‹ Traite pratique de la colique de plombChapitre 1 sur 4 · TOULOUSE · texte numérisé non relu

TOULOUSE

JOUGLA, LIBRAIRE, rue Sl-Roine, 4G.

Des circonstances favorables me mirent de bonne îieurc dans la position d'observer et d'étudier la colique de plomb. A mon début dans la pratique médicale, je fus le médecin de tous les étameurs de notre cité; et leur profession est, après celle des cérusiers et des peintres, celle qui fournit le plus de coliques. Aussi, dès i 824, je fis connaître, dans le Journal général de médecine mon opinion sur le siège et la nature de la maladie. Les faits nombreux que j'avais l'occasion d'observer ne firent que me confirmer dans cette manière devoir, comme on peut s'en conv;;incre dans la notice ipie je donnai à l'administration des bôpitaux, qui la fit insérer dans son compte rendu pour l'année 1838. Enlin, en 1 843, onze cas furent admis dans la salle de clinique , pendant les mois de juillet, août et septembre. Les leçons que je fis aux élèves à cette occasion me firent faire de nouvelles réflexions. L'année suivante, le programme de l'Académie des Sciences de Toulouse me tomba entre les mains. Il m'inspira la pensée d'uliliser mes recherches précédentes , et de me mettre au nombre des compétiteurs.

Dès ce mojiienl je me livrai sans relâche aux invesligalions nécessaires pour répondre convenablement à la question. M. le docteur Pomier, alors chef de clinique, avait conservé les feuilles de visite de l'année précédente : il eut la bonté de me les remettre.

Comme on le voit, mon travail n'est pas une œuvre éphémère de circonstance. 11 remonte à bien des années, puisqu'en 1824 j'avais déjà écrit sur ce sujet. Ma manière de voir n'a fait que s'élucider chaque jour davantage : chaque jour les faits sont venus la confirmer de plus en plus , de façon qu'aujourd'hui c'est véritablement une œuvre de vingt-cinq ans.

J'ai fait tous mes efforts pour répondre d'une manière convenable h l'appel de l'Académie. Mais comme nul ne peut être bon juge dans ses propres œuvres, pour justifier ma témérité , j'invoquerai le témoignage de l'Académie elle-même, en transcrivant quelques passages du savant rapport qui lui a été présenté par le docteur Gaussail , au nom de la commission qui avait été chargée d'examiner les pièces du concours. Le rapport tout entier eut été beaucoup trop long; aussi j'ai cru devoir me borner à en reproduire quelques extraits pour faii e connaître l'opinion des juges, bien plus que pour présenter l'analyse habile (|u'ils ont faite.

« Nous resterions peut-être en-deçà de la vérité en disant que ce mémoire, dont la lecture en commun a nécessité huit séances de deux heures, formerait un volume de cinq à six cents pages.

« Dans son avant-propos l'auteur envisage l'étendue.

l'imporlaucc el les ilifticullôs de la quoslion. Il inierprèle le programme, il se pénètre de son esprit, il s'associe à son but, et trouve dans sa lettre un plan tout trace. Pensant toutefois que l'iuslorique de la colique saturnine se trouve implicitement renfermé dans ces mots : d\iprcs rélal acluct de la science , il l'ait précéder les trois divisions fondamentales de son travail d'une analyse historique, qui peut être supprimée sans inconvénient.

« 11 n'est pas de sujet sur lequel on ail autant discuté; de nos jours encore les opinions se heurtent sans beaucoup de profit pour la science. Aussi c'est en premier lieu à cet élément rattaché à l'état actuel de la science que le compétiteur va demander la solution du problème. En conséquence, il aborde l'examen de toutes les opinions émises el soutenues avec plus ou moins de fondement; il les commente, les apprécie el les expose de manière à prouver qu'il en a une parfaite connaissance. Nous avons dù renoncer à donner une idée cornplèle de cette exposition savante que l'on suit avec intérêt dans le mémoire, mais qui, par sa nature même, se refuse à une reproduction analyli(iuc.

« Votre commission reconnaît d'ailleurs tout le mérite, tout l'intérêt ({ue présente celte partie si considérable du mémoire; elle loue celte excellente méthode suivie dans l'exposilion des faits; elle approuve cette discussion toujours convaincante et cependant toujours calme, modérée, bienveillante, indulgente même pour les opinions u'elle combat. La même indulgence (ju'il accorde aux

Jiulres, parce que s'ils se soiil trompés ils élaicnl de bonne foi , noire aulcur la réclame pour lui-même au même litre et avec des droits égaux; seulement , à l'aide de tous les moyens que la science et l'art mettent à sa disposition et dont il s'empare avec les ressources d'une logique vigoureuse pour les interpréter dans toute leui' signification, il s'est constamment efforcé de démontrer ([ue l'erreur n'était pas de son côlé; et, disons-le, il y est parvenu.

« Dans le deuxième chapitre , nous trouvons d'abord quelques généralités destinées à faire ressortir l'importance du diagnostic différentiel et à signaler les sources des erreurs qui peuvent être commises. Vient ensuite un exposé des signes caractéristiques de la colique de plomb, exposé qui était nécessaire pour faire mieux apprécier les différences qu'ils présentent avec ceux qui apparliennent à d'autres maladies.

« Ce chapitre ne laisse rien à désirer, et cette déclaration nous dispense de nous y arrêter plus long temps; nous avons hâte d'ailleurs d'arriver à la partie thérapeutique.

« Les agents médicateurs que comportent ces méthodes curatives, qu'ils aient été anciennement employés ou nouvellement introduits dans la thérapeutique, tous, sans aucune exception , sont successivement étudiés au point de vue historique d'abord , puis sous le rapport de leurs effets. Toujours l'expérience des autres et souvent la sienne propre fournissent à l'auteur les éléments de ses appréciations. On conçoit dos lors combien

sont miillipliés les détails renfermés dans ces quatre premières stibdivisions.

« Dans ses conclusions qui font le sujet d'un huitième paragraphe, l'auteur établit qu'aucune médication ne doit être rejetée : que toutes au contraire méritent d'être conservées, parce qu'elles peuvent trouver pour leur application le moment préférable. Mais il s'agissait de rechercher la médication applicable à la majorité des cas ; celte médication devait être celle qui remplirait le mieux ces trois conditions exigées par Celse, cild , tulo et jiicimdè ; elle a été trouvée dans le sulfate acide d'alumine, dont les bons effets ne sont pas seulement démontrés par les sept observations précédentes prises d'ailleurs au hasard, mais par plus de 150 faits recueillis pendant dix ans.

«Cet agent médicamenteux '^uévil promplemenl, puisqu'il guérit dans les deux ou trois premiers jours ; il guérit sûrement , puisqu'il évite les rechutes et les accidents consécutifs; enfin il guérit CKjréablement, si on le compare au dégoût procuré par les purgatifs et notamment par le traitement de la Charité et le croton tiglium.

« Lorsque des résultats thérapeutiques se présentent entourés de garanties semblables à celles que nous avons fait connaître, ils ne peuvent soulever la moindre suspicion.

« En terminant, l'auteur fait comprendre l'urgente nécessité de transformer les prescriptions hygiéniques en articles réglementaires , obligatoires pour lesjouvriers et

pour les chefs d'alelier. Il fait à celle occasion un appel aux gouvernants , et cel appel dénoie chez lui un médecin doué d'une belle âme, (jui n'accepte pas comme une vaine formule les mots de pliilanlropliie et de fraternité, el qui comprend toute l'étendue de la mission qu'il est appelé à remplir.

« A mesure que se déroulaient devant nous les pages de ce manuscrit , pages aussi compactes pour la forme que substantielles pour le fond, les difficultés que nous éprouvions à les résumer devenaient plus grandes, et souvent môme se transformaient en impossibilité réelle ; aussi, celte analyse, malgré son étendue , demeure bien incomplète. Sans doute elle n'a pas omis des points fondamentaux ; mais celte intelligence parfaite du sujet , celle immensité de faits , de détails si mélhodiquemenl enchaînés les uns aux autres ; mais ces nombreux aperçus pratiques , ces réflexions profondes disséminées dans le travail ou servant d'introduction à ses divisions principales et qui sont autant de fragments de haute philosophie médicale ; mais cette exposition nelle et précise , celte démonstration convaincante, cette discussion pleine d'aménité; mais celte absence de toute prétention, celte défiance de soi-même , et cette bonne foi qui se font surtout remarquer dans la partie thérapeutique, voilà ce qu'elle n'a pu reproduire ou dont elle n a pu donner qu'une bien faible idée.

« On peut le dire , une considération domine ce travail tout entier , c'est celle de létal actuel de la science. Delà ces nombreuses citations bibliographiques; delj

aussi CCS rcpélilions qui , au premier abord, pourraient paraître oiseuses et fatigantes. L'auteur prévoit lui-même que, sous ce double rapport, il pourra lui être adressé un reproche; mais il a préféré le défaut d'avoir trop dit, à celui de n'avoir pas dit assez ; car, avant tout, il devait arriver aux déterminalinns réclamées par le programme, et ces éléments lui étaient indispensables. Après cet aveu, et considérant surtout l'immense labeur qu'ont dû nécessiter la collection et la coordination de ces nombreux matériaux bibliographiques , la critique reste désarmée.

« Au moment d'arriver au terme de notre mission', cette question se présente bien naturellement: Le but de l'académie a-t il été rempli? Hâtons nous de produire la réponse unanimement affirmative des membres de la commission d'examen et du bureau général ; hàlons nous de dire aussi que, dans leur conviction intime, c'est le mémoire analysé en dernier lieu qui seul, et dans les limites assignées par iétat actuel de la science^ a atteint ce but de la manière la plus satisfaisante.

« Entre ce mémoire et celui qui a été placé immédiatement aprèslui dans l'ordre de mérite , on remarque certaines analogies pour la conception du plan , mais on constate aussi d'immenses différences en ce qui concerne son exécution. Le premier est une monographie complète au point de vue analytique comme au point de vue pratique; sa forme n'a rien de saillant si l'on veut, mais elle est parfaitement adaptée au sujet ; il laisse à peine prise à la critique , et ce n est encore qu'à 1 occasion de points d'une importance secondaire. »

Je nie suis permis de transcrire des éloges aussi flal leurs, que parce que ce n'est point à moi qu'ils étaient adressés, mais au mémoire dont l'auteur était inconnu, et que c'est précisément de ce mémoire qu'il s'agit. Je n*ai pas cru pouvoir lui donner une meilleure recommandation que celled'un jugement prononcé par une commission composée d'hommes aussi compétents et aussi distingués.Combien ces encouragements causent de satisfaction ! Combien ils dédommagent des peines et de veilles quila fallu pour conduire à sa fin un travail aussi long et aussi épineux ! Là au moins se voient des âmes grandes et généreuses, qui ont voulu moins récompenser qu'exciter le zèle qui ne reculait devant aucune difficulté pour payer son tribut à la science. Combien de pareils sentiments devraient faire rougir ces petits esprits pétris de jalousie, ces eunuques de la science, qui, incapables de rien produire, sont offusqués par les œuvres de ceux qui travaillent, et se font un devoir de les persécuter pour les punir de ce qu'ils ont la témérité de s élever au-dessus d'eux !

Je m'applaudis d'avoir trouvé des juges aussi éclairés; j'ai profité avec empressement et avec reconnaissance des observations judicieuses qu'ils ont pris la peine de présenter. J'ai corrigé tous les points défectueux qu'ils ont signalés. C'était un devoir d'autant plus agréable pour moi que ces fautes ne portaient que sur des objets do détail , et qu'elles étaient l'effet d'une rédaction précipitée, bien plus que de vices inhérents à l'ouvrage ou à ses doctrines. Aussi j'adresse mes remercîmenls bien sincères à la commission pour avoir pris la peine de rele-

ver ainsi (jiieiqucs incsacliliides qui pouvaient nuire à la régulai'ilé de l'ouvrapie. Avec son assentiment sur le fond du travail, avec les corrections qu'elle m'a indiquées, j'espère qu'elle l'aura rendu plus digne d'être offert au publie.

Malgré les nombreuses répétitions auxquelles la ])arlic historique m'a exposé, je ne l'ai point supprimée parce que cette partie est beaucoup plus complète que celle des autres auteurs qui ont trailé le môme sujet. D'ailleurs ces répétitions uesont pas entières; elles ne portent la plupart que sur quelques points de l'hislorique. Je l'ai donc conservée pour faire une monographie aussi complète que pouvait le comporter le programme. Quoique la forme ne soit pas aussi scientifique, aussi scolaslique que pourrait l'être une monographie, j'ai eu soin d'y rattacher tous les points essentiels; de façon que rien ne manque à celle description pour faire à la fois connaître la maladie el apprendre à la traiter.

Une partie du vœu que nous émettions dans la propliy • laxie vient d être accomplie. Au mois d octobre dernier , sur l'avis du conseil de salubrité et d'une commission spéciale composée de savants et d architectes , lemploi du blanc dezmc, h 1 exclusion du blanc de céruse, a été ordonné par le ministre des travaux publics, dans les travaux de peinture des bâtiments de l'Etat. Espérons que cet exemple sera suivi dans toute la France et par tous les architectes, les peintres et les propriétaires; alors nous verrons diminuer des trois quarts au moins le nombre des coliques saturnines. Honneur et félicilation au ministre philanthrope qui a su prendre l iniiiative.

Je m'estimerai heureux si le publie daigne aeeueillir ce dernier fruit de mes veilles avec la bienveillance dont il a usé envers mes autres productions. Alors mes efforts n'auront pas été perdus , et le bonheur d'avoir contribué à soulager quelques douleurs sera ma plus douce récompense.

L'Académie des sciences de Toulouse a mis au concours la question de médecine suivante :

« Exposer d'après l'état actuel de la science : « 1" La nature et le véritable siège de la maladie connue « sous le nom de colique saturnine (vulgairement colique « des peintres).

« 2® Les signes qui peuvent la faire distinguer des affec- « tions abdominales qui ont avec elle quelque ressemblance.

« 3° Les indications curatives qu'elle présente et la raédi- « cation rationnelle pour les remplir. »

Cette question est vaste et importante. Elle touche à plusieurs points de doctrine les plus controversés , sur une maladie tout à la fois grave et remarquable par ses phénomènes. La science n'a pas cessé de marcher; elle a chaque jour ajouté de nouvelles acquisitions à ses possessions antérieures. Trop souvent aussi elle a pris pour des conquêtes et des découvertes , des opinions , des théories , des systèmes ou même des hypothèses qu'un examen attentif a bien vite

2 AVAXT-PllOPOS.

réduits à leur juste valeur : comenta delet dies. La colique des peintres a toujours subi le joug des opinions du jour. Toujours elle s'est prêtée à toutes les nuances , à toutes les formes , même les plus contradictoires , qu'on a voulu lui donner. Aujourd'hui encore, malgré les travaux qu'on possède, on peut se demander si la science est bien fixée sur la nature de la maladie, s'il ne reste pas quelques points de son histoire qui exigent de nouvelles recherches, qui ont besoin d'être éclairés ou mieux précisés. C'est d'après cette anarchie et ce doute , que la savante société de Toulouse a été conduite à en faire le sujet d'un concours. Comme les opinions viennent toujours s'insinuer dans le traitement des maladies , ainsi que le prouve l'histoire de la colique des peintres , elle a pensé que la question devait s'étendre à sa thérapeutique. C'était tout à la fois être utile à la science et anx malades , que de chercher à fixer les esprits , d'une part sur la nature de l'afTcction , et par suite sur son traitement: et comme il est impossible de bien traiter une maladie que l'on confondrait avec d'autres, elle a voulu faire éviter la confusion , en demandant les moyens de la distinguer d'un grand nombre d'affections avec lesquelles elle a quelque ressemblance. Tel est, si je ne me trompe, le but de l'Académie. Il importe de bien le préciser, parce que dans une question aussi large, s'il est essentiel de traiter tout ce que demande le programme, il n'est pas moins indispensable de ne traiter que ce qu'il exige , afin de ne pas s'écarter dans des digressions étrangères au sujet, et qui, en multipliant le volume des mémoires, prendraient un temps précieux aux juges du concours. Nous pensons même qu'en s'écartantdu sujet, en

y joignant les questions qui sont en dehors du cercle tracé , on manque le but ; quelque parfait que soit un travail de ce genre, il doit être exclu du concours: autrement ce serait un leurre fait aux candidats qui se mettent de bonne foi sur les rangs , et qui s'abandonnent naïvement à toute la sécurité que leur inspirent les limites posées par la société ellemême. D'ailleurs le sujet est assez vaste par lui-même; s'il n'embrasse pas toute la question des coliques de plomb ou des maladies saturnines , il en embrasse la partie la plus essentielle. L'Académie l'a bien senti; et c'est parce qu'elle a jugé ces trois points comme les plus importants à résoudre, qu'elle a appelé sur eux l'attention des praticiens, afin qu'en limitant leurs efforts , ils puissent ne pas perdre un temps inutile à la recherche d'autres questions ; elle a pensé que leur solution serait un service assez grand rendu à la science. Nous nous associons à son esprit , et , avec elle , nous croyons que la grande question des coliques saturnines est à peu près toute renfermée dans ces trois points, et qu'en les éclaircissant ou tout au moins en les fixant^ on ne peut que rendre un service immense à la médecine et à l'humanité. Honneur donc à la compagnie qui a demandé la solution de cette grande question ! Elle fait preuve de son origine littéraire et scientifique. C'est en proposant de pareils sujets^ qu'elle se montre digne à la fois de son antique célébrité et du rang distingué qu'elle occupe dans la marche progressive du siècle.

Dans ce travail je me conformerai donc à son programme. J'en admets les trois divisions; avec ce guide, je ne pourrai pas m'égarer. Si je me permets de les faire précéder d'une

analyse historique succincte , c'est parce qu'elle me paraît impiicilomcnt renfermée dans ces mots du programme : d'après Vétat actuel de la science. Je n'y attache aucune importance, on peut la supprimer sans inconvénients, et passer de suite aux trois parties qui constituent le fond de la question. Là seulement se trouvent des points litigieux de doctrine à résoudre et à éclairer. Puissent mes efforts n'être pas jugés indignes du sujet et de la bienveillance de l'Académie I

historique:.

Lorsqu'une maladie présente des caractères qui lui sont communs avec d'autres affections , lorsque surtout la cause qui la détermine n'agit pas d'une manière assez brusque, assez visible pour être saisie facilement , il n'est pas étonnant qu'elle reste longtemps confondue avec celles avec lesquelles elle présente quelques traits de ressemblance. Voilà pourquoi la colique saturnine n'a pas été décrite en particulier par les auteurs anciens. Ils l'avaient certainement observée, parce que de temps immémorial on connaît l'usage du plomb et de ses préparations, et que les rapports de ses qualités avec la susceptibilité organique de notre économie ont toujours été et seront toujours les mêmes. Or , les mômes causes ont dù produire les mémos effets. Aussi les recherches de plusieurs savants ont lait retrouver des traces indubitables de cette affection dans les ouvrages de l'antiquité la plus reculée. Cest surtout à Dehaen , Gardane , Joseph Frank et MiVr. Mérat et Tanquerel-des-Planches qu'on est le plus redevable à cet égard. Aussi nous n'avons pu qu'y puiser largement. II ne nous a guère été possible d'y ajouter que les travaux qui ont paru depuis la publication de leurs ouvrages. INous n'avons pas

() MÉMOIUE

môme cru nécessaire d'y admettre la gigantesque érudition de Frank. Cette nomenclature indigeste nous a souvent effrayé.

Bien que le plomb fût employé longtemps avant Hippocraie, il est impossible de trouver, dans les auteurs qui l'ont précédé , aucun indice de la connaissance de son action toxique sur l'économie. Au vieillard de Cos appartient donc le premier monument qui soit relatif à ce sujet. « L'ouvrier qui travaillait à l'extraction des métaux éprouva une constriction dans la région de l'estomac; sa rate se gonfla ; le ventre se durcit , devint peu libre et se remplit de gaz ; les tissus se décolorèrent ; le mal se jeta sur le genou gauche , il reprit ensuite le ventre et à la fln se termina par une crise. » (De morbo vulgari, lib. ÏV, art. 20.) llsemann et quelques autres critiques ne trouvent pas là des signes suffisamment développés pour y voir une colique de plomb. Si on se reporte à la science de cette époque , on sera moins ditTicile puisque la maladie n'était pas encore connue.

Après Hippocrate, vient Nicandre; on lit dans les Alexipharmaques une description assez exacte de la colique saturnine, occasionnée par des préparations de plomb introduites dans l'estomac : «On n'a pas plus tôt pris intérieurement de la lithargc et de la céruse, dit-il, qu'on est constipé ; les vents s'accumulent avec bruit vers le milieu du ventre, et dans la région ombilicale ; ils causent des douleurs de tortillement aussi cruelles que celles qu'on éprouve dans les coliques les plus rebelles ; le malade ne rend plus l'urine, il sent une chaleur brûlante dans les membres, sa couleur devient plombée. L'homme ainsi tourmenté , abattu par tous ces maux , finit par perdre l'usage de ses membres qui tombent. »

Sans la décrire, Celse ne fait- il pas voir qu'il la connaît, lorsqu'il recommande de faire vomir ceux qui ont avalé de la céruse ?

SUK LA COLIQUE SATURNINE. 7

A une description assez exacte des accidents occasionnés par l'ingestion du plomb dans les voies digestives , et à l'indication de faire vomir, de purger et d'exciter les urines pour les combattre, Dioscoride ajoute plus loin, que la poussière qui s'exhale des métaux resserre le gosier de ceux qui les travaillent, fait tousser, paralyse les membres, rend hébété et cause de très-vives coliques. Déjà de son temps les ouvriers s'enveloppaient la tête pour se garantir de cette poussière. H n'y avait plus qu'un pas à faire pour saisir les rapports de cause à effet , entre les émanations saturnines et les coliques de plomb. (Sect. de alexipharraacis, lib. de venenis, cap. 27 , Dioscorid. Sarac, interpr. Vienne], 1498.)

Ce qu'avait dit Dioscoride , Galien l'a répété et commenté. 11 a aussi fait l'histoire d'une colique particulière , qui ressemble beaucoup à celle que Citois et plusieurs auteurs ont appelée colique de Poitou et colique végétale , et qui ne semble être qu'une colique saturnine dont on a méconnu l'origine. (3léthod. méd. tom. VI.)

Sous le nom de colique mélancholico-nerveuse , Arétée a décrit des phénomènes singuliers, qui ont la plus grande ressemblance avec ceux qu'on a plus tard attribués à l'action du plomb : « Les malades, dit-il , ne dorment point et dépérissent; leur bas-ventre est sec et resserré; quelquefois cependant ils rendent des matières arrondies, sèches, noires et comme teintes en jaune ; les urines ne coulent presque pas , et les hypochondrcs sont remplis de flattuosités ; il faut administrer avec énergie les purgatifs contre de pareils accidents. Quelquefois la maladie devient incurable , c'est lorsque la contraction des nerfs , la paralysie et l'épilepsie se déclarent. » ( Lib. 1 de diuturn. , et lib. II de caract. morb. caus. et sing. , morb. diuturn.)

Peu d'auteurs se sont autant rapprochés des modernes

que l'a fait Paul d' Eginc. Non content de reconnaître avec la plupart des médecins grecs cl latins les mauvais effets du plomb , du minium , de la ccruse et de la litharge , et d'en déduire les accidents comme l'a fait Dioscoride , il décrit une colique semblable à celle que nous appelons colique saturnine : et, à la fin du même chapitre , sous le nom de colique pestilentielle coUcapeslifera , il lait l'histoire d'une colique épidémique , que Citois a cru être la môme que ce'le qui régna dans le Poitou. Elle se répandit dans toute l'Italie ; chez plusieurs sujets , elle se termina par la paralysie des membres ; d'autres devinrent épileptiques, et ils en moururent. (Oper. de remed. L. III, de morb. intest, sub fin. cap. 18 et 43 , plus 149. De résolut, obs. colic , dolor.) La description de ces deux coliques dont il ignora la cause est la même que celle de la colique occasionnée par le plomb.

On trouve dans Actius une description des effets morbides dus à l'ingestion des différentes préparations de plomb dans l'estomac. Elle est si semblable aux phénomènes de la colique saturnine , qu'on ne peut pas douter qu'elle ne soit celle maladie elle-même. Il range les préparations de plomb dans la classe des poison-;. (Telrabit. lib. IV, serm. IV.)

Un passage de Rhazès prouve qu'il a connu les mauvais effets du plomb et la colique saturnine. Le voici : « Les symptômes de la litharge prise intérieurement, sont la suppression des urines , la constipation , l'épaississement de la langue, des douleurs <fans le corps et la paralysie des membres. » Il veut qu'alors on fasse vomir, et qu'on purge avec les drastiques si les symptômes deviennent plus violents. (Oper. parv. albub. fil. zachar. tract., lib. Vllï.j

D'après Haly-Abbas , ceux qui ont avalé la céruse sont tourmentés par des douleurs térébrantes du ventre . de la toux et du hoquet; les membres se paralysent. Il prétend qu'on guérit ces accidents par les vomitifs et les purgaliis

violents. (Thcor. lib. IV, c. 35, et lib. IX, c. 8.) Dans le chap. 27, de coZtca, quelques passages semblent se rapporter aussi, quoique moins directement, à la colique des peintres.

Réunissant tout ce qu'on avait écrit avant lui sur la colique de plomb, Avicenne en a donné la description la plus étendue qu'on eût encore. Il l'altribue à l'ingestion des préparations saturnines , telles que la cérusc et la litharge. Cependant il laisse penser qu'elle peut se développer à la suite des émanations de ce métal imparfait. Il en trace les phénomènes d'une manière caractéristique (Lib. III, cap. 16, tract. 3, et lib. lY, fen. VI, tract. I), tellement qu'on a lieu de s'étonner que dès-lors la colique de plomb n'ait pas été plus généralement connue. Outre cette colique par ingestion, il en décrit une autre qui présente tous les caractères de la môme maladie, sauf la cause qui est inconnue, et qui l'a fait classer dans la colique végélale , qui au moins le plus souvent n'a pas été autre chose que la colique de plomb occasionnée par les boissons lithargirées. Dans l'une et dans l'autre il reconnaît la privation du mucus intestinal ; aussi il conseille les purgatifs qu'on réitère en raison de l'opiniâtreté de l'affection.

Voilà à quoi se résument les connaissances des anciens snr la colique de plomb. Observateurs toujours attentifs , ils ont su la reconnaître lorsqu'elle était produite par l'ingestion despréparationssaturnines, quoiqu'elle fût bien rare. Celle qui était occasionnée par leur émanation , leur a échappé. Cependant Dioscoridc et Avicenne l'ont soupçonnée. Mais , s'ils ont ignoré sa cause, ils paraissent avoir bien étudié la maladie : car cette colique singulière dont Galien, Paul d'^Egine, Arétée, Haly-Abbas, Avicenne nous ont transmis l'histoire sans en connaître l'origine , ne s'observe plus que chez les ouvriers qui travaillent sur le plomb. N'est-il pas à présumer que les faits de ce genre qu'ils ont recueillis, ont été observés sur des individus qui travaillaient

dans les mines? Ils n'en disent rien, mais tout nous porte à le croire. Leurs boissons ne pouvaient-elles pas aussi en être la cause? Ils ne connaissaient pas , il est vrai, l'art de frauder les vins et les cidres avec la iilharge et autres préparations plombiqucs; mais Calon ^ Pline, Palladius, Coluraelle nous apprennent qu'on préparait dans des vases de plomb un sirop de raisins qu'on mêlait ensuite aux vins nouveaux pour en adoucir l'àpreté. N'est-il pas à présumer que dans cette opération, il y avait oxydation des parois du vase et combinaison de l'oxyde ainsi formé avec le sirop ? De plus, suivant Columelle , les fermiers avaient l'habitude de placer un plat de plomb dans chaque tonneau, afin d'empêcher le vin de passer à l'aigre. N'y avait-il pas là aussi une oxydation et une combinaison du plomb avec le vin? D'après ces considérations , n'est-il pas à présumer que c'est dans leurs vins que les anciens puisaient cette colique mystérieuse quant à sa cause, qui a excité l'étonnement de Van-Zelst,et qui nous paraît être saturnine, malgré quelques nuances de symptômes dans la description qu'ils nous en ont laissée.

Voici comment s'exprime M. Tanquerel-des-Planches sur l'histoire de la colique de plomb dans le moyen-âge , nous ne saurions mieux faire que de le copier textuellement. « Depuis le 12^ jusqu'au 16^ siècle inclusivement, plusieurs écrivains firent mention de cette maladie dans des ouvrages sur d'autres parties de l'art ; mais pendant tout ce temps on ne publia pas de travaux spéciaux propres à en éclairer l'histoire. Nicolas Nicolie ^Serm. V, tract. VIII, cap. XI et serm. III, cap. V, l4li'); Jean-Michel Savonarole (Pract. tract. VI, cap. XVI, 1430); Jean Arculan (in pract. med. , apud Forestum, 1480) ; Alexandre Benedict (1496) , n'ont rien ajouté à ce qu'avaient écrit à ce sujet les médecins grecs et arabes. La même remarque s'applique à Dulaurent (l500j,Andernac(1562),Trincarellius(1550),Léon Jacchin (1560), Valcher Coëter (1553), dont nous ne faisons men-

lion ici que pour ne pas interrompre l'histoire chronologique de la colique de plomb.

« Fernel nous a transmis l'histoire pleine de détails intéressants d'un peintre d'Angers atteint de colique et de paralysie saturnines , dont il ne put découvrir la cause dans la profession du malade. L'autopsie ne lui révéla aucune altération. Ce fut la première dans cette maladie. (De lue venerea, cap. Vil ) Cet auteur parle encore dans un autre endroit d'une colique dont il ne sait pas davantage indiquer la cause, et qui avait des symptômes en tout semblables à ceux de la colique de plomb. (De febribus, lib. IV, cap. X.) (Ces faits sont inexactement rapportés.)

« La colique de plomb était très-fréquente en Bretagne au temps de Hollerius , (de morbis intern. lib. I, cap. XLI, de colico dolore.) Paracelsc, Droët] (Consilium novum de pestilenlia , 1572) Craton de Kraflhein , Engalenus , ont parlé de la colique de plomb sans ajouter beaucoup aux notions déjà acquises sur cette maladie. Il leur arrive souvent de décrire l'empoisonnement, la colique et la paralysie de plomb, sans se rendre un compte exact de tous ces phénomènes morbides. En effet , à l'époque où écrivaient ces auteurs , les préparations saturnines étaient sans cesse employées comme médicaments ; c'est ainsi que Paraccise s'écrie : saturnus purgat fibres. »

A ces noms , on pourrait enjoindre beaucoup d'autres, tels que Constantinus Africanus (Op. pars. II, lib. IX, cap. 29 , de colicâ passione), Jean Gaddesden (Rosa anglica, cap. XX, 1502), Forestus fobserv. et curât, med. lib. XXI, obs. V et XV), Félix Plater (Praxcos med. tom. II, cap. XIII), Baillou, (Consil. med., cons. V), Spigel,(/)(? febre semi tertianâ, lib. IV, cap. 13 et 14), Rodericde Fonseca, (Consult. méd. tom, II, consultât. 57). Tous paraissent en avoir distingué les caraetères particuliers, sans pourtant la^^différencier des autres coliques par sa cause. D'autres auteurs

encore, tels que Agricola (Dere metallicâ, lib. YIJ, Pansa, (Deperipneumonid metallicorum , 1614.; ont aussi observé l'influence délétère des métaux comme cause productrice de maladies, mais sans en faire une application spéciale à la colique de plomb, quoiqu'il fût reconnu que la colique nommée hulten-katze était occasionnée par le plomb.

Langius dit dans la 38^ épîtrc du livre II de ses œuvres qu'elle était endémique dans la Silésie et la Germanie. La colique de plomb ne formait point encore une maladie à part. Elle n'avait point été étudiée pour elle-même. Les notions incomplètes qu'on en avait se trouvaient disséminées dans quelques passages souvent obscurs de traités généraux, dans lesquels la cause de la maladie était même souvent méconnue , surtout la cause par absorption extérieure , comme nous le voyons dans Riedlin , Jockel , etc., Il faut arriver au 17^ siècle pour voir les médecins s'en occuper d'une manière spéciale. Alors parurent plusieurs dissertations , parmi lesquelles brilla la fameuse diatribe de Citois , (Z>e novo et populari apud Pictones dolore colico hilioso diatriha. Poitiers, 16l6.j ; car celle de Milon , médecin de Henri IV, n'est connue que par la citation qu'en a faite Citois lui-même. Malgré le nom qu'il lui donne, cet auteur reconnaît qu'elle n'est pas renfermée dans les limites du Poitou, et qu'on l'observe aussi dans les provinces voisines. La description qu'il donne est presque aussi complète qu'on pourrait le faire aujourd'hui. Les nuances légères qu'on pourrait y trouver ne suffisent pas pour y faire admettre une maladie différente de la maladie de plomb. 111a décrit comme une épidémie occasionnée par les vins durs , acerbes , ou aigres , dont on faisait usage alors. Il n'y voit pas , il est vrai , pour cause de l'affection , le plomb , quoiqu'il ait plusieurs fois confondu avec elle les coliques survenues chez les ouvriers peintres, potiers déterre, plombiers, etc.; mais on ne peut en douter , si l'on fait attention que depuis

longtemps on adoucissait les vins du Poitou avec la litharge , et que cette fraude fut cette année plus grande que jamais, à cause de la nécessité où les marchands de vin se trouvèrent de corriger la plus grande verdeur des vins. Ce qui le prouve , c'est que depuis cette époque, on n'a plus vu de semblables épidémies dans le Poitou, parce que depuis lors il y a eu plus de surveillance dans la préparaliou des vins, peut-être aussi parce que les récoltes n'ont pas été aussi mauvaises ; car dans cette épidémie qui a valu à la maladie le nom de colique de Poitiers ou du Poitou , colica Pictonum, il y avait quelquefois certains phénomènes étrangers à l'action du plomb, et qui ne peuvent tenir qu'à l'action des mauvaises boissons , telle était surtout la diar* rhée par laquelle la maladie débutait souvent. Cette raison la fait encore ranger par beaucoup d'auteurs parmi les coliques végétales, ou tout au moins , parmi les complications des deux maladies. Quoi qu'il en soil, cette dissertation de Citois éveilla l'attention ; et la maladie saturnine fut décrite par presque tous les auteurs, soit dans des mémoires particuliers , soit dans des ouvrages où on lui consacra une place à part. Cahagnasius lui destina sous le nom de colica pictaviensis un chapitre entier dans son Traité des^fièvres. (Brevis facilisque method. curandi febr. Gadomi, \6\6.J

Ce fut une colique de plomb dont Charles Lepois nous a transmis l'histoire^ dans cette colique extraordinaire dont furent atteints, en 1618 , les religieux de l'abbaye de Beaupré. (Tract, de morb. seros., obs. etconsil., sect. IV, cap. 2.) Il n'en connut point la cause , mais les accidents abdominaux et céphalo-rachidiens l'assimilent à l'empoisonnement saturnin.

Nicolas Fontanus en parle sans rien ajouter à nos connaissances. II en est de même de Florileg en 1637. Zacutus Lusitanus dans le 1*"^ volume de ses œuvres, page 71 , Amsterdam 1640, décrit une colique hiUease (De colico

14 MÉMOIUE

dolore) qui ne cédait qu'aux vomitifs et aux purgatils et dont la cause n'est pas mentionnée. Nous pouvons en dire autant de Jonhstonus , dont la troisième espèce ( à fecibus duris cl retentis ) semble appartenir à la colique saturnine, bien qu'il n'en indique pas la cause , (Idea medicinœ practicœ , 1652,pag. 663;.

Ce ne fut qu'en 1656 que la véritable cause de la colique des peintres fut connue. Stokhusen , médecin des mines do plomb de Goslar, étudia le premier cette colique dans ses rapports avec les émanations du plomb. Il démontra que celles-ci seules en étaient la cause et que les autres vapeurs métalliques y étaient étrangères. Il fit connaître l'action des différentes opérations qu'on fait subir au plomb, et il eut le talent de démontrer que ces effets étaient les mêmes que ceux de la colique de Poitou. Il fit ainsi faire un grand pas à la science, et il l'eût dès-lors fixée pour toujours , si son travail eût de suite été mieux connu. (De Uthargyrii fumo , noxio , morhifîco , ejusque metallico frequentiori morbo vuîgô dicto hutlen-katze.) Cependant Bal th. Timœus, à Guldenklée, (Casus médicinales et Oès.]3ra<iC,lib. Vll.cap. lO.jCummen, (De noxa avapore plumbi. Eph. nat. curi. dec. I.) Detharding(Ibid. dec. III.) l'observèrent également sur les potiers, et ils reconnurent que l'influence du plomb en était la cause.

Quinze ans plus tard Wepfere reconnut que les coliques occasionnées par les vins frelatés étaient dues à la lithargc qu'on y ajoutait. Il dénonça cette fraude au gouvernement de Wurtemberg, (Miscell. nat. curios , anno 1671. Obs. do [tavdA^s., postcolicam à vinoj. On ne savait pas encore à quoi attribuer ces coliques épidémiques. Un peu plus tard Thomas Burnet consigna dans son Trésor de médecine, plusieurs observations de coliques ainsi occasionnées par le plomb.

Les auteurs les plus célèbres de cette époque ont aussi accordé une mention particulière à la colique de plomb, dans leurs ouvrages généraux. De ce nombre sont : Lzaarc

Rivière, (Praxis mcdic.^ lib. IV, cap. \.) Sennert, (Pract. lib. m, p. 2, sect. Il, cap. 2.) Nie. Pison , (De morhis cognoscendis et cura, lib. III, cap. 20.) Pucrrar, (Burnelti thesaus. Obs, ad , lib. III, sect. XLVllI, subsect. XlII.j Sydcnhàm^ (Opéra. prac. integri in curandis morbis, de colicd Pictonum.) Vanhelmont, Willis, (De anima brutorum, Pari, palhol., cap. 9.j Junken, Graanem , Muys, (Praxis medic. chirurg., rat. dec. 6, Obs. X.; Baglivi, (Opéra.) Musgrave, (De arthridide sgmptomatica\ cap. 10, Hist. A.) Sehenchzer, (Itiner. , alpinum, iom. I, 1702.)

Ces travaux ne restèrent point stériles. La maladie mieux connue fut aussi mieux étudiée, et sous quelque nom qu'on la désignât , le ?èle fit éclore une foule d'ouvrages importants, qui ont la plupart jeté quelque jour sur cette maladie. Bianchus (Hist. hep., 172ô),Calineth, Moursousmitb. Boerhaave et son savant commentateur en ont parlé convenablement. Théodore Yan-Zelst dans un livre remarquable sur la goutte, la colique et le scorbut, (Libellas singularis de podagra , et dolore colico, scorbutico simili , pictonico œmulo. 176'0, Lausanne.^ a consacré un très-long chapitre à la colique de Poitiers. Avec Paul d'^Eginc, il l'attribue à l'abondance et aux qualités de la bile. Avec Gitois , il la fait dépendre des vins aigres et de mauvaise qualité. Tout en lui reconnaissant un développement épidémique, il lui refuse l'endémicité admise jusqu'alors , puisque la maladie a disparu du Poitou et qu'on l'a vue se montrer dans différentes localités pour en disparaître aussi. Ce n'est point encore au plomb qu'il en attribue la cause ; aussi le traitement qu'il admet est évacuant par les purgatifs. Il signale les mauvais effets des sudorifiques. Il indique plusieurs transformations de la colique et surtout son analogie avec certaines coliques scorbutiques alors assez fréquentes et occasionnées par la mauvaise qualité du régime. Le lait d'ànesse lui a été d'un grand secours , lorsque les douleurs se prolongeaient indéfiniment.

Comme on le voit , la découverte de Wepfere n'avait pas eu de retentissement ; elle était restée sans résultat. Il nous faut arriver à Henkel pour retrouver la véritable origine de la colique saturnine. Ce médecin minéralogiste a , dans sa Pyrétologie , reconnu la cause des maladies saturnines chez les ouvriers qui travaillent dans les fonderies de plomb et il l'appellecolique des fonderies, des fondeurs. Son opinion fut goûtée et elle forma l'opinion générale, qui n'a plus guère varié, ainsi que nous le voyons dans les ouvrages qui ont été publiés depuis. Telle est une annotation deWilson, dans laquelle il prétend que, dans les mines de Léad-Hils, la colique est produite par la seule vapeur du plomb. Telles sont les deux dernières dissertations de Dehaen sur la colique de plomb , qu'il appelle cependant encore , avec le commun des médecins, colica Pictonum. Les trois dissertations qu'il a publiées à ce sujet sont insérées dans le l^"" volume de son ratio medendi. Dans ces opuscules , il se tient à la hauteur de sa réputation de grand observateur, quoiqu'on en ait pu dire ; il a fait à cette époque tout ce qu'il était possible de faire, et sa description ne laisse rien à désirer. Mieux que personne , il a démontré que le petit intestin partipait à la maladie aussi bien que le gros : constat^ non intesiina crassa duntaxat, sed et tenuia morbosa reddi. Il a aussi insisté sur le resserrement des brides intestinales, qui donnent aux matières la forme de crotins de brebis. Frédéric Hoffmann le signale dans ses vastes el savantes productions, mais sans y rien ajouter. {Med. rat. cyst. tom. IV, part. II, sect. II, cap. o.)

Ce fut à peu près vers le même temps que parut la relation d'Huxham sur une colique qui éclata dans le Devonsbire , en 1724, et dont les symptômes n'étaient absolument que ceux de la colique de plomb. ( Traité des fièvres^ P3>ge 455, mémoire particulier. ) Il en place la cause dans la boisson du cidre, qui, cette année là, fut très-abondanle à cause de

la récolte des pommes qui fut prodigieuse. C'est en suspendant la sécrétion et l'évacuation de la bile, que le cidre et l'acide de la pomme agissent dans la production de cette colique. Beker et plusieurs autres médecins chimistes démontrèrent plus tard, dans les Transactions médicales, ce que Iluxham n'avait pas môme soupçonné, que cette colique avait été occasionnée par le plomb qui se trouvait dans les boissons dont on faisait usage, soit accidentellement par les vases dans lesquels on les tenait renfermées, soit par les sophistications dont elles étaient l'objet. Aussi, dès que l'usage des vases <'ut cessé, la coliquecessa aussi. C'est d'après cela que James, à l'article Btllon de son grand dictionnaire, l'a fait dépendre dans le Derbyshire, des vapeurs saturnines que les usines répandent dans l'atmosphère, à une certaine distance, qu'on appelle pour cela sphère du Bellon. Il est très-dangereux, dit-il, pour l'homme et même pour les animaux, de vivre dans cette atmosphère.

Nous devons rapporter à cette même colique de Poitou , celle que Wédel et Nyster (De colicà scorbulicd, lena 1688.) Friccius ( De coUcd scorbulicd. Ulm 1696 ) , Schulz ( De colicd scorbulicd. Eph. cari. natur.J et Toxel ( de colicd scorbulicd spasmodicd, 1736, j ont appelée scorbuticjue et qu'on a observée d'une manière endémique ou épidémique chez les habitants du Devonshire , du Derbyshire, de Caribe , de Surinam, d'Amsterdam, etc. , comme le prouve la description qu'ils ont donnée de la maladie.

Vers le môme temps il parut une dissertation publiée par Weismann et Zeller (Haller. disput. tom. III), et dans laquelle on trouve beaucoup de faits intéressants. Mieux que personne ils ont fait connaître la colique et les autres accidents saturnins occasionnés par la litharge et autres préparations de plomb. La plupart furent le résultat de l'usage qui s'introduisit dans la Souabe de corriger l'àpreté des vins parla litharge. Leurzèle les poussa trop loin. Ils rapportèrent

18 MRMOIRE

à ce métal une foule de lésions pathologiques et organique» tout-à fait étrangères à son influence sur notre économie. Des applications bien innocentes de céruse sur la peau auraient occasionné les plus graves accidents, les vins lithargirés auraient causé des asthmes, des attaques, des délires , des ulcérations de l'estomac, des hydropisies, etc. ( Docimasia, signa^ causœ etnoxavini lithargyrio manf^anisatt , etc.)

On trouve dansleraême recueil de Haller (Disputât, tom. III, 1752), une thèse non moins intéressante d'Asemann (De colicâ saturninâ metallurgorum) . Rien de ce qui se rapporte à l'action des diiïcrentes préparations de plomb sur l'économie ne lui échappe. Peut-être est-il trop minutieux sur les détails de chaque procédé métallurgique. Sa description de la colique est bonne, sauf un peu de confusion. C'est un répertoire complet où on trouve tout ce qui a été fait jusque-là.

Vers la même époque à peu près, Astruc fit paraître une thèse qui fit beaucoup de bruit {Ergo morho, colica pictonwii dicto,venœ seclio incubito, 17.^1 ) Sans ajouter beaucoup aux connaissances positives sur les causes et sur le traitement de la maladie, il chercha, par une série de raisonnements théoriques, à prouver que la colique saturnine était une rachial gie (De rachialgiâ). Il fut conduit à donner la préférence à la saignée du bras, dont il fait l'éloge, et il lui associa l'adnnnistration des émollients internes et externes ei des narcotiques (Devenà cubili secandd in colicâ pictonum 1767 .) Cette dissertation est fort remarquable, quoique les raisons sur lesquelles elle s'appuie ne soient p!us admises. Charles LepoisetWillis avaient déjà pense comme lui. Wilson fit aussi connaître le résultat de ses observations pratiques : Du meilleur mode de traitement par les évacuants, et l'autopsie quil pratiqua sur un chien ( chirurg. 1757.).

Immédiatement après, la thèse de Dubois vit le jour. Ecrite avec prétention, elle n'ajoute rien aux connaissan-

ces acquises. En examinant les ouvriers de Ville-Dicu-iespoëles qui employaient le cuivre, il en lira la conséquence qu<> ce métal, aussi bien que le plomb, occasionnait la colique et ses accidents. S'il eût fait attention que le plomb entre pour beaucoup dans les soudures , et que les ouvriers qui ne travaillent que sur le cuivre ne prennent pas la colique , il n'aurait pas accordé à ce métal une aussi grande influence. Il s'éleva contre l'emploi exclusif de la saignée et des émollients, et il préconisa le traitement évacuant de la Charité, dont il était médecin. Il a beaucoup exagéré l'action malfaisante des vapeurs du cuivre, et l'état déplorable des habitants de Ville-Dieu-les-poëles. De vend in colico saturnino non secandâ, et de ejus curatione per emeticâ. Jncolicis fgulinis venœ sectioP negat. — 1751 . )

Quelques années plus tard, Bordeu fit paraître un mémoire [Recherches sur le traitement de la colique métallique de Poitou, des peintres, etc. 1762. ] dans lequel le médecin physiologiste cherche à prouver le danger du traitement de la Charité, dont il fait l'historique le plus détaillé que je connaisse. 11 lui préfère les antiphlogistiques. C'est assez dire qu'il fait la critique de la thèse de Dubois et l'éloge de la dissertation d'Astruc. Bordeu n'avait pas assez observé la maladie par lui-même; aussi sa thèse manque de faits et de preuves et elle se trouve ainsi sapée dans sa base essentielle lorsqu'il veut établir 1 a nature inflamniatoire do la maladie. Il en est de môme de sa thèse : Utrum Jquitaniœ minérales aquœ morbis chronicis P

Aussi Baglivi se contente de regarder la colique comme une maladie convulsive.

La société des érudils d'Harlem en Hollande mit au concours une question relative à ce sujet. Le mémoire de Grashuis fut couronné et ensuite publié sous ce titre : De colicâ piclonum tentamen. Cette production ainsi que son supplément passa presque inaperçue, bien qu'elle fit connaître l'emploi de l'alun.

20 Mi'MOfnn:

Dans ses coinniciitaires sur la cLimie de Lemery, Baron ajouta au chapitre de l'antimoine quelques notes sur la colique de plomb et sur les bons effets de l'antimoine pour la combattre.

Ce qu'en dit Ramazzini, dans son Traité des maladies des artisans, ne change ni n'ajoute rien à la question. Il n'en aurait même rien dit sans une note de Fourcroj, son traducteur, qui cherche ainsi à suppléer à son silence. L'article que M. Pâtissier y a ajouté pour remplir cette lacune , n'est qu'un extrait de nos connaissances là-dessus.

Le célèbre Tronchin publia, vers le même temps, 1756, son traité de la colique de plomb : de colicd pictonum. Cet ouvrage eut beaucoup de retentissement ; cependant il est au dessous de ce qu'on attendait et de ce que promettaient les prétentions de son épigraphe : vidi in arte peritissimos huncce morbumnon inlellexisse (Spigel). Sa description de la maladie est incomplète, et souvent il l'embrouille en la confondant avec d'autres coliques rhumatismales, scorbutiques, végétales, etc. 11 met cependant une grftnde différence entre la colique des minéraux et celle des végétaux. Il admet une foule de causes qui n'ont aucun rapport avec le plomb, et qui prouvent son peu de fixité sur ce point. Il insiste beaucoup sur les mauvais effets des boissons qui ont été conservées dans des vases de plomb ; mais il ne connaissait pas leur sophistication par ce métal.

Bouvart fit de cet ouvrage une critique un peu trop amèredans son Examen d'un livre ayant pour titre: TronchinDecolicâ pictonum, en l'accusant décompter ses expériences par ses revers : inventus per mories expérimenta feci. L'un des premiers il révéla la véritable origine de la colique occasionnée par les vins et les cidres frelatés avec la lilharge pour en adoucir l'âpreté. Ce qui lui fit admettre deux coliques, l'une des minéraux, l'autre des végétaux.

Sans rien ajouter aux travaux connus, Allen donne le

SUR LA COLIOLE SATURNIMi. 21

»remier une recelle mélhodiquedu irailcnientde la Charilé; ildils'ôlre bien trouvé du baume du Pérou pour apaiser les douleurs, et encore mieux de l'opium. Ce qu'il y a d'élonnant, c'est que, selon lui, la paralysie en est la terminaison ordinaire. (Abrégé dé méd. pratiq. tcm III, page 58. )

Peu de temps après Bouvart, Doazan publia une lettre critique, analogue à son Examen, afin de combattre la dissertation de Dehaén. La critique est exacte et fondée sur l'observation. Elle tend à réhabiliter l'efficacité des purgatifs, que Dehaén avait condamnés. ( Jour, de méd. 17 GO, page •291. )

Les observations et réflexions sur la colique de Poitou ou des peintres , etc. de Combalusicr , parurent quelques temps après, en 1761; il allribueau cuivre les mêmes effets qu'au plomb. L'histoire des malades qu'il a observés est excessivement intéressante, et ses explications sur l'action des purgatifs sont admirables.

Pendant que la lutte était engagée entre les médecins de la Charité et ceux qui en repoussaient le traitement, Nicolaïs du Saulzais, à Fougère, eut occasion d'en traiter et de se convaincre que le traitement ne pouvait pas être unique, et qu'il devait être modifié suivant les circonstances et môme aux différentes époques de la maladie, et que lorsqu'il y avait trop d'éréthisme, il fallait l'apaiser par les calmants et les antiphlogistiques, avant de passer aux évacuants. ( Journ. de méd. 17G4, tom. 21, page 24. )

Poitevin publia, en 1760, une dissertation assez bien conçue sous le titre de De colicodolore piclonumdicto. Praticien habile, il se décide pour la méthode purgative, sans méconnaître les cas exceptionnels qui doivent la faire modifier.

Glatigny, médecin à Falaise, traitait beaucoup de coliques végétales assez singulières par la variété de leur développement. Pendant longtemps il prescrivait les éiuollieuts et les

r- MKAlOir.E

«■alaianls. Il échouait, oa du moins il ne réussissait que lenlement. Il en vini aux évacuants. Leurs bons effets les fit regarder comme les seuls moyens convenables. Il crut môme s'apercevoir que ceux chez lesquels on commençait par des adoucissants étaient plus longs à guérir. ( Journ. de méd. 1764, tom. 21, page 409. Lettre à feu M. Dubois, j

On trouve dans les Transactions médicales de Londres, 1772, des vues très-sages, surtout sur le ttaitem«^nt, par Waren. Il admet les évacuants et les calmants.

Dans son ouvrage sur la colique des fondeurs, ou plutôt sur les mauvais effets de la fumée de la litharge, Stokhusen suppose que cette vapeur est portée dans l'estomac et qu'elle y cause la maladie. II en conclut l'utilité du traitement évacuant, et surtout des émétiques. Ce travail était fort peu connu en France, Gardane se chargea de l y populariser en le traduisant, et en y joignant des notes intéressantes. Plus lard, en 1768, à la suite de ses conjectures sur l'électricité médicale, il fit paraître ses recherches sur la colique métallique. Il y fait un inventaire exact des travaux anciens sur ce sujet. Il donne un tableau curieux de tous les malades qui sont entrés à la Charité de 1755 à 17 67. Il s'élève contre la méthode antiplilogistique prop)sée par Dehaën et il préconise le traitement de la Charité.

Peu à peu la colique saturnine s'accoutumait à ne reconnaître pas d'autres causes que le plomb. Cependant Bonté , médecin de Couiances en Normandie, publia dans l'ancien journal de médecine 1760 et 61, plusieurs articles dans lesquels il s'efforça de consacrer les deux coliques; l'une métallique ou saturnine et l'autre végétale. Son travail est un des meilleurs, et il s'appuie sur des faits nombreux. Malheureusement il n'a point analysé les cidres rie Normandie qui produisaient la colique végétale, et il nous laisse ignorer si la maladie n'était point occasionnée par le plomb qu'on y ajoutait. Malheureusement aussi il eut l'idée d'en faire

une espèce qu'il appelle secondaire, cl qui est orcasionnoo par les vices arthritique, scrofaleux, rhumatismal , niélancholique et fébrile, ce qui nuit beaucoup à la clarté de son mémoire, d'ailleurs rempli de bonnes choses. Car à part les diarrhées de la colique de cuivre, les autres phénomènes et surtout les conséquences de faiblesse, de paralysie, d'épilopsie, etc., sont tous les mêmes.

Deux ans plus tard, Marteau de Grand- Villiers fit connaître l'épidémie endémique curieuse qui régnait parfois chez les relig^ieux de Tabbaye de Savigny; sans qu'il ail pu en connaître la cause, il la compare à la colique de Poitiers. Cependant le voisinage, à part deux autres abbayes , n'a présenté aucun cas decolique semblable.

Il était réservé à StoU d'établir que le plomb seul pouvait occasionner la colique saturnine, en faisant voir que la plus grande fréquence à Vienne était due à l'usage plus grand qu'on y faisait du plomb. Le travail du célèbre professeur de clinique est inséré dans la pars 11 de son Ratio medendi. Bienque l'auteur n'ait fait quedonner le résumé de ses nombreuses observations, qu'il se promettait de publier un jour avectousles développements que ce sujet important méritait, ce travail n'en est pas moins digne de sa haute renommée ; et il est étonnant qu'il n'ait pas fait plus de sensation qu'il n'en fit dans le temps. Indépendamment d'une description exacte et purgée de tout accessoire, autant lorsque la maladie est simple que lorsqu'elle est accompagnée de paralysie, il en fait une affection spéciale^ et il établit le premier avec certitude l'heureuse influence des opiacés, en leur associant toutefois les vomi-purgatifs : sanabantur opio, et evacuationibus allernatim. Opium neuliquam morbum palliât, sed cum perseveranlid sanat. Il voulait qu'on en portât de suite la dose à dix grains par jour. Dans plusieurs endroits il signale différentes complications.

Piquer avait englobé la colique saturnine avec la colique

iliaque, el il n'avait fait aucun clî'ort pour éclairer cette qxicsi'um (Praxis medica , iom II, p. 138. 171)6.) Méad en a lait à peine mention à l'article de ileo (Monita et prœcepta tnedica, tom 1 , de morhis ventriculi et intcslinorum.) En I77(', Pouppé Desporles signala sa fréquence à St-Domiogue Cl dans les iles d'Amérique, et son analogie avec la colique bilieuse. (Histoire des maladies de St-Domingue, tom. 1 , i». 36. ;

Dans le premier volume fie sa Matière médicale, Desbois lie Rocbefort, en traitant du plomb, a consacré un article substantiel à la colique saturnine. Médecin de la Charité il avait pu 1 y observer beaucoup. Selon lui, la maladie n'est point inflammatoire ; elle est causée par les particules de plomb qui sont transportées dans les voies digestives rt qui s'attachent aux parois de la membrane muqueuse gastro-intestinale. Aussi il condamne la méthode anlipblogistique, excepté dans les cas rares de complication ; et il préconise le traitement de la Charité, dont il donne la meilleure description qu'on en ait.

Tissot chercha à fixer l'attention sur le danger de l'administration des préparations de plomb, en publiant trois observations de coliques saturnines très-graves occasionnées par 1 acétate de plomb. Il les traita par les adoucissants huileux.

Les études profondes de Lepecq de la Clôture sur les maladies épidémiques de la Normandie lu firent constater, dans différentes localités el à des époques différentes, quelquesunes des coliques épidémiques et peut-être môme endémiques. Il ne les attribue ni au cidre ni au plomb. Il les met sous rinfluencede l'air voisin de la mer et de ses vicissitudes.

En 1787 , Jean Alexandre Brambilla ne vit, dans la coli que des peintres, que des signes d'irritation et de spasme , auxquels par conséquent les purgatifs devaient nuire. Il n'admet que les émollients, et surtout le laudanum et l'huile

d'amandes douces. Il cite trois faits. La guérisoii fut obtenue de 4 à 6 jours. ( De la colique des peintres. )

En 1785 et 1788, Jean Hunter fit connaître la cause des coliques qui furent si fréquentes dans l'armée anglaise de la Jamaïque en 1781 - 82. Il la trouve dans le plomb. Praticien sage, il rejette les vomitifs au moins dans les pays chauds. Il leur préfère les vésicatoires, l'opium et les laxatifs, et surtout le mélange de calomélas avec l'extractum catharticum, auquel cependant il reproche de faire saliver trop facilement dans les pays chauds. ( Observations sur les maladies de l'armée anglaise de la Jamaïque, 1788. )

Grimaud fit connaître son opinion à la page 229 du 2® volume de son Cours complet des fièvres,, publié après sa mort en 1791. Il n'y voit qu'une irritation spéciale des j^ros et petits intestins, surtout des gros. En conséquence, il donne les plus grands éloges aux calmants, et surtout à l'opium, auquel il fait succéder les huileux lorsque la douleur est calmée. Il insiste beaucoup sur les dangers des purgatifs, dans le cas de complication avec une phlegmasie intestinale.

Vers la môme époque, 1791, Fothergil publia , dans ses Avis aux chefs de famille, les faits les plus remarquables sur l'action nuisible des vases de plomb. Il y indiqua aussi les moyens de l'empêcher et les moyens curatifs de la colique.

Nous sommes redevables à Luzuriaga d'une bonne description de la colique de Madrid (Dissertacion medica sohro el colico de Madrid^ 17 96. j II attribue la maladie aux sophistications des vins avec les préparations plombiques, elà l'usage des batteries de cuisine qui , étant mal étamées et avec du plomb, laissent combiner le métal avec les aliments et les boissons. Il eu déduit la nécessité d'un traitement évacuant. Il veut auparavant neutraliser le plomb par le sou- Ire. II se trouve bien des opiacés et des émollients pour apaiser les douleurs. Il voudrait qu'on l'appelât koîalgie ,

douleur de venir»', ou mieux enléralgic. C'est 1 enlripado (les Espagnols.

L'histoire de la colique de plomb pendant le 18^ siècle offre donc le plus grand intérêt. D'une part, les travaux d'Ilseniann et ceux de Stokhusen nous font bien connaître les coli(jues et les autres affections des ouvriers qui travaillent sur le plomb. D'autre part, les recherches de Beker, de Bouvart, de Stoil , de Luzuriaga, de Desbois de Rochefort , etc. démontrent, sinon toujours, du moins le plus souvent, l'identi!é de la colique saturnine avec la colique de Poitou , do Devonshire, de Madrid. Ils y trouvent à la fois identité de symptômes et identité de cause. Nous ferons remarquer que c'esten Allemagne et en France qu'a été soulevée la grande question du traitement par les purgatifs. Déjà quelques auteurs, entre autres Astruc et Bordeu, exercent leurs talents sur la nature de la maladie.

C'est dans cet état de progrès que le 19® siècle trouva l'élude de la coli |ue de plomb. Il héritait pour ainsi dire de la science toute faite. De nombreux et excellents mémoires avaient beaucoup révélé. Il semblait qu'on n'avait plus rien à faire. Cependant il manquait une monographie ou traité complet qui s'occupât moins de faire connaître une découverte nouvelle, ou de présenter ou faire valoir une opinion au détriment des autres, que de mettre sous les yeux toutes les richesses qu'on possédait, et d'en déduire, dans un cadre laraineux, des conséquences théoriques et pratiques qui ne laissassent rien à désirer. C'est à remplir cettelacune que travailla M. Mérat. D'abord, en 1804, il soulintune ihèseintitulée Dissertation sur la colique métallique. Plus tard , en 1814, il publia son Traité de la colique métallique, monographie précieuse dans laquelle l'auteur a su appuyer par les fails tout ce qu'il a dit et tout ce qu'il a puisé dans los auteurs. Son ouvrage ne laissait rien à désirer à l'époque où il parut. Pour lui, la maladie n'est point inflammatoire, elle est d'une

SLR LV COLIQUE SATLRMMi. '27

nature particulière qu'il ne spécifie pas. Il eu donne une description aussi complète qu'il soit possible de le faire. Il se montre prudent et réservé dans le choix du traitemonl. Cependant les faits parlent en]^faveurdu traitement évacuant de la Charité et il le préconise. Il ne pouvait pas faire plus à cette époque. Si cette remarquable monographie est aujourd'hui un peu en arrière de la science, c'est parce que 30 ans se sont écoulés depuis son apparition, et qu'en marchant la science a fait des acquisitions nouvelles.

Dans Varlide colique de plomb du Dictionnaire des sciences médicales, Pariset fait le résumé le plus lucide, le plus impartial et le plus consciencieux de nos connaissances. Il semble faire consister la maladie dans une action du plomb sur les nerfs rachidiens d'une part, et sur la membrane muqueuse intestinale d'autre part. Il se range pour le traitement à une opinion mixte. Il admet avec Stoll la combin:)ison des opiacés avec les purgatifs.

Les médecins français que la guerre de la péninsule y avait appelés publièrent successivement le résultat des observations qu'iîs avaient faites à Madrid: tels sont Thierry, Larrey, Coste, Pascal , Déplace, Jourdain , Gauthier, de Claubry. Ils ont pensé que cette colique n'était point produite par le plomb, attendu que les eaux séjournent dans des vases et dans des conduits de plomb dans beaucoup d'autres localités où la colique ne s'observe cependant pas. Ils l'attribuent plutôt au froid des nuits qui succède à la chaleur des jours. On se demande s'ils ont pu bien s assurer si les vins n'étaient pas frelatés. Toutefois, la description qu'i's font de la maladie présente la plus grande analogie avec la colique saturnine. Le professeur Misern vient encore (1840) d'en donner une description distinguée.

iU. Andral a réuni, dans la clinique médicale de Lherminier, plusieurs faits de la plus haute importance. Il a su en présenter une analyse profonde , accompagnce des remarques les plus judicieuses.

28 MKMOiui-:

M. Leroux , professeur de clinique, n'a consifjné dans sa Médecine pratique, aucun fait de colique simple. Il n'a publié que cinq observations de coliques compliquées avec différentes affections , afin de faire voir la diniculté de bien s'entendre , si l'on ne fait pas à chaque complication la part qui lui revient.

En 1825, lorsque la doctrine de Broussais était dans tout son éclat, M. Palais tiit paraître un mémoire intitulé : Traité pratique de la colique métallique. Dominé par la doctrine régnante, il en adopte toutes les conséquences. Tl cherche par quelques observations à établir la nature inflammatoire de la maladie, et par suite le traitement antiphlogistique. C'était reproduire l'opinion de Dehaën , d'Astruc et de Bordeu, mais d'une manière plus franche, plus positive.

M.Renauldin se rangea à celte opinion, d'après quelques autopsies où l'inflammation des intestins était manifeste.

Les tendances de Boisseau , dans le premier volume de sa Nosographie organique , sont vers l'inflammation. Cependant, il finit par rester en suspens entre cette opinion et celle qui en fait une affection nerveuse. Il en est de môme de M. Roche, qui en fit d'abord une entérite bien franche, et qui plus tard a singulièrement modifié son opinion.

G. Héberdcn a distingué une colique aiguë et une colique chronique. La description qu'il en donne est exacte, mais elle ne contient rien de neuf. (Oper. med. , cap. LXXIIl , de colicâ pictonum , 183 1 .j

Dans son Précis de Nosologie et de Thérapeutique (1828) , lîarbier, d'Amiens, en fait une phlogose , puisqu'il la classe dans la première classe des phlogoses , dans celle des appa reils nerveux , et surtout de la moelle épinière. Il n'ose pourtant pas affirmer que la maladie ne soit une simple irritation.

Alors aussi M. Monlanceix fit connaître par la voie des Archives générales, cahier de novembre 1828, les bons

ofTels que M. Kapeler obtenait à l'hôpital St-Anloine, de l'emploi de l'alun.

Trois ans après, M. Bricheteau publia les résultats avanlageux que lui avait procurés l'emploi de l'opium à la dose de deux à dix grains par jour.

Aucun de ces auteurs estimables n'a rien ajouté à nos connaissances sur la maladie. Il en est de mémo de l'article colique de plumbdu dictionnaire de médecine par MM.Chomcl et Blache ; de celui du D ctionnaire de médecine et de chirurgie pratique par M. JBouillaud ; de celui du Compendium de médecine pratique par MM. Delaberge et Monneret. Chacun de ces articles donne un résumé succinct et fidèle de nos connaissances, aucun n'y ajoute rien. Plus tard, dans le cinquième volume de Nosographie médicale, M. le professeur Bouillaud n'a fait que suivre M. Tanquerel-des-Planches , dont il combat quelquefois les opinions, principalement sur le siège de la maladie, qu'il place lui dans la moelle épinière, sans en faire une phlegmasie. Sa thérapeutique est d'une pauvreté inconcevable.

En 1831, M. Gendrin se livra avec ardeur à des recherches thérapeutiques de la plus haute importance. Le 19 décembre, il envoya une lettre à l'Académie de médecine, afin de prendre date, sur l'emploi du sulfate acide d'alumine. Il y rend pleinejustice à ses devanciers, entre autres à M. Kapeler. A la môme époque aussi, il prit date pour l'emploi de la limonade «ulfurique; la priorité de ce moyen lui a été disputée à tortpar M.Tanquerel, qui l'attribua à M. Mosley. Celui-ci n'en a jamais pcrit un mot , ainsi que l'a démontré M. Aran dans un très-bon mémoire publié en 1840 dans le journal des Connaissances médico-chirurgicales , et dans lequel il cite vingt-cinq cas de succès , le plus souvent en cinq jours.

Le D"" Bo,de Genève, en juillet I8.S5, écrit au D'"Trompeo une lettre dans laquelle il lui fait part de l'impuissance de cette limonade et des avantages qu'il a retirés de l'huile de croton.

30 M ÉMOI a K

Vers ce même temps, (juoique à des époques un peu différentes , plusieurs thèses ont été soutenues sur la colique de plomb par les élèves de la Charité. Les plus remarquables sont celles de M. Thomas, (Disserlation sur la thorocospie , suivie de quelques propositions médicales sur la colique de plomb 18*25.j; de M Canuel, (Essai sur le plomb considéré daîis ses effets sur V économie animale, et en particulier sur la colique de plomb. 1828.j, et de M. Grisolle, (Essai sur la colique de plomb, 1835.jet quelques autres publiées en 1836. Les recherches de M. Canuet sont assez précieuses : il est conduit à donner un caractère inflammaloire à la maladie, et à préconiser le traitement antiphlogislique. M. Grisolle a cherché à introduire la méthode numérique dans Tétude de cette maladie , au sujet de cinquante malades qu'il a vu traiter do la colique occasionnée par la céruse. Beaucoup de recherches donnent de Timporlance à son travail. Plus tard , dans son Traité élémentaire et pratique de pathologie^ il a reproduit une histoire complète, mais trop concise de la maladie. Elle n'est pas môme au niveau de la science.

Dans l'Amérique du nord , le docteur Richard Harlan , médecin de l'un des établissements les plus considérables où l'on travaille le plomb , a livré le fruit de ses recherches au North American médical and surgical journal , January 1828, page 16. Il n'a guère vu que la colique etun assez bon nombre d'affections cérébrales. De tous les remèdes , c'est l'association de l'opium avec le calomclas à haute dose qui lui a le mieux réussi.

La Société de médecine de Lyon décerna en 1828 une médaille en or à M. Anquetin , de Paris, qui publia son mémoire sur la colique de plomb. Il traite la question d'une manière satisfaisante ; mais il n'y a rien de lui. Il en fait une affection des deux systèmes nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire ^ et il donne la préférence au traitement de la Charité.

Nous pouvons ciler avec éloge les Recherches sur les causes de la m ûadie dite colique de plomb, chez les ouvriers qui préparent la céruse, dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale , lom. XV, lîs36 , de M. Chevallier. Ce travail un peu modifié, a été adressé en ISZiS, à l'Académie royale belge. Il conclut : 1° Que sous le nom de coliques métalliques on a confondu des maladies qui peuvent n'être pas dues au plomb ni à ses composés;, mais à l'antimoine , au mercure, au cuivre, à l'arsenic, à l'essence de térébenthine, etc.; 2° qu'il serait utile que l'attention des médecins fût fixée sur ces maladies, afin de rechercher s'il y a des caractères pathologiques à l'aide desquels on pourrait les différencier.

En 1838, le célèbre professeur de Padoue Giacomini consigna dans son traité de Matière médicale et de thérapeutique , son opinion sur la nature et le traitement de la colique saturnine. L'un des plus fermes soutiens du controslirnulisme^ il mit celte affection en harmonie avec ses croyances. Il en fit une maladie hyposlhénisante , dont le meilleur remède était l'opium à haute dose. Il affecte principalement l'appareil cardiaco-vasculo-cerebro-spinal et gastro-intestinal ; or , l'opium exerce précisément une action hyposlhénisante sur ces appareils.

En l S4II, le docteur ïriberti, chirurgien enchefdc l'hôpilal de Milan, a reproduit, dans la Gazette de Milan, la même opinion hyposlhénisante et les mêmes bons effets de l'opium.

L'ouvrage le plus complet et le plus remarquable que nous possédions sur ce sujet, est le Traité des maladies de plomb ou saturnines du docteur Tanquerel-des-Planches. Ce savant fut, pendant de longues années , placé le plus avantageusement pour étudier la colique de plomb sous tous les rapports. Il recueillit à la Charité tous les faits qui s'y rapportaient. Il en étudia toutes les nuances , et il sut apercevoir \> s différences d'un grand nombre

d'affections occasionnées parle métal; il ne les confondit plus avec la colique, il n'en fit plus une dépendance nécessaire. Cette première pensée fut consignée dans sa thèse sur la parahjsie de plomb ou saturnine, en 1834. Cette manière d'envisager la question fut généralement adoptée. M. Tanqucrcl continua ses recherches dans ce sens , et , cinq ans plus tard, il nous donna son grand travail. Riche de ses observations et des observations de ses devanciers , il a dit tout ce qu'il était possible de dire. Description des symptômes, terminaisons, traitements, il ne laisse rien à désirer. Partout il apporte un esprit sage et réservé qui marche avec conscience à la recherche de la vérité. S'il n'a point fait de grandes découvertes , il a précisé et fait connaître toutes les maladies occasionnées par le plomb ; il a , en conséquence , rendu un grand service à la science en débrouillant ce chaos. Par l'élude approfondie des phénomènes , il est conduit à faire de la colique de plomb une névralgie particulière du grand sympathique. Il apprécie les différentes méthodes de traitement, et il donne la préférence à la méthode évacuante, principalement à l'huile de croton tiglium.

Un travail aussi complet , aussi consciencieusement élaboré, semblait avoir tout dit. Cependant l'observation médicale est infatigable : sans cesse agitée pour trouver le mieux, même après le bien , elle n'a pas cessé de faire de nouvelles tentatives, surtout pour combattre une douleur aussi atroce , et ses eiïorts n'ont pas été complètement infructueux.

M. Devergie (Alphonse) s'occupe de ce sujet; il recherche de nouveau la présence du plomb dans les tissus organisés; il le découvre et il le montre en plus grande quantité dans les parois du canal digestif, fait important qui peut prévenir bien des méprises,

M. Orfîla veut ajouter tout le poids de son autorité sur

SI II LA COIJQUK SATURNL\E. 33

la présence du plomb normal dans les ^tissus animaux et sur l'absence du plomb pathologique ; il repousse toute idée d'inflammation et autres altérations organiques , comme le fruit d'observations mal recueillies. Il a beaucoup étudié l'action directe du plomb comme toxique. Il a retrouvé le métal adhérent aux parois de l'estomac et combiné aux humeurs pendant plusieurs jours. Ses recherches, commencées en 1839, ont été poursuivies avec zèle jusqu'en 1848, et elles n'ont fait que se confirmer les unes par les autres , comme on peut le voir dans la quatrième édition de sa Médecine légale.

Dans sa Toxicologie médico-légale , M. Galtiera consacré à l'action du plomb sur l'économie et à la colique de plomb en particulier , un des articles les plus substantiels. Il résume avec beaucoup de talent les connaissances acquises ; il y ajoute par les expériences nouvelles qu'il a faites et par les anciennes qu'il a répétées.

Dans un premier mémoire (Quelques faits cliniques relatifs à la colique métallique, intoxication saturnine, yowmaZ des connaissances médico-chirurgicales , 1843 , septembre, page 89), M. Legroux, médecin de l'hôpital annexe, fait connaître plusieurs faits dans lesquels il fixe l'attention sur l'intoxication par la peau, et sur la nécessité d'éliminer le plomb qui s'y trouve incrusté , pour guérir radicalement et prévenir les rechutes. Plus tard, le 27 octobre 1847, il lut à l'Académie de médecine un mémoire intitulé : Recherches cliniques sur différents points de la pathologie et de la thérapeutique de Valfiiclion saturnine. Il en fait une intoxication générale, il en déduit la nécessité de l'élimination par la peau, et même par les voies digestives au moyen des drastiques.

M. Mialhe s'est livré à de nombreuses recherches chimiques sur les différentes préparations de plomb. Elles ne sont pas vénéneuses au même degré; celles qui forment le plus de chlorures doubles dans les premières voies le sont

plus que les autres. Leurs miasmes s'introduisent dans l'économie; ils circulent avec les humeurs et ils vont sortir par la peau, où les bains sulfureux forment le sulfure noir de plomb. Ces recherches sont précieuses ; mais , comme celles de tous les chimistes , elles accordent trop à la chimie et pas assez à l'action vitale.

Dans la séance de l'Académie de médecine du 13 septembre 1817, M. Sandras lit un mémoire remarquable sur la thérapeutique des affections saturnines. Ses expériences, faites en commun avec M. Bouchardat , s'accordent avec celles de M. Blondlot. Selon lui , le plomb ngit comme corps vénéneux. Il en lire des conséquences favorables à l'emploi du persulfure de fer qui lui a procuré des succès étonnants.

MM. Flandin et Dauger ont aussi constaté l'absorption cutanée des préparations plombiqucs et la présence normale du métal dans les tissus organiques. M. Millon a aussi pris une part active à ce mouvement entraînant des études chimiques.

M. Beau, d'après M. Piorry , a signalé la paralysie du sentiment chez les sujets qui sont tourmentés par la colique de plomb.

Pour ne rien omettre, nous citerons l'article que M. V^al leix a consacré à la colique de plomb, dans le dixième volume du Guide des médecins praticiens. Il présente ce qu'il y a d'essentiel à savoir sur cette maladie et sur son traitement. Nous en dirons autant de l'article de M. Bouillaud , dans le cinquième volume de son Traité de nosographie médicale (1846, page 163.) 11 ne peut pas y voir une phlegniasie; il en fait une maladie cachectique constitutionnelle par intoxication.

Nous avons entassé bien des noms ; cependant le nombre en eût été plus que doublé si nous eussions voulu citer tous ceux qui en ont parlé dans leurs ouvrages. Nous avons

pensé qu'une semblable surcharge d'érudilion serait plus qu'inutile , puisque ces auteurs , en prenant la science où elle était, ne lui ont pas fait faire un pas, ne lui ont pas ajouté un fait nouveau ni une idée importante.

Cette première moitié du xix® siècle nous présente les travaux les plus complets que nous a^ons sur la colique des peintres. Toutes les questions y ont été examinées avec un soin scrupuleux, et nous possédons sur chacune les recherches les plus importantes. La grande lutte entre les opinions sur la nature inflammatoire ou non inflammatoire s'est reproduite plus ardente que jamais. Broussais , Boisseau, MM. Rcnauldin , Palais , Roche , etc., ont réuni, avec un talent admirable , tout ce qui était en faveur de la première opinion. D'un autre côté, les recherches de MM. Mérat, Barbier d'Amiens, Brachet, Grisolle^ Tanqucrel, Gendrin , Orfila, Andral , Devergie , Galtier, Legroux , etc., ont démontré la fausseté de cette opinion, en s'appuyant sur les autopsies et sur les raisonnements les plus logiques. Leur accord sur ce point a cessé d'être le môme lorsqu'il a fallu reconstruire. Quelques uns, en plus grand nombre, en ont fait une lésion vitale, sur le siège de laquelle ils n'ont pas même été d'accord. La moelle épinière , les nerfs cérébraux, le grand sympathique^ les nerfs abdominaux, les intestins, les nerfs cérébraux et ganglionnaires en ont été successivement regardés comme le siège. D'autres , plus livrés aux opérations chimiques , n'y ont vu qu'une intoxication générale, qui avait envahi les tissus par la présence des molécules piombiques. Cette opinion chimique semble avoir fait des progrès dans ces derniers temps , parce que les analyses chimiques se sont multipliées.

Aux signes déjà connus, on en a ajouté un d'une haute importance, c'est le liseré gris-l)leu qui occupe le bord des gencives.

3fi MKMOIRE

Sous le rapport du Irailenient, les débals ont encore été plus animés, et ils ne semblent ni finis ni près de finir. La méthode purgative de la Charité a trouvé de chaleureux défenseurs dans MiM. Mérat , Tanqucrel , Lhcrminier, etc. Quelques médecins ont cherché , avec MM. Chorael , Anquetin , etc., à la rendre plus simple en la dépouillant de son farago pharmaceutique , et c'est elle encore qui semble prévaloir, ou du moins qui se glisse partout.

La méthode antiphlogistique a eu ses péripéties de faveur et de détresse. Aujourd'hui , elle n'est guère plus soutenue que par M. Renauldin. La méthode calmante en a fait de même. Après des éloges mérités de la part de MM. Brachet , Bricheteau, Giacomini et Triberti^ elle est restée renfermée dans un cercle très-limité comme méthode exclusive ; mais elle s'associe avec avantage à la plupart des autres.

La méthode chimique, par les limonades, sulfurique, hydrosulfurique, par les sulfureux , etc., ne compte guère de partisans , malgré les efforts récents de MM. Bouchardat, Legroux, Mialhe , etc.

Dans la méthode spécifique , le sulfate acide d'alumine et de potasse, rétabli par M. Kapeler, semble attirer une attention remarquable , qui lui gagne chaque jour de nouveaux prosélytes.

Le zèle des travailleurs ne s'est pas ralenti. Espérons qu'il achèvera de pénétrer les secrets cachés de la nature sur les points obscurs de cette cruelle maladie. Espérons surtout qu'il fixera les praticiens sur le mode de traitement le plus convenable.

Il résulte de cette analyse historique que la colique saturnine fut successivement, et à la suite des découvertes que faisaient les auteurs, considérée par la plupart comme une affection spéciale , opinion généralement admise aujourd'hui. Disons encore que la ressemblance de la colique de Poitou avec la colique saturnine a plusieurs

fois soulevé la question de savoir si ces deux états morbides constituaient une seule et même maladie, ou bien si chacune était une affection distincte ^et si, dans ce dernier cas, la première ne serait point étrangère au plomb. Les expériences chimiques de Baker sur les cidres du Devonshire, ont rangé beaucoup d'auteurs dans la croyance de leur identité. Tels sont : Brambilla, Mason, Good,Pariset, ISison, Wœrterb , Palais, mais après que Bonté en eut donné une nouvelle description des doutes s'élevèrent, et les recherches de Larrey, Thierry, Coste, etc., à Madrid , semblent avoir augmenté le nombre des partisans de leur isolement. De sorte qu'aujourd'hui les opinions sont partagées. Les uns nient toute différence et admettent toujours l'influence du plomb. D'autres, avec MM. Mérat, Tanquerel , croient aux deux maladies , et ils reconnaissent deux influences différentes. Quelques-uns admettent cette double influence concurremment. Dans celle appréciation, on ne saurait trop se tenir en garde contre certaines observations, dans lesquelles on a mis sur le compte du plomb ce qui ne lui appartenait pas. Ainsi, le docteur Etienne Rova a publié, dans les Jnnali d'Omodei ^ un fait dans lequel il attribue à des balles de plomb une colique prétendue saturnine et qui n'était rien moins que cela.

Nous allons aborder la question du programme. On se convaincra de son degré éminent de philanthropie en faisant attention aux souffrances atroces que cette maladie occasionne, au danger qu'elle fait courir, et au nombre considérable qu'on en observe chaque année. A Paris seulement , cinq ou six cents sont traités dans les hôpitaux , et en en admettant autant seulement pour le reste de la France, cela ferait douze cents, sur lesquels il y a de vingt à trente morts. Cela ne saurait être différemment : jusqu'à présent, sur dix individus qui sont mis en rapport avec des émanations plombiques , neuf au moins sont atteints de coliques.

38 MKMOIUR SUR LA COLIOLE SATURNINE.

Comme nous l'avons déjà dit: trois parties essentielles composent la question; chacune fournira le sujet d'un chapitre. Nous aurons donc à traiter dans l'ordre tracé par l'Académie : 1" la nature et le siège de la maladie ; 2" les signes qui peuvent la faire distinguer des affections abdominales qui ont avec clic quelque ressemblance; 3'^ son traitement.

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