Nutrition
De toutes les hypothèses émises sur la nutrition du fœtus à terme, celle qui mérite le plus l'attention de l'accoucheur est celle où le système utéro-placentaire est regardé comme contribuant principalement en grande partie à cet acte physiologique. Tous les autres moyens de nutrition dont le fœtus a pu faire usage jusqu'à ce jour comme moyens subsidiaires du système placentaire, encore imparfait, et dont quelques-uns, il faut bien en convenir^ ont été à une certaine époque ses seuls moyens d'alimentation, cessent de concourir uniquement à l'acte nutritif dès que le système placentaire est complètement organisé.
Ainsi l'ovule, avant son arrivée dans l'utérus, vit déjà, du moins cela est très-probable, aux dépens de la liqueur du corps granuleux, dont une petite partie l'accompagne jusque dans la trompe ; puis arrivé dans l'utérus, il rencontre la caduque remplie par l'hydropérione ; et, soit qu'il s'y incorpore, soit qu'il reste situé en dehors de cette cavité, les villosités qui le recouvrent absorbent la liqueur hydropérione.
Suivant une autre hypothèse, et en supposant que l'ovule ne pénètre pas dansl'hydropérione, mais s'enveloppe seulement de la caduque, comme le poumon s'enveloppe avec la plèvre, les villosités, qui alors se trouvent en contact avec la paroi utérine, absorberaienlles liquides sécrétés par la surface interne de cet organe.
Et, dans l'un et l'autre cas, ces liquides s'accumuleraient dans l'œuf, entre le chorion et l'amnios, et constitueraient le corps réticulé. Puis, après avoir été élaborés, ils passeraient dans la cavité amniotique par transsudation, et de là dans le produit lui-même par imbibition ; enfin, le suc vitellin, qui serait aussi formé par ces liquides, se rendrait au produit par le canal de la vésicule ombilicale.
Cet état de choses se modifierait à mesure que l'appareil placentaire s'organise, si bien qu'à quatre mois il le serait déjà en grande partie : en effet, la cavité de la membrane caduque, celle qui existe entre le chorion et l'amnios, et l'hydropérion, le corps réticulé, la vésicule ombilicale et le liquide vitellin ont disparu.
Il ne resterait plus comme adjuvant du système placentaire que l'absorption de la substance sécrétée par la matrice, qui alimenterait le liquide amniotique, qui lui-môme serait absorbé par le fœtus^ " à moins qu'on n'admît avec Eschricht, Prévost, Morin, que cette absorption de substance plastique sécrétée par l'utérus ne soit faite par le placenta lui-même, qui la transmettrait au produit directement.
Enfin, suivant d'autres, après le quatrième mois, le produit se nourrirait exclusivement avec l'eau de l'amnios.
Examinons cette opinion.
A. Nutrition par l'eau de l'amnios. — La nutrition par l'eau de l'amnios peut avoir lieu de deux manières : dans l'une, l'eau est absorbée par différentes voies; dans l'autre, elle est avalée et digérée.
L'eau de l'amnios est-elle nutritive? L'analyse chimique le prouve i elle contient de l'osmazôme, de l'albumine et des sels. Les expériences directes l'établissent aussi. Des veaux ont pu être nourris plusieurs jours rien qu'avec cette eau; mais cela met-il en droit d'établir que, parce que ce liquide est plus nourrissant que l'eau commune, il sert uniquement à la nutrition du fœtus, soit par injection, soit par absorption ? Non, certainement. Enfin, de ce qu'une injection colorée faite chez la mère qui colore l'eau de l'amnios ne pénètre pas' plus loin que la peau du fœtus, on n'est pas en droit de conclure qu'il en est de même des liquides pendant la vie. Aussi, rien ne prouve que l'eau de l'amnios ne soit pas absorbée, et tout porte à croire qu'elle l'est. Quelques auteurs ont pensé que cette absorption se faisait par les seins, par la trachée-artère, les bronches, enfin parles partiesgénitales (Lobstein). M. Velpeauniemême qu'il y ait absorption complète. Suivant ce professeur, il n'y a qu'une espèce d'imbibitiontégumentaire. Peut-on admettre aussi que cette eau soit avalée et digérée pour servir à la nutrition? M. Velpeau ne le pense pas.
Pendant la gestation, dit ce professeur, le fœtus a la bouche fermée ; de plus, il ne peut yavoir déglutition sans mouvements d'inspiration et d'expiration. Les acéphales, les astomes, les fœtus qui viennent avec les ouvertures des muqueuses fermées, n'en sont pas moins développés; leur tube digestif n'en contient pas moins^ comme M. Velpeau a pu s'en assurer, du méconium, et même des poils.
De ce qu'on aurait rencontré de l'eau de l'amnios mélangée de méconium dans l'estomac de certains fœtus morts, doit-on conclure, ajoute-t-il encore, que le fœtus se nourrit de l'eau de l'amnios? Non,, certainement; de même qu'on n'induira pas, de ce qu'on trouve de l'eau dans l'estomac des noyés, que le nageur avale de l'eau. En outre, ne voit-on pas des fœtus continuer à vivre dans la matrice