‹ Traité pratique de l'art des accouchementsChapitre 61 sur 287 · NUTRITION · texte numérisé non relu

NUTRITION

après l'écoulement lolal du liquide amniotique? M. Velpeau en a vu un qui vécut plus d'un mois dans ces conditions.

Ces raisons ont certainement une grande valeur : elles prouvent que dans quelques cas particuliers, l'eau del'amnios ne peut pénétrer dans les voies digestives, par suite de l'occlusion accidentelle delà bouche, qu'elle ne peut être avalée par déglutition ; elles prouvent que l'eau de l'amnios n'est pas indispensable à la nutrition, puisque dans les cas où la bouche manque, le fœtus peut vivre, quoique privé d'un des moyens accessoires de nutrition ; mais elles ne démontrent pas que cette eau ne pénètre pas dans l'estomac sans déglutition.

En résumé, on ne peut admettre que l'eau de l'amnios contribue à elle seule à l'alimentation à partir du quatrième mois ; mais je crois qu'on peut très-bien la regarder comme contribuant à la nutrition, dans une proportion qui irait en s'affaiblissant à mesure que le système placentaire se perfectionnerait.

Mais ce serait par imbibition, et non par déglutition, que l'amnios pénétrerait dans la substance du fœtus.

B. Nutrition -par le système utét'o-placentaire. — Les auteurs se partagent encore dans cette question en trois camps. Les premiers veulent que ce soit aux dépens du sang maternel, transmis directement de la mère à l'enfant, que la nutrition ait lieu. Telle était l'opinion de M. Antoine Dubois, qui, admettant l'existence de vaisseaux utéroplacentaires, pensait que les radicules de ces vaisseaux étaient en communication directe avec celles des vaisseaux ombilicaux, communication qu'il avait cru démontrer à l'aide d'injections. Mais le passage du liquide d'un canal dans un autre, après la mort, n e prouve pas que pendant la vie il en soit de même des fluides naturels. En effet, de ce qu'une injection un peu fine, poussée dans les artères du bas-ventre, s'épanche à la surface interne des intestins, on n'en conclutpas que le sang transsude ainsi continuellement dansle canal alimentaire. Aussi les injections ne prouvent-elles le plus ordinairement que l'existence des vaisseaux, et non le cours des liquides qu'ils contiennent.

De plus, quand la chimie n'aurait pas constaté des différences notables entre le sang de l'adulte et celui du fœtus, il serait difficile d'admettre que le sang maternel dans toute sa pureté, sans subir une élaboration préalable, pût convenir à l'entretien de la vie, à tous les âges de l'évolution fœtale, et ne fût pas pour le produit plutôt un poison qu'un élément réparateur.

A la tête des seconds se trouve M. P. Dubois qui a depuis modifié l'opinion de son père : il admet l'existence des vaisseaux utéro-placentaires;mais, selonlui, ces vaisseaux ne s'aboucheraient pas direc-

tement avec les vaisseaux ombilicaux ; leur communication ne s'établirait qu'au moyen d'un tissu aréolaire, érectile, situé entre le placenta et l'utérus. J'ai pu voir très-bien ce tissu inter-utéro-placentaire sur une pièce que j'avais injectée à la Clinique, avec M. Després. M. Dubois m'en fit constater l'existence sur une autre pièce injectée aussi par M. Després, où cette disposition m'a paru de la dernière évidence. En efïet, il est impossible d'écarter légèrement les surfaces en contact, sans rompre des vaisseaux qui venaient s'ouvrir dans ce tissu érectile intermédiaire, à tel point que les deux surfaces de l'utérus et du placenta étaient criblées de trous de calibres variables, plus larges pour les veines, moins étendus pour les artères ; on voyait même de petits prolongements de ces vaisseaux qui, partant de la surface utérine, semblaient pénétrer jusque dans les cotylédons du placenta.

Mais ces vaisseaux, après avoir traversé simplement le tissu intermédiaire, s'abouchaient-ils directement avec les radicules des vaisseaux ombilicaux, ou bien existait-il entre eux, dans le placenta, un simple contact sans anastomose? C'est ce que je n'ai pu définir. Cette troisième opinion est, au reste, celle de M. Jacquemier, qui admet l'existence de ce tissu inter-utéro-placentaire, mais qui ne le regarde que comme un feuillet de la caduque secondaire, dans lequel les vaisseaux ne viennent pas s'aboucher, mais qui leur livre passage pour aller à la rencontre des divisions de la veine et des artères ombilicales, avec lesquelles ils se mettent en rapport de contiguïté dans le tissu même du placenta, mais sans s'anastomoser directement.

Dans tous les cas, le sang de la mère mis en rapport avec celui du produit, à travers les parois subtiles et minces qui les séparent, lui

communiquerait les principes nutritifs, et lui ferait subir en même temps une élaboration particulière (Respiration). Après avoir porté dans toute l'économie du fœtus les principes réparateurs dont il est chargé, il serait rapporté au placenta pour y être de nouveau modifié, etcetle modification subie par le sang du produit serait, dans ce dernier cas, analogue à celle que le sang veineux subit dans les poumons de l'adulte. Cette opinion est aussi celle de M. Velpeau ; c'est la plus généralement admise.

Fig. C7.

Utérus, Tissu intermédiaire.

RESPIRATJOX. 123

Page 1