ALLAITEMENT PAR LES NOURRICES
que c'est la condition que les gens du monde peuvent le plus facilement apprécier. Il est vrai que l'apparence extérieure s'accorde souvent avec l'existence d'une bonne santé ; mais cela n'a pas toujours lieu, et il faut bien savoir aussi que certaines femmes, qui ne sont pas douées de qualités physiques avantageuses, possèdent souvent celles qui caractérisent une bonne nourrice, et méritent d'être préférées aux premières.
En effet, le tempérament lymphatique, que l'on doit le plus s'attacher à éviter chez une nourrice, est celui qui cependant se lie le plus souvent avec la blancheur de la peau, la perfection des formes.
On peut résumer ainsi les qualités qu'on doit exiger, autant que possible, d'une nourrice à laquelle on confie un enfant nouveau-né.
Elle doit être jeune, née de parents sains, être d'une bonne santé, bien développée de corps, avoir de belles dents ; il faut que ses seins soient assez prononcés, parsemés de veines bleuâtres, et surtout que les bouts en soient bien formés; il faut qu'elle soit alerte, propre, d'un bon caractère, et qu'elle ne soit pas d'un esprit trop obtus ; enfin qu'elle ne soit pas trop impressionnable, trop nerveuse. Si l'enfant doit être nourri sur lieu, la femme de campagne est celle qui réunit les meilleures conditions ; sa constitution est plus robuste, sa santé meilleure, son moral moins impressionnable, et c'est le seul choix qu'on puisse faire, si l'enfant est confié à la nourrice chez elle. En effet, les conditions hygiéniques où se trouve la femme de campagne, sa manière de vivre, celle de sa famille, sont inappréciables.
Pour cette dernière, on devra s'assurer aussi si elle est heureuse en ménage, si son habitation est saine, enfin, on devra exercer sur elle la plus active surveillance, et exiger d'elle certaines précautions indispensables au succès d'une nourriture, et que j'énumérerai plus loin.
§ 1. — Age de la nourrice.
Autant que possible, la nourrice doit être âgée de vingt à vingtcinq ans, trente ans même : avant cette époque, sa constitution résisterait moins facilement aux fatigues et à l'épuisement que détermine souvent l'allaitement; après trente ans, il est à craindre qu'elle n'ait pas conservé les qualités qui la rendaient propre à nourrir. La sécrétion du lait est moins abondante; ce liquide est aussi de moins bonne qualité. Cependant, s'il n'est pas raisonnable de choisir une nourrice qui a dépassé trente ans, une mère, surtout si elle a déjà nourri, peut très-bien, dans ces conditions, donner le sein à son propre enfant.
Une de mes clientes, femme du monde, nourrit avec succès son douzième enfant.
§ 2. — Constitution de la nourrice.
La nourrice doit être exempte de toute affection aiguë ou chronique ; on doit rejeter celle qui est maigre, d'une trop grande stature, dont la poitrine n'est pas évasée et bien développée, dont l'extrême blancheur de la peau coïncidant avec la couleur foncée des cheveux, la largeur des mâchoires, etc., ferait craindre une prédominance du tempérament lymphatique. La femme brune, au tontraire, dont la peau sera plus ou moins colorée, excepté aux seins, qui doivent toujours être plus blancs que le reste de la peau, remplit les meilleures conditions.
Celle qui est blonde ne doit pas être rejetée, tant s'en faut, surtout si son extérieur annonce la santé et la vie ; elle sera tout aussi bonne nourrice qu'une femme brune. Toutes les femmes blondes ne sont pas lymphatiques ; c'est un préjugé contre lequel on ne saurait trop s'élever. J'ai vu tant de femmes blondes être très-bonnes nourrices, et tant de brunes lymphatiques au sein desquelles les enfants dépérissaient, que je demeure convaincu que le tempérament lymphatique très-prononcé se rencontre aussi bien chez les unes que chez les autres.
§ 3. — l>e l'état des dents.
De belles dents sont, en général, l'indice d'une bonne santé; cependant cette règle souffre des exceptions, et l'on voit journellement des femmes qui ont de fort belles dents ne réunir aucune des conditions qui caractérisent une bonne nourrice; tandis que d'autres, dont les dents sont mauvaises, jouissent de la santé la plus parfaite ; et, dans ce dernier cas, les dents ont été détériorées par une affection locale, étrangère à la santé générale.
Cependant il me semble préférable de refuser une nourrice dont les dents sont mauvaises, parce que son haleine est souvent fétide, ses digestions laborieuses, la mastication étant imparfaite, et que les douleurs que lui fait éprouver la carie des dents dérangent souvent sa santé.
§ 4. — li'examen de la notu-rice doit être complet.
On ne saurait apporter trop de soins à s'assurer de l'état de la santé de la nourrice, avant de lui confier la vie de l'enfant qu'elle doit allaiter : il faut, pour cela, ne pas se contenter de l'aspect extérieur, mais procéder à un examen complet de sa personne. Cette
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précaution, toute rigoureuse qu'elle puisse paraître, est cependant de la dernière nécessité; son omission a bien souvent causé les accidents les plus graves et compromis la vie du jeune enfant, alimenté par un lait impur. En vain objectera-t-on que les bons renseignements donnés sur la nourrice, sa manière de vivre, sa bonne foi, pourront garantir sa bonne santé.
En présence d'une circonstance aussi grave, les renseignements ne doivent être acceptés que pour ce qu'ils valent : la nourrice ellemême, dans sa bonne foi, peut ignorer son état de santé. Le médecin doit être seul juge en pareille occasion.
On examinera donc s'il ne se trouve sur la surface du corps aucune cicatrice, aucune tache, si les organes génitaux ne sont pas le siège de pustules, d'écoulements suspects, et ne portent pas les traces d'affections syphilitiques récentes ou anciennes.
Et, dans le cas où l'examen ne serait pas complètement satisfaisant, la nourrice devra être rejetée.
§ 5. — Des nourrices primipares.
On doit accorder la préférence à la nourrice qui a déjà élevé un ou plusieurs enfants ; elle a acquis plus d'expérience et peut oflrir, par ses nourritures antérieures, des renseignements précieux sur la quantité, la durée de son lait, sur son intelligence, son caractère, sa propreté, etc.
§ 6. — Des nourrices Hlles-mères sur lien.
Une fille de campagne, honnête d'ailleurs, qu'une seule faute a conduite à se faire nourrice, doit-elle être rèjetée? Non, sans doute; je dirai môme, qu'excepté la primiparité, elle me paraît réunir les conditions les plus favorables.
Libre de sa personne, elle est exempte des préoccupations du ménage et s'attachera plus à sa position et à son nourrisson ; on ne craindra pas avec elle l'influence du mari, ses exigences, ses visites ; enfin, on sera plus certain de la conserver jusqu'à la fin de la nourriture, et même comme bonne d'enfant tandis que la femme mariée peut se voir obligée de quitter sa place par suite d'un ordre de son mari.
J'ajouterai^ en outre, que les maris habitant les grandes villes, et dont les femmes sont nourrices sur lieu, exigent tout ou partie de leurs gages et dissipent par désœuvrement ce qu'elles gagnent. Le caractère, la santé de la nourrice souffrent des contrariétés que lui cause cet état de choses.
J'ai été si souvent témoin de ces faits, que, pour mon compte, à
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mérite égal, je préfère la fille-mère; et dans l'intérêt de la nourrice elle-même, je l'engagerai toujours à ne pas quitter son ménage, à moins que son mari ne soit absorbé par les rudes travaux des champs.
§ 7. — l>c ràg;e du lait.
Le lait d'une nouvelle accouchée est celui qui doit être préféré pour l'enfant qui vient de naître. En effet le colostrum qu'il contient facilite l'évacuation du méconium; puis, par sa consistance, le premier lait est le plus en rapport avec les besoins de l'enfant et ses facultés digestives ; mais, à côté de ces avantages, se rencontrent bien des inconvénients, pour la nourrice sur lieu surtout. Ainsi, la nourrice nouvelle accouchée n'est souvent pas assez bien remise de sa couche pour donner à l'enfant, d'une manière suivie, tous les soins qu'il réclame en naissant. La fatigue ôte à son lait ses bonnes qualités. Aussi, est-il bon dans l'intérêt de chacun, de prendre une nourrice qui soit accouchée au moins depuis six semaines.
Un lait trop âgé n'est plus tout à fait en rapport avec les besoins du nouveau-né; et, à ce sujet, il ne "faut pas croire, avec les bonnes femmes, que le lait se rajeunit sous la bouche du jeune nourrisson. Ce lait expose, en outre, à l'inconvéciient de changer de nourrice, si le lait diminue de quantité après un certain temps.
§ 8. — Du lait et des moyens de constater sa «luautité et ses qualités.
Avant de constater les qualités du lait, il était indispensable d'apprécier l'état de santé de la nourrice, la nature de son caractère, etc. ; car les seins, étant des organes pour ainsi dire en dehors de l'économie, peuvent sécréter un lait présentant toutes les qualités désirables et cependant appartenir à une femme que sa constitution, ou toute autre cause, devrait faire rejeter comme nourrice; mais, une fois qu'elle convient sous tous les autres rapports, il est de la dernière importance de ne pas l'admettre alors avant de s'être assuré si elle possède un lait suffisamment abondant et de boiine nature.
Constater l'abondance du lait n'est pas une chose aussi facile qu'on pourrait le croire ; car l'on doit se mettre en garde contre la ruse, l'ignorance des nourrices, et aussi tenir compte de certains accidents qui peuvent diminuer momentanément la quantité du lait.
Ainsi 1 es nourrices se présentent le plus ordinairement à l'examen du médecin avec un sein bien développé, bien rempli; elles se plaignent que leur lait les gêne et le font rayer avec abondance ; mais