DES PHÉNOMÈNES NERVEUX OU HYSTÉRIQUES SIMULANT LA GROSSESSE
Les femmes qui ont un grand désir de devenir mères ont cru souvent à la réalité d'une grossesse qui n'existait pas. J'ai cité dans le diagnostic l'exemple de femmes chez lesquelles l'illusion était si grande, qu'elles allaient jusqu'à soutenir qu'elles sentaient remuer. Ces faits, au reste, ne sont pas rares ; M. Velpeau en a réuni un assez grand nombre.
Une dame qui sentait remuer très-fort, et chez laquelle, à l'aide de la plessimétrie, on avait diagnostiqué une grossesse de quatre mois et demi, chez laquelle une somnambule avait positivement vu le produit, placé même en travers, vint me consultei' sur la réalité de sa grossesse. Je me prononçai pour la négative. M. Jacquemin fut du même avis ; et cependant la malade n'en demeura pas moins convaincue pendant dix-huit mois qu'elle était enceinte, parce qu'elle sentait toujours remuer. Quinze ans après j'étais l'accoucheur de toutes les jeunes femmes de cette famille, sur le désir exprès de cette dame.
D'autres moins sensées me tinrent rigueur de ce que leurs espérances avaient été déçues.
Ainsi, une autre dame, à laquelle nous donnions des soins, M. Grisolle et moi, éprouva un retard pendant un séjour qu'elle fîtaux eaux d'Ems, qui ont, entre autres propriétés merveilleuses, celle de faire cesser la stérilité. Elle se crut enceinte ; et comme une grande partie des signes de présomption existaient chez cette dame, nous crûmes pouvoir lui laisser concevoir l'espérance d'une grossesse. Mais
quatre mois s'étaient écoulés, et il ne s'était encore manifesté comme signe de probabilité que les mouvements actifs perçus par la mère seulement ; et, comme l'état de santé de cette dame nous faisait douter alors de la réalité de sa grossesse, nous insistâmes pour procéder à un examen auquel jusqu'alors elle s'était refusée. Elle ne voulut pas même de l'auscultation, parce qu'elle sentait remuer si fort, qu'elle était certaine d'être grosse. Force nous fut d'attendre ; mais malheureusement le temps vint détruire son espoir. Elle n'avait eu qu'un simple retard, qui avait déterminé toutes les réactions sympathiques qui constituent la plupart des signes de présomption.
En 1852, une autre cliente de M. Cherest, pour laquelle il me consulta, que vil aussi M. Moreau, malgré nos affirmations, voulut être enceinte ; elle sentait manifestement remuer, signalait à ses amies Terreur que nous avions commise ; le terme de neuf mois arriva, elle attend encore son accouchement.
Enfin, la femme d'un confiseur que tout Paris connaît se crut grosse à quarante ans. Elle retint une nourrice, fit tous ses préparatifs pour un accouchement certain. Son médecin, homœopathe, crut de son devoir de l'entretenir, pendant dix-huit mois, dans cette erreur qui lui était si chère ; elle ne me pardonna jamais de l'avoir détrompée.
Madame B..., cliente de M. Gaffe, sentait manifestement les mouvements de son enfant, et demeura aussi persuadée qu'elle était grosse ; une somnambule d'ailleurs le lui avait affirmé. Le moyen de douter. Cependant il n'en était rien non plus.
Je pourrais citer une multitude de faits semblables.
ARTICLE IV
On entend par môle une production anormale développée dans l'utérus, sans altération manifeste de la cavité utérine. On en a admis une foule de variétés; les plus communes sont les suivantes :
Môle charnue. — Espèce de concrétion membraneuse qui se dépose dans l'utérus aux époques menstruelles.
Corps fibreux, ou caillots de sang dégénérés. — Ces deux variétés peuvent également se rencontrer chez la jeune vierge et chez la femme mariée. Mais les suivantes, qui sont, à n'en pas douter, des dégénérescences de produits de conception, ne se rencontrent que chez la dernière.
^ a. Môle de génération. — Un examen attentif permet presque tou-
jours d'y retrouver des restes de tissus naturels. La dégénérescence affecte le produit ou ses enveloppes. Si l'œuf n'est pas expulsé, quand c'est le produit qui a été affecté, il en résulte quelque monstruosité; si l'état pathologique a porté sur les annexes, une véritable môle se constitue. Dans ce dernier cas, l'embryon et son cordon sont complètement détruits, résorbés ou chassés par une déchirure de l'œuf, et il n'en reste plus de vestiges. Alors une masse plus ou moins volumineuse, ayant des 'formes variées^ est expulsée. Le plus ordinairement elle est ovoïde ; elle contient un liquide plus ou moins clair, plus ou moins coloré. On y retrouve souvent l'amnios intact et seulement des traces des autres membranes, ou bien le chorion seul ; quelquefois ces membranes existent toutes les deux avec des lambeaux de caduque. J'en ai observé plusieurs de cette nature, entre autres une qui pouvait avoir 13 centimètres et demi de long. Les affections diverses de la caduque qui ont été signalées par M. Devilliers fils peuvent aussi donner lieu à ces môles de génération. L'apoplexie placentaire, les tumeurs squirrheuses ; enfin, toutes les dégénérescences du tissu placentaire la produisent aussi.
b. La mole hydatique est la plus commune de ces môles de génération. Elle est susceptible de prendre toutes les formes, ce qui explique très-bien comment on trouve dans les anciens ouvrages les relations si merveilleuses de femmes accouchées de figures bizarres ayantla forme d'animaux ou de fruits. M. Velpeaula regarde comme le résultat d'une hypertrophie des villosités du chorion : c'est aussi l'opinion de M. P. Dubois. Elles peuvent acquérir un volume considérable, et dans ce cas le développement du ventre est semblable à celui qu'il a au terme de la grossesse. M. Dubois en présenta une masse énorme à ses leçons : elle avait été expulsée par une femme à l'hospice de la Maternité.
Il est impossible, dès le début d'une grossesse, de constater si l'utérus contient un produit normal ou dégénéré. A une époque avancée, il est plus facile de s'assurer qu'il n'existe pas de fœtus dans l'utérus, mais on peut très-bien confondre la présence d'une môle avec quelques-unes des affections qui peuvent simuler la grossesse. Quand la vésicule est expulsée, les soins que réclame cet état pathologique sont les mêmes que pour l'avortement. Cet accident peut se reproduire plusieurs fois chez la même femme, et l'on ne possède aucun moyen efficace pour le prévenir ou le guérir. Seulement, dans le cas où l'expulsion de quelques petites portions.de ces masses hydatiques ferait supposer qu'il en existe encore dans l'utérus, il faudrait en favoriser l'expulsion par le seigle ergoté, et
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même en débarrasser la cavité utérine à l'aide de l'instrument de M. Récamier, et mieux encore par la cautérisation au crayon de tannin de M. Becquerel.