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CHAPITRE IV

DES INCOMMODITÉS ET DES MALADIES QUI PEUVENT SURVENIR PENDANT LE COURS DE LA GROSSESSE.

La femme enceinte n'est à l'abri d'aucune maladie, et soit qu'une afFectibîi ait précédé la grossesse ou qu'elle se soit manifestée pendant son cours, cette affection constitue toujours une complication fâcheuse.

Mais les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas de m'occuper des effets que chaque maladie peut produire sur la grossesse, et des modifications qu'elle peut imprimer aux diverses affections. Je ne dois traiter que de certaines maladies qui la compliquent ordinairement, ou qui lui sont spéciales.

Parmi les affections qui compliquent le plus habituellement la grossesse, les unes ne peuvent s'expliquer que par la réaction sympathique de l'atérus sur le reste de l'économie, ou sur quelques organes en particulier.

La conception jette souvent dans tout l'organisme un trouble dont les effets varient non-seulement chez chaque individu, mais quelquefois aussi chez la même personne dans des grossesses successives. Ainsi, telle femme éprouve des vomissements, des syticopes, etc., pendant une grossesse, et, dans la suivante, jouit d'une santé parfaite ; il arrive pourtant qu'en général le même ordre de symptômes se représente à chaque grossesse, et, dans ce cas, ces incommodités deviennent un signe presque infaillible de conception. Ces affections purement sympathiques ne constituent, en général, que des incommodités qui varient suivant le tempérament, les habitudes de l'individu, et l'époque de la grossesse.

D'autres fois les incommodités et les maladies de la grossesse reconnaissent pour cause prochaine la pléthore.

La grossesse donne, en général, à la circulation une activité plus grande que dans l'état ordinaire; le pouls est plus fréquent, plus dur, plus plein ; le sang tiré de la veine se couvre d'une couenne, comme dans les affections inflammatoires, mais cette couenne est plus blanchâtre. Toutefois ces caractères ne sont jamais assez tran-

chés pour constituer un signe infaillible, comme le pensent certain f accoucheurs, et, du reste, ils ne pourraient avoir quelque valeur qu'autant qu'on aurait constaté le contraire chez la môme femme avant la conception. Cet état, qui a la plus grande analogie avec la pléthore, est en général peu prononcé au début de la grossesse ; assez souvent même on observe l'état contraire dans les premières semaines. C'est surtout de quatre à six mois qu'il est plus marqué. Les recherches de M. Andral sur l'état du sang sont en rapport avec ces résultats cliniques ; car elles ont prouvé que les globules du sang, descendus en général, un peu au-dessous de l'état normal dans les premiers temps, dépassaient le minimum de l'état physiologique du quatrième au sixième mois, pour le reprendre à la fin de la grossesse. Dans le plus grand nombre des cas aussi, cet état, malgré son analogie avec la pléthore, ne mérite aucune attention ; mais il demande à être combattu lorsqu'il est exagéré, et quand il donne lieu à quelques accidents.

Les observations de mon ami le docteur Marotte l'ont conduit à penser, et je partage de tout point cette opinion, que, dans les villes, les accidents de la grossesse produits par l'exubérance et la richesse du sang sont peu fréquents; qu'ils sont, à de rares exceptions près, sous la dépendance de deux états morbides qui dominent toute la pathologie de la femme : la chloro-anémie et l'état nerveux. Ces deux états donnent aux troubles fonctionnels une intensité et une ténacité qui ne s'observent pas chez les femmes robustes, remarquables par l'énergie de leurs fonctions organiques. La pléthore locale de l'utérus elle-même, source si fréquente d'avortements, est plus souvent sous la dépendance de la chlorose et de l'état ner veux que de la pléthore générale. La conception, par les sympa thies qu'elle éveille, joue plus souvent qu'on ne le croit le simple rôle de multiplicateur pathogénique. Il y a toutefois des femmes chez lesquelles elle fait cesser des symptômes préexistants sans qu'on puisse saisir la raison de cette contradiction apparente.

Après avoir étudié la pléthore, la chloro-anémie et l'état nerveux dans leurs rapports avec la grossesse, je consacrerai quelques développements à différents troubles fonctionnels, qui, bien qu'ils puissent reconnaître d'autres causes, se développent le plus souvent sous la double influence de ces trois états morbides et de la réaction sympathique de l'utérus ; tels sont les nausées et les vomissements, l'anorexie, la toux, les syncopes, le ptyalisme, etc., etc. Je parlerai aussi des névralgies qui tourmentent les femmes enceintes, et grâce à des matériaux inédits qui m'ont été communiqués par mon ami, le docteur Marotte, et à ceux que j'ai recueillis dans le service

de M. Honoré, j'espère déterminer d'une manière plus complète qu'on ne l'a fait jusqu'ici leurs relations avec la grossesse.

Après la pléthore, l'anémie et l'état nerveux, l'affection à laquelle les recherches modernes ont assigné la place la plus importante dans la pathologie de la femme enceinte est, sans contredit, l'albuminurie. L'influence qu'elle exerce sur la production de l'avortement et des hémorrhagies utérines après l'accouchement ne m'occupera pas en ce moment; je me contenterai d'apprécier ses rapports avec l'infiltration séreuse et l'éclampsie. L'hystérie, la catalepsie, l'épilepsie et les convulsions partielles auraient dû trouver place à la suite des névralgies; mais en séparant la description des affections convulsives, j'aurais rendu plus difficile la discussion de leur diagnostic différentiel, c'est-à-dire du point le plus important de leur histoire. Je réunirai donc leur description à celle de l'éclampsie.

Le rhumatisme utérin est étranger à la grossesse par sa cause ; mais l'importance de son diagnostic et de son traitement lui assigne une place dans ce chapitre.

Les affections qui resteront à examiner sont locales ; elles dépendent du volume de l'utérus ou de la fluxion physiologique que la conception détermine vers le bassin. Ici viennent se ranger :

Les lésions de la vessie et des reins;

Les varices et thrombus ;

La sécrétion exagérée, l'inflammation et l'ulcération des follicules de la vulve et du vagin ;

Le relâchement des symphyses ;

L'hydropisie des eaux de Tamnios;

L'hydrorrhée.

ARTICLE I"

§ 1. — Ite la pléthore.

La pléthore est distingué en pléthore générale, suivant qu'elle se manifeste par des troubles généraux dans la circulation, ou bienen pléthore locale, quand elle porte son action sur quelque organe en particulier. Dans la grossesse, c'est l'utérus qui est particulièrement le siège de cette dernière espèce.

Pléthore générale.

Tantôt la pléthore générale préexiste à la grossesse, elle est constitutionnelle; tantôt elle se développe, ainsi queje l'ai dit plus haut, sous l'influence de l'accroissement de vitalité dont tous les organes sont le siège pendant la gestation. Elle est alors plus passagère, et

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devient l'occasion de troubles auxquels il n'est, en général, nécessaire de remédier qu'à une certaine époque de la grossesse, et d'une manière temporaire.

Lapléthore générale est caractérisée par la céphalalgie, la somnolence, les vertiges, les bluettes, la dyspnée, les urines rouges, la fréquence et la plénitude du pouls, la coloration du visage, etc.

La pléthore générale détermine souvent la pléthore locale : aussi est-il bien important de combattre la première pour prévenir les congestions fâcheuses qui peuvent être la suite de la seconde, et qui peuvent se produire dans le cerveau, dans les poumons, et surtout dans l'utérus, lequel, dans l'état de grossesse, est l'organe le plus disposé à la congestion. Elle peut aussi être la cause de la plupart des troubles fonctionnels, que nous passerons en revue plus loin.

La saignée déplétive est le remède par excellence de la pléthore générale; mais il faut être plus réservé sur son emploi lorsque celleci n'est pas constitutionnelle, lorsqu'elle est le fait de la surexcitation passagère des fonctions organiques. Les prescriptions de l'hygiène doivent occuper alors une place importante dans le traitement delà femme enceinte.

Si une congestion locale existait et qu'elle ne cédât pas à la saignée déplétive, elle serait combattue par une ou plusieurs applications de sangsues.

Pléthore utérine.

La pléthore utérine peut être, ainsi que je l'ai dit, sous la dépendance de la pléthore générale, et par conséquent s'observer chez les femmes sanguines à règles abondantes; mais, contrairement à l'assertion des auteurs et à ce que j'ai cru moi-même sur leur parole, avant que l'expérience eût rectifié ma manière de voir, les femmes les plus sanguines ne sont pas celles chez lesquelles la congestion utérine s'observe le plus souvent, chez lesquelles elle soit le plus tenace et ait le plus de tendance à se répéter.

La chloro-anémie, mais surtout l'état nerveux et l'albuminurie,' en sont une cause bien plus fréquente; les femmes nerveuses ne sontelles pas, en général, très-abondamment réglées? L'albuminurie ne se signale-t-elle pas par des fluxions séreuses ou sanguines (congestion encéphalique, éclampsie, hémorrhagies utérines après l'accouchement)? Certaines causes spéciales, telles que le molimen menstruel, le molimen hémorrhoïdaire, le coït trop répété, et d'autres que j'étudierai à l'article AvoRTEMENT, peuvent concourir avec ces causes générales à la production de la pléthore utérine.

Les principaux symptômes qui caractérisent cette pléthore locale

sont : un sentiment de pesanteur, de tension, de gêne dans le basventre et les aines ; quelques douleurs passagères dans la même région et surtout dans les reins; enfin quelques contractions utérines, si l'on n'y apporte un prompt remède. Le fœtus lui-même ressent souvent l'influence de la congestion sanguine : ses mouvements, précipités d'abord, puis de plus en plus faibles, et enfin leur cessation, indiquent son état de souffrance. Quelquefois même un léger écoulement sanguin se manifeste par la vulve ; c'est un accident qui peut avoir les plus graves conséquences, et auquel il faut se hâter de remédier.

En effet, la congestion utérine est une des causes les plus fréquentes d'avortement ; elle peut tuer le produit, soit en détruisant, au moyen d'une hémorrhagie, les rapports circulatoires qui l'unissent à sa mère, soit en déterminant l'apoplexie placentaire, soit enfin en sollicitant le développement prématuré des contractions utérines.

Traitement. — Il faut d'abord s'attacher à combattre les causesprochaines, telles que la pléthore générale, l'anémie, l'état nerveux, l'albuminurie.

Lorsque la pléthore générale existe, le meilleur moyen de remédier aux accidents résultant de la pléthore locale de l'utérus consiste dans la saignée générale, qui est à la fois déplétive et révulsive. La quantité de sang que l'on tire doit être proportionnée à l'âge età l'état général du sujet; mais, règle générale, la saignée sera abondante et suffisamment répétée. Dans le cas contraire, il vaut mieux pratiquer plusieurs petites saignées qu'une seule trop forte. Il faut éviter surtout qu'elles ne produisent la syncope, à cause des mouvements convulsifs que cet accident détermine quelquefois.

Si les mouvements actifs du fœtus avaient cessé, on les voit reparaître immédiatement après Temploi de ce moyen.

Lorsqu'un léger écoulement sanguin est apparu, souvent aussi il se supprime sous l'influence de la saignée; mais cet accident demande, en outre, d'autres soins et des plus minutieux. La malade restera étendue sur une chaise longue; elle évitera tout ce qui pourrait entretenir la chaleur dans le bassin : ainsi les vêtements de la partie inférieure du corps seront légers, les pieds surtout seront peu couverts, les lavements seront pris frais, ainsi que les boissons et les aliments. Toute excitation physique et morale devra être éloignée.

Si cet écoulement se manifestait à l'époque où les règles avaient coutume de paraître avant la grossesse, toutes ces précautions seraient prises huit ou dix jours avant cette époque, et la saignée pratiquée serait d'une palette au plus chaque mois. J'aurai occasion de revenir sur ce traitement bien plus en détail à l'occasion de Vavortement. J'ai pu, à l'aide de ces moyens, conduire à terme des

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femmes qui avaient déjà avorté plusieurs fois; mais il faut, pour obtenir ce résultat, que la malade ait une grande docilité, une grande confiance et un désir extrême d^être mère; car l'accoucheur a, dans ce cas, une foule de préjugés à surmonter. On est généralement pénétré, dans le monde^de cette fausse idée, que la saignée est nuisible dans les premiers mois, qu'elle ne peut être faite que du quatrième au cinquième. On va plus loin, on regarde les saignées répétées comme devant être funestes au produit, comme devant détériorer la santé de la mère ; en un mot, il faut à l'accoucheur une grande persévérance pour ne pas se laisser rebuter par ces difficultés. Que de fois, dans la pratique n'ai-jepas été obligé de combattre de semblables erreurs, et combien de fois, si le succès n'était venu couronner l'œuvre, ma responsabilité aurait été engagée. A cette occasion, je me rappelle un fait assez curieux. Toutes les amies d'une dame que je fus obligé de saigner sept à huit fois pendant sa grossesse s'élevaient hautement contre un semblable traitement, et lui annonçaient qu'elle accoucherait d'un enfant chétif et qui ne pourrait vivre. L'expulsion terminée, non sans peine, on s'empressa, de toute part, de venir s'assurer du résultat. Le mari, dissimulant sa joie, dit h ces dames qu'elles avaient eu bien raison, et que l'enfant était d'une petitesse incroyable; chacune alors de s'écrier: « Je l'ace vais bien dit, ce traitement est meurtrier, etc.. » Mais quel fut leur étonnement lorsqu'on découvrit à leurs yeux un enfant des plus volumineux. Un fait entièrement semblable et accompagné des mêmes circonstances, vient encore de se passer dans ma clientèle. La mère, madame la comtesse de L..., accouchait pour la première fois à 48 ans. L'enfant a aujourd'hui (-1860) ,5 ans. Mes bons amis, MM. les docteurs Lefèvre et Blache ont constaté le fait.

Jamais la saignée faite avec réserve, et quand elle est indiquée, ne peut être nuisible ; elle est toujours, au contraire, d'une utilité incontestable : c'est un moyen précieux qu'heureusement l'art a reconquis sur la routine.

La saignée du pied, les sangsues aux aines et aux cuisses, ont été conseillées pour combattre la pléthore locale de l'utérus, et souvent avec avantage ; mais leur emploi est soumis à des conditions si difficiles à saisir et à remplir, qu'il est de mon devoir de recommander aux jeunes praticiens de s'en abstenir. Pour manier de pareils moyens, il faut un coup d'œil exercé par une longue pratique. Comme tous les dérivatifs, ils commencent par congestionner les organes contenus dans le bassin, et, par conséquent, par augmenter le mal qu'ils sont destinés à combattre; ils ne pourraient être utiles qu'à la condition de déterminer un écoulement de sang assez abondant pour juger

complètement et an delà la congestion préexistante et celle qu'ils ont produite.

Je comprends dans la même réprobation le bain de siège, qui cependant est recommandé dans un ouvrage tout récemment publié.

§ 2. — Des hciuorrhoïdes.

Les femmes enceintes sont tourmentées, en assez grand nombre, par la distension variqueuse des veines du rectum et par le fluxhémorrhoïdal. La compression exercée par l'utérus et la constipation opiniâtre, si fréquente pendant la grossesse, sont souvent la cause de cette incommodité; d'autres fois elles ne font qu'aggraver une disposition morbide préexistante. Cette seconde espèce d'hémorrhoïdes s'accompagnedefluxionsactives,irrégulièresoupériodiques, d'écoulement sanguin, de douleur, etc.; c'est elle qui détermine le plus souvent l'avortement. « Heemorrhois dolens, nalaque indè colica, « abortum fréquenter invitavit. ^ » Elle se complique fréquemment de pléthore générale.

Il est impossible de remédier à la compression produite par l'utérus; mais il faut combattre avec soin la constipation par des délayants, des lavements, des minoratifs doux, etc. On dirigera contre les tumeurs hémorrhoïdales elles-mêmes les bains locaux et généraux, qui soulagent beaucoup lorsqu'ils peuvent être employés; on y joindra les liniments opiacés, le baume tranquille, la crème de lait, les suppositoires au beurre de cacao, etc. Si les hémorrhoïdes étaient sous la dépendance de la pléthore générale, la saignée tantôt déplétive, tantôt dérivative, trouvera son indication. Il faut, en général, éviter d'appliquer des sangsues sur les tumeurs, à moins qu'elles ne soient trèstendues, très-douloureuses, etalors les sangsues doivent être mises en certain nombre, pourcompenser par un écoulement suffisant l'effet affluxif dont nous avons signalé ci-dessus les inconvénients à l'article Pléthore utérine. On a quelquefois très-utilement recours à l'administration du nitrate de potasse, recommandé par Stahl à la dose de Sgrammesdansvingt-quatreheures, en dissolution dans les boissons. Les applications et les immersions froides^, les lavements froids, que M. Gendrin regarde comme les moyens les plus propres à modérer les accidents inflammatoires dont les tumeurs hémorrhoïdales peuvent devenir le siège, ne doivent être employés qu'avec réserve et après une déplétion sanguine suffisante, dans les cas d'hémorrhoïdes actives. Mais les réfrigérants pourront être employés avec avantage

* F. Fortunati, Passerini dissertatio de abortu. Thèses de Stoll.

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