après l'allaitement, au moyen d'une feuille de lierre en forme de cornet; le beurre de cacao, la cautérisation avec le nitrate d'argent, etc. Enfin, le seul moyen qui présente un véritable avantage, c'est l'allaitement médiat avec le bout de sein artificiel de tétine de vache, de madame Lebreton, ou celui de liège de Darbo, ou celui d'ivoire ramolli de Gharrière. Ce bout de sein ne préserve pas tout à fait le mamelon de rirritation produite par la succion, mais il la tempère beaucoup, et pendant que l'enfant continue à s'alimenter, sans que sa bouche soit en contact immédiat avec le sein, celui-ci se guérit petit à petit (fig. 268).

Comme moyen propre à faciliter cette succion, et pour faire prendre goût à l'enfant, on remplit le petit godet du mamelon avec du lait chaud sucré étendu d'eau, et on l'applique ainsi sur le sein. L'enfant tette d'abord avec facilité le lait qui remplit le godet, le vide s'opère, et le lait maternel vient successivement remplacer l'autre. Ce petit artifice m'a très-souvent réussi.

Mais si l'enfant était trop faible, il serait impossible d'user de ce moyen ; il faudrait nécessairement recourir à une nourrice, dont l'enfant plus fort tetterait la nouvelle accouchée avec le bout de sein tandis que la nourrice allaiterait le nouveau-né; car il est bien important, en pareil cas, de ne pas laisser engorger les seins : ce serait

Fi2. 268.

une complication qui, à coup sûr, obligerait de renoncer tout à fait à la nourriture.

II arrive souvent aussi que, dans l'allaitement au moyen du bout de sein, les efforts de succion que l'enfant est obligé de faire déterminent l'inflammation de la bouche et le muguet, et qu'alors on ne peut continuer à user pour lui de ce moyen, quoiqu'il ne s'y refuse pas.

On use de ces précautions tant que les gerçures ne sont pas entièrement cicatrisées ; cependant il est bon d'essayer de temps en temps de l'allaitement immédiat pour voir s'il peut être repris.

Telle est la conduite que je suis en pareil cas, c'est celle dont je me suis le mieux trouvé.

Et presque toujours j'ai vu échouer ces prétendus spécifiques.

La plus petite crevasse peut quelquefois donner lieu à un écoulement de sang assez abondant; il faut être prévenu de cette circonstance pour ne pas prendre pour une hémorrhagie grave le sang que l'enfant rejette dans ces cas avec le lait qu'il a pris au sein maternel.

Reproduction de la lactation. — M. Gubler a publié ^ quelques faits dans lesquels la lactation, après avoir été interrompue pendant un temps plus ou moins long, avait pu être reprise avec succès ; le docteur Ariel Ballore ^ a aussi signalé trois faits de ce genre.

ARTICLE II

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