‹ Traité pratique de l'art des accouchementsChapitre 226 sur 287 · ENGORGEMENT DES SEINS · texte numérisé non relu

ENGORGEMENT DES SEINS

cas, il est très-difficile d'empêcher la suppuration de se former, quelque soin qu'on y apporte, et ces soins consistent, dans le principe, en des applications émollientes continues, des évacuations sanguines générales et locales, suivant les cas, etc., etc. Les minoratifs, les diaphorétiques, les bains entiers, ne devront pas être mis en oubli. Quant à la compression exercée méthodiquement sur toute la glande, et préconisée par M. Trousseau qui prétend en retirer les meilleurs effets, je n'oserais la conseiller qu'après l'ouverture de l'abcès et quand il n'y aurait plus d'inflammation. Lorsque, malgré ces moyens, l'inflammation continue, se propage, que la douleur devient pulsative, les cataplasmes laudanisés, les onctions avec le baume tranquille ou avec la teinture de safran, sont utiles. Enfin, si l'on remarque que l'abcès soit inévitable, comme cela a lieu le plus souvent et même que la fluctuation commence à se faire sentir, quelque profonde qu'elle soit, il ne faut pas hésiter à pratiquer de bonne heure une incision que l'on tient ouverte à l'aide d'une mèche : c'est le meilleur moyen de faire tomber l'inflammation, de détruire la tension des parties et de diminuer la douleur. Cette méthode a pour but encore de s'opposer à l'extension du foyer purulent et de ménager ainsi une grande partie de la glande.

L'inflammation des mamelles est, comme on le voit, un accident peu grave pour la mère, mais très-douloureux, et elle s'oppose à l'allaitement de l'enfant^ soit pendant la durée de la maladie, si elle n'a pas intéressé une trop grande partie de la glande, soit pour toujours, dans le cas où celle-ci a été détruite ou indurée, et où la disposition à cette maladie est trop manifeste. En efi'et, elle se reproduit, chez certaines personnes, avec une extrême facilité et exige la cessation complète de l'allaitement. Comme nn le voit, la maladie peut se terminer par résolution, par suppuration ou par induration.

La résolution de l'engorgement inflammatoire s'accompagne souvent de selles, de sueurs abondantes, et d'une augmentation notable dans la quantité des urines.

Lorsque les abcès ont été ouverts, il convient d'entretenir pendant quelque temps leur ouverture au moyen d'une mèche, afin de favoriser l'écoulement du pus et de continuer l'application des cataplasmes émollients, pour obtenir un dégorgemient complet; peu à peu on leur substitue les résolutifs et la compression légère.

L'induration de la glande peut également avoir lieu lorsque la suppuration ne se forme pas et après qu'elle a eu lieu : c'est une terminaison fâcheuse et qu'il faut prévenir avec grand soin en employant les lotions résolutives et alcalines, les onctions, soit avec

l'onguent mercuriel, soit avec la pomnnade d'hydriodate de potasse, et, dans les engorgements considérables, avec l'iode pris à l'intérieur ou la compression méthodique.

Les fistules lactées, signalées par Gardien, Brachet, etc., ont été, il y a quelques années, l'objet d'une étude approfondie de la part de M. Bonnet (de Lyon). Elle s'observent très-fréquemment dans les circonstances de cette nature, ce qui, du reste, est assez facile à comprendre; mais elles offrent en général peu de gravité. Pourtant, on les voit persister avec une certaine opiniâtreté quand la femme continue l'allaitement, parce qu'alors la sécrétion du lait, étant fort active, détermine l'issue abondante de ce liquide par le conduit perforé et entretient cette ouverture anormale; tandis que, quand l'allaitement est suspendu, que l'on emploie les moyens convenables pour diminuer la sécrétion du lait, elles finissent souvent par.se tarir d'elles-mêmes. Si elles persistent, on peut employer quelques moyens par lesquels on en vient à bout ordinairement ; ce sont :

1° La cautérisation de l'ouverture fîstuleuse à l'aide du nitrate d'argent ;

2° Celle-ci échouant, la compression méthodique exercée sur le sein. Cet organe est favorablement disposé pour subir l'influence de ce moyen très-puissant.

§ 4. — Bes gerçures ou excoriatious îles seius.

Chez les femmes qui nourrissent pour la première fois, quelquefois môme à chaque nourriture, les efforts de succion déterminent des gerçures du mamelon plus ou moins profondes, qui sont toujours extrêmement douloureuses, et qui, bien qu'elles n'aient ordinairement aucune gravité, compromettent très-souvent le succès de l'allaitement, soit par la violence de la douleur qu'elles déterminent, soit par l'intlammation de la glande qu'elles causent souvent directement, ou indirectement, parce que les femmes, reculant devant la douleur, ne donnent pas assez souvent le sein et le font ainsi s'engorger.

Quelquefois, cependant^, quand elles sont superficielles, elles guérissent spontanément, l'enfant continuant de téter ; mais pour cela il faut que la mère soit douée d'une énergie, d'un désir de nourrir bien rare, car la douleur que fait endurer la succion sur le mamelon dépouillé de son épithélium est presque intolérable.

Cette angoisse est souvent si vive, quand les excoriations ont de la profondeur, que même en usant de tous les moyens propres à calmer la douleur, il faut encore un courage surhumain pour la supporter.

Page 1