Enveloppe de l'œuf
Les organes de protection sont formés de trois membranes parfaitement distinctes : la caduque, le chorion et l'amnios.
a. La caduque, ou membrane externe de l'œuf, au terme de la grossesse, appartient plutôt à l'utérus qu'à l'oeuf. Elle est de couleur gris rougeâtre; elle recouvre l'œuf dans toute son étendue, excepté dans le point oij l'œuf, à mesure qu'il s'est accru, l'a forcée à se replier sur elle-même. Dans ce lieu, l'œuf est en contact immédiat avec les parois utérines, suivant les uns ; il en est séparé, suivant les autres, par une nouvelle exsudation, la caduque secondaire. Cette membrane est composée de deux feuillets, dont l'extérieur a reçu, comme nous l'avons dit, le nom de caduque externe ou utérine ; dont l'intérieur, ou la partie refoulée par l'ovule, a pris celui de caduque interne, réfléchie, ou épichoinon. Elle se comporte, par rapport à l'ovule, comme la plèvre par rapport aux poumons.
Ces deux feuillets à terme sont confondus, et constituent une seule et même membrane, qui a une assez grande épaisseur, environ 3 millimètres. L'exhalation légère d'un fluide séreux qui remplissait sa cavité, et que G. Breschet désigne sous le nom d'hydropérion, a donc disparu complètement.
La caduque, semblable aux fausses membranes qui se forment sur les tissus enflammés, est entièrement distincte de la muqueuse utérine, à laquelle, dans les premiers temps, elle adhère intimement, et dont elle se laisse plus facilement détacher à terme. Cependant, à cette époque, de petits lambeaux restent encore quelquefois adhérents à l'utérus.
M. Coste, et avant lui Weber, prétendit que la caduque n'existe pas comme membrane, qu'elle n'est autre chose que la couche la plus interne de l'utérus, ou la muqueuse qui s'est ramollie, et dont l'appareil vasculaire a reçu un développement considérable. Je ne vois rien de convaincant dans les preuves que ces auteurs s'efforcent de faire valoir à l'appui de leur opinion. De ce qu'une tranche de matrice couverte par la caduque, examinée à la loupe et au soleil, présente de longs utricules minces et cylindriques, qui se rétrécis-
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sent un peu en arrivant à la surface de celte membrane, et ont plus d'épaisseur dans l'endroit où elle tient à l'utérus, et commencent là par des culs-de-sac très-flexueux, etc. (Weber), doit-on conclure que cette membrane n'existe pas comme membrane distincte? En outre, si elle était constituée par la muqueuse utérine, cet organe se dépouillerait donc d'une partie de cette membrane au moment de la délivrance, et de la totalité dans les cas d'avortement. Il est possible que cela soit; mais cela n'est pas probable.
En outre, comment expliquer, d'après cette opinion, l'existence des deux feuillets de la caduque, la continuité bien évidente de ces deux feuillets? Pour mon compte, je n'ai rien observé jusqu'à présent qui pût me faire admettre cette manière de voir: aussi je regarde la caduque comme une membrane particulière de nouvelle formation, et non comme la muqueuse utérine elle-même.
L'organisation de la caduque paraît en tout semblable aux fausses membranes. M. Velpeau lui refuse une organisation, et l'appelle pour cela membrane anhiste i. D'autres anatomistes prétendent y avoir rencontré des vaisseaux. Je sais qu'en plaçant cette membrane sur une lame de verre, et qu'en la regardant au travers du jour, on y aperçoit des espèces d'arborisations; j'ai pu même, avant son dessèchement, y faire circuler, avec l'ongle, du sang qui me paraissait y être contenu. Mais je ne puis cependant affirmer que ce sang ne soit pas arrivé dans cette membrane par imbibition, et qu'il soit bien contenu dans des vaisseaux propres.
La surface de la caduque est inégale, poreuse. Elle se rencontre toujours dans la grossesse ; ses fonctions sont de fixer l'œuf sur un point de la cavité utérine, et de l'empêcher d'être entraîné au dehors, de le protéger contre la pression que les parois de l'utérus pourraient exercer sur lui ; elle a aussi pour usage de faciliter les communications entre l'ovule et l'utérus ; enfin, suivant la plupart des auteurs, le liquide contenu dans sa cavité servirait à la nutrition du produit dans les premiers jours de la vie embryonnaire.
b. Chorion. — Le chorion ou enveloppe moyenne de l'œuf est une membrane mince, transparente, et dont la texture ressemble beaucoup à celle des membranes fibreuses. Maintes fois j'ai été à même de constater sa résistance, beaucoup plus grande que celle de l'amnios, qui cependant est parfois plus épaisse qu'elle. Elle offre sous la section du scalpel le cri ou craquement que produit une membrane fibreuse.
Après le développement de l'allantoïde, un des deux feuillets, l'in-
1 Embryologie, ow Ovologie humaine. Vaùi, 1833, in-fol.,p. 7.
terne, qui compose alors le chorion, et qu'on nomme l'endochorion, est seul vasculaire. Mais, malgré tout ce qu'ont pu dire certains anatomistes, aucun n'a réussi à démontrer à terme l'existence de vaisseaux, non plus que celle de nerfs.
A partir du placenta, le chorion fournit aux vaisseaux ombilicaux une espèce de gaîne qui les accompagne dans toute leur étendue. Il forme avec le derme du fœtus une ligne de démarcation qui indique le point où le cordon doit se séparer de l'enfant après la naissance.
Les fonctions du chorion sont de protéger l'embryon, et de concourir à la formation du placenta et à l'exhalation des fluides renfermés dans l'œuf.
Le chorion, suivant l'opinion la plus probable, reste toujours la membrane propre de l'œuf la plus extérieure, depuis le moment où celui-ci est fécondé, et il se développe, comme les autres membranes, par un accroissement en surface et en épaisseur, une nutrition véritable. Simple dans l'origine, il présente, à l'endroit où le placenta se forme, plusieurs couches nommées endochorion et exochorion, qu'il est possible de reconnaître et d'isoler. Sans villosités dans l'origine, j'ai dit qu'elles se développaient une fois que l'œu est arrivé dans la cavité utérine, et que, simples alors, elles offraient plus tard des ramifications assez nombreuses, surtout vers le point où doit être le gâteau placentaire. En général, ces villosités se terminent à leur extrémité fine et déliée par une sorte d'ampoule trèsdistincte.
Le chorion est en rapport, par sa face externe, avec la caduque réfléchie, et, par l'interne, avec l'amnios.
c. L'amnios, ou membrane interne de l'œuf, sert d'enveloppe immédiate au cordon ombilical, au fœtus, et au liquide dans lequel il se développe.
Elle est de la nature des membranes séreuses. Son mode de formation a donné lieu à de longues et savantes discussions ; cependant on est loin de savoir à quoi s'en tenir à son égard. Les uns veulent, avec Pockels, que l'amnios se présente dans l'origine sous forme d'une vésicule à laquelle l'embryon serait adossé, et dont il s'envelopperait en la déprimant.
Selon l'opinion des anciens, l'amnios se continue avec la peau du fœtus. Cette opinion, qui avait été abandonnée depuis longtemps, a été reproduite, il y a une vingtaine d'années, par un professeur italien, M. Mondini, de Bologne, et, dans ces derniers temps, G. Breschetaposé en fait que l'amnios, sans se continuer avec l'épiderme, fournit au fœtus une enveloppe dont la séparation s'effectue par la
desquamation qui s'observe chez l'enfant dans les premiers jours de sa vie.
Entre le chorion et l'amnios existe, dans les premiers temps de la grossesse, une substance jaune verdâtre, semi-liquide, sorte de gelée visqueuse qui diminue de quantité à mesure que les deux membranes se rapprochent plus exactement l'une de l'autre. Cette substance, appelée magma réticulé par M. Velpeau, et qui, en efFet, présente dans sa texture une foule de filaments, est réduite alors à une sorte de membrane composée de cloisons délicates semblables à celles de l'humeur vitrée, et prend, selon quelques auteurs, le nom de membrane moyenne. Ce sont ces cloisons qui avaient été prises jadis par Lauth pour des vaisseaux. Rien de cela n'existe à terme.
C'est encore entre ces deux membranes, et fortement enchâssées dans l'une ou dans l'autre^ qu'existait la vésicule ombilicale.
Au terme de la grossesse, l'amnios présente une face interne, lisse et polie; séparée du fœtus par le liquide amniotique, sa face externe est en rapport avec le chorion^ auquel elle adhère d'une manière assez intime près de l'insertion du placenta et dans toute l'étendue du trajet du cordon ombilical; mais, dans le reste de son étendue, cette adhérence est infiniment moindre, et elle cède facilement; souvent même, au terme de la grossesse, il s'amasse entre les deux membranes une certaine quantité de liquide que les accoucheurs désignent sous le nom de fausses eaux.
Le tissu de l'amnios, quoique semblable en grande partie à celui du chorion, est pourtant d'une texture plus dense et plus épaisse. On n'a pu jusqu'à présent y rencontrer ni vaisseaux ni nerfs. Mais dans cette membrane, ainsi que dans les précédentes, par l'analyse microscopique, on peut constater l'existence de porosités qui permettent aux eaux exhalées par les capillaires utérins de s'épancher autour du fœtus par un simple phénomène d'endosmose.
On a vu plus haut que c'était au moyen de l'allantoïde que les artères dites ombilicales de l'embryon étaient transportées jusqu'aux villosités choriales. Là, elles y pénètrent jusqu'à leurs terminaisons en cul-de-sac, et se recourbent en forme d'anses pour s'aboucher avec les radicules veineuses, qui, à leur tour, se rassemblant en tronc plus fort, concourent, en définitive, à la formation de la veine ombilicale dont la route sera indiquée plus tard dans le corps du fœtus.
Le placenta est une masse molle, spongieuse, vasculaire, ressemblant à un gâteau. La forme ronde, qu'il afi'ecte le plus ordinaire-
ment, varie cependant quelquefois en raison du point oh se foit l'insertion du cordon ombilical, qui a lieu le plus ordinairement au centre, mais qui peut aussi se faire sur l'un des bords de l'organe.