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NOURRIR

Avant la naissance de l'enfant, on a déjà à s'occuper de son éducation. S'il doit prendre un lait étranger, le choix de la nourrice est facile : l'état de l'enfant, de la nourrice, et toutes les circonstances que je mentionnerai permettent en général de faire un bon choix à l'avance. Il n'est pas aussi facile d'établir d'une manière certaine, pendant la grossesse, qu'une femme sera bonne nourrice : j'ai vu des femmes grandes, fortes, aux seins bien développés, qui présentaient enfin toutes les apparences des meilleures nourrices, et qui cependant, une fois accouchées, n'avaient pas de lait; tandis que j'en ai vu d'autres, faibles, délicates en apparence, qui, ayant voulu nourrir, malgré toutes les représentations, ont fait de très-beaux élèves. En général, il est rare qu'une femme ne puisse pas nourrir quand elle est d'une bonne santé, et si elle use de toutes les précautions que je recommanderai à ce sujet.

On pourra donc laisser à une mère l'espoir qu'elle pourra nourrir,, quand elle sera d'une bonne santé, quand elle ne sera pas affectée de maladies qu'elle pourrait transmettre à son enfant, quand son sein, d'un volume ordinaire, sera parsemé déveines bleuâtres (comme on le pense bien, cette condition n'est pas rigoureuse) , quand l'aréole sera élevée, le mamelon saillant, et surtout quand quelques gouttes d'un liquide séro-lactescent s'en écouleront par une légère pression. Elle devra aussi être d'un naturel peu irritable, et dans une condition qui ne l'expose pas à des émotions trop vives et trop fréquentes ; être

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logée k une exposition convenable, et surtout habiter la campagne l'été. Mais si elle était d'un tempérament trop lymphatique, ou douée d'une trop grande sensibilité, quand bien même les qualités physiques qui prouvent qu'elle sera bonne nourrice se rencontreraient chez elle, on devrait la dissuader de nourrir.

On lui en démontrera l'impossibilité absolue si elle ne peut quitter la ville pendant la belle saison, et surtout si elle habite un quartier resserré, un rez-de-chaussée humide, oii le soleil ne pénètre pas.

Mais quoiqu'on doive prendre, avant tout, en grande considération toutes les circonstances que je viens de relater, il en est une d'une grande valeur : c'est l'abondance de cette liqueur lactescente, le colostrum qui s'écoule par le mamelon pendant la grossesse. L'abondance du lait après l'accouchement est dans un rapport à peu près constant avec celle du colostrum, et les qualités de ce dernier peuvent permettre, dans bien des circonstances, de préjuger celles du lait.

Telles sont les conclusions qu'on doit tirer, d'après les travaux de M. Donné *, de l'examen du colostrum. Ces expériences, je les ai répétées : elles m'ont donné à peu près les mêmes résultats.

Ainsi quand, à la fin de la grossesse, par la pression, on ne pourra réussira faire sortir qu'une légère goutte de colostrum du mamelon, on doit craindre que le lait ne soit en bien petite quantité.

Examiné au microscope, ce colostrum présente très-peu de globules laiteux; ils sont petits et irréguliers ; enfin il ne contient qu'une très-petite quantité de corps granuleux.

Si ce colostrum, aqueux, clair, coule facilement et avec abondance des seins, on devra craindre que le lait, qui sera abondant, ne soit pauvre et peu nourrissant, et surtout qu'il ne tarisse quelques jours après l'accouchement.

Enfin, quand le colostrum s'écoule facilement, tache le linge de la mère en jaune plus ou moins foncé, surtout quand on a pu en obtenir quelques gouttes dans une cuiller, qui, après un léger repos, présentent des stries jaunâtres qui semblent plus consistantes que le reste du liquide, on sera en droit de regarder par avance le lait comme très-bon.

Ce colostrum contient une grande quantité de globules laiteux et de corps granuleux.

On comprend cependant que ces signes sont quelquefois trop fugaces pour qu'on doive porter un jugement fondé exclusivement sur

1 Conseils aux mères sur l' allaitement et sur la manière d'élever les enfants nouveau-nés, Paris, 1846, p. 30.

ce mode d'investigation, et le préférer à l'exclusion de tous les autres; en effet, il ne peut en aucune manière éclairer sur les vices que le lait peut présenter. Ainsi, avant que je me sois occupé par moi-même de ces recherches, qui certes ne sont pas sans intérêt et sans utilité, j'ai fait analyser le lait d'une femme de la Clinique par M. Donné. Il supposa ce lait celui d'une très-bonne nourrice. Elle était phthisique. Combien de fois aussi n'ai-je pas vu des femmes être considérées comme ne pouvant pas nourrir, parce que le colostrum qui s'écoulait de leurs seins était peu abondant et pauvre, et qui cependant ont été de très-bonnes nourrices. «• L'examen microscopique, en résumé, donne le plus ordinairement des résultats avantageux quand il s'agit de constater la richesse du lait ou certaines de ses altérations ; c'est donc un moyen auquel il faut recourir. Mais il ne doit venir qu'en aide aux autres moyens, car il ne permet pas de reconnaître toutes les altérations que le lait peut subir^ et il ne peut à lui seul servir de base à un jugement dans une circonstance aussi importante.

ARTICLE IL

DES SOINS A PRENDRE PENDANT LA GROSSESSE POUR FACILITER l'ALLAI-

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