CHAPITRE PRK MlEli
IVaturc et siég^e de la colique saturniue.
Nous ne devons pas perdre de vue que c'est d'après l'état actuel de la science que la solution de la question doit s'opérer. Cette clause du programme impose l'obligation d'exposer d'abord l'état de la science, afin d'en déduirç les corollaires qui seront ainsi la solution. Nous allons doac chercher d'abord si , parmi les opinions émises par les auteurs, il n'en est point qui ait atteint le but. Si le résultat n'est pas satisfaisant, nous chercherons si, d'après nos connaissances anatomiques et physiologiques, il ne serait pas possible d'arriver au but proposé. Ce sujet a beaucoup occupé les médecins ; il en est peu sur lesquels on ait autant discuté, et les opinions se heurtent encore sans beaucoup de profit pour la science. Malgré ces dissidences , malgré ces discussions^ contre lesquelles semblent s'élever quelques médecins , nous les regardons comme importantes et comme seules propres à jeter du jour sur l'étude des maladies en général et de la colique de plomb en particulier. Les erreurs qui résultent de ces recherches ne sont pas aussi nuisibles que l'ont paru croire plusieurs auteurs. Aussi nous ne concevons pas comment un jeune médecin distingué a pu écrire les lignes suivantes : « Il est, sinon dangereux, au moins inutile pour la médecine pratique, de chercher à spécifier le siège de cette maladie par des hypothèses ou par des inductions toujours incapables de rem-
placer les preuves matérielles de l'observation qui nous manquent. »
Parmi les anciens, nous ne trouvons aucune opinion bien décidément formulée. C'est en en méconnaissant la cause qu'ils ont observé et décrit la maladie ; aussi ils n'en ont fait mention qu'avec les autres coliques sous lo nom de colique bilieuse. Cette dénomination ne doit pas nous étonner à une époque où les humeurs et surtout la bile jouaient un rôle si grand. Ce n'est donc que longtemps après , lorsque Citois eut signalé cette colique spéciale, qui alors ravageait le Poitou, qu'on peut espérer de trouver , à son sujet, des idées exprimées d'une manière convenable. Encore ce n'est pas tout de suite que la véritable cause en fut connue, de façon que les recherches et les explications n'ont pu être que vicieuses , parce qu'elles partaient d'une base vicieuse.
Nous pensons donc devoir nous dispenser de parler des opinions des anciens. Chez eux nous retrouvons toujours la bile viciée. Nous la retrouvons môme depuis qu'elle est mieux connue, et plusieurs auteurs ont encore fait intervenir cette humeur dans le jeu des phénomènes.
Sans chercher à en expliquer la nature , Tauvry en a placé le siège dans le péritoine. ( Traité des maladies aiguës, tome I).
La vertu styptique du plomb a été, pour Stokhusen , la cause de la colique de Poitiers. C'est par cette action astringente , dessiccative , qu'il explique la constipation , la suppression des sécrétions , l'emprisonnement des gaz et les vomissements. Cette théorie presque toute mécanique n'est plus admissible aujourd'hui , bien qu'elle ait été reproduite et adoptée par l'élégant secrétaire de l'Académie de médecine, Pariset, de regrettable mémoire.
Willis a fait pour la colique de plomb comme pour beaucoup d'autres maladies ; il en a placé le siège dans le cerveau , objet de prédilection de ses recherches.
Nous en dirons autant de Charles Lepois, qui en a aussi placé le siège dans le cerveau , parce que , dans une circonstance, il avait trouvé un amas de sérosité dans la partie postérieure de ses lobes.
Henckel , sans s'expliquer différemment, dit que la colique saturnine cause une inflammation des intestins, qui se termine quelquefois par la suppuration, et quelquefois par la gangrène. De là la préférence qu'il donne au traitement antiphlogistique.
Théodore Van Zelst se range à l'opinion humorale de Paul d'Egine, et avec lui, humorem erodentem biliosum. acrem, gravissimi hujus affectus causamslatuerenon duhitavit. Il s'efforce de prouver celte assertion par toutes les raisons tirées des aliments^ de l'air et des lieux.
Observateur attentif et ingénieux , Astruc ne crut pas pouvoir expliquer les phénomènes de la maladie autrement que par rinflucnce de la moelle épinière lésée dans sa parlie lombaire. II en plaça donc le siège dans le rachis , d'où il fil le mot rachialgie, que Sauvage adopta plus tard avec toutes ses conséquences. Cette opinion fut alors presque généralement adoptée , en donnant plus d'extension au siège, et en faisant agir le plus souvent dans les entrailles les particules de plomb absorbées
Fernel semblait avoir pressenti cette opinion , lorsqu'il prescrivait des frictions et des fomentations sur celte région lombaire. Depuis, elle fut à peu de chose près adoptée par Laruel , Barbier d'Amiens, M. Serres, etc., parce qu'ils ne pouvaient pas expliquer autrement les douleurs des membres et quelquefois leur paralysie.
Dehaen fut le premier qui en plaça le siège dans le nerf grand sympathique, dont Winslow venait de donner une savante description. Selon lui, ce nerf est tiré, rongé, pressé par la matière morbifique. De cette lésion dépendent aussi la contraction du gros intestin sur les matières fécales
qui se moulent eu crolins de chôvre , et la paralysie qui alTecte souvent les membres supérieurs et qui serait due à la communication des nerfs du bras avec le grand sympathique.
Telle est aussi l'opinion qu'a fait valoir Van Troostwyk , dans son Traité de l'application de rélectricité , page 225.
Comballusier adopte une théorie toute mécanique. Trouvant le plomb moins corrosif que le cuivre , il le regarde comme un poison lent, qui agit par son poids sur la fibre du corps humain (p. 105). En conséquence, la fibre intestinale est la première affectée , puisque le plomb ingéré dans l'estomac, soit seul, soit combiné aux aliments , exerce une action directe sur elle. Si quelques parties les plus volatiles du métal sont absorbées, leur poids ne leur permet pas de passer dans le torrent de la circulation ; elles s'arrêtent dans les glandes mésentériques ou dans le réservoir de Pecquet. La poussière de plomb combinée avec la mucosité intestinale , s'insinue dans les villosités de la membrane muqueuse; elle les presse, les distend, les gène et les engourdit par son poids , d'autant plus facilement que cette partie est plus délicate. Telle est la cause des coliques et leur réaction sur les plexus, et sur tout le système nerveux. Il y ajoute ensuite (page 125) : a Je puis assurer sans crainte d'être démenti que leur principal siège s'est établi dans l'estomac et dans les intestins. C'est dans ce canal alimentaire qu'a commencé le mal; c'est là qu'il a continué et qu'il a exercé sa plus grande violence ; c'est de là que sont partis, comme d'un centre commun , tous les symptômes répandus dans le reste du corps. » Cependant il ne nie pas la possibilité de l'absorption par les poumons et même par la peau.
Beaucoup d'auteurs du xvii*^ et du xviii® siècle et même quelques-uns du xix*' firent , comme Dehaén , consister la maladie dans une constriction spasraodique des intestins ,
dont ils faisaient ensuite dépendre tous les symptômes.
L'humorismc luttait toujours; nous pouvons en juger par l'opinion de Strack, professeur à Mayence. Voyant les opinions différentes et les discussions qui s'étaient élevées au sujet de la colique de plomb , et ayant recueilli plusieurs faits dans lesquels des personnes goutteuses avaient éprouvé des coliques violentes , analogues à celles qu'on attribue au plomb , il imagina un miasme arthritique provenant de la goutte vague , et il le regarda comme la cause des coliques prétendues saturnines, qu'il voudrait en conséquence qu'on appelât colique arthritique. (Conjectures sur la cause de la colique de Poitou. 1765-66).
Bien qu'elle ait des symptômes qui lui soient communs avec d'autres maladies , Stoll en fait une affection spéciale : non duhito , inquit, hanc colicam esse specificam et sui geiieris. (Rat. med. pars II, page 179). Il en place le siège dans les intestins. Il admet qu'il peut y avoir inflammation, mais seulement dans le cas de complication.
Sans se prononcer sur le siège positif de la maladie, Bordeu laisse entrevoir que c'est dans le canal intestinal , et surtout dans l'intestin grêle que doit se trouver le mal , puisque c'est là que les autopsies lui ont fait rencontrer les lésions morbides. C'est d'après ces lésions aussi qu'il a cru pouvoir donner à la maladie un caractère inflammatoire.
Dubois en a placé le siège dans le mésentère , parce que c'est là qu'il suppose arrêtés en plus grand nombre les particules de plomb ou les miasmes métalliques. C'est là aussi qu'ils agissent directement sur les nerfs pour causer la colique.
Tronchin plaça tout dans les nerfs de l'abdomen qui, par leurs communications avec les autres nerfs , entretiennent des relations qui expliquent tous les phénomènes lorsque, comme il le dit, les nerfs prennent une disposition physique qui fait naître dans Vàme le sentiment de la douleur. On voit qu'il se rapprochait de l'opinion de Dehaën.
Baumes de Monipellier ne vit qu'une intoxication générale, et il en fît une Toxicose plombique, sans lui assigner de siège particulier.
Nous laisserons parler Darwin pour ne pas nous exposer à altérer sa pensée. « Le siège de la maladie, dit-il, n'est pas bien certain ; il est probable qu'elle affecte quelque partie du foie, car souvent on remarque que le malade est pâle , a même une couleur bleuâtre , et rend peu de bile , d'où résulte ensuite une anasarque. Cependant il paraît qu'elle est immédiatement produite par la torpeur des intestins , tant lorsque cette affection est primitive , que lorsqu'elle est secondaire , ainsi que le démontre la constipation qui l'accompagne, et dans tous les cas elle est occasionnée par le stimulus du plomb , soit que ce métal ait été introduit à l'intérieur pendant un long espace de temps , soit qu'il ait été seulement appliqué à l extérieur sur une grande surface. » Il y trouve donc une irritation diminuée et une diminution d'action , soit dans les intestins , soit dans les autres viscères et dans les membres.
Gardane n'a vu dans cette maladie que la rétention des matières fécales et leur pression sur les organes qui les renferment. Celte rétention est vraie^ mais elle est l'effet et non la cause.
Selon Desbois de Rochefort , l'action styplique et calmante du plomb se fait sentir sur tous les tissus ; elle dessèche les intestins ; la bile n'y coule plus librement ; elle reflue dans le foie et dans l'estomac ; elle ne sollicite plus les évacuations. De là cette constipation et cette couleur blanche des matières stercorales. Ce qui lui a fait dire que les boissons ni les excréments ne pouvant plus passer , les malades mouraient réellement parce qu'ils ne pouvaient plus vivre. Il a fait dépendre la douleur du développement de l'air concentré inégalement dans les intestins , eux-mêmes inégalement contractés et resserrés. Celle théorie mécanique ne
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iournit point de solution , car les gaz sont un effet consécutif de la maladie ; ils n'en sont point les premiers phénomènes : d'ailleurs leur émission peut soulager , mais elle ne guérit pas. Il combat avec énergie l'opinion qui en fait une maladie inllammatoire. 11 conclut par ces mots : «Il n'y a donc rien d'inflammatoire dans les maladies de plomb;» Cependant il fait une remarque fort juste c'est que, chez les enfants et chez les jeunes gens, la maladie a beaucoup plus de dispositions à passer à l'état inûammatoire que chez les adultes.
JMacbrideen a fait une colique nerveuse. C'est dire assez l'idée qu'il s'est faite du caractère de la maladie. C'est à peu près la même chose pour Yogel. Pour lui , la maladie est une colique dolor colicus. Nous en dirons autant de Vitel, qui en fait une des maladies douloureuses sous le nom de colique mélalliquCc
Par le rang qu'il lui a donné parmi les névroses de la digestion, et avec Viîéus', Pinel fait assez comprendre qu'il en fait une affection nerveuse et qu'il en place le siège dans les intestins.
C'est par un raisonnement de physiologie pathologique un peu subtil, que M. Mérat a été conduit à placer le siège de la maladie dans la membrane musculeuse intestinale. Voici comment il s'exprime : « C'est sur la membrane musculeuse que le plomb porte son influence délétère. Le système nerveux qui se distribue à ces muscles participe pour beaucoup à celle affection; peut-être, et très probablement, est-ce lui seul
qui est primitivement affecté Je ne suis pas éloigné de
penser que le tube intestinal est comme paralysé: Ici, j'ai bien des preuves à l'appui de cette idée ; d'abord , la non existence des symptômes inflammatoires; le mode de traitement qui lui convient, qui est celui des paralysies en général; la constipation.... La constipation est une suite du resserrement progressif du canal intestinal, lequel, arrivé à un cer-
tain degré, ne permet plus l'expulsion des matières amassées, jusqu'à ce qu'un irritant puissant vienne changer sa manière d'être morbifiquc. » C'est aussi de la rétraction des intestins ainsi affaissés , qu'il fait dépendre la dépression du ventre. Les premiers attirent à eux et vers le rachis les muscles de l'abdomen. Cependant, nous voyons qu'en dernière analyse, il en fait remonter la cause à l'excitation nerveuse. On Iroavcra peut-être une sorte de contradiction dans la manière dont il s'est exprimé ; en effet , d'une part le tube intestinal serait comme paralysé , et il lui faudrait le traitement excitant des paralysies , d'autre part il y aurait constriction de l'intestin et son resserrement progressif qu'on ne pourrait vaincre qu'à l'aide d'un calmant puissant.
M. Renauldin pense que les molécules de plomb agissent sur le cerveau et sur la moelle cpinière , et que de là naissent tous les accidents de la maladie , à laquelle le traitement qu'il a adopté suppose un caractère inflammatoire. (Journ. Compl. XXII, p. 249.)
Les deux Frank^ Pierre et Joseph, en font une névrose et ils en placent le siège dans les intestins.
Boisseau était trop partisan du gastro-enlérisme, pour ne pas soumettre à son joug la colique de plomb. Aussi il en fait tantôt une gastrite , tantôt une entérite , suivant que l'action toxique du plomb se fait sentir davantage sur l'un de ces organes , suivant surtout que les phénomènes en indiquent le siège plutôt dans l'un que dans l'autre.
L'absence des lésions organiques, l'innocuité et môme les bienfaits des purgatifs drastiques , et surtout l'analyse physiologique des actes morbides conduisirent M. Brachet à voir à la fois la lésion du système nerveux cérébral et celle du système nerveux ganglionnaire. Il y voit, d'une part des actes soumis à 1 influence nerveuse cérébrale, les douleurs , les crampes et la contraction intestinale et même celle des muscles abdominaux et d'autre part , des lésions
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ùépendanl de l'iiilluence du s^'slcme nerveux ganglionnaire, surtout le défaut de sécrétion muqueuse intestinale.
M. Benjamin Palais en place le siège dans la membrane muqueuse intestinale. Il combat l'opinion de M. Mérat sur la rétraction musculaire , en admettant des rétractions muqueuses dans diflerenls conduits. Cette raison est peu con » vaincante ; mais il est mieux dans le vrai, ou du moins dans le vraisemblable , lorsqu'il établit que celle contraction est le résultat de la réaction de la membrane muqueuse sur la musculeusc. Il veut que le plomb n'agisse jamais que par son introduction dans les voies digestives. Il cite en faveur de son opinion les ouvriers de Clicby , qui contractent la colique d'autant plus facilement, qu'ils prennent leurs repas dans rétablissement et les mains encore garnies de céruse. Il repousse l'absorption cutanée ; il ne lient aucun compte , ni de l'expérience du propriétaire de Clicby , qui a vu les coliques diminuer pendant le temps qu'il essaya de faire travailler ses ouvriers avec des gants, et reparaître lorsqu'ils cessèrent d'en faire usage; ni des faits cités par Wedeking, Bocrbave, Percival, etc., qui ont vu la colique se développer sous l'emploi de topiques saturnins ; tout au moins , il élève des doutes sur leur valeur. Si mon témoignage pouvait être de quelque importance , je dirais que j'ai vu une dame prendre la colique de plomb par l'application , pendant plusieurs jours , d'un cérat fortement cbargé de plomb sur une brûlure ulcérée. Oserai-]e rapporter la raison sur laquelle il s'appuie? On ne rencontre dit-il, point d'irritation, point de lésion dans la peau ni dans les lympbaliques, ce qui devrait être de la part d'un poison irritant ! Il fait ensuite un raisonnement semblable au sujet de l'absorption par les voies delà respiration. C'est donc par un transport direct du plomb qu'il admet son action sur la membrane muqueuse gaslro -intestinale. Puis il établit sa réaction sur la musculeuse et sur
toutes les autres parties. II rejette également tout ce qui a' été dit sur les causes de la constipation , pour n'admettre que l'action d'une inflammation plus intense. Il se débat dans des exceptions et dans des raisonnements assez peu satisfaisants, pour ne nous avoir point convaincu des preuves qu il en déduit. Quoi qu'il en soit , il place le siège de la colique saturnine dans la membrane muqueuse intestinale et il en fait une phlcgmasie. Pour lui la moladie est donc une entérite, et il propose d'y joindre le mol métallique pour indiquer sa cause.
Ce lut d'abord aussi l'opinion bien franche de Broussais ; mais il la modifia plus tard dans son cours de pathologie générale ; il y fait prendre une part très-active au système nerveux.
Dans le tome VIIÏ, et à la page 469 des Archives, on trouve un article de M. Serres dans lequel ce savant pense que la colique de plomb a son siège primitif dans la moelle épinière.
M. Anquetin en fait une maladie nerveuse dans laquelle les deux systèmes nerveux , cérébro-spinal et ganglionnaire, sont à la fois siège de l'affection et agent de ses phénomènes , et non les intestins qui ne sont malades que comme toutes les autres parties de l'économie. C'est, du reste, par l'absorption des molécules plombiques et par leur action directe que le double appareil nerveux en reçoit sa lésion.
Le trisplanchnique a fixé l'attention de Ranque, et il a placé le fiège de l'affection dans sa portion lombaire. « Les affections produites par le plomb, dit-il , sont névralgiques; elles ont leur siège primitif sur un ou plusieurs plexus de la partie abdominale du trisplanchnique. Les douleurs qui se développent dans les parties qui ne reçoivent pas de nerfs trisplanchniques , dépendent de la sympathie qui unit celui-ci au système nerveux spinal. (Arch. de méd. , tome YII, page 380). »
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FioUaat, embarrassé au milieu <îe toutes ces opinions, et cependant fiilèle à sa doclrine, M. Roche en fait une yastro-entérile compliquée ou non d'encéphalite, et si Von veut ^ une névralgie.
Sans s'expliquer complètement, M. Gendrin laisse entrevoir que la maladie est générale , puisqu'il ne lui reconnaît point d'autre voie d'absorption que les téguments cl qu'il lui refuse surtout l'absorption intcslinaic.
Accordant trop d importance à la constance et à la permanence des contractions musculaires abdominales, le professeur Giacomini place le siège de la maladie dans les muscles abdominaux et dans le diaphragme, qui se contractent, dit-il^ spasmodiquement. « Voilà pourquoi les douleurs s'apaisent par la pression du ventre; cela n'arriverait pas si elles avaient pour siège les intestins. La constipation n'est qu'un effet de la contraction spasraodique des muscles abdominaux et des sphincters intestinaux , qui empêchent les matières fécales de marcher... Nous voyons que plusieurs svmptôraes dépendent de l'appareil circulatoire, d'autres de l'appareil spinal , d'autres enfin de l'appareil gastro-entérique. A la première catégorie appartiennent la lenteur, la petitesse et l'intermittence du pouls, et la pâleur générale. Ces symptômes annoncent clairement une hyposlhénie cardiaco-vasculaire , analogue à celle que produit la digitale. A la seconde appartiennent les douleurs autour du nombril , aux lombes, au diaphragme, la contraction spasmodique des muscles abdominaux et des testicules, les convulsions dans les membres , la paralysie , le délire et l'altération des sens. Ces symptômes se rapportent à la moelle allongée et à la moelle épinière qui président aux sensations et aux mouvements volontaires. Ils accompagnent ordinairement les paralysies byposthèniqucs. Les autres symptômes , tels que la constipation , le resserrement intestinal et l'enduit muqueux qu'on rencontre sur la muqueuse gaslro-enlérique ,
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appartiennent, il est vrai , aux intestins; mais ils n'indiquent pas une véritable altération morbide de ce canal. Le rétrécissement des intestins et la coloration brunâtre de leurs mucosités dépendent évidemment de l'action mécanico-chimique de la préparation de plomb, puisqu'on peut l'obtenir en plongeant, dans une solution d'acétate do plomb, une anse intestinale du cadavre. » Il en conclut que la maladie est hyposlbéniquc , et que la dénomination est vicieuse, puisqu'elle ne siège point dans l'intestin. (Gazette des hôpitaux, janvier 1839^ et Traité de ibérapcut. et de matière médicale).
M. ïanquerel des Planches, ne trouvant rien de saîisfafsant dans les lésions organiques pour fixer son opinion sur le siège de la maladie, invoque l'ensemble des phénomènes pour établir que les accidents sont le résultat d'une lésion fonctionnelle de tout le tube digestif, quelquefois de l'appareil urinaire, quelquefois de l'appareil génital, quelquefois de l'appareil biliaire, et quelquefois enfin de l'appareil respi raloire. Il place le centre de la lésion dans le diaphragme, par conséquent dans le grand sympathique, qui va se distribuer à tous les organes et appareils, et leur porte le sentiment elle mouvement. Tout prouve, dit-il, qu'elle est do nature névralgique, l'exaltation de la sensibilité et la per version de la contractîlité et des sécrétions des organes du bas ventre. C'est à la douleur qu'il rapporte presque toutes les altérations, telles que les contractions intestinales , gastriques, vésicales, anales , abdorainales, etc. C'est d'elle aussi qu'il fait dépendre le défaut de sécrétion intestinale et la viciation du mucus. Il lui attribue même la jaunisse et les troubles de la respiration. Suivant ensuite que l'un des plexus est plus spécialement affecté, il en résulte les variétés de coliques épigastriquc , bilieuse, hypogastrique ou rénale. L'intégrité des tissus est pour lui une preuve que l'alTeotion est nerveuse.
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C'est SOUS le nom d'entcralgic saturnine que M. Andral tlocrit la maladie dans son cours de pathologie. Il en fait par conséquent une névralgie, dans laquelle il fait jouer le rôle principal au prolongement rachidien et aux plexus abdominaux du grand sympathique. La constipation , dit-il, semble dépendre ou de rancantisscment du mouvement contractile (les intestins ou de la suspension de sécrétion du mucus intestinal.
La coli([ne de plomb n'est, aux yeux de M. Piorry, qu'une paralysie de quelques parties de l'inleslin, une anerrie et non une névralgie. Il pense cependant que quelques fibres intermédiaires peuvent conserver la faculté de se contracter; il explique ainsi le resserrement actif qu'il a observé quelquefois, surtout à deux pouces au-dessus de l'anus , pendant que la partie inférieure du rectum était molle et relâchée. 11 attribue la douleur, non à la contraction des fibres sur les nerfs, mais à la rétention des matières dans la portion inférieure de l'inleslin. Il se demande, comme on l'avait déjà fait, si les fibres circulaires ne resteraient pas en contraction pendant que les longitudinales seules seraient paralysées. Rien ne le prouve. Et il ne trouve pas exacte la comparaison qu'on a voulu établir entre ce double ordre de fibres et les muscles extenseurs et les fléchisseurs des membres. C'est à cause de ce désordre dans l'action nerveuse de l'intestin qu'il admet la dénomination (hjsentero-nervie. (Journal hebdomadaire de Médecine, 1844, page 105).
Deux ans plus tard , en 1846 , le docteur Vigla s'est livré, à l'Hôtel-Dieu , à quelques recherches qui l'ont conduit à des résultats analogues. Il veut que la sensibilité des nerfs sensitifs soit augmentée en même temps que les nerfs moteurs de l'intestin sont paralysés.
On ne conçoit pas, dit M. Grisolle, qu'on ait jamais pu regarder la colique saturnine comme étant de nature inflam-
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nialoirc. Aujourd'bui tout le monde est à peu près d'accord pour la regarder comme une névrose douloureuse des nerfs imestinaux. Il la décrit à part dans l'article de l'empoisonnement par les préparations de plomb.
L'idée d'une intoxication générale , déjà plusieurs fois émise, se présente à M. Bouiliaud. Pour lui, la maladie est une cachexie ou intoxication saturnine. Elle est comprise dans le chapitre des cachexies constitutionnelles développées sous rinfluence d'agents toxiques.
C'est avec une puissante énergie que M. Galtier s'élève contre l'opinion qui en fait une maladie inflammatoire. Il n'y voit qu'une affection du système nerveux abdominal ( p. 661 \ Elle siège, dit-il, principalement sur le système nerveux de la vie organique et de relation, et, comme la colique est le symptôme prédominant, ou plutôt le plus fréquent , les auteurs ont désigné cette maladie sous le nom de colique de plomb , etc.
Dans les expériences qui lui sont communes avec M. Bou. chardat, M. Sandras , ayant constamment trouvé du plomb dans le foie, en conclut que ce métal est un poison comme l'arsenic, le cuivre, etc. qu'on y rencontre aussi. Il ne se porte sur ce viscère que parce que la nature tend à l'éliminer par cette voie. Ce serait donc un effet, un conamen opéré par l'économie souffrante, le vis nalnrœ ^ la nature médicatrice, qui lutte contre l'action toxique. Selon eux, « le poison absorbé, soit par la peau, soit par une autre voie, se confine bientôt dans la petite circulation hépatique : il est sécrété avec la bile, absorbé par les ramifications de la veine-porte avec les parties solubles de la bile, pour être sécrété encore et absorbé de nouveau et toujours. » Ils sont conduits à admettre ce cercle vicieux, parce que la constipation ne permet pas l'évacuation du poison. Ainsi il ne se prononce pas sur le siège, quoique le foie lui paraisse devoir l'être ; toutefois, il regarde ce métal comme un venin qu'il est essentiel d éliminer.
Dans la séance de l'Académie de médeiinc du 27 octobre 1816, M. Legroux s'efforce de prouver que l'affection saturnine est une maladie générale et non une maladie locale du tube digestif. Il invoque à l'appui de sou opinion et la symptomatologie qui , malgré la fréquence des coliques et de la constipation, accuse une perturbation de l'innervation et de la nutrition, et l'analyse chimique qui, môme après deux mois , démontre la présence du plomb dans les organes des malades, et son élimination par la peau, à la surface de laquelle il vient se former, à plusieurs reprises, du sulfure de plomb par sa combinaison avec l'acide hydrosulfurique des bains sulfureux dans lesquels on plonge le malade, en alternant avec des bains savonneux qui enlèvent ce sulfure. De là il tire la conséquence que l'affection saturnine est un empoisonnement, une intoxication névralgique, et non une névralgie simple, et qu'elle doit être rangée parmi les maladies nerveuses, à côté des empoisonnements. L'année suivante il a pensé que l'absorption ne se faisait guère que parles voies digestives, parce que là seulement le carbonate de plomb trouve des acides qui le rendent soluble, ce qui ne peut avoir lieu par les poumons et presque pas par la peau. — Alors absorbé, le plomb trouve dans le sang d'autres acides qui le rendent insoluble, et le font rester dans les tissus et surtout dans les intestins. Il en a plus tard tiré la nouvelle conséquence qu'il fallait éliminer ce principe toxique, soit par les selles, soit par la peau.
M. Mialhe vient d'arriver à des résultats semblables. Déjà en 1840, le docteur Gabrini Borgbi avait avancé une opinion analogue dans sa thèse soutenue à Paris ; « Les véritables affections produites par les préparations de plomb, dit-il, ont été regardées à tort par la plupart des auteurs comme des maladies distinctes; elles ne sont au fond que des symptômes variés d'une seule et même maladie géi
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nérale, VempoisonnemeiU saturnin, mot qui lui convient bien mieux que celui de colique saturnine, puisque la colique, lorsqu'elle a lieu, n'est ellc-môme qu'un symptôme de la maladie générale. »
Le plomb, dit le docteur Triberti, exerce sur l'économie une action hypostbénisante. La colique saturnine qui en est i'olîel, est donc une maladie hyposthénique. Ce qui le prouve, ce sont les succès de l'opium, qui ne guérit qu'en vertu de son action bypersthénisante. 11 regarde comme une erreur sa localisation dans les intestins, et comme une absurdité sa nature inflammatoire. Il repousse également les opinions de Sauvages, de Gullen, de Franck. Elle est une maladie générale, une bypostbénie. Comme on le voit, cetl(; opinion est une reproduction littérale de celle de Giacomini. Il avance avec assurance que l'Italie a ainsi résolu la question du concours. Une semblable prétention a lieu d'étonner lorsqu'on voit tant de contradictions et d'invraisemblances surgir dans cette manière de voir. Une citation fera mieux connaître sa pensée et la nôtre. « On a démontré par des faits bien circonstanciés et bien qualifiés que les symptômes observés dans la colique se rapportent à l'appareil circulatoire, à l'appareil spinal ou à l'appareil gastro-entérique. »
Nous lisons le passage suivant dans le Traité de médecine légale de M. Orfila : «les effets funestesde ces composés (du plomb) sont évidemment le résultat , non pas d'une inflammation de quelques-uns de nos organes , mais bien de l'absorption de leurs émanations et de leur action sur le système nerveux, et probablement sur le grand sympathique pour la colique , sur le système nerveux racbidien pour l'arthralgie, la paralysie et l'anesthésie, et sur le cerveau pour l'encéphalopatbie. » ( IV'"® édition, tom. III, pag. 502, 1828. )
Voilà , je le pense , une bien longue énumération des opinions qui ont été émises sur le siège ou sur la nature
OU le caraclère de la colique des peintres ; encore nous sommes bien loin de les avoir toutes rapportées. Je sais que ce ne serait pas une raison pour rien omettre ^ sj les omissions pouvaient être de quelque importance , mais heureusement il n'en est rien. Pour les éviter , nous serions tombé dans des répétitions innombrables et par conséquenl fastidieuses. Un plus grand nombre de citations serait donc inutile. Voyons s'il est possible de trouver là l'état actuel do la science, et d'en déduire la nature et le véritable siège de la maladie. Pour y parvenir , ce n'est pas une à une que nous devons examiner les opinions : celte manière de faire serait d'une longueur désespérante. Il faut les grouper par catégories et les limiter dans une classification méthodique. De cette manière nous réduirons de beaucoup l'étendue de l'examen que nous avons à faire.
Baumes, MM. Gendrin, Gabrini Borghi, Giacoraini , Sandras et Bouchardat , Legroux , Bouillaud , Triberti , 3Iialhe , en ont fait une maladie générale, une toxicose , un empoisonnement de toute l'économie.
Combalusier limitait la toxicose à la présence du plomb dans les voies digestives, et il a plusieurs imitateurs.
Le plus grand nombre des auteurs en ont placé le siège dans les nerfs , soit d'une manière générale , soit en les spécifiant. Ainsi;, Macbride, Cullen , Vogel, Vitet, Pinel , les deux Frank, etc., en font une affection ncrvtuse. Willis et Charles Lepoisont tout rapporté au cerveau. Renauldin au cerveau et à la moelle épinière. Astruc , Sauvage , Lamure, Barbier d'Amiens, Serre , la localisent dans la région de la moelle épinière. Dehaen, Vantroostwyk, Tronchin, Banque, Tanquerel des Planches , Orfila , Grisolle, Piorry, y ont vu la lésion des nerfs de l'abdomen ou du grand sympathique , soit en totalité, soit seulement dans sa partie abdominale, lombaire, diaphragraatique ou inteslinale.
MM. Brachet, Anqiietin, Andral^, Galtier, ont constate
A6 COLIQUE satlrmm;*
la lésion des (ieu\ svslèmes nerveux , cérébro-spinal et gan^
glionnairc.
De tous les organes^ les intestins ont été le plus souvent regardés comme le siège de la maladie, soit d'une manière générale, comme Stoll, Bordeu, etc., soit en précisant d'une manière plus particulière, ou la membrane muqueuse, comme Stockbuscn, Gardane, Desbois de Rochefort, Palais, Broussais , Roche , etc. , ou la membrane musculeuse, comme Mérat. Boisseau y a fait participer l'estomac, et Darwin le foie. Dubois a fait passer toute la scène dans le mésentère , Tauvri dans le péritoine, Giacomini dans les muscles de l'abdomen, et M. Legroux dans la circulation bépalique.
Chaque auteur a été conduit à cette localisation, tantôt par des faits particuliers, tantôt par des raisonnements théoriques. Tous ont eu de bonnes raisons pour conclure comme ils l'ont fait ; mais un défaut de faits suffisants ne leur a pas permis de voir la maladie dans son entier, et leur a laissé généraliser des particularités ; nous y reviendrons lorsque nous aurons dit un mot des opinions sur la nature de la colique.
Nous savons déjà qu'un grand nombre d'auteurs n'y o:it vu qu'une intoxication. Disons maintenant que le plus grand nombre , abstraction faite du siège qu'il lui assigne et de la cause qu'il lui attribue , en fait une affection nerveuse , soit générale soit locale.
Bordeu, Henckel, MM. Palais, Roche, Renauldin, etc., ont cru y reconnaître le carac tère inflammatoire.
Stoll en a fait une maladie spécifique, mi generis. Telle a été la pensée de M. Brachet et, on pourrait le dire, de beaucoup d'autres auteurs , si on a égard à l'embarras qu'ils éprouvent à la grouper avec d'autres maladies.
Nous ferons remarquer que dans cette longue série d'opinions, presque toutes ont admis une modification d'excilalion , d irritation ou de phlegmasie. Trois seulement se
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sont écartés de celte manière de voir : ce sont Topinion de Darwin , qui l'a placée avec les irritations diminuées et eu a fait une diminution d'action de l'intestin ; celle de Mérat qui en a fait une paralysie de la membrane musculeuse de l'intestin ; et celle de Giacomini qui en fait une affection hj^posthénique.
Tel est l'état de la science. Peut-on , d'après son exposé, en déduire le siège et la nature de la colique saturnine? Pour cela , il nous faut l'examiner avec cet esprit d'investigation sceptique qui ne donne rien au hasard, rien à la faveur, rien à la prévention, qui juge sévèrement les failsetles choses, et qui n'adopte d'opinions que celles qui sont fondées sur les faits et sur l'observation , avec ce doute philosophique que Bacon regardait comme le meilleur secret pour apprendre : il nous faut envisager notre sujet par toutes ses faces, condition indispensable et sans laquelle il nous serait impossible de nous former une opinion solide et juste. Comme la plupart des opinions sont appuyées sur les autopsies cadavériques , il est essentiel de faire connaître le résultat de celles qui ont été pratiquées jusqu'à ce jour; c'est le seul moyen d'arriver à la connaissance du siéi;e et même de la nature de la maladie. Cependant , n'exagérons rien ; que l'envie de simplifier la médecine ne nous fasse pas regarder l'anatomie pathologique comme le seul et infaillible moyen de nous conduire à la connaissance des maladies. Plût à Dieu en fût-il ainsi toujours ! Nous ne serions pas aussi souvent condamnés à gémir sur son impuissance , nous n'éprouverions pas aussi souvent les déceptions les plus amères. Nous reconnaissons les services qu'elle a renius à la médecine, et nous nous plaisons à croire qu'elle est appelée à en rendre de bien grands encore; mais ne plaçons pas la médecine tout entière dans l'analomie pathologique. En adoptant ses découvertes,, en encourageant ses progrès^ nous ne la regardons point comme le ncc plus ullrà de la science; nous
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croyons qu'il y a après elle , et peut-être au-dessus d'elle, une science , ou plutôt une étude dont elle ne tient pas asse.: compte, c'est la science, c'est letude de la vie. Mais cela n'ôte rien aux services éininents qu'elle est appelée à rendre. En conséquence , appuyons-nous sur elle autant que faire se pourra; mais n'en faisons pas notre unique pivot. N'oublions jamais qu'avec les organos il y a autre chose que le.> tissus qui les composent, il y a la vie qui les anime et qui les modifie mille fols et de mille manières. Revenons aux nécropsies.
Exposé des autopsies cadavériques.
En 1692, Citois pratiqua avec Milon l'ouverture du corps d'un franciscain qui était mort de l'épidémie de Poitou. Ils trouvèrent dans le jéjunum , une tumeur de la grosseur d'un œuf d'oie , remplie de bile pure. La môme colique fut observée à Rouen par De la Poterie. Il ouvrit quelques personnes qui avaient succombé ; il ne trouva aucune altération digne d'être notée. Pison [(De col. ser. sect. 4, cap. 2.) a trouvé le cerveau rempli d'une assez grande quantité de sérosité. Au rapport de Dehaen , Bonnet a trouve le foie développé et obstrué , la vésicule remplie d'une bile noire , l'estomac distendu par un liquide de couleur verte , et le colon rempli de vents et de fèces dures , le cerveau et la moelle épinièrc imprégnés d une lymphe ténue. Wepfer aurait trouvé le mésentère enflammé , et une autre fois un abcès dans le mésentère et le péritoine rempli de pus.
Zeller rapporte que l'ouverture cadavérique fit reconnaître Tinflammation de l'estomac, rhez un individu qui avait gagné la colique métallique en buvant du vin lilhargiré. 11 Redonne aucun détail symptomalique ou anatoraique. Aurait-il pris pendant la vie une gastrite pour une colique de plomb ? Ou bien des congestions cadavériques lui auraient elles fait croire
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à la phlogosc de l'estomac? Ou bien encore un traitement trop irritant aurait-il fait développer cette phlogose ? li rapporte encore à la colique de plomb la désorganisation de la rate, du foie, du poumon. De pareilles assertions n'ont pas besoin d'être réfutées. Fernel a ouvert deux cadavresd'individus qui, à la suite de plusieurs coliques , étaient morts dans un marasme de plus de trois ans. 11 n'a rien trouvé dans le ventre ([ui pût expliquer les coliques qu'ils avaient éprouvées , et qui n'étaient rien moins que saturnines, excepté la première. Sans citer aucune autopsie, Ilenckel a supposé qu'il devait y avoir pour lésions des plaques rouges , violettes, etc. Dans cintj autopsies, Dehaen n'a trouvé que des dilatations et des étranglements alternatifs des intestins , formant comme des cellules, qui enveloppaient et retenaient les matières, et leur imprimaient la forme de crotins de brebis.
De tous les auteurs , Bordeu est celui qui s'est le plus appliqué à recueillir les faits d'autopsies des sujets morls de la colique de plomb , il a pu en réunir un très-grand nombre ; il en a puisé neuf dans les registres de la Cbarité , alors administrée par les religieux de cet établissement; mais il n'en a point vu lui-même , comme le prétend M. Tanquerel. Il signale les désordres les plus graves et les plus variés , depuis l'injection des membranes jusqu'à leur gangrène. Ainsi il a trouvé les intestins rouges , livides , gonflés meuriris, gangrenés, troués, étranglés, etc. ; le foie, la rate, l'épiploon et même le poumon et le cœur étaient également le siège de ces altérations. Dans un cas l'intestin était livide , dans l'autre il était engorgé et d'un rouge fort paie. Les frèr< 3 n'étaient pas accoutumés à cette anatomie minutieuse qui distingue les moindres nuances des lésions morbides; ils devaient méconnaître souvent les altérations les plus palpables ; il ne serait pas étonnant que sous le nom d'inflammation ils eussent confondu des lésions anatomiques vitales et cadavériques fort différentes. Aussi le plus souvent ils se contenlenlde pro-
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îioncer le mot inflammation sans décrire la lésion. Ne se se raient- ils point trompés en donnant ce nom à des lésions dil l'érentes, ou môme à de simples congestions cadavériques ? De semblables autopsies ne seraient pas admises aujourd'hui. 11 est en outre évident que Bordeu a souvent pris pour des coliques de plomb des entérites des péritonites et même des péri pneumonies qui s'étaient développées chez des plombiers. Souvent aussi il n'a pas tenu compte de la complication inflammatoire qui s'était ajoutée à la colique , et que celle ci n'exclut pas. C'est pourtant sur de pareilles autopsies que M. Palais s'appuie pour faire prévaloir l'opinion sur la nature inflammatoire de la colique. Rougeur, exsudation , agglutination , épaississement , granulation, tout lui paraît identique.
Selon Tronchin , Sénac lui aurait écrit en 1750, qu'il avait ouvert les cadavres de cinquante individus morts de la colique de plomb , et qu'il n'avait trouvé aucune altération dans les organes. Chez un seul^ la partie concave du foie et les parties environnantes étaient teintes par une bile très-verte. Sénac n'était pas médecin de la Charité, il est impossible qu'il ait pu faire les cinquante autopsies dont parle Tronchin. Cela ferait supposer qu'il a vu en ville quatre ou cinq mille malades atteints de la colique saturnine , ce qui est impossible.
L'occasion d'ouvrir des cadavres humains ayant manqué à Wilson, il pratiqua une autopsie sur un chien mort dans une fabrique de plomb et auquel il avait fait prendre de la céruse. Il trouva la tunique interne de l'estomac et de l'intestin couverte d'une poussière de plomb, qui faisait croûte dans certains endroits. Il y avait quelques parties des intestins qui étaient enflammées , d'autres qui commençaient à tomber en mortification , quelquesunes même étaient percées. Les excréments étaient durs et en petite quantité. Les tuniques des intestins étaient fort épaisses et leur cavité diminuée (1767).
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On ne peut ajouter aucune importance aux laiis cites par Portai dans son ouvrage intitulé : Observations sur les effets des vapeurs méphitiques ^ (6*" édition, 1787. pag. ^55.) Dans la première, le poumon était putréfié. Dans la deuxième , un cordonnier était mort en trois jours de la colique de plomb ; le colon et le rectum étaient trcs-distendus par des vents et j;angrenés en divers endroits, ce qui pouvait tenir à une entérite. Dans la troisième , un peintre est atteint de la colique de plomb ; il tombe dans le délire et éprouve une grande difficulté de respirer; il survient des convulsions horribles dont il périt L'épiploon était affecté de gangrène, le colon rétréci, l'intestin comme putréGé , la vésicule du fiel pleine d'une bile noire. Ces faits sont tirés du Journal de médecine.
Dans une aulopsie que Backer eut occasion de faire , chez un homme qui, après avoir été atteint plusieurs fois de la colique métallique , avait eu une apoplexie avec lésion intellectuelle, il ne trouva rien dans les intestins ni dans le foie; le cerveau seul présenta plusieurs altérations.
Sur un des cinq individus morts à Mari}' des accidents de la colique métallique occasionnée par les treillages de bois qui avaient chauffé le four du boulanger , on trouva plusieurs taches livides et noirâtres dans l'intestin , et des glandes engorgées dans le mésentère. Ce fait serait important, mais que de doutes s'élèvent! Combalusier, qui le rapporte , dit le tenir de Madame Vassc qui lui en a rendu compte. D'ailleurs il ne donne aucun détail ni sur la maladie, ni sur l'autopsie. H lient tout d'une dame qui elle-même a entendu dire.
Stoll cite un cas de colique métallique compliquée d'inflammation et qui fut mortel. L'ouverture du cadavre présenta une inflammation grave ; mais c'était la complication.
Comme médecin de la Charité, Desbois de Rochefort se trouva bien placé pour recueillir les faits et pour pratiquer
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les autopsies. Cependant , voici comment il s'exprime : « L'ouverture des cadavres confirme celte éliologie : on trouve Teslomac très-resserré, raccorni , ainsi que les intestins. Quelquefois le canal intestinal est tellement rétréci , que tous les intestins pourraient tenir dans la paume de la main ; quelquefois leur diamètre est si resserré qu'un tuyau de plume et même une épingle un peu forte n'y peuvent entrer. On trouve le canal très-sec et sans aucune trace de mucosité. « Plus loin il ajoute : « L'ouverture de ces personnes n'offre rien de particulier dans le canal intestinal qui est à peu près dans l'état naturel ; quelquefois cependant ce canal offre quelques phlegmasies , quelques points gangreneux, quelques intus-susceptions ou volvulus, et il en cite deux cas chez deux enfants. » Restriction qu'il n'a placée que par exception dans le cas de complication.
Selon M. Palais , Fodéré aurait dit que l'estomac et i'intcstin sont attaqués d'un léger état inflammatoire et en mémo temps macérés et môme sphacélés par places.
Dans le chapitre de la colique des peintres, [Le Médecin Naturaliste , 1800 , pag. 77.) Gilibert père cite un fait dans lequel les calmants et les purgatifs combinés calmèrent la colique, mais laissèrent les jambes se leucophlegmatiser , et le ventre se distendre par une ascite avec tympanite. Lo malade étant mort , on trouva plusieurs pintes de liquidedans le péritoine. Les intestins très-resserrés étaient réduits au volume d'un petit doigt dans toute leur longueur ; leurs membranes étaient un peu plus épaisses et sans traces do phlogose; les autres viscères étaient sains. — Le docteur Harlan, de l'Amérique du Nord, dit avoir fait plusieurs autopsies qui lui ont constamment montré la mortification des intestins; il ne s'explique pas autrement. Aucun fait, aucune exposition des phénomènes , rien sur le traitement des malades qui ont succombé; comment suppléer à ce dé faut de détails ?
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Pendant de longues années , le professeur Leroux a guidr ia jeunesse médicale dans le cours de clinique alors si bien suivi à la Charité. De nombreuses occasions auraient dû se présenter, cependant il ne cite que deux observations de colique de plomb , compliquées , Tune d'enccpbaiopathie saturnine , et l'autre de péritonite. Il trouva dans beaucoup d'endroits les intt'Slins froncés , sillonnés comme une membrane qu'on aurait exposée au feu. Il avait employé le traitement de la Charité. (iMéd. Pral., tom. IV, pag. 2/U et 287.;
Le premier médecin qui ait fait les recherches anatomiqucs , on peut dire les plus consciencieuses , est M. Mérat. Sa Monographie renferme plusieurs autopsies. Les observations XXIIÏ, XXIV, XXVI et XXVIÏ ne présentent aucune lésion remarquable dans la texture des intestins : seulement ils avaient diminué de calibre; mais ils étaient faciles à distendre par un courant d'air ou par la traction. Dans le cadavre qui fait le sujet de l'observation XXIX , on rencontra plusieurs rétrécissements et quatre invaginations. M. Tanquerel élève , avec juste raison , des difficultés sur les qualités requises pour faire une bonne observation et sur le degré de confiance qu'elle mérite. En effet ce fait n'a pas été recueilli par M. Mérat , puisqu'il est daté de 1798, époque à laquelle ce médecin n'était pas encore attaché au service de la Charité. Par qui a-t-elle été recueillie? Sa rédaction semble faire croire que ce ne lut pas une colique de plomb qui fut constatée pendant la vie. Dans l'observalion XXV , l'estomac était sain , et l'intestin grêle offrait seulement une légère injection. Le malade avait d'ailleurs succombé à une fièvre ataxo-adynamique. Chez le sujet de l'observation XVIIÏ, le tube digestif était marqué de taches plus ou moins larges, d'un violet pâle, siégeant dans la tunique musculeuse; tandis que la muqueuse n'offrait aucune rougeur ni épaisseur. On rencontra aussi
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quinze lombrics dans toute l'étendue du canal alimentaire. EnGn , dans l'observation XXX , on trouva des traces de péritonite et de pneumonie. Une phlegmasie des poumons et du péritoine avait donc, pendant la vie, compliqué la colique. Il apprécie du reste très-bien la valeur de ces autopsies, en n'admettant comme objet réel que la contraction intestinale. Enfin, chez un chien qui succomba à une colique de plomb qu'il lui avait donnée en lui faisant prendre de la céruse, il trouva une contraction un peu marquée des intestins. Il élève des doutes sur la croûte de plomb et sur la forte inflammation que Wilson dit avoir trouvée sur le chien mort dans la fabrique. Il pense que cet animal a dû être empoisonné par d'autres substances que le plomb.
Dans le cahier de décembre 1826 , pag. 193 , de la Revue Médicale^ M. Lacaux dit que chez les individus morts de la colique saturnine , il a observé que tous les tissus étaient blancs et dépourvus de sang , et sans altérations appréciables, et que, chez ceux qui avaient succombé à l'cncéphalopathie , le cerveau était plus consistant et hypertrophié. (Nous avons inutilement voulu vérifier cette citation faite par M. Blache. Il y a eu quelque erreur de sa part.) M. Cazeau a rencontré la même lésion cérébrale dans les cas analogues. (Jrch. gén. de méd. , 1834 , tom. V, pag. 219.)
M. Palais réunit tout les faits d'autopsies qui peuvent être favorables à la lésion inflammatoire de l'intestin. Il convient toutefois que presque tous les auteurs ont signalé la constriction et le rétrécissement des intestins ; mais il l'attribue à la même cause que celle qu'on observe dans l'entérite, comme dans le fait remarquable, cité par Tartra. Il n'a pas un fait d'autopsie qui lui soit propre.
Quoiqu'on ait rarement trouvé de lésions dans le cerveau, excepté quelquefois les vaisseaux gorgés de sang dans les cas d'encéphalopathie , M. Thomas a fait une remarque bien différente. Dans ses réflexions sur le siège de la ma-
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liulle , dite co1i(iue de plomb (Journ. Univers, des Sciences médicales, 1825, pag. '249.j, il dit avoir rencontré, sur onze cadavres, les méninges injectées , la substance grise du cerveau et celle de la moelle cpinière parsemées de quelques points rares d'injection et de ramollissement, des éj ancliemcnts d humeur aqueuse entre les membranes du cerveau et dans ses ventricules, des injections sanguinolentes très rouges , obscures ou livides, en plusieurs endroits de l'estomac et du tube intestinal ; souvent les membranes de ces organe» amincies, rarement rctrécies; d'où il conclut que dans la colique saturnine, ce n'est pas seulement le tube intestinal qui se trouve affecté, mais que le cerveau parli- <ipc également à la maladie. Par des circonstances que nous ne pouvons pas apprécier , la colique ne devait pas être simple dans ces cas. En effet, nous voyons que chez la plupart des malades qui ont succombé, la maladie a commencé par le délire.
Sur 500 malades , M. Lcrminier n'en aurait perdu que cinq, auxquels 31. Andral en joint deux qu'il a recueillis lui-même. Voici le résultat des sept autopsies : dans la première, le tube digestif était sain dans toute son étendue : elle est citée par M. Martin dans sa thèse. Dans la seconde, l'es* tomac , l'intestin grêle et le colon présentèrent une injection sous>muqueuse légère , quoiqu'ils eussent conservé leur couleur et leur consistance normales. Dans la troisième, la membrane interne de l'estomac était pâle, ramollie; l'intestin grêle était rarement injecté , ainsi que le colon transverse. Dans la quatrième , on constata une coloration ardoisée de I estomac vers le pylore, une blancheur remarquable de l'intestin, un ponctué noir sur une plaque de Peyer , et l'état sain du colon. Dans la cinquième, on trouva un ramollissement d'une portion de la membrane muqueuse stomacale et quelques rougeurs éparses dans l'intestin. Dans la sixièitic, le tube digestif était sain dans toute son étendue.
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Enfin, dans la septième, on ne rencontra que des taches rouges dans l'estomac, et une hypertrophie légère des follicules de Brunncr. Le savant professeur ne lire de ces faits aucune conséquence favorable à Tinflamniation ou à toute autre lésion de l'appareil digestif. Au contraire, il n'y voit rien qui soit en rapport avec l'intensité de la maladie et de ses phénomènes. Il cite en outre deux cas de mort subite occasionnée par une crise épileptiforrae. Il ne trouva rien dans les intestins. Il a fait la même remarque dans plusieurs cas semblables.
Le seul malade dont M. Louis ail fait l'autopsie avait le tube digestif dans un état parfait d'intégrité. Cependant la membrane muqueuse stomacale était jaunâtre , épaissie et les follicules hypertrophiés. (Recherchea anatomo-paihologigues sur diverses maladies , pag. 483.) Dans ses réflexions, iî fait observer que cette absence de lésion est en opposition avec l'opinion admise alors (1826) sur la nature inflammatoire de la maladie , et qu elle ne favorise aucune doctrine.
A la page 242 du tome I de de sa Nosograpine organique. Boisseau cite une autopsie où l'estomac, toutes les parties supérieures des intestins, le foie, etc., étaient enflammés. Il avertit bientôt que c'était dans un cas d'injection de l'acétate de plomb : fait d'empoisonnement recueilli par Kirckoff.
Dans le malade qui fait le sujet de l'observation III de M. Corbin , on trouva un épaississement grisâtre,, sans ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac ; cinq à six taches rouges ou ecchymoses s'y faisaient remarquer. Tout le reste du canal digestif était sain.
L'autopsie unique dont rend compte M. Rufz n'a dévoilé qu'un amincissement sensible dans la membrane muqueuse du grand cul-de sac de l'estomac. Celle du gros intestin était grisâtre dans le cœcum et dans un tiers du colon.
L'observation X de la thèse de M. de la Pommerais sur la colique saturnine , a fourni un cas d'autopsie. La membrane
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muqueuse stomacale étnil épaissie , rinleslin grêle un peu injeclé el le colon sain. Aucune alléralion ne s'est rencontrée dans le conduit alimentaire des deux individus dont M. Grisolle a fait l'autopsie (thèse).
On doit à M. Nivet la communication de plusieurs cas de colique de plomb suivie de mort. Ils sont insérés dans la Gazette médicale, 1837. Dans roLscrvation V, la membrane muqueuse stomacale était épaissie et d'un rouge brun ; l'intestin grêle offrait une couleur rosée, les follicules de Brunner étaient hypertrophiés, et quelques plaques de Peyer très-apparentes. Chez les individus des observations VIII et X , l'intestin grêle était un peu rouge et un peu in jecté. Les follicules de Brunner et les plaques de Peyer paraissaient un peu hypertrophiés. L'estomac et l'intestin grêle des sujets des observations YII et XII présentèrent une rougeur légère. Dans l'observation YI, des lignes brunâtres indiquaient le trajet des vaisseaux de l'estomac; la muqueuse de ce viscère était grisâtre et pointillée de rouge dans quelques endroits; la muqueuse du colon, grisâtre, offrait sa consistance ordinaire; on observait que le sommet d'un grand nombre de villosités se trouvait marque d'un point noir. Chez le sujet de l'observation IX , dont l'autopsie fut pratiquée deux jours après la mort, des lignes brunâtres marquaient le tissu des vaisseaux du grand cul-de-sac de l'estomac, dont la muqueuse était ramollie et épaissie ; dans l'intestin grêle , le long de la petite courbure, on apercevait des arborisations vasculaires, de petites ecchymoses étendues jusqu'au tissu cellulaire sousmuqueux, et en même temps une infiltration de quelques bulles d'air. La muqueuse du colon présentait un aspect grisâtre, et ses follicules étaient hypertrophiés. Dans l'observation XI , l'auteur parle encore de follicules hypertrophiés, de plaques rouges et de ramollissement de la muqueuse intestinale , d'ecchymoses et de traînées noirâtres le long des vaisseaux.
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Nous arrivons enfin à l'ouvrage de M. Tanquerel-des- Planches. Des recherches immenses et savamment élaborées le mcllent au premier rang des monographies. L'auteur y a consigné trente observations de coliques de plomb et un bien plus grand nombre d'autres affections saturnines. Sur ce nombre , douze cas de mort ont été recueillis et analysés. Deux seulement appartiennent à la colique de plomb ; ce sont les observations XXV et XXVI du lome T. Dans Tune et l'autre il y avait des arborisations partielles dans l'estomac, l'intestin grêle et le cœcum. Il y avait complication de paralysie dans le premier cas, et de pneumonie dans le second. Dans les dix autres , c étaient des encéphalopathies et des paralysies saturnines. Bien que la plupart eussent eu des coliques de plomb, ce n*élait plus cette maladie; dès lors ces autopsies ne peuvent pas avoir une grande valeur. Cependant, qu'y trouvons-nous? de légères arborificalions dans quelques parties de l'intestin chez les sujets des observations V et X: le colon était sain. Dans l'observation VI, l'intestin était blanchâtre et légèrement distendu par des gaz. L'intestin de l'observation XXIII était alternativement rétréci et distendu par des gaz , une arborisation rouge était assez marquée à l'extérieur, surtout \ers l'iléon : quelques glandes mésentériques étaient hypertrophiées : les glandes de Brunner et de Peyer étaient très-développées ; il y avait un grand nombre de plaques saillantes de follicules agminés , les glandulcs de Brunner étaient fort volumineuses , cette disposition était beaucoup plus rare dans le gros intestin. Dans l'observation XXX , tout le paquet intestinal était tassé sur lui-même , comme si un poids énorme l'avait comprimé ou affaissé ; le canal digestif était rétréci comme lorsque les aliments ont cessé d'y passer depuis longtemps, il n'était pas aplati et il se distendait facilement par l'insufflation ; il était très-faible ; un mucus très épais et gluant en tapissait l'intérieur, dans
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le gros, il était môlô à quelques inalièr*. s fécales; queJ- ([ues points d'arborisations se rencontraient dans^ la meni hrane muqueuse ; il avait eu plusieurs fois la colique thî plomb. Le môme tassement intestinal , quelques arborisa • tions et le mucus visqueux et gluant se sont rencontrés dans les observations XX, XXV et XXVIU ; il y avait eu encéphalopalbie et coliques saturnines. Dans la XX" , Us parois des intestins étaient dures ei épaissies dans chaque membrane.
Quelques autopsies ont été faites depuis. Le sujet qui fut autopsié par M. Rayer ^ à l'hospict; de la Charité , le 14 avril 1847 , n'avait eu qu'une faible colique à Clichy, et il avait succombé à une péritonite avec épanchement, qui fut terminée par une péripneumonie intense. Les altérations conOrmèrent les prévisions qu'on avait eues pendant la vie. Aussi ce fait est insigniGant; il doit engager à se tenir sur ses gardes pour ne jamais confondre les complications avec la maladie elle-même. Sans repousser ni admettre les inductions qu'on peut tirer des observations qui sont muettes, sans décliner leur valeur significative, M. Rayer dit qu'un de ses collègues , à la Charité , lui a fait remarquer une altération particulière du cerveau; c'est une teinte jaunâtre, très-prononcée de la substance, avec aplatissement des circonvolutions et consistance très-ferme de sa pulpe. «Je ne sache pas non plus , dit-il , beaucoup d'affections où on trouve réunies ces trois sortes de lésions. » Rien ne s'oppose à la vérité du fait. Cependant que de recherches à faire avant de l'admettre comme un signe spécial et pathognomonique certain !
Neuf fois Miquel a vu la forme épileptique être suivie de mort. Toujours il a trouvé l'hypertrophie du cerveau sans lésions mlcsûnalcs (Bulletin de Thérapeutique ^ tome VI, page 258). M. Corbin aussi a trouvé, dans des cas analogues , le cerveau et la moelle cpinièrejamollis (Gazette mc~
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dicale, 1830, page 288). Ces lésions ne sont pas conslanles, puisque M. Andral a vu un cas dans lequel les centres nerveux étaient parfaitement intacts.
Enfin M. Piorry (Gazette des hôpitaux ^ 1844, page 105) n'a rien rencontré chez un sujet mort dans ses salles de clinique. 11 est vrai qu'il avaii succombé à l'ouverture spontanée d'un kyste hydatifère du foie dans la plèvre. L'intestin était resserré dans toute son étendue , et les muscles abdominaux étaient contractés.
En finissant cette longue énuméralion des autopsies des sujets morts de la colique de plomb, nous avouerons que nous n'avons pas été peu étonné de n'en trouver aucun fait dans l'immortel ouvrage de Morgagni, Cependant cette maladie n'est pas étrangère à l'Italie. Nous manifestons un môme étonnement pour Montpellier ; ses annales n'en font aucune mention , et Baumes lui consacre à peine quelques lignes dans ses Fondements de la science médicale. Cependant il n'est pas de sujet qui pût prêter davantage aux inlerprélations vitales de cette école célèbre.
Quel fruit peut-on tirer de ces autopsies? Est-il possible de trouver dans des lésions aussi variées , aussi disparates et dans leur fréquence et dans leurs formes , des motifs à des déductions positives et rationnelles? Je ne saurais mieux faire que de placer ici les opinions des hommes dont la position et les études ont fait des autorités qui doivent nous servir de guides.
Si Bordeu , Henckel, Broussais, Boisseau et MM. Palais, Renauldin, Roche, etc., se croient fondés à établir la nnture inflammatoire de la maladie , un bien plus grand nombre d'observateurs s'élèvent contre cette manière de voir, et ils s'appuient sur les faits nombreux dans lesquels on n'a rien trouvé , sur ceux dans lesquels les lésions étaient le résultat des complications et même du traitement, et sur les phénomènes de physiologie pathologique ; tels sont
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^)M. Méral, Chomel , Brachot , Louis, TiUKiuorel , Orfila , (ialtier, etc. Mais laissons-les parler eux-mêmes, leurs raisons conservent toute leur énergie. « Pour moi , dit Jos. Frank , je confesse que je n'ai jamais trouvé de colique in- (lammatoire » Cette profession d'un praticien aussi habile est d'un poids immense. Voici comment s'exprime M. Tanquerel : « Si nous résumons toutes les nccropsies précédentes de colique saturnine non compliquée , au nombre, de quarante neuf , nous voyons que dans vingt cas on n'a trouvé dans le tube digestif aucune altération , ou seulement quelques traces de congestion , telles qu'on en rencontre chez la plupart des sujets dont on fait l'autopsie et chez lesquels , pondant la vie , on n'a constaté aucune lésion fonctionnelle des voies digestives. Dans cinq cas, on a rencontré des ramollissements partiels, sans autre altéralion dans les parties les plus déclives du tube digestif. Ce sont encore de ces lésions cadavériques que l'on rencontre chez une infinité de sujets. On peut donc dire que dans ces vingt-cinq autopsies on n'a rencontré aucune lésion cadavérique en rapport avec les symptômes observés pendant la vie. Six fois le tube digestif a été trouvé épaissi, partiellement ou dans toute son étendue. C'est encore une lésion anatomique qu'on rencontre fréquemment dans toute espèce d'autopsie. L'hypertrophie ou le développement considérable des glandes de Brunner a été observé dans sept cas. Les glandes de Peyer se trouvaient aussi plus développées dans trois de ces nécropsies. Douze fois un tassement ou un retrait du paquet intestinal a été noté. Cet état du paquet intestinal est un des caractères anatomiques de la colique de plomb , car nous ne l'avons trouvé aussi prononcé dans aucune autre maladie. Ce tassement n'a été noté que dans le tiers des autopsies; il est inconstant comme toutes les altérations anatomiques qui sont effet et non cause des maladies. Enfin, le développement plus con-
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sidérable des ganglions du grand sympathique , que nous n'avons constaté qu'une seule fois , doit 6tre considéré comm .; effet et non comme cause anatomique des phénomènes observés pendant la vie. Les reins et la vessie ont été trouvés à peu près à l'état normal. D'après toutes ces investigations , qu'il nous soit permis d'aflirmer que ce ne sont point des altérations anatomiques, appréciables à nos sens, qui donnent naissance à tous les phénomènes pathologiques de la colique de plomb , et que les altérations matérielles que l'on peut rencontrer, ne sont que des effets et non des causes des accidents observés pendant la vie.» (tomel, page 317).
L'absence diî toute lésion dans le tube digestif, dit M. Monneret , forme le caractère essentiel de la colique saturnine.
Signalent aussi la môme intégrité de la muqueuse intestinale MM. Corbin [Caz. mèdic, tome 1, 1830); Rufz {compterendu de la clinique de M. Rullier, p. 22); Martin (Dissertation inaugurale, 1829); Martinet (liev. médic. 1829}; GtisoHe Ç Essai sur la colique de plomb , dissertation inaugurale , 1835) ; Nivet (Mémoire sur le délire^ les convulsions et Vépilepsie produits par les préparations de plomb , dans Gaz. Méd., n« 36, 1836 . et n« 2, 4 , 7, 1837). Voici la statistique que donne M. Nivet sur les cas des auteurs cités plus haut. Tube digestif sain dans toute son étendue, huit fois; estomac et colon sains, rougeurs ou injections légères de l'intestin grêle sans ramollissement de la muqueuse , follicules muqueux hypertrophiés quelquefois, six fois; estomac malade , traces de gastrite chronique , intestin grêle et colon sains, ou présentant une légère rougeur, sept fois; injection ou rougeur légère de l'estomac et des intestins grêles, colon sain , quatre fois; tube digestif sain, taches ^ous-péritonéales violacées, une fois ; injection, tache rouge, hypertrophie légère des follicules du tube digestif, mu-
quouse intestinale ramollie dans uno petite étendue , deux t'ois : dans quatre cas , les altérations n'ont pas été notées. (Miquel, Bulletin thérapeutique ^ tome YI , page 257 ; Cazeau , Bulletin de la société anatomique , n® 4, 1834). Ce qui donne en tout trente-deux autopsies , dans lesquelles le tube digestif a été examiné avec le plus grand soin , si ce n'est dans les quatre derniers cas (Nivet. op. cit., p. 104). Dans trente autres cas , où il y avait complication d'affection cérébrale , des lésions très-variées ont été trouvées un certain nombre de fois. Nous nous dispensons de présenter la statistique qu'en donne M. Nivet, parce que ces cas ne sont plus des coliques.
On ne découvre aucune trace d'inflammation dans le canal digestif, dit M. Orfîla: le diamètre des gros intestins et du colon en particulier est plus ou moins rétréci. Les autres altérations signalées par les auteurs sont loin d'être le résultat de l'observation. Il est impossible de découvrir aucune préparation de plomb, en faisant l'analyse des matières contenues dans le canal digestif, des excréments, de l'urine, de la sueur, elc. (^Mcd. Z?'^., troisième édition, tome Ilf, p. 242). A la page 500 de la quatrième édition , même volume Ilf , il ajoute : sur quarante-neuf cadavres , vingt n'ont rien présenté , et sur les vingt-neuf autres , on a trouvé tantôt des ramollissements et des épaii?>issemcnts partiels ou généraux du canal digestif, tantôt un développement considérable des glandes de Brunner , ou un tassement ou retrait du tube digestif. On n'a observé cette disposition que seize fois sur quarante-neuf. 11 ne regarde que ce dernier pbénomène comme appartenant à la colique saturnine , les autres lui paraissent être les effets d'autres accidents survenus pendant la vie. Quant aux inflammations dont le canal digestif aurait été le siège ^ il ne lui est pai prouvé que les malades n'ont pas été en proie à une inflammation gastro-intestinale qui compliquait la maladie.
74 COLIQUJi SATURNINE-
On n'a p&s encore pu découvrir , dit-il , dans le premier volume de son Traité de Toxicologie, p. 08 1 , qualrièm(' édition, une lésion anatomique constante , qui puisse être regardée comme son caractère anatomique. Je regarde les inflammations et les autres altérations comme effets an moins autant que causes.
Quelques auteurs ont trouvé des lésions non -seulement dans les intestins , mais dans d'autres organes ; quoique varices, ces lésions se rapportent la plupart à l'inflammation . Le plus grand nombre des observateurs n'a rien trouvé qui mérite d'être signalé, et d'où l'on puisse tirer des conséquences rationnelles. Cependant ils ont vu une sorte de contraction de rintestin sur la matière qu'il contient. C'est à ces deux modes d'altération que vient aboutir en dernière analyse la généralité des résultats nécropsiques . phlegmasie et état de contraction des intestins , ou plutôt absence de lésion appréciable. Aussi l'anatomie pathologique se trouve ici en défaut. Elle refuse à la colique saturnine le secours puissant qu'elle prête à la plupart des autres maladies. Elle ne sert nullement à éclairer la question. C'est en vain que Bordeu , Henckel , Broussais, Palais, etc., ont invoqué les faits de pblcgmasie intestinale qu'ils ont pu recueillir; ils n'ont pas été suflîsants pour faire établir d'une manière définitive la nature inflammatoire de la maladie. La contraction intestinale n'a pas été plus heureuse en sa faveur. Si les lésions qu'on a rencontrées le plus souvent n'ont pas pu concentrer les idées sur un point unique et faire adopter une manière de voir générale, à plus forte raison les autres lésions, et moins nombreuses et moins constantes , ont-elles dû échouer. Ainsi les altérations qu'on a trouvées dans le cerveau, dans la moelle épinière , dans le foie , dans le mésentère , dans le péritoine, n'ont fait élever qu'un petit nombre de voix en faveur des organes qui en étaient le siège pour y placer la maladie elle même. Le plus souvent même
ils ont prèle des arguments pour combattre la plupart des opinions de localisation qu'on s'était faites. Dès-lors, il est facile de comprendre pourquoi on a été si peu d'accord sur le siège de la maladie. L'absence et la variété des lésions ont favorisé les incertitudes , ont par conséquent ouvert le champ aux hypothèses.
Dès-lors l'anatomie pathologique est impuissante pour nous conduire à la connaissance du siège et de la nature de la maladie. Plusieurs auteurs l'ont compris et ils ont pensé qu'ils pourraient peut-être plus heureusement trouver cette révélation dans la cause même de cette afTection. Le plomb est cette cause manifeste. Là, ont-ils dit, où nous trouverons le plomb, là aussi sera le siège du mal , parce que c'est là que son agent doit produire son effet morbide par une action directe sur le tissu avec lequel il est en contact. Le raisonnement le faisait admettre: mais cela ne suffisait pas, il fallait le démontrer physiquement. Il a donc été urgent de recourir à la recherche du métal dans l'économie, afin d'en constater la présence et d'en déduire les corollaires de localisation. Il est donc indispensable de faire l'exposition de ce que la science possède , de présenter l'inventaire de nos connaissances à ce sujet.
Une question se présente d'abord. Sont-ce les particules de plomb qui seules peuvent causer la colique métallique ? En d'autres termes , faut il que le plomb ou ses préparations entrent dans le corps humain pour causer la maladie? Les lois de l'absorption ne nous permettent pas d'admettre la nécessité indispensable de l'ingestion du métal dans les voies digestives. Elles nous autorisent à reconnaître son absorp lion par toutes les surfares avec lesquelles il peut être m i en rapport, avec la peau aussi bien quavec l'estomac. Quant à son indispensable nécessité , elle est un fait. Les cas analogues produits par d'autres causes ne sont pas des coliques de plomb.
COLIQUE SATURNINK.
Ble»îicpc!»cs cSiî8Bi!«nics sur la préscucc «In pIomBa
dans les org^anes.
Combalusier admettait la présence réelle du plomb dans les voies digestives , parce qu'il attribuait la colique à l'action directe des molécules du métal sur la fibre intestinale. Aussi il ne reconnaît pour cause de la maladie que l'ingestion stomacale du toxique , soit pur, soit mêlé aux aliments. Il repoussait toute idée de son absorption cutanée et pulmonaire ; mais il n'en donne aucune preuve.
Parmi les anciens , Wilson et Dubois sont les seuls qui aient fait des recherches directes. Ils ont porté leur regard sur les parois du canal digestif, et ils ont cru y avoir aperçu des traces de poussière saturnine. Les observateurs modernes n'ont point sanctionné cette assertion que repousse encore le raisonnement physiologique. Le plus souvent le plomb est absorbé par la peau ou par les poumons : il n'est donc pas porté directement sur les parois de l'appareil digestif; et lors môme qu'il est introduit par cette voie, ce n'est jamais par son contact direct qu'il occasionne la colique , ce n'est qu'après avoir été absorbé et transporté dans l'économie.
Spaugemberg dit avoir vu de la litharge mOlée aux matières fécales des malades atteints de la colique saturnine. Il a fait erreur , car les recherches faites par les autres chimistes n'ont rien pu constater dans les fèces. En supposant que le fait fût vrai , il y aurait encore erreur ; car ce ne pourrait pas être de la litharge qui rendrait les excréments ainsi gris , et qui occasionnerait la colique , puisque ce n'est pas elle qui a été absorbée.
Plus que personne , M. Mérat sentit de quelle importance il serait de constater la présence du plomb dans l'économie : le premier aussi il comprit que ce n'était pas ainsi à la surface des organes digestifs qu'il fallait chercher le métal. 11 pensa qu'ayant été absorbé, c'était dans les so-
NATUKE ET SIEGE. 7 7
litles et dans les liquides des animaux qu'on devait en retrouver l'existence. En conséquence , il les soumit à Tanalyse chimique la plus sévère. Aidé par le célèbre Barrucl , il analysa les urines et les matières fécales; il n'y trouva rien. Il conclut de là à toute l'économie , et il proclama que ie plomb n'existait d'une manière sensible dans aucune substance animale.
Malgré son importance , cette recherche ne pouvait pas satisfaire, depuis surtout que, par des procédés plus exacts, la chimie est parvenue à reconnaître les moindres traces de poison dans nos tissus et dans nos humeurs. Aussi M. Tanquerel-des-Planches s'est livré à de nouveaux essais. Guidé dans ce travail par une expérience de MM. Tiedmann et Gmelin, il se fit aider tantôt par M. Chevalier, quelquefois par M. Guibourt ; il est parvenu à reconnaître la présence de bien faibles quantités de plomb dans les organes et surtout dans les tissus des intestins et du foie, quelquefois dans le caillot du sang , jamais dans les urines , ni dans la salive. — Les expériences les plus précieuses sont celles qu'il a fait faire par M. Alph. Devergie , de 1836 à 1838. Ce dernier a retrouvé de faibles quantités de plomb et de quelques autres métaux , entre autres de cuivre, dans presque tous les tissus et même dans le sang ; et chose importante , les parois intestinales en contenaient le plus , surtout chez un sujet mort d'encéphalo[3athie saturnine. Le sang lui-même en contenait une quantité notable , bien supérieure à celle du cuivre. M. Devergie se demande si ce dernier métal n'aurait pas été expulsé par les purgatifs, attendu que, dans l'état normal , il est toujours supérieur au plomb pour la quantité. Une chose qui mérite de fixer l'attention, c'est que, chez ce malade , le cerveau contenait aussi une quantité plus considérable de plomb.
Au rapport de Giacomini , MM. Tiedmann et Gmelin ont examiné soigneusement les cadavres d'animaux empoi-
78 COLIQUE SATURNINE.
sonnés avec dix grammes d acélate de plomb , et ils ont rencontré ce sel dans les veines mésentérique et splénique. Déjà KerkoEF avait obtenu le môme résultat (Journ. Univers, des scien. méd. , 1820.; ; mais ces expériences n'avaient pas été faites chez des sujets atteints de la colique de plomb.
Les travaux importants de M. Orfila sur la toxicologie et principalement sur la chimie loxicologique, ne lui permettaient pas de laisser en arrière des recherches d'une nature aussi intéressante. Dans le cahier de janvier 1839 des Annales d'hygiène, il a publié un mémoire sur l'ingestion du plomb (acétate). Chez les chiens ainsi empoisonnés, ce sel a laissé des traînées de points ou substances blanches , plus ou moins adhérentes à la surface interne de leur estomac, quoique des vomissements aient eu lieu et que plusieurs jours se soient écoulés depuis l'injection. La substance était de l'acétate de plomb décomposé. «On la retrouve, dit M. Orfila , pendant au moins huit jours , et elle finit par s'effacer peu à peu, soit qu'elle ait été absorbée , soit qu'elle ait été entraînée avec les autres matières. » Il a encore vu au bout de dix-sept jours, l'intestin laisser le plomb par son ébulUtion dans l'acide azotique étendu dans trente parties d'eau. Il pense môme qu'on pourrait ainsi calculer approximativement l'époque de l'empoisonnement par l'acétate de plomb. Il fait remarquer la différence qu'il y a entre ces cas et ceux qui appartiennent à la colique de plomb. Dans le second cas, il y a eu absorption, et elle a pu causer l'intoxication saturnine lente et la colique de plomb. H donne aussi le moyen de distinguer ce plomb de celui que M. Devergie a constaté exister dans les tissus organiques à l'état normal et qu'il en a retiré. Mais ces détails n'appartiennent pas à notre sujet. Ils sont étrangers à la colique de plomb. Disons cependant qu'il trouva du plomb dans l'urine que lui remit M. Villemain et qui provenait d'une jeune fille qui avait avalé , huit jours auparavant , quarante grammes d'acétate
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de plomb. N'oublions pas de noter que , plusieurs fois dans ces cas d'empoisonnement par l'acétate de plomb , i! a trouvé
I estomac et les intestins tapissés d'une couche membraniforrae assez épaisse^ d'une couleur cendrée , qui se détache facilement en grumeaux, et laisse voir la muqueuse gastrique d'une couleur gris fonce. Cet enduit ou fausse membrane , n'esî, autre chose que du mucus épaissi , concrète et teint ensuite par la préparation plombique.
Le sang extrait de la veine cave, du cœur droit et de la veine-porte d'un homme mort à la suite d'une colique de plomb et d'encéphiilopathie , n'a fourni aucune trace de plomb à M. Chevalier. Il en a été de même de l'urine et de la salive de plusieurs malades. Ces liquides analysés par M. Guibourt n'ont fourni aucun signe de la présence du plomb chez un sujet mort d'épilepsie saturnine ; il a trouvé un peu de plomb dans la substance du cerveau ; mais M. Devergie y en a aussi trouvé dans des cas étrangers aux affections saturnines.
Le 8 décembre 1840, M. Lassaigne annonça à l'Académie que M Auset, chef des travaux chimiques à Alfort, avait entrepris , sous ses yeux et par ses conseils plusieurs expériences sur l'action du plomb. Ayant fait prendre 2 kilogr. d'acétate à un cheval , il trouva du plomb en plus grande quantité dans le sang veineux et dans les urines pendant la vie. Il en a beaucoup trouvé aussi dans le foie et les reins , lorsqu'il a ouvert le cadavre peu de tenips après la mort.
Les diurétiques furent administrés par M. Bricheteau , à plusieurs individus atteints de la colique des peintres. L'analyse des urines fut faite par M. Chevalier, qui trouva, dans celles de quatre individus, quelques traces de plomb.
II n'avait pas encore été reconnu d'une manière positive dans ce liquide , on n'a jamais pu en obtenir que des premières urines.
La Gazelle des hôpilaux du H mars 1844 . page 105 , fait
80 COLIQUE SATURMiVE.
dire à M. Piorry , dans ses leçons de clinique de la Pitié, qu'on a trouvé d'énormes quantités de plomb. CVst par erreur sans doute , car on n'a trouvé ces énormes quantités que dans les cas d'empoisonnement rapide , et alors il n'y a pas coliques saturnines.
Les recherches de MM. Danger cl Flandin sont relatives surtout à l'empoisonnement par le plomb. Scion eux on trouve le carbonate de plomb disséminé par points blancs dans les matières spumeuses du vomissement, dans lesquelles l'air expiré semble les faire développer. Selon eux aussi , les membranes muqueuses sont comme tanées par une couche grisâtre, qui résulte de la combinaison du plomb, soil avec les mucosités, soit avec les surfaces des tissus. Plusieurs viscères voisins , foie , rate, reins, semblent quelquefois présenter cet aspect tané. Ils n'ont jamais rien trouvé ni dans le sang, ni dans les urines : ce qui serait en contradiction avec les expériences de MM. Orfîla, Devergie, Bricheteau^ Guibourt. De cette absence du plomb dans le sang et les vaisseaux , ils tirent la conséquence que ce n'est point par absorption que le métal a été transporté , mais par une sorte d'imbibition qui le laisse passer de proche en proche , ou par endosmose. M. Galtier qui a répété la plupart de ces expériences, repousse cette conclusion parce qu'il a trouvé du plomb un peu partout. Mais ces recherches, quelle qu'en soit l'importance, n'ont aucune valeur pour nous, elles n'appartiennent point à la colique de plomb.
MM. Blondiotet ensuite MM. Sandrns et Boucbardat ont constamment trouvé le plomb dans le foie , comme ils y ont trouvé les autres substances toxiques.
Six semaines après , M. Le^^roux trouve le plomb , non plus dans le foie, qui lui servait d'organe éliminateur, mais à la peau , à la surface de laquelle il vient former le sulfate de plomb , chaque fois qu'on plonge le malade dans un bain sulfureux
Nature et sikgk. SI Aran a examiné le caraclère des matières du vomissement. Sur huit fois, il les a trouvées sept fois alcalines, et une fois acides. Il n'a pu démontrer la présence du plomb ni dans les premières ni dans les secondes voies , encore bien moins dans quel état il pourrait y être. Tout lui parait hypothétique.
M. Chatam a retrouvé dans les matières fécales la pré scnce du plomb que les chimistes n'y avaient plus retrouvé depuis M. Méral.
Le 13 avril 1847 , M. Martin Solon souleva une question très-délicate dans le sein de TAcadémic de médecine. Comme MM. Devergie et Orfila , il admet dans nos tissus et môme dans nos urines la présence du plomb normal , ol il essaie de le distinguer du plomb pathologique introduit par intoxication. Dans ce dernier cas, la quantité du plonjb est supérieure à celle du cuivre. Dans le premier cas clic lui est inférieure. M. Orfila a cru que^ pour les distinguer, il sulTirait de faire bouillir les intestins ou tout autre organe pendant une demi-heure ou une heure dans de l'eau aiguisée avec l'acide acétique ou l'acide azotique , qui alors dissout le plomb pathologique et ne dissout que lui, tandis que, pour obtenir le plomb normal , il faut incinérer les lissus. Toutefois, ce savant professeur fait observer que cette ébuUilion ne peut pas convenir dans les affections saturnines chroniques. D'ailleurs , les proportions du plomb normal varient beaucoup , et le plomb manque souvent. Aussi M. Bassy rejette ce moyen proposé par M. Orfila. Les diflicultés s'accroissent encore , s'il est vrai , comme dit M. Guibourt, que le plomb normal provient des aliments qui ont été préparés dans des vaisseaux de cuivre ou de, plomb, et que, par conséquent, les lissus des individus qui ne font pas usage de vases de celle composition, ne doi vent pas présenter le métal normal.
M. Mialhe s'est assuré que tous les sels de plomb sent
8'i COIAQVE SVTLRxMNE.
(raiisforiiH's enclilorures par les cblonires alcalines qui sont dans l'ocononiie et surtout dans les humeurs des malades, cl que c'est avec celte forme qu'ils sont portés à la peau.
Il y a peu de temps que M. ^îillon avait annoncé qu'il existait à l'état normal, dans le sang et les différents organes des animaux, de la silice, du manganèse, du cuivre et du plomb. Son procédé d'incinération et de filtraiion a été trouvé en môme temps au Brésil par le docteur Abren (Académie de médecine, 7 août 1848). M. Melsens vient de démontrer (Journal de Chimie médic, septembre 1848), qu'il y avait eu sans doute erreur, puisque sur vingt-une analyses faites avec le sang de vingt-un sujets , il n'a pas trouvé la moindre trace de plomb ou de cuivre , ni dans le sang , ni dans le sérum , ni dans le caillot, ni dans les globules. Il se demande si la cause de cette erreur ne viendrait pas de la nature des vases ou de la pureté des réactifs employés par M. Millon.
Ces recherches sur la présence du plomb dans nos organes après l'intoxication saturnine sont de la plus haute importance. Néanmoins, ne le dissimulons pas, elles ne disent pas tout; avouons môme leur insuffisance. Pendant que la présence du plomb s'est révélée à quelques chin>istes,elle n'a été ni constatée ni admise par d'autres; puisque MM. Moneret et Fleury et M. Melsens assurent encore que ni les urines, ni les matières excrémentielles, ni le sang n'accusent la plus petite quantité de plomb, même à l'aide des réactifs les plus sensibles; puisque le plomb Irouvé dans les tissus du foie , de la rate, des poumons, etc., (les personnes qui ont succombé à l'action du poison, s'est également présenté dans les mêmes tissus des personnes qui n'ont point été exposées à cet agent destructeur; puisque les chimii^tes les plus habiles sont encore indécis sur la manière de distinguer le plomb normal du plomb pathologique, si toutefois la chose est possible. Personne plus que
XATURE liT SiÉGK. 83
moi ne rend justice aux travaux remarquables de MM. Orlila , Devcrgie, Guibourt , Galtier, etc. Notre admiration ne nous empêchera pas de voir tout ce qui reste à faire. La plupart des recherches ont trait au cas d'empoisonnement aigu. Il n'est donc pas étonnant qu'on ait trouvé encore présent le métal empoisonneur. Les recherches dans les cas de colique de plomb sont bien moins satisfaisantes. C'est ce qui pourrait jusqu'à un certain point justifier l'opinion de M. Mérat, lorsqu'il pensait que le métal pouvait agir sur notre économie, moins par ses particules solides et palpables que par une sorte d'émanation ou d'arôme insaisissable. Espérons toutefois que le zèle des savants ne se ralentira point et qu'il les conduira à des résultats plus complets. Espérons qu'ils parviendront à saisir un agent capable de produire des effets morbides aussi graves. Ce qu'ils ont déjà obtenu nous est garant de ce qu'ils peuvent faire. Nous appelons de tous nos vœux le moment où ils auront comblé cette lacnne. C'est surtout dans la moelle épinière, dans le grand sympathique, cordons et ganglions; c'est dans l'intestin et ses différentes membranes; c'est dans les lymphatiques du mésentère, c'est dans les vaisseaux de cette partie que les recherches doivent élre dirigées. Attendons et espérons. Peut-être nous reprochera-t-on de ne pas avoir entrepris nous-méme ce travail. Outre que la nature de nos occupations ne nous le permet pas , nous n'aurions pas la prétention d'aller au-delà des chimistes distingués qui s'en sont déjà occupés. Leur habitude dans ce genre dexpérimentalion, les procédés qu'ils ont imaginés, les réactifs qui leur sont si familiers nous font tout attendre d'eux. Ils compléteront ce qu'ils ont si bien commencé. D'ailleurs l'Académie demande l'état de la science, elle ne nous a point impose de nouvelles expériences. Nous la prenons donc où elle est. Quel parti peut-on en tirer pour la grande question de la nature et du siège de la colique
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saturnine? aucun encore, avouons-le à notre bonté. En effet, que peuvent signifier pour la pathologie ces analyses chimiques si habilement faites, et qui pourtant paraîtraient contradictoires si on voulait y voir auire chose que des individualités , si l'on voulait les généraliser. Quel organe choisirons-nous plutôt qu'un autre? Pendant qu'un chimiste démontre la présence du plomb dans un viscère , un autre, non moins habile, la poursuit et la trouve dans un autre; tandis qu'elle se manifeste à plusieurs dans les liquides , d'autres l'y cherchent en vain. Il est évident que ces recherches ne peuvent encore fournir aucune donnée satisfaisante pour faire établir le siège et la nature de la colique saturnine. Bien que la cause en soit dans le plomb , on ne peut , de sa présence variable dans certains organes,, rien conclure. On le peut d'autant moins que le plonjb normal s'est le plus souvent présenté en aussi grande quantité que le plomb pathologique. Aussi , comme le fait observer M. Orfila , la quantité plus considérable que MM. Guibourt et Devergie prétendent en avoir trouvé dans les intestins des personnes mortes de coliques , dans le cerveau des individus morts d'encéphalopalhie saturnine, et dans les mollets des sujets morts d'arlhralgie saturnine , peut être vraie; mais elle n'est pas suffisamment démontrée , car il faudrait avoir d'abord précisé la quantité normale du métal dans ces organes. La difficulté devient encore plus grande lorsqu'il faut statuer sur l'état dans lequel il se trouve dans nos tissus, sur la forme qu'il revêt dans sa combinaison avec eux. Quoique celte conclusion soit désolante, ne désespérons de rien et encourageons de nouvelles tentatives. Ce que des expériences n'ont pas obtenu, d'autres l'obtiendront peut-être un jour, et les unes serviront de jalons aux autres. Qu'on ne perde jamais de vue, dans ces recherches, qu'il ne faut pas confondre les circonstances dans lesquelles le plomb a causé l'empoison -
NATURE ET siEGH. 8o
nement aigu, avec celles dans lesquelles il n'a agi que lentonnent. Cette confusion retarderait la marche et le pro grès de la science , parce que ce sont deux états bien différents en pathologie, et qu'il importe de les distinguer également en chimie.
L'analomie pathologique et l'anal^'se chimique nous font donc défaut pour la solution de la question du siège et de la nature de la colique de plomb. A quelle méthode d'investigation aurons-nous recours pour obtenir quelque (;hose de satisfaisant? Il ne nous en reste qu'une, c'est Kanalyse physiologique. Cette méthode, trop négligée en général , peut souvent conduire à des résultats aussi positifs que l'anatomie pathologique. Selon nous^ la lésion d'une fonction ou de quelques-uns de ses actes et les actes anormaux qui s'y manifestent sont des signes aussi certains de la lésion d'un organe , que les altérations physiques qu'on observe après la mort. Ils ont même un avantage immense, c'est de pouvoir être étudiés sur le vivant, c'est de ne pas exiger la triste nécropsie pour compléter une observation. Que celte disposition dans laquelle nous nous trouvons en faveur de l'analyse physiologique, ne fasse pas mal interpréter notre pensée. Malgré l'importance que nous lui accordons , nous nous garderons bien d'y placer la médecine tout entière. Nous voulons reconnaître et signaler ses bienfaits , sans méconnaître , sans repousser ceux de l'anatomie pathologique et de toutes les autres voies d'investigation. Nous les admettons toutes parce que toutes sont utiles. Nous voulons qu'elles concourent toutes et en commun à ce but unique de la science médicale. Ainsi , l'analyse physiologique , quelque importante qu'elle soit, ne doit marcher qu'avec les autres moyens d'étude. Elle doit leur prêter son assistance, comme les autres doivent lui prêter la leur, et elles doivent également se suppléer lorsque l'une d'elles est impuissanle.
86 COLIQUE SATURxMNlî.
Comment interroger la physiologie pathologique? Comment comprendre ses manifestations? Le moyen le plus sûr pour y arriver, l'unique moyen , c'est d'étudier les phénomènes ou les actes morbides. C'est par eux qu'elle révèle la lésion des actes normaux et de leurs agents; ils en sont l'interprétation la plus ûJèle. 11 ne s'agit plus que d'écouter leur langage.
Analyse pbysIoIog^i(|uc.
Un individu est mis dans un rapport plus ou moins direct avec le plomb ou quelques-unes de ses préparations. Après une durée plus ou moins longue de ce rapport, il se développe des accidents d'une nature particulière qu'on n'a pas cessé d'étudier depuis plus de deux siècles. Cette cause est bien connue , aucun doute ne s'élève sur elle ; mais on n'est pas aussi bien d'accord sur son mode d action.
Trois portes sont ouvertes à l'absorption des agents toxiques et morbifiques; les téguments, l'appareil respiratoire et les voies digestives. Il ne peut pas y en avoir d'autre , quoiqu'on ait vu la membrane muqueuse génito-urinairc devenir la voie d'introduction du plomb; quoique Backer cite l'histoire d'un individu qui fut pris de colique de plomb , après avoir fait usage d'injections saturnines dans le canal de l'urèthre ; quoique le docteur Taufllieb , médecin à Barr , ait rapporté , avec un détail plein d'intérêt , l'histoire d'un malade qui fut pris des accidents les plus graves de l'empoisonnement saturnin à la suite de pareilles injections; quoique AVcrdclara ait attribué une colique de plomb à l'absorption par les voies génitales , de scories de plomb placées dans une chaufferette ; la rareté de ces faits ne nous permet pas de ranger ces organes au nombre des voies d'introduction. S'il ne peut pas y avoir de discussion à cet égard , il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit de de-
ienniaer par laquelle de ces voies se fait l'inlroducliou des préparations de plomb. Les auteurs n'ont plus été d'accord.
Quelques médecins, avec Combailusicr, Desbois de Ro chefort, n'admettent pas d'autres voies que l'estomac et les intestins , parce qu'ils ne reconnaissent dans le plomb qu'une action directe , qu'il ne pourrait plus exercer s'il était absorbé par la peau ou par les poumons, ou parce que l'estomac seul produit des acides capables de le dissou <lre. Celle voie ne peut être admise exclusivement; mais il ne faut pas en conclure qu'elle n'en est pas une. Trop de faits viennent parler en sa faveur , Nicandre et les Grecs , Tanquerel, Trousseau, Orfila, Galtier, Fernel , Ettmuller, Hoffmann, Chomel, etc., ont recueilli des faits qui sont convaincants. Tissot , Bourdeiin , James, Van-Stroowyck, Fizeau, Kerkoff, Blacbe, Tralhes, Boyrrason , Krimer, Rava, Kohanbura ont aussi admis cette voie d'absorption , surtout pour les médicaments et les boissons lilbargirées. Citons par anticipation le fait curieux que le docteur Léridan a rapporté à M. Trousseau. Pendant trois jours de suite , un malade prend chaque jour trente centigrammes d'acétate neutre de plomb. Le quatrième jour , il est pris d'une colique violente de plomb qui ne cède qu'au traitement de la Charité. En 184:{, M. Carrière, de Strasbourg , a observé un fait analogue, de môme que le docteur Bicking, de Mulhouse, en 1839. Gaubius , Vandermonde , Lalouette , Tronchin , Luzuriaga , Beker, Kugcl , Ebell , Westrumb , Fucbs , Sponitzer, Hoffmann, Folhergill , Vanswieten, Boerhaave, Gockel, Zeller et Weismann, Hal- Icr, Brunner, Mathisen, Guillaume Collé, Waren, Mayer, Leroux, Hourmann, etc. admettent ce mode d'introduction et ils rapportent des faits nombreux de colique qu'ils attribuent soit aux boissons sophistiquées avec le plomb, soit aux eaux qui ont séjourné dans des réservoirs , des va ses ou des conduils de plomb; M. Mialhe a fait une re
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marque très-iniporlanle , c'est que les réservoirs de plomb acres et qui sont allernaliverncnt vides ou pleins chargent {>ius facilement les eaux de plomb, parce que celle alternative favorise à leur surlace la formation du carbonate de plomb; soit aux aliments auxque Is ont été mêlés quelques préparations de plomb , ou qui ont séjourné dans des ustensiles de plomb. On s'appuie encore sur ce que, à Clichy, malgré toutes les précautions pour garantir la peau de tout contact avec les matières plombiques, les coliques n'ont pas cessé complètement de se montrer , quoiqu'en moins grand nombre pendant tout le temps que les précautions les plus sévères ont été prises.
La rudesse de la peau , l'épaisseur de l'épidcrme ont semblé à quelques auteurs un obstacle à l'absorption cutanée; mais des faits incontestables ne permettent pas de douter de cette absorption et de son influence sur la colique de plomb. Wall l'a vue survenir après l'application de compresses imbibées d'extrait de saturne sur la peau affectée de maladie pustuleuse. Christison l'a vue succéder à des bains de jambes répétés deux fois par jour, pendant dix jours, dans une solution d'acétate de plomb. Obertauffer a vu trois fois l'eau de Goulard la produire ; Hoffmann , Debaën, Heilungsmeth, Gardane, ont vu des pansements avec des onguents saturnins l'occasionner ; je l'ai vu une fois. Brambilla a vu la même chose par l'usage de cosmétiques renfermant du plomb. Hermann a vu des frictions avec la litharge la produire. Widekind, Boerbaave, Percival , etc., ont vu de simples applications d'emplâtres de plomb la déterminer. Les tentatives de M. Tanquerel ne lui permettent pas d'admettre cette voie , excepté lorsque l'épiderme est enlevé. Ce laborieux savant nous paraît ici trop exclusif, il n'a pas assez tenu compte de la vie et de ses modifications.
L'absorption pulmonaire a été bien longtemps et bien souvent méconnue dans la production de la colique dos pein-
NATliRK ET SIÈGE. 89
1res. Cependant Ilcnckel, Lentin, Baker, l'avaient déjà constatée. Odier , Spœlh l'ont attribuée à l'absorption de la poussière de plomb par les poumons , chez les vitriers , les peintres , lesccrusiers, et autres personnes exposées à cette poussière. Gardane, Leroux, Louis, Maigne , Lhermiuier, l'ont vu occasionner par des vernis qu'on avait rcspirés. C'est à ce sujet que M. Mérat admet le dégag* ment d'un arôme ou partie odorante du plomb que le simple frottement fait développer, et qui, absorbé , pénètre nos tissus et se < orabine avec eux. Ramazzini avait déjà admis quelque ( hose de semblable : per solam exkalationem^ avait-il dit. Pour s'assurer de l'absorption pulmonaire , M. Tanqucrcl a, pendant six jours , introduit chaque jour dans la trachéeartère d'un chien, 60 centigrammes de minium, et il a produit la colique. Il est en outre démontré que la maladie est d'autant plus fréquente et plus assurée que les peintres et autres ouvriers travaillent dans un local plus fermé, et dans des moments où la volatilisation du plomb est plus grande et en porte par conséquent une plus grande quantité dans la poitrine; aussi M. Gendrin regarde cette absorption comme la plus favorable à la production de la colique.
Ce n'est pas ici le lieu de discuter la valeur de chacune de ces absorptions. Une semblable discussion serait d'autant plus déplacée , qu'elle ne se rattache qu'indirectement à notre sujet, et que la science nous parait suffisamment éclairée pour repousser toute opinion exclusive , et pour admettre l'absorption par ces trois voies^ soit simultanément , soit séparément. Elle reconnaît et nous reconnaissons avec elle que l'absorption se fait ou peut se faire par la peau, par les bronches et par l'appareil digestif. Cette opinion est un fait accompli. Il était de la plus haute importance de bien la conslalcr, afin d'établir la réalité de la production de la colique saturnine par l'absorption du plomb autre part que par l'appareil digestif. Si en effet ce rao;lc d'introduction est bien établi ,
90 COLIQUE SATURNL\E.
il devient un puissant argument contre les auteurs qui prétendent que le métal toxique n'agit que par son contact direct sur la membrane muqueuse digestive.
Aux faits déjà cités sur l'action du plomb par la peau , nous pourrions joindre celui qu'a rapporté le docteur Favry. Les soldats des garnisons des forts Severn , Delavarre et Mouras dans l'Amérique septentrionale, prenaient presque tous une colique assez intense. Le docteur Favry s'assure qu'elle était saturnine , en constatant la présence du plomb dcins l'eau dont ils faisaient usage pour se laver les mains. 11 a fait à plusieurs reprises disparaître et revenir ces coliques en changeant cette eau ou en redonnant la même.
M. Guénoau de Mussj vient de faire connaître un fait semblable dans le Journal de Médecine de Dublin ; des coliques désolaient les habitants du château de Clarcmont. On reconnut qu'elles étaient alimentées par le plomb dont se chargeait l'eau qui séjournait dans des tuyaux de plomb. Dans le môme article il est fait mention d'un village où tout le monde était pris de coliques , on les crut d'abord épidémiques ; on s'aperçut enfin qu'elles étaient occasionnées par \ \ farine dont s'alimentaient les habitants et qui était préparée dans un moulin dont les appareils étaient en plomb.
Ainsi, malgré les dénégations de M. Piorry, fondées sur l'épaisseur de l'épidcrme , les pores de la peau sont ouverts aux molécules plombiques, et ils servent à les introduire dans l'économie. Ce qui a lieu pour les téguments peut avoir lieu aussi et a lieu elTectivement pour les voies respiratoires. Il eût fallu pour le constater répéter des expériences directesdont l'inutilité nous a dispensé. Nous voilà donc bien fondés sur ce fait important; le plomb introduit par la peau et par les poumons devient cause de la colique saturnine, aussi bien que celui qui est ingéré dans l'estomac. Mais de cette admission, n allons pas, par une de ces exagérations si familières à l'esprit humain , conclure que le plomb mis en
Nature et siège. 9 l
contact avec la membrane muqueuse, gastrique est toujours une cause d'empoisonnement , ou par un raisonnement sen:hlable, ne concluons pas non plus qu'il ne sera jamais loxi- (jue, parce qu'on l'aura vu administrer impunément bien des fois. La vérité se trouve dans les deux propositions. Tantôt en effet il occasionne la maladie, tantôt il ne produit aucun accident. Desbois de Rochefort a vu un anglais prendre , sans être incommodé , un verre d'eau de Goulard assez concentrée^, pour de l'orgeat. Dussaussoy a vu un fait semblable. Rivière, Gardncr , prescrivaient volontiers de 4 à 8 grammes d'acétate de plomb, sans jamais causer rien de fâcheux. Dupuylren, MM. Fouquier, Devergie, Koreff, Gendrin , Trousseau en ont souvent prescrit 1 gramme par jour , et les malades n'en ont jamais éprouvé aucun mauvais effet. Nous-méme, nous administrons le sucre de Saturne à la dose de 20 centigrammes à 1 gramme par jour pendant quelquefois plusieurs semaines, sans qu'un accident soit jamais venu jusliflcr les craintes de quelques auteurs prudemment timides.
Malgré cette innocuité si souvent constatée, nous ne nions point la possibilité de l'intervention de cette médication dans la production de la colique de plomb. Nous savons que James, Tissot, Marteau, Gmelin, Fizeau , Obertauffer , Anquetin, l'ont vue survenir à la suite de l'administration intérieure du plomb chez l'homme et chez les animaux. Quoique ces faits ne fussent pas assez bien démontrés , leur exagération n en avait pas moins porté Sénac , Cartheuser , Boerhaave , à proscrire l'emploi médicinal du plomb. M. Tanqucrcl encore pense que cette cause est plus fréquente qu'on ne le croit , et il proscrit aussi I usage interne du plomb. Il avait vu un peintre être pris à deux reprises diflcrenlcs de coliques pour avoir avalé , pour une hypertrophie du cœur , 30 grains d'acétate de plomb en onze jours la première fois, et 14î) grains en seize jours la seconde fois. Malgré notre scepti-
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cismc sur les fails précédents, il en est un qui ne fait pas admettre le moindre doute. Il a été recueilli par M. Deverîîic. M. Fournier avait ordonné des pilules de o centigrammes d'acétate de plomb. La première produisit des coliques, la deuxième en produisit de plus fortes, et la troisième occasionna des accidents excessivement graves. Mais ce fait exceptionnel , en présence de l'innocuité de tant d'autres faits, pourrait-il servir à faire condamner un remède aussi avantageux? Quel est le médicament qui pourrait résister à une investigation aussi sévère?
De tous ces faits, de toutes ces considérations, il résulte pour nous que l'aclion directe des molécules de plomb n'est pas la cause essentielle de la colique , et qu'il est nécessaire qu'elles soient absorbées, n'importo pas quelle surface, avant de causer la modilication pathologique qui constitue la coli- (jue saturnine , avant d'agir sur notre économie , sur noSi tissus ou sur quelques-uns pour opérer cette modification. Mais pour cela il n'est pas nécessaire que l'agent toxique soit absorbé par une voie plutôt que par une autre et à l'exclusion des autres. Aucune des voies d'absorption ne parait imprimer au métal une modification spéciale pour lui fairo produire telle ou telle affection. En conséquence , nous repoussons l'action directe du plomb sur l'estomac comme cause de la colique. Nous disons bien comme cause de la colique : car la présence du plomb dans les voies digeslives j)eut y devenir une cause d'intoxication bien grave ; nous le savons, des fails nombreux en font foi, et les belles expériences de Mx\I. Orfila, Devergie, Gallier, etc. , en fournissent I l preuve. Mais ces faits sont des intoxications aiguës , sont des empoisonnements réels ; ils ne doivent plus nous occuper , parce qu'ils sont en dehors de notre sujet. La voie par la- «luelle le poison est introduit ne paraît donc avoir aucune iniluence réelle sur le développement de la maladie.
Une autre question se présente , moins importante peut-
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être. Elle ne doit cependant pas ôlre passée sous silence : je veux parler de la forme sous laquelle le plomb est employé. Est-il nécessaire qu'il soit à l'état de pureté ou d'oxyde, plutôt qu'à un état de sel, et qu'il forme un acétate, un sulfate , un carbonate, etc.? L'expérience ne s'est pas encore prononcée. Nous ne savons pas si un de ces étals enlève au plomb sa faculté toxique, s'il l'accroît ou la diminue, ou s'il en active ou retarde l'action. Cependant quelques observalions semblent mettre sur la voie de ce qu'on pourra faire plus lard. Le plomb massif en nature n'est point offensif. La chirurgie dépose en faveur de son innocuité , soit parce qu'elle a retiré des balles après plusieurs années d'un séjour inoffensif dans nos tissus , soit parci; qu'elle se sert de bougies et surtout de fils de plomb qu'elle tient des semaines et des mois en contact avec nos tissus lésés , sans qu'ils aient jamais occasionné de coli • ques. Mais il n'en est plus de môme lorsqu'il est excessivement divisé et réduit en une poussière connue sous le nom d'émanation salurnine. Dans le cahier de novembre et décembre 1837 des Aiinali unîversali di medicina , on trouve le fait curieux d'un jeune homme , qui , par les conseils d'un charlatan , prit 300 grammes de grenaille de plomb et fut pris , six jours après d'une colique saturnine , qui dura plus de deux mois. Serait-il nécessaire pour que l'absorption eût lieu et que le métal devînt poison, qu'il s'oxydât ou passât à l'élat de sel ? Et la dilGcullé de cette transformation dans le canal intestinal serait- elle la seule cause de l'innocuité du plomb métallique? Proust ne croyait pas cette métamorphose possible. M3I. Orfila, Mérat et Barruel sont d'une opinion contraire. Stoli avait cru remarquer plus de disposition à contracter la colique chez les ouvriers qui travaillent la litharge , que chez ceux qui travaillent la céruse. Pourquoi ? Il l'ignore. Y aurail-il quelque idiosyncrasie particulière de la bile , ou quelque diathèse spéciale qui y prédisposerait ?
04 COLIQUE SATUKNINE.
H n'a aucune donnée encore pour répondre à celle question.
Dupasqùicr, de Lyon, pense que les sels insolubles tels que les sulfure, phosphate, borate, tanale , oxalate, tartrate et sulfate de plomb ne peuvent pas être absorbés et surtout qu'ils ne peuvent pas agir , d'nprès ce vieil adage : corpora non agunt , nisi soluta. C'est même de celle insolubilité que plusieurs médecins chimistes ont tiré la conséquence que le meilleur antidote plombique était la transformation du métal en un sel insoluble. Je crains bien que cette théorie préconçue ne réponde pas aux espérances qu'on s'est plu à s'en former. Bien qu'insolubles, les corps peuvent être absorbés lorsqu'ils sont bien divisés. Bien qu'insolubles, ils peuvent agir sur nos tissus : c'est une grande erreur que de vouloir comparer ceux-ci aux corps inorganiques, aux corps inertes. La vie en change les propriétés ; elle leur donne un empire sur bien des lois physiques , auxquelles elle les soustrait en quelque sorte. Ainsi les sels insolubles de plomb , inertes dans les cas physiques et chimiques ordinaires, peuvent ne pas l'être dans nos tissus vivants. Qui sait d'ailleurs ce que font les tissus dans leur intérieur ? Qui sait les modifications de chimie vivante qu'ils peuvent faire subir aux sels ? Combien d'actes chimiques ils exécutent en dehors des lois chimiques ordinaires! Combien de corps ils détruisent, combien d'autres corps ils créent, et que la chimie ne peut ni détruire, ni créer! Lorsque Dupasquier soutint sa thèse, c'était aux assises de la Haute-Loire, en août 1842, dans l'affaire Souchon. Il s'agissait de sr.uver un malheureux , et ce but philanthropique a dù influer beaucoup sur son opinion absolue. Dès lors nous nous trouvons aussi en contradiction avec M. Legroux , qui veut que le carbonate de plomb insoluble ne soit jamais absorbé , à moins qu'il n'ait trouvé sur la partie où il est appliqué , un acide qui en opère la métamorphose. C'est pour cela qu'il ne croit pas que l'absorption se fasse jamais par les poumons dont la surface est dé-
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pourvue d'acides ; rarement par la peau qui à peine quelquefois présente un léger acide; mais largement par Testomac, où abondent les acides de toute espèce. M. Legroux a raisonné en chimiste , et nullement en physiologiste. Au surplus, l'expérience est contre lui. Ainsi toutes les préparations saturnines produisent ou peuvent produire les mêmes effets et les mêmes accidents , puisqu'elles agissent toutes. Que les ouvriers travaillent sur un produit ou sur un autre, le résultat sera le même à peu de chose près.
D'après sa théorie sur la transformation des chlorures plomhiques, lorsqu'une substance de plomb est introduite dans le corps, M. Mialhe pense que toutes les préparations de plomb ne sont pas vénéneuses au même degré. Celles qui forment le plus de chlorure double, chloro-plombo-alcalin , dans les premières voies , le sont plus que celles qui sont le moins décomposées; ainsi la céruse est plus active que le minium, malgré l'opinion contraire. M. Mialhe n'aurait-il pas attribué la fréquence de la colique par la céruse à l'activité de cette substance , sans songer à son usage au moins cent fois plus grand. D'autre part, il a démontré que pendant la dessiccation des peintures à l'huile de térébenthine l'air était vicié par la présence de composés saturnins ' circonstance de la plus haute importance, puisque plusieurs observateurs avaient nié cette émanation du plomb pour attribuer la maladie à la térébenthine.
MiM. Mérat et Delens (Dict. de mat. Médic. et de Thérap. art. plomh. pag. 381-, 1843.j s'expriment ainsi : « Leurs effets (des préparations saturnines) paraissent varier suivant les voies d'introduction , les doses et jusqu'à un certain point, la nature des composés. Les sels solubles passent en général pour très-actifs ; les oxydes, les sels insolubles, le chlorure pour l'être moins; le plomb à l'état métallique pour inerte en quelque sorte. Pourvu que l'absorption s'en opère, ces corps tantôt ne produisent aucun phénomène sensible ;
9G COLIQUE SATURNINE.
tantôt agissent à la manière des sédatifs; tantôt, si l'action surtout en est longtemps continuée, provoquent des coliques, des vomissements, divers accidents nerveux. Leur présence dans l'économie n'a jamais été constatée dans ce cas, circonstance peu favorable aux théories chimiques. Les conditions d'après lesquelles ces préparations peuvent agir ou ne pas agir sont assez peu connues : de là le dissentiment qui règne entre les observateurs , sur leur utilité médicinale. La cause de cette apparente contradiction n'est peut-être que dans la différence des doses. Les accidents produits par le plomb se remarquent dans les cas où ce corps , pénétrant dans l'économie en très-petite quantité à la fois , mais d'une manière en quelque sorte continue , semble l'imprégner tout entière, »
Nous nous demandons encore s'il n'y a pas un intervalle fixe entre l'intoxication et le moment où les accidents sC développent. Cette question nous paraît avoir une certaine importance : car s'il était prouvé que la colique saturnine succède immédiatement à l'ingestion des préparations de plomb, il faudrait reconnaître, de la part du métal, une action directe sur l'appareil digestif. Si , au contraire , il est démontré que la colique n'est pas la conséquence immédiate et nécessaire de cette ingestion , et qu'elle se développe aussi bien et aussi rapidement à la suite de la simple relation du toxique avec la peau ou avec les voies respiratoires , il serait alors évident que la maladie peut avoir son siège aussi bien sur d'autres organes ou appareils , que sur les voies digestivcs , attendu que le plomb n'a plus agi directement sur le tissu malade , et qu'il a fallu qu'il fût absoibé et transporté loin du lieu de son absorption pour y faire développer les accidents morbides. Eh bien ! l'expérience et 1 observation sont à peu près muettes sous ce rapport, ou tout au moins elles ne donnent pas de résultats assez positifs pour qu'il soit possible d'en tirer au-
Cime conséquence. Comme nous l'avons dit , Dupuvtrcn, MM. Fouquicr , Gendrin , Trousseau , ont administré bien des fois les préparations plombiques sous plusieurs formes , surtout à l'état d'acétate , et ils n'ont jamais vu la colique saturnine se développer, même après plusieurs mois do leur emploi. Les cas oii MM. Devergie, Orfila, Galtier, etc., ont causé des empoisonnements immédiats ; les cas où l'acétate de plomb ingéré à baute dose a produit des accidents graves n'ont rien présenté de commun avec la colique saturnine. Lorsque celle-ci s'est développée à la suite d'ingestions plombiques , c'est ordinairement après un temps assez long. Ainsi , dans le cas cité par Combaliusier , la maladie ne se prononça qu'après quelques jours de l'usage du pain intoxiqué. Nous en exceptons le cas bien rare où M. Fournier a vu la colique se déclarer après une pilule et deux pilules. Aussi M. Mérat élève au plus à un sur cent les cas où l'apparition de la colique est rapprochée de l'intoxication.
Rien non plus n'est précis lorsqu'on étudie le développement de la colique à la suite de l'intoxication extérieure. Chez quelques individus, il a suffi d'un ou deux jours d'exposition à la poussière ou aux vapeurs saturnines. M. Galtier l'a vue se déclarer en deux jours chez un ouvrier ; tandis que chez d'autres, des semaines , des mois , des années ont été nécessaires pour que la maladie se déclarât. StoU avait déjà fait cette remarque. Il en attribuait la différence aux dispositions particulières, aux idiosyncrasies de chaque sujet; il cite même un homme qui en fut atteint dix fois en peu d'années. Quelques observateurs ont ncoree vu la colique ne survenir que plusieurs jours et môme plusieurs mois après que les ouvriers avaient quitté l'établissement où ils avaient été en rapport avec le plomb. M. Rostan prétend avec Stoll que ces nuances dépendent des conditions vitales dans lesquelles se trouvent les sujets.
Peut -on regarder cet intervalle entre l'apparition des phénomènes morbides et les rapports avec la substance toxi que , comme une sorte d'incubation , ainsi que cela a lieu p our d: 'ercnts venins. JSous ne craignons point de nous prononcer pour la négative. Non , il n'y a point d'incubation. L'intervalle qui sépare ces deux époques , est excessivement variable, ce qui ne serait pas s'il y avait une incubation , il y aurait uniformité de temps ou du moins les ditîérences seraient peu considérables , elles seraient des exceptions à la règle, comme dans les maladies contagieuses. Ces variations sont trop communes pour qu'il soit nécessaire denous y arrêter.
Ainsi le plomb n'agit point sur nos tissus par son contact direct avec eux , il est absorbé , et ce n'est qu'alors qu'il vient modifier l'état normal de notre économie , et produire es phénomèïjes qui constituent la maladie. Celte conséquence entraîne ''près elle une question non moins importante. Sur quel lissu agit le plomb? dans quels organes va-t-il se déposer ? comment agit-il ? Si l'on s'en rapporte à quelques analyses faites par MM. Chevalier, Sandras, Bouchardat, Blondlot , qui ont trouvé plus de plomb dans le cerveau chez des sujets morts d'épilepsie saturnine et d'encé" phalopatbie , et en plus grand quantité dans les intestins , le mésentère, les veines mésaraïqucs, le foie, la rate, etc., chez les sujets qui ont succombé aux accidents abdominaux , on sera disposé à penser que la substance toxique agit sur l'organe qui est le siège des accidents. Mais si l'on fait attention que les chimistes ne sont point d'accord sur la présence do ce plomb pathologique dans nos organes , et que M. Orfila lui-même veut, qu'avant de rien statuer là-dessus , on fixe d'abord la quantité de plomb normal que renferme chaque tissu; que M. Mclsens a cru naguère encore pouvoir démontrer les erreurs de M. Millon lorsqu'il a annoncé avoir trouvé du plomb dans le sang et dans quelques autres hu-
meurs animales; que M. Guibourt enfin ne croit pas qu'il y ait dans nos tissus d'autre plomb normal que celui qui y est apporté par les aliments préparcs dans des vases de plomb, certes alors on doit suspendre son jugement; on doit demander de nouvelles expériences et de nouvelles observations, et regarder comme insuffisantes celles qu'on a recueillies en trop petit nombre. Ce doute sur la présence du métal dans nos tissus nous empêche , pour le moment, de chercher sur quel appareil il agit et comment il agit. Cette question se lie à l'étude que nous allons faire de la nature ou plutôt du caractère physiologique de la maladie. Tout ce que nous pouvons dire actuellement se réduit donc à regarder le plomb comme la cause de cette colique , et à présumer qu'il agit sur les organes et sur les tissus qui sont le siège et les agents des phénomènes. Au-delà , tout n'est que suppositions ou hypothèses anticipées.
Si nous n'avons pas parlé de la quantité de plomb nécessaire pour causer la colique , c'est qu'il est impossible de faire à cette question une réponse satisfaisante. Dans les faits énoncés, nous avons vu quelquefois une dose bien légère suffire , tandis que , dans d'autres circonstances , il a fallu des doses énormes réitérées pendant des semaines, des mois et môme des années.
Rien de ce qui a rapport à l'empoisonnement aigu ne doit nous occuper. MM. OrGla et Galtier ne laissent d'ail, leurs rien à désirer là-dessus.
Abordons enfin la question véritablement physiologique. Faisons l'analyse des actes morbides qui s'opèrent pendant le cours de la maladie. Enumérons d'abord quels sont ces actes; exposons quels en sont les effets physiologiques; nous verrons après s'il est possible d'expérimenter directement.
Le premier de tous les phénomènes , celui qui est à la fois le plus certain et le plus caractéristique , c'est la dou-
100 COLIQUE SATURPflNE.
leur. Celle sensation spéciale occupe constarnmcnl la région abdominale. Si quelquefois elle se fait sentir dans d'autres parties du tronc ou dans les membres , elle cesse alors d'être pathognoraonique , elle n'appartient plus essentiellement à la maladie , parce qu'elle manque trèssouvent et que sa durée n'est ni longue , ni permanente , ni stable dans le môme lieu; elle n'appartient pas plus à la colique saturnine qu'à mille autres modlGcalions pathologiques ; elle est un phénomène , un effet sympathique ou de réaction.
Le second phénomène palhognomonique, c'est la consli pation. Il est tout aussi constant, tout aussi caractéristique que la douleur, dans les cas de colique saturnine franche et simple. Lorsqu'elle manque , c'est parce que la maladie n'est plus simple ; il s'y joint une autre affection , une complication. C'est ainsi que je l'ai toujours observé sur près de trois cents malades que j'ai eu l'occasion de traiter, soit dans les hôpitaux , soit dans ma pratique particulière.
Le ventre est rétracté, réprimé, et d'une dureté assez considérable ; dans les cas simples , il n'est point sonore ni météorisé.
Les intestins sont contractés et bosselés , parce qu'ils sont moulés sur les matières renfermées dans leur intérieur et amassées par segments globuleux que l'on a souvent comparés aux croiins de la brebis. Si on ouvre leur intérieur , la surlace intestinale est sèche , les matières alimentaires sont dures et privées de cette mucosité qui en favorise le glissement. Nous ne parlerons pas de la présence du plomb ; si elle est admise par les uns, elle est niée par le plus grand nombre.
La circulation ne parait guère prendre part à la maladie. Le plus souvent, le pouls est déprimé, petit, lent, cf dur comme dans les affections du bas-ventre^ ou comme
NATURK ET SIÈGE. lOl
dans les cas d'action byposlénisante du plomb sur le cœur. M. Fournier a insisté plusieurs fois dans sa clinique , sur une sorte d'accès de fièvre qui survient périodiquement le foir et contre lequel le quinquina a échoué. StoU et Grimaud ont trouvé le pouls tendu et vibrant comme un fil de fer, circonstance que Grimaud surtout regarde comme paibognomonique. C'est ce qui fait que Stoll , Lentiu et M. Mérat regardent comme un signe de guérison son retour à sa fréquence et à sa souplesse ordinaire. Si quelquefois il présente de la vitesse et de l'élévation, il le doit à d'autres circonstances morbides , et surtout à quelque inflammation , principalement dans l'entérite.
Les sécrétions ont paru diminuer par l'action astringente qu'a exercée le plomb sur les parois muqueuses digestives, sur le foie , sur les reins , sur la peau. De là résulte le défaut de sécrétion muqueuse intestinale et la constipation , le défaut de sécrétion biliaire et consécutivement la jaunisse qui a lieu souvent, la rareté des urines et la sécheresse de la peau.
Si nous poussons notre examen jusque sur les elTets consécutifs à la colique de plomb et sur quelques phénomènes qui en sont quelquefois indépendants , nous verrons que la paralysie, ainsi que l'avaient déjà observé Boerhaave, Stoll, etc., est quelquefois la conséquence de la colique saturnine. Elle l'est moins souvent que ne l'ont cru et fait croire plusieurs auteurs. Déjà Stoll dit ne l'avoir vu survenir que lorsque la colique se prolongeait longtemps et sans traitement (page 184), et qu'il ne l'a jamais vue lorsque la maladie était bien traitée (page 185). On peut se demander, au moins le plus souvent , si elle n'est pas l'effet direct de l'action du plomb , plutôt que le résultat de la colique, surtout lorsqu'on voit qu'elle frappe ordinairement les membres supérieurs avec lesquels les intestins n'ont pas ou presque pas de relations anatomiques ni physiologiques ; car l'ex-
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plication de Boerbaave , qui se fondait sur la communication des nerfs brachiaux avec les nerfs abdominaux au moyen des cinq premières paires Ihoraciques , n'a pas été adoptée. Cette paralysie plombique ne peut donc pas être regardée comme un effet ni comme un phénomène de la colique ellemême. M. Mérat a cru cependant trouver les intestins dans un état analogue à la paralysie. M. Giacomini , ensuite , faisant de la maladie une hyposthénie , y trouvait une sorte de paralysie , ce que le professeur Triberti a tout à fait adopté. M. Piorry aussi y a vu une anervie, sorte d'anesthésie réelle. M. Beau , dans de nouvelles recherches sur l'anesthésie , suivies de quelques considérations sur la sensibilité, 1848, a étendu à la colique de plomb les idées de M. Gendrin sur l'anesthésie hystérique. Selon lui le métal détermine presque toujours l'anesthésie , mais c'est l'anesthésie de la douleur tégumentaire, et non l'anesthésie de la sensibilité tactile , distinction qu'il reproche à M. Gendrin de ne pas avoir assez faite. Ainsi , le malade sent les objets qui le touchent, mais leur impression n'est pas douloureuse. Cette anesthésie saturnine est continue et fixe tant que dure la période d'intoxication. Elle se dissipe au lur et à mesure que la face perd sa couleur cachectique , et (jue l'appétit et les fonctions digestives se rétablissent. Les affections saturnines sont, avec l'hystérie et l'hypochondrie , les seules maladies dans lesquelles l'anesthésie soit continue et constante.
Les convulsions , les crises épilepliqnes , les attaques apoplectiques, les arthralgies ont été observées bien des fois, depuis Stoll, à la suite ou pendant la durée de la colique de plomb. De même que la paralysie , ces affections , concomitantes ou consécutives, sont du domaine de l'appareil cérébral ; elles ne sont pas du ressort de notre question, et nous renvoyons à M. Tanquerel-des-Planches.
Il est essentiel de faire maintenant l'analyse des phénomènes que nous avons signalés, et d'en déduire des consé-
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quences qui nous révèlent le véritable siège de la maladie. Ne nous le dissimulons pas , cette analyse n'est pas sans difliculté. Gomme la physiologie de l'homme sain, la physiologie de l'homme malade est hérissée de doutes et d'incerliludes, et embarrassée d'une foule de problèmes peut être insolubles.
La douleur a nécessairement son siège dans le système nerveux cérébral. Ce serait un anachronisme que de placer aujourd'hui dans les nerfs ganglionnaires des sensations perçues et par conséquent la douleur ; qu'elle soit occasionnée par la présence et la compression des matières durcies, selon Gardane et M. Piorry , ou par la distension des intestins par les gaz, par la lésion de la moelle épinière, suivant Aslruc; par le resserrement du petit et du gros intestin , d'après M. Mérat; par la présence des particules métalliques dans le tissu même des nerfs , comme l'ont pensé Cuilen , Giacomini j Triberti , etc.; par la contraction vive ou les crampes des muscles de l'abdomen, selon M. Anquetin ; qu'on en place le siège dans les muscles, dans la peau, dans un organe ou dans un autre , dans un membre ou dans l'autre; qu'on lui trouve de l'analogie avec l'aneslbésie , cela ne change rien à la question , il y a toujours une sensation perçue; cette sensation ne peut qu'être cérébrale; elle ne peut qu'avoir son siège dans les nerfs cérébraux.
La constipation est, après la douleur, le phénomène le plus remarquable. Le défaut d'action , la paralysie de la fibre musculaire de l'intestin semble en être la cause , suivant M. Mérat, qui, cependant, a reconnu avec les autres auteurs que l'intestin était appliqué et comme contracté sur les matières fécales. Celte opinion , légèrement modifiée , est aussi celle de M. Piorry. Or, la physiologie nous apprend que c'est à l'action des fibres musculaires qu'est due la marche des matières fécales dans les intestins. De quelque manière que cette action soit troublée^ elle l'est, et
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c'est, au moins en grande partie, à ce vice d'action qu'il faut attribuer la constipation. La physiologie nous apprend aussi que la fibre musculaire intestinale, comme toutes les autres fibres musculaires , a besoin , pour agir, de recevoir son impulsion du système nerveux. Ce fait n'est plus douteux aujourd'hui. Elle nous a révélé aussi , par des faits et des expériences incontestables , que c'est du système nerveux cérébral que lui vient cette influence. Ainsi , en dernière analyse , la constipation serait due à une lésion nerveuse cérébrale.
A ces deux phénomènes principaux s'en joint un troisième qui , selon nous , est de la plus haute importance , quoiqu'il ait moins fixé l'attention des observateurs. Ce troisième phénomène consiste dans le défaut de sécrétion séro-muqueuse de l'intestin. C'est à ce défaut que doit être attribuée la sécheresse des matières fécales et leur forme souvent globulaire. De cette sécheresse résulte plus de difficulté dans leur marche. D'elle aussi dépend en partie la constipation; c'est un enchaînement forcé. A quoi attribuer ce défaut de sécrétion? fait-il partie essentielle de la maladie? ou bien n'en est-il qu'une conséquence liée à quelque autre lésion ? On pourrait penser que l'immobilité de l'intestin suffit pour suspendre la sécrétion, puisque l'influence du mouvement sur les sécrétions est une chose reconnue. On pourrait penser aussi que la paralysie de la fibre musculaire a suffi pour opérer la même paralysie des cryptes muqueux. Ce dernier fait ne peut pas être invoqué ; nous savons que le système nerveux ganglionnaire préside seul aux sécrétions, et que, par conséquent , la paralysie du système nerveux cérébral ne peut pas exercer sur elle une action directe. Or , la paralysie des fibres musculaires appartient au système nerveux cérébral , elle ne peut donc pas agir directement fitir la sécrétion intestinale. Le défaut de mnuvement ne suffît pas non plus pour expliquer la sup-
pression complète de la sécrétion; il peut la diminuer, oui, mais l'abolir, non. D'ailleurs, dans la paraplégie, la parlie inférieure de l'intestin est immobile par défaut de contraction musculaire ; et cependant , nous voyons tous les jours la diarrhée s'établir et une sécrétion muqueuse abondante avoir lieu. Il faut donc chercher ailleurs ce défaut de sécrétion. Nous le trouvons dans la sécrétion elle-même , dont les organes sont viciés par l'influence vicieuse qu'ils reçoivent de leurs agents incitateurs , des nerfs ganglionnaires. Voilà donc un acte important qui ne dépend plus de la lésion nerveuse cérébrale , qui dépend de la lésion nerveuse ganglionnaire. On voit pourquoi nous avons ajouté de l'importance à ce phénomène. Plus tard il nous aidera à mieux préciser notre pensée sur la physiologie de la colique saturnine.
La petitesse et la contraction du pouls dépendent des contractions modifiées du cœur. Or, ces contractions ne s'exécutent que sous l'influence directe du système nerveux ganglionnaire. C'est donc à ce système qu'il faut aussi l'aire remonter la cause de cette modification dans l'état du pouls.
Ce sont là , si je ne me trompe , les phénomènes essentiels de la maladie. C'est par eux qu'elle se manifeste ; nous pourrions presque dire que c'est par eux qu'elle existe , que ce sont eux qui la constituent, si nous ne craignions de soulever quelques-unes de ces susceptibilités qui ne veulent que du positivisme , môme où il ne peut pas y en avoir. Les mécomptes que cette médecine toute matérielle rencon" tre à chaque pas ne peuvent pas l'éclairer. Elle aimerait mieux dire que là où il n'y a pas de lésion physique, il n'y a pas non plus de maladie. Déplorable conséquence, qui nous prouve avec tant d'autres jusqu'où peut se laisser égarer l'esprit humain , une fois qu'il s'est fourvoyé dans les fausses roules de la prévention !
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Ainsi nous trouvons: 1° Lésion de la sensibilité cérébrale dans les douleurs violentes que le malade éprouve , 2° lésion du système nerveux cérébral dans la rétraction particulière des intestins appliqués sur les matières fécales ; 3** lésion du système nerveux ganglionnaire dans le défaut de sécrétion séro-muqueuse de l'intestin ; 4° lésion du système des ganglions dans l'état dynamique de la circulation. Ce sont là des faits ou des actes aussi certains pour celui qui veut user de son intelligence pour observer, que le serait aux yeux physiques du corps la lésion anatomique la plus prononcée. L'intelligence ne doit-elle donc pas mettre à profit tous les moyens d'investigation que la nature lui a donnés? Et encore elle n'en a pas trop. Aurions-nous donc le courage, disons-mieux, l'inconvenance de vouloir la réduire aux seuls yeux physiques ? Ce n'est pas nous qui tenterons delà mutiler ainsi , en lui refusant les moyens physiologiques d'investigation ; nous en agrandirions plutôt l'horizon , s'il nous était possible. N'est-ce pas dépouiller notre être de sa plus belle prérogative que de le réduire à l'usage seul des sens, que de le priver, en quelque sorte, de la faculté de marcher de déduction en déduction par l'appréciation des actes de notre économie.
Voyons maintenant le parti qu'on peut tirer de la connaissance de ces phénomènes et de leur analyse. Voyons d'abord le parti qu'on en a tiré en en faisant l'application aux opinions principales qui ont été émises sur la nature et le siège de la colique saturnine, afin de rechercher, s'il est possible, celle qui est la meilleure, disons plus , celle qui est la bonne.
L'analogie est une des puissantes ressources que la médecine emploie, lorsqu'elle veut trouver une inconnue, lorsqu'elle veut suppléer à son silence et l'élever au ran»des choses connues. Elle prend alors les caractères qui ont quelques rapports avec d'autres caractères bien connus j
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elle les compare ; elle en chcrclie les points de ressemblance , et elle finit par les assimiler. C'est précisément ce qui est arrivé pour la colique de plomb. Aucune manifeslalion physique ne pouvant en révéler le siège et la nature , on a procédé par analogie. De là quelques-unes des opinions qui nous sont parvenues. De là celte nature bilieuse qu'on lui a supposée; de là ce caractère inflammatoire qu'on a cru lui trouver ; de là cet état nerveux qu'on lui a souvent assigné ; de là l'idée de maladie générale qu'on a cru voir en elle; de là aussi l'idée de l'intoxication, de la spécificité , etc. II serait trop long et d'ailleurs superflu de soumettre chaque opinion en particulier à notre examen critique. Il nous suffira de grouper ensemble celles qui sont calquées sur le même modèle et de les examiner en commun. Les nuances légères qu'elles peuvent présenter ne pourront en aucune façon nuire au jugement que nous en porterons.
Inflammaloire. — L'idée de l'inflammation devait se présenter naturellement à l'observateur. Elle fut en effet une des premières qui s'offrit à l'imagination , dès le moment que la maladie, mieux connue et mieux distinguée, permit d'en étudier les caractères. Déjà Henckel, Zeller et Bordeu s'étaient prononcés en faveur de celle opinion. Plus tard, Broussais et son école, Boisseau, MM. Palais, Canuet, Roche, Thomas , etc., rassemblèrent tout ce que la science pouvait leur prêter de raisons pour la faire prédominer. M. Palais surtout conclut qu'elle était le plus haut degré de l'cnlérite. Le traitement antiphlogistique adopté par Dchacn et plus tard par M. Renauldin et beaucoup d'autres , semble y rattacher ces hommes de science. Malgré l'autoriié de ces noms , nous nous associons à l'opinion de ceux qui repoussent le caractère inflammatoire de la colique de plomb. L'inflaramalion , et surtout une inflammation qui occasionnerait des douleurs
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aussi atroces , laisse des traces anatomiques , auxquelles il n'est pas possible de se méprendre. Cependant Tautopsie ne révèle jamais ou presque jamais ce caractère inflammatoire. Nous avons déjà émis notre opinion sur le degré de confiance que méritaient les neuf observations d'autopsie recueillies par Bordeu , et sur lesquelles M. Palais et ses adhérents s'appuient si fort. Que penser de la prétendue mortification trouvée par le docteur Harlan? Que penser encore de cette opinion , lorsqu'on voit le docteur Palais ne présenter , lui , son défenseur le plus chaleureux , aucun fait d'autopsie? Que penser enfin , lorsque toutes les autopsies réunies ne présentent les traces d'une phlegmasie réelle que dans les cas de complication? Lorsqu'on voit les hommes les mieux placés pour en recueillir, comme Desbois de Rochefort, Leroux, Mérat, etc., reconnaître l'insuffisance des autopsies pour décider la question? Lorsqu'on voit ceux qui s'en sont occupés avec tant de soin , MM. Tanquercl , Orfila, Devergie , Gallier, etc., décliner la valeur des autopsies , et n'y trouver que des raisons contraires au caractère inflammatoire ? Ils se sont tous élevés contre cette prétention. Jos. Frank dit n'en avoir jamais rencontré d'inflammatoire. La profession de foi de MM. Orfila et Devergie n'est pas moins explicite; il en est de môme de M. Gai tier et de tous ceux qui , depuis eux , se sont occupés de ce sujet. Mais personne ne l'a fait avec plus de soin et de bonheur que M. Mérat et surtout M. Tanquerel. Leur réfutation est si complète qu'elle nous dispenserait de renouveler cette controverse, si la nature de notre travail ne nous en imposait pas l'obligation. Quelque imposants que soient les noms que nous venons de citer et ceux que nous pourrions leur associer, ce n'est point à opposer autorités à autorités que doit se borner notre tâche , elle doit être active aussi , et prendre une couleur en accumulant les faits et les preuves. C'est principalement en réfutant un à un les phé-
nomèncs sur lesquels Técole physiologique s'appuie , que nous pourrons en renverser rédiCce mal assuré.
1° La douleur, a-t-on dit, augmente dans plusieurs cas par la pression.
C'est là le phénomène le plus important et le plus épineux. En effet, dans la péritonite, dans l'entérite et dans toutes les inflammations légitimes des viscères de l'abdomen comme de toutes les autres parties du corps , la pression et même le mouvement suflisent pour l'augmenter. Aussi nous dit-on que dans la colique elle augmente dans plusieurs cas , ce qui signifie que le plus souvent elle n'augmente pas. Puisqu'elle manque le plus souvent , cette augmentation n'est donc pas d'une indispensable nécessité, comme dans les phlcgmasies franches. Bien loin de l'augmenter , la pression semble la soulager , et les malades se roulent et se couchent sur le ventre ; ils se le serrent avec les mains , ou y font des frictions assez fortes pour se procurer du soulagement par ces manœuvres ; tandis qu'elles exaspèrent la douleur des inflammations abdominales , qui s'accroît même par le simple mouvement des muscles pour la respiration. Ce caractère suflit donc pour la faire distinguer de la douleur inflammatoire. Nous ne croyons pas devoir faire ressortir sa physionomie particulière ou spéciale : elle est plus facile à saisir qu'à démontrer.
2** Le ventre est ballonné.
C'est le contraire qui a lieu. Tous les observateurs ont signalé la dépression , la rétraction de l'abdomen et non son ballonnement. C'est du moins ce qu'on observe dans la colique simple; et c'estd'elle seulement qu'il doit être question. Quelquefois on observe des gaz développés partiellement dans un point de l'abdomen : ils y forment une saillie limitée et circonscrite , qu'on peut faire changer de place par la pression, et qui change quelquefois d'elle-même par la contraction intestinale. Les gaz , alors déplacés circulent
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avec le bruit du borborygme, mais jamais ils ne s'accumulent de manière à produire le ballonnement. Cela n'a lieu que lorsqu'il y a inflammation. Il y a donc eu erreur de diagnostic: on a pris des entérites pour des coliques saturnines; ou bien on a attribué à la colique ce qui appartenait à une phlegraasie qui alors compliquait la colique.
S** Les nausées , les vomissements , la dysurie, dénotent une inflammation.
C'est en généralisant ainsi aphoristiquement qu'on embrouille bien souvent la science. Oui sans doute , ces phénomônes se rencontrent dans la plupart des pblcgmasies abdominales; mais dans combien de cas exempts de phlcgmasie ne se rencontrent-ils pas? La gastralgie, la colique hystérique , le choléra , et surtout les premiers temps de la grossesse nous en fournissent des exemples tous les jours. D'ailleurs ces phénomènes ne peuvent être ici d'aucune valeur , parce qu'ils manquent souvent dans la colique des peintres.
4^* La constipation ne détruit pas l'idée d'une phlegmasie, puisque dans les inflammations, la sécrétion est d'abord supprimée. Si la constipation persiste plus longtemps que dans une entérite d'une autre nature , c'est que , dans la colique de plomb, l'inflammation est portée au plus haut degré et peut par cela même entretenir une constipation de plus longue durée. »
Dans tous les cas de coliqae simple , quelle qu'en soit l'intensité , il y a constipation. Les observateurs sont unanimes sur ce fait Dans tous les cas d'entérite un peu intense, la sécrétion muqueuse est augmentée , il y a diarrhée. Le retour de la sécrétion dans la colique saturnine, est l'indice de la guérison : la diminution des sécrétions dans l'entérite est un commencement d'amélioration. Des caractères aussi opposés permettent-ils de confondre les deux maladies ? On cite, il est vrai , des cas de colique de plomb avec diarrhée ;
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mais ces faits ne sont plus la colique simple; ils sont semblables à ceux que StoU avait déjà signalés ; ils sont une complication de deux maladies. C'est donc bien à tort qu'on a invoqué cette circonstance en faveur de la nature inflammatoire de la colique.
Ô** L'inflammation n'est pas toujours accompagnée de fièvre.
Toutes les phlegmasies aiguës et un peu intenses de la membrane muqueuse-intestinale occasionnent de la fièvre. Comment une inflammation aussi violente que devrait l'être la colique des peintres, ne la produirait-elle pas? Car on ne doit pas prendre pour fièvre la fréquence et la petitesse du pouls qu'on trouve quelquefois à la suite des crises de douleurs atroces; c'est un pouls nerveux, et non un pouls de réaction inflammatoire. Les médecins qui en ont l'habitude ne la confondent pas. l^ne dilTérence aussi marquée sur un point d'une importance aussi grande, ne peut pas laisser de doute : elle indique aussi une différence dans la nature de la maladie. Des effets aussi disparates ne peuvent pas provenir de la même cause.
6" Dans beaucoup de cas , il existe des altérations du tube digestif qui annoncent l'existence d'une gastroentérite.
La réponse à cette question se trouve faite par anticipation dans l'examen auquel nous avons soumis les nécropsies que possède la science. Il ne suffit pas en effet de dire vaguement qu'on trouve des traces d'inflammation, il faut le prouver par des faits authentiques et bien interprétés. Nous avons vu le peu de confiance que doivent nous inspirer les autopsies faites par Zeller, Desbois de Rochcfort, Bordeu , etc. Nous avons vu combien plus grande était la valeur des nécropsies modernes qui ont conduit MM. Mérat, Tanquerel , Orfila , Devergie , Galtier, Piorry, etc., à une conséquence négative. On a voulu dire que la mort faisait
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disparaître les (races de l'inflammation qui existait sur le vivant. Ce fait a lieu quelquefois ; mais ce n'est jamais lorsque l'inflammation est intense , ni lorsqu'elle a duré plusieurs jours. Nous savons que Dehaen , malgré le traitement antiphlogistique qu'il avait adopté, ne reconnaissait pas à la maladie le caractère inflammatoire ,. parce que l'ouverture du corps ne le lui avait pas démontré, et qu'il était homme de bonne foi avant d'être systématique. Nous pouvons en dire autant de Stoll. Loin de nous cependant la pensée d'accuser de mauvaise foi les hommes estimables qui soutiennent une opinion difi"érente de la nôtre. Ils la soutiennent de bonne foi, j'en suis convaincu. Une opinion est une passion : une fois qu'on s'en est pénétré, elle s'identifie avec nous, elle maîtrise toutes nos pensées , et nos efforts tendent sans cesse à lui chercher des preuves et des moyens de conviction. Dèslors , il n'est pas étonnant que les traces d'inflammation qu'on a souvent rencontrées , dans les cas de complication , et dans les cas les plus fréquents encore où ces phlegmasies partielles auraient été provoquées par un traitement irritant , on ait cru voir un résultat ordinaire de la maladie. 11 n'est pas étonnant non plus qu'on ait pu prendre pour des eschares intestinales , cette combinaison de préparations plombiques avec le mucus intestinal , comme l'a signalé M. Orfila , qui les compare à des fausses membranes sous lesquelles la muqueuse mise à nue paraît grise. Cherchons la vérité de bonne foi ; mais croyons aussi que les autres ont agi avec la même loyauté. Ils ont pu se tromper. Eh bien ? Ils ne méritent pas plus une inculpation injurieuse , que nous ne la mériterions si nous nous étions trompé nousméme ; ils ont fait en faveur de leur opinion ce que nous faisons en faveur de la nôtre. Ils se sont entourés de tous les faits et de tous les raisonnements qui leur ont paru favorables à ce qu'ils ont cru la vérité , comme nous le faisons pour combattre ce qui nous paraît être une erreur.
Nature et siège. 113 « On ne voit point habitucllemenl dans les pblegmasies (lu tube digestif, dit M. Tanquerel ( pag. 34o ) , d( s accidents du côté des voies urinaires , pareils à ceux que nous avons constatés dans la colique de plomb. Si celte colique consistait en une inflammation, son invasion et sa disparition ne seraient pas brusques, instantanées; elle ne reviendrait pas par accès ; il n'y aurait pas interruption subite et retour rapide des symptômes pendant plusieurs beures et même des jours entiers , ainsi que des rechutes si fréquentes ; la langue ne serait pas blanchâtre et épanouie ; le malade ne chercherait pas tous les moyens de se faire vomir ; la violence de l'inflammation conduirait presque toujours au tombeau , ou aboutirait à une pblegmasie chronique.
M. Palais, ne pouvant pas faire accorder l'action phlegmasique du plomb sur les intestins lorsqu'il est absorbé par la peau , nie celte absorption. Il élève en conséquence des doutes sur les faits des coliques communiquées par des onguents et des emplâtres , et sur l'expérience faite à la fabrique de céruse de Clichy, où les ouvriers qui s'assujettirent à porter des gants de peau , furent infiniment moins sujets à la colique. Il s'appuie sur ce que le métal toxique n'irrite, ni la peau , ni les vaisseaux lymphatiques qui l'absorbent, tandis que les autres substances vénéneuses irritent localement la partie infectée. M. Palais n'a pas fait attention que ce n'est pas dans la plaie de la morsure du chien enragé que l'hydrophobie se développe , que le plus souvent ce n'est pas au gland ni aux lèvres que le venin syphilitique fait éclore le mal. Cela fût-il ainsi, les faits étant diiïérenls pour le plomb, on serait obligé d'en faire uneclasseà part. Avec la plupart des auteurs^ nous reconnaissons que ce n'est point localement que le plomb agit dans la production de la colique saturnine.
La thérapeutique de cette affection vi-^nt nous fournir
\\i COLIQUE SATlKNIiVE.
une preuve non moins convaincante. Si elle clait une inflamnialion, non seulement le traitement antipblogistique conviendrait exclusiv*^mcnt, mais un traitement irritant serait nécessairement nuisible. L'expérience s'est prononcée. Le traitement antiplilogislique réussit beaucoup moins que plusieurs traitements excitants et surtout que le traitement de la Charité par les purgatifs. M. Palais a fait (41j d'inutiles efforts pour faire triompher le premier. La puissance des faits a prononcé contre lui, et le traitement antiphlogistique est presque généralement abandonné. En supposant qu il réussît , cela n'empêcherait pas les purgatifs de réussir aussi ; or, je le demande, que penser d'une inflammation qui serait guérie par des substances aussi irritantes ? Qu'on les emploie dans une entérite franche, et l'on verra l'effet qui en résultera. Aussi le praticien ne s'y trompe pas. A côté d'une colique de plomb qu'il sature de purgatifs , est une entérite oii il fait triompher les antipblogisliques les plus puissants , parce qu'il sait que ces derniers seraient impuissants clans la première affection, et que les purgatifs seraient un poison dans la dernière. C'est là un des traits les plus caractéristiques de la maladie ; il la place à une distance inflnie de la phlogose, il ne permet pas la confusion.
Paralysie. — Plusieurs auteurs, non contents de prouver la nature non inflammatoire delà maladie, sont tombés dans un extrême opposé. Ne sachant à quoi se fixer dans ce dédale de phénomènes si peu harmoniques avec les idées générales rerues, ils ont cru y reconnaître un principe dominant de paralysie. Il est vrai qu'ils ne lui ont pas tous assigné le même siège ni le même tissu. Darwin avec sa diminution d'irritation ou irritation diminuée, et Giacomini et Triberti avec leur byposlhénie , en ont fait une diminution d'action générale, tandis que M. Mérat a localisé cette asthénie dans les fibres musculaires de l'intestin , qui se trou-
NATLllE ET SIÈGE. 1 (5
vent ainsi paralysôes en totalité ou parliellenient comme le veut M. Pioiry , et que M. Beau l'a transportée aux téguments où il a admis une anesthésie seulement du sentiment de la douleur. L'opinion abirritalive de Darwin et l'hyposthénie de Giacomini se ressentent de la doctrine de Brown; car le controslimulisme en est une ramification , qui , malgré ses efforts, ne peut pas cacher son origine. La prostration n'est pas primitive ; elle est , comme le plus souvent , secondaire et consécutive. Une douleur aussi atroce^ une contraction permanente de l'abdomen et des intestins > les tiraillements et les crampes qui s'y joignent si souvent, ne sont pas et ne peuvent pas être l'indice d'une abirritation , d'une hyposthénie.
La paralysie supposée des intestins ne s'accorde guère avec leur application contractile sur les matières fécales, comme l'a reconnu M. Mérat lui-même. Cet état ne peut pas être regardé comme une paralysie; car si, d'un côté, on invoque en sa faveur le succès du traitement excitant par les purgatifs, on oublie, d'autre part, que les antiphlogistiques les plus énergiques et l'opium à haute dose réussissent bien souvent. S'il y avait réellement hyposthénie ou paralysie absolue , un traitement débilitant serait nécessairement et toujours nuisible. Dès-lors on voit l'impossibilité d'admettre une opinion semblable de paralysie; autant vaudrait dire qu'il y a paralysie dans le tétanos.
Ce que nous venons de dire s'applique en partie à l'opinion anesthésique de M. Beau. Dans ses profondes recherches sur la sensibilité, il a établi des distinctions qui peuvent paraître subtiles et qui n'en méritent pas moins toute l'attention des praticiens. Selon lui les téguments reçoivent l'impression des objets qui les touchent ; mais ils perdent la faculté d'augmenter par la pression la douleur déjà si violente. M. Beau nous semble avoir méconnu deux circonstances importantes : P il n'a pas assez tenu compte des
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mille formes sous lesquelles se présente la douleur et de ses modiGcalions infinies. Il aurait vu que parmi les né^ vroses il n'en est presque pas une qui affecte la môme physionomie, sans que pour cela elle puisse ôlre regardée romrae une paralysie; 2" il n'a pas remarqué assez que le sié^e de la douleur saturnine n'était pas dans les téguments de l'abdomen, que par conséquent l'application qu'il lui a faite de susceptibilité tactile conservée et de susceptibilité douloureuse accrue , ne lui était plus applicable. Cette dernière circonstance surtout nous dispense de pousser plus loin cette réfutation. Evidemment il n'y a plus anesthésie , à la manière dont l'a entendu M. Beau.
Maladie générale. — Nous avons vu que beaucoup de médecins, entre autres Baumes, MM. Gendrin , Legroux , Bouillaud, Sandras, Bouchardat, Gabrini, Borghi , etc., ont fait de la colique saturnine une affection générale dépendant d'une véritable intoxication , formant une toxicose , et siégeant , non pas seulement dans une partie ou dans une région du corps, mais dans toutes indistinctement, parce qu'ils ont vu le plomb occasionner et la cérébropathie , et l'entéralgie, et la paralysie , et l'arthralgie, etc. Comparant alors la maladie à la syphilis , qui est toujours la même , toujours une , quels que soient les phénomènes locaux par lesquels elle se manifeste , ils en ont fait une maladie unique aussi , une affection saturnine.
Deux choses sont à envisager dans celte manière de voir : 1° La cause de la maladie; 2" la forme sous laquelle elle se manifeste. Quant à la cause, elle est unique, il est vrai; c'est le plomb : par quelques voies qu'il se soit introduit , il agit toujours de la môme manière. Sous ce rapport, il opère véritablement l'intoxication, c'est une toxicose. Jusqu'à ce jour aucune autre substance ne s'est trouvée, qui produisît les mêmes effets. Tout le monde est d'accord làdessus ; mais il serait faux de dire avec Combalusier et
qacîques autres auteurs que le contact direct (iu plomb sur la membrane muqueuse intestinale est la seule cause de la maladie. Les expériences de MM. Orlila , Devergie , Galtier, Sandras , Bouchardat , etc , ont prouvé que la substance plombique , portée en grande quantité dans les voies digestives , pouvait y occasionner une violente irritation et les accidents de l'empoisonnement; mais ce n'est point là une colique. Us ont démontré en même temps que pour que celle-ci fût produite , il fallait que le métal fût absorbé et transporté dans l'intérieur de nos tissus. Ce ne peut donc pas être par son action directe sur cette membrane qu'il détermine la maladie , puisqu'alors ils ne l'ont jamais rencontré dans le canal intestinal. C'est par une autre voie qu'il va agir sur l'organisme ; semblable à un virus , le toxique sature l'économie entière. Ses molécules sont transportées partout , et suivant les lieux où elles s'accumulent en plus grande quantité, là se développent les accidents qui en sont la conséquence. Quelques recherches chimiques semblent devoir donner quelque crédit à cette opinion, puisque plusieurs chimistes ont cru trouver le plomb en plus grande quantité dans l'encéphale, dans le cas d'encéphalopathie; dans l'estomac, le mésentère, le foie, les vaisseaux mésaraïques, dans le cas de colique, etc. Nous avons vu plus haut combien ces faits étaient encore peu satisfaisants pour pouvoir en rien déduire de concluant ; ils seraient prouvés qu'ils ne nous expliqueraient pas l'identité d'affection. Pour ceux qui ont observé , il n'y a point de ressemblance entre l'encéphalopathie et l'arthralgie, entre la paralysie des membres supérieurs et la colique. Chacune a son siège et sa forme particulière, chacune exige son traitement à elle. Ainsi, le second point, le siège et la forme de la maladie , apporte donc une différence immense entre ces diverses affections , bien qu'elles soient le résultat de la môme cause , bien que l'une précède quel-
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qucfois les autres. S'il en élait ainsi , si le plomb absorbe occasionnait par sa présence l'alTcction plombique , les deux voies qui sont le plus exposées à son contact et par lesquelles s'opère ordinairement son absorption , la peau et les poumons, devraient être le plus exposées à son action et le plus souvent affectées de la maladie saturnine. Or , l'expérience dément cette pensée; les téguments et les poumons sont peut-être de tous les organes ceux qui sont le moins disposés à l'action plombique; ils semblent jouir d'une immunité naturelle. En supposant que les molécules du métal , absorbées et transportées dans nos tissus , y deviennent la cause delà maladie, toujours est-il qu'il faudra , pour expliquer la réaction sur un organe plutôt que sur un autre, admettre une prédisposition de la part de ce tissu, de ce viscère, une sorte d'attraction élective ou de prédestination, qu'on ne peut pas plus expliquer que la prédisposition des glandes mammaires et de l'utérus au cancer, ou des glandes salivaires à l'action du mercure. Vouloir confondre ces affections et n'en faire qu'une maladie, ce serait vouloir confondre la péripneumonie avec la péritonite, avec le rhumatisme, avec l'angine, etc., parce que ces maladies reconnaissent une action commune , l'impression du froid. La cause est la môme, mais la différence du siège amène des différences dans les effets.
Sans doute aussi la colique de plomb mal traitée peut amener la paralysie , mais ce cas est bien rare , si rare que Stoll ne Ta jamais vu ; il y a alors simultanéité bien plus que dépendance. Quelquefois aussi le plomb en saturant, par son transport, toutes les parties de l'économie, agit sur toutes à la fois et peut déterminer en môme temps plusieurs accidents s. turnins. Alors la maladie est à peu près générale; c'est à dire produite sur plusieurs points par la môme cause. On peut admettre encore que l'économie, ainsi saturée, laisse facilement tous les effets du toxique se concen-
trer sur un point. D'après ce vieil adage : duobus doloribm simul abortis , vehemenlior obscurat alterum. Alors le point morbifié annihile le plus souvent l'action toxique dans tous les autres points ; c'est le cas le plus fréquent. Il peut cependant arriver que cette concentration ne s'opère pas exactement, et qu'alors, soit pendant la colique elle-mômc, soit après qu'elle a été plus ou moins bien traitée, la présence du plomb dans les autres parties y fasse développer des accidents qui ne sont pas consécutifs, comme on l'a dit, mais qui n'ont été que retardés. Ainsi pour nous, la colique des peintres ne saurait être une affection générale. Nous ne nions pas son origine métallique pour cela. Nous disons seulement que le plomb a agi plus spécialement sur les viscères de l'abdomen , comme nous le verrons plus loin.
Nerveuse. — Nous allons aborder l opinionla pluslargeet la plus enharmonie avec la physiologie du jour, l'opinion qui place le siège et la nature de la maladie dans le système nerveux et qui en fait une névrose. En effet, le système nerveux joue le rôle le plus important dans la physiologie et par conséquent dans la pathologie ; il est l'agent incilateur de tous les organes et de tous leurs actes ; il est l'organe et le dispensateur de la vie et de ses mille modifications normales et morbides. Mais la question ne peut pas être ainsi envisagée d'une manière générale , parce qu'elle se subdivise ellemême en une foule de distinctions, qui en font autant de questions à part. Ainsi beaucoup d'auteurs se sont contentés de regarder la maladie comme nerveuse et d'en faire une névrose , sans préciser l'appareil nerveux , ni aucun nerf. Cullen , Macbride , Vogel , Vitel , les deux Frank , Pincl , iVI.Legroux , etc., sont de ce nombre. Quelques autres ont cherché à poser des limites à la portion nerveuse qui eu était le siège; ainsi VJ. Grisolle en a fait une affection douloureuse des nerfs intestinaux.
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Willis et Lepois en ont fait une lésion du cerveau. Cela ne doit pas surprendre; pour eux le cerveau était le foyer de h vie, et par les nerfs, tous les organes étaient sous sa dépendance. M. Thomas, guidé par ses onze autopsies, a voulu réhabiliter celle opinion ; mais il n'a point trouvé d'écho , parce qu'on n'a pas rencontré les lésions qu'il a signalées ; on a pensé qu'il y avait sans doute , dans ce cas , complication d'encéphalopathic.
La moelle épinière a depuis longtemps joui de la prérogative d être regardée comme le siège de la maladie. Astruc le premier, ensuite Sauvages, Laennec, Barbier d'Amiens, Serres , ont émis et développé cette opinion , en faisant de la maladie une rachialgie. Aslruc s'appuyait sur un fait cilc par Ferncl , qui vit un allemand présenter des signes de colique à la suite d'une chute de cheval, et sur un fait analogue chez un vieillard qui éprouva de longues douleurs abdominales à la suite d'une chute sur les lombes, et il en fit l'application à la colique de plomb. M. Renauldin a réuni le cerveau et la moelle épinière ; il les a rendus tous les deux à la fois responsables.
L'appareil nerveux cérébral n'a pa seul fixé l'allention des palholoj^istes ; le système nerveux ganglionnaire aussi a été appelé à jouer son rôle. Dehaen , Yantrooswyk , Ranque , MM. Orfila, Tauquerel, Segond, etc. , ont placé dans le trisplanchnique le siège de la maladie, dont ils ont fait par conséquent une névralgie de ce nerf. Enfin, quelques auteurs, portant plus de sévérité dans l'analyse des actes morbides de cette colique, en ont placé le siège à la fois dans l'appareil nerveux cérébro-spinal et dans l'appareil ganglionnaire. MM. Brachet, Arquetin et Andral sont de ce nombre. Cherchons maintenant à apprécier la valeur de chacune de ces opinions.
La colique saturnine est-elle une névrose générale? Notre réponse est facile, dès le moment que nous avons séparé
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(elle afTcilion dos autres modifiralions morbides que peut occasionner le plomb. Pour qu'elle lût une névrose générale, il faudrait que des accidents nerveux se fissent sentir dans toute IVconomie. Or , ils sont circonscrits dans le domaine abdominal. Lorsqu'il s'y joint d'autres accidents , ils sont secondaires, sympathiques ou symptomatiques ; ils ne tiennent point essentiellement à la maladie, puisque celle-ci n'a pas besoin d'eux pour être ce qu'elle est, puisqu'elle parcourt souvent ses périodes sans s'associer à aucun , et qu'elle n'a rien de fixe dans le choix qu'elle fait de l'un plutôt que de l'autre. Cette délimitation bien précise de la colique ne nous permet donc pas de la regarder comme une névrose générale. L'analyse que nous avons faite dos phénomènes, nous forçât-elle d'en faire une affection nerveuse, nous apprendrait en même temps à la renfermer dans une circonscription moins large, puisqu'elle ne nous a présenté que des phénomènes restreints à la région abdominale. Ainsi cette opinion , vraie dans son principe , laisse trop de vague dans son application pour être admise; nous la rejetons comme incomplète. M. Grisolle a bien senti cette difficulté; aussi pour l'éviter, il a fait de la maladie une affection douloureuse des nerfs intestinaux. [Cette opinion se rapproche de la précédente, on ce sens que les auteurs tout en en faisant une névrose , l'avaient placée parmi les névroses de l'appareil digestif. Elle laisse beaucoup de vague aussi. En effet, que veut dire affection douloureuse? Toutes les douleurs des intestins émanent de leurs nerfs ; seront elles pour cela des coliques saturnines? D'autre part, la douleur n'est pas le seul phénomène de cette affection. Quoique vniic dans un sens, celle manière d'envisager la question est donc à la fois et trop vague et trop restreinte. Elle ne nous parait donc pas complètement admissible.
Si le cerveau était le siège exclusif de l'affection , il y aurait constamment cnccphalopathic et lésion des facultés in-
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tellcctuellcs. Or , cette circonstance est très-rare ; elle est une exception qui ne peut pas faire loi. Oui, sans doute, la sensation de la douleur est perçue par l'organe de l'intel ligence ; oui, sans doute encore, cette sensation est du ressort du sjstcnie nerveux cérébral ; mais elle ne dépend pas pour cela d'une lésion de l'encéphale, elle a son siège ailleurs , et c'est de ce siège qu'elle est transportée à l'organe percevant. Willis, Pison et M. Thomas se sont donc fait illusion, lorsqu'ils ont voulu la renfermer dans cet organe.
Lorsque Astruc plaça le point de départ dans la moelle épinière , il fit preuve , nous pourrions dire , de génie. Les intestins étaient regardés comme enOammés, gangrenés, etc. Il ne vit rien de cela, il ne put plus les regarder comme le siège de la maladie , d'autant moins qu'aux douleurs abdominales se joignent des accidents nerveux dans les jambes. Ce fut un trait de lumière, que de faire émaner ces accidents d'un point unique, de la moelle épinière , qui tient sous sa dépendance les membres et l'abdomen. Aussi cette opinion a-t-eile compté pour adhérents les hommes du plus grand mérite. Cependant, malgré ce qu'elle peut avoir de séduisant, nous ne pouvons pas admettre cette rachialgie dans son entier. Les contractions et les paralysies des membres se remarquent surtout dans les membres supérieurs. Si la moelle épinière était seule frappée , ce seraient les membres inférieurs qui seraient le plus souvent compromis. De plus, elle ne nous explique pas le défaut de sécrétion et la sécheresse des intestins. Enfin surtout , les membres seraient plus souvent malades qu'ils ne le sont : car le plus souvent ils ne le sont pas du tout. Par toutes ces raisons , nous repousserons donc la névrose rachidienne, comme trop absolue , comme ne s'ètendant pas à tous les phénomènes , comme ne produisant pas tout ce qu'elle devrait produire.
Ce que nous avons dit de ces deruièrcs opinions en par-
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liculicr, s'applique à celle de M. Renaukiiii sur la losiou cérébro-spinale , nous n'y reviendrons pas.
C'est bien parce que les phénomènes morbides de la colique saturnine n'ont pas paru en harmonie avec les actes physiologiques de l'appareil nerveux cérébro-spinal, que plusieurs auteurs ont cherché, dans le système nerveux ganglionnaire, la cause de phénomènes aussi insolites. Mais celte prétention nous semble tomber devant une bien simple remarque. L< s sensations perçues sont l'jipanage exclusif du système nerveux cérébral; or, la douleur atroce qui est le caractère essentiel de la colique, est au moins une sensation perçue. Je sais qu'à cela on peut répondre que c'est seulement dans sa portion abdominale et lombaire qu'il est malade, ainsi que Ranque le prétendait, et que la sensation de sa souffrance est transmise aux (sanglions lombaires , où les nerfs racbidiens viennent la puiser, pour de là la transporter au cerveau. S'il en était ainsi, la douleur serait constamment profonde et non disséminée dans tout l'abdomen , comme on la trouve souvent. De plus, comme dans les affections du foie, elle irait bien souvent se faire sentir vers l'épaule par la communication du plexus solaire avec les premiers ganglions thoraciques. Enfin, les phénomènes nerveux des membres ne seraient jamais que sympathiques, et l'observation démontre que bien souvent il y a lésion physiologique essentielle et indépendante de la lésion abdominale, qui même alors n'existe pas ou n'existe pas encore. Il n'y aurait jamais ces anasarques et encore moins ces paralysies qui sont quelquefois la suite de l'affection plombique. Par toutes ces raisons, nous ne pouvons pas admettre cette opinion dans son entier. Les points vrais sur lesquels elle se fonde, ne suffisent pas pour la faire recevoir. Comme les précédentes, elle pèche par quelques endroits ; elle ne peut pas satisfaire à toutes les exigences d'un esprit exact et qui veut que tout s'explique le plus naturellement possible et sans effort.
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Unedernitre opinion nous reste à examiner: c'est celle qui fait participer les deux systèmes nerveux cérébral et ganglionnaire à la lésion pathologique de la colique. M. Brachet, qui a précisé avec une rigueur, on peut dire, malhémaliquc, les actes du système nerveux ganglionnaire, et qui a posé la délimitation de ces actes, de façon qu'il est impossible d'attribuer à un système nerveux ce qui appartient à l'autre, a voulu, pour la colique saturnine comme pour beaucoup d'autres maladies, préciser la part que les nerfs différents y avaient, en faisant l'analyse physiologique des phénomènes et la répartition exacte de chacun d'eux au système nerveux auquel il appartient, ou plutôt qui en est l'agent. Il a donc vu, dans la douleur, une sensation cérébrale exagérée; dans la contraction intestinale et abdominale, un acte accompli par l'influence des nerfs cérébraux; et dans le défaut de sécrétion de la membrane muqueuse intestinale, une viciation d'un acte soumis à l'influence du système nerveux ganglionnaire. Dès-lors il n'a pas pu attribuer tous les phénomènes de la maladie exclusivement à un appareil nerveux plutôt qu'à un autre, puisque tous les deux y participaient. Il a conservé à chacun la part d'action qu'il y avait; il les a fait intervenir tous les deux. Sans entrer dans l'analyse physiologique aussi profondément que l'avait fait le docteur Brachet, MM. Anquetin et Andral , guidés par les mômes raisons , ont adopté cette double influence, cette double participation. Hàlons-nous de le dire, cette opinion nous sourit et nous l'adoptons. Cet aveu anticipé nous dispense d'en faire la critique. Nous devons, au contraire, la soutenir de tout notre pouvoir, en faisant ressortir tous les avantages qu'elle a sur les autres opinions , en faisant voir combien elle s'harmonise avec l'explication de tous les phénomènes. Tout coïncide avec cette double influence, depuis son origine ou son développement jusqu'à sa terminaison. Nos recherches , notre exa-
ttien rriliquc nous ont conduit à ce dernier résultat. Toutes les autres opinions ont dû être rejetées , ou comme erronées ou comme insullisantes , c'est-à-dire comme n'embrassant point la maladie dans son entier, comme ne donnant point une analyse qui s'étendait à tous les pLénomènes.
Spéciale. — Nous avons omis de parler d'une des opinions les plus remarquables qui aient surgi dans l'interprétation de cette maladie, c'est de l'opinion de Stoll; mais nous l'avons fait à dessein , parce que cette opinion, pour élre vraie dans un sens, ne l'est pas dans son entier. Oui, comme le voulait le célèbre praticien, et comme nous le reconnaissons nous-méme , la colique saturnine est spécifique , sut generis. Oui sans doute , clie ne présente aucune ressemblance avec aucune autre colique , avec aucune autre maladie. Mais cela ne suffit pas , cela n'explique ni la douleur, ni les contractions , ni les spasmes , ni la constipation , ni le siège du mal. Cela veut dire seulement que la maladie est inexplicable quant à son essence , et qu'elle se présente avec une physionomie particulière et différente de toutes les autres , ce que nous reconnaissons avec lui. Cela ne nous empêche pas de sentir la nécessité de remonter plus loin. Cette manière de voir a été non-seulement adoptée , mais peut-être exagérée par M. Grisolle, lorsque dans son excellent mémoire sur les accidents cérébraux produits par les préparations saturnines {3 onrnaX hebdomadaire, octobre, novembre , et dédécembre 183G), il établit que ces accidents, non-seulement diffèrent des accidents semblables produits par d'autres causes , mais qu'ils ne sont pas les mêmes entre eux , et qu'ils revêtent des formes différentes et spéciales, que l'affection soit délirante, convulsive ou comateuse. Sans nier la vérité importante émise par Stoll et constatée depuis, nous pensons donc qu'il est essentiel de remonter à une analyse plus explicite^ qui^ sans rien ôter à la spécialité de
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la maladie , permette d'analyser ces actes pathologiques et <]'en chercher la cause dans les agents qui les opèrent et dans les inlluences qu'ils reçoivent. C'est de celte manière que nous avons compris la question qui nous est soumise. C'est d'après l'état de la science , ainsi étudiée , que nous nous croyons en droit d'y répondre. Cette analyse, poussée aussi loin qu'il nous a été possible , nous permet donc : 1° de reconnaître dans la colique des peintres une maladie essentielle, sut (jeneris ; S*" d'en placer le siège dans les deux systèmes nerveux qui, par leur influence , déterrai ncnt les actes morbides qui la constituent. Essayons de fournir de nouvelles preuves à cette doctrine , et puisons nos arguments dans l'action du plomb, dans les phénomènes et dans leur traitement.
Depuis que Goulard a vulgarisé l'emploi thérapeutique du plomb dans la chirurgie , ce médicament a été étudié et à l'extérieur et à l'intérieur beaucoup mieux qu'on ne l'avait fait auparavant, de façon que son action physiologique a pu êire mieux appréciée. Voici ce que la matière médicale nous apprend ; comme topique , il exerce une double action , l'astriction des vaisseaux et des pores exhalants de la peau ou des surfaces qui suppurent; il opère en outre une sorte de sédation, môme sur les surfaces dénudées. Cette action hyposthénisante , selon les Italiens , avait déjà été constatée par Goulard. Elle a été constatée de nouveau en 1834 par OUivier d'Angers, qui trouve que l'oxyde blanc sursaturé, calme eî engourdit les parties névralgiques. Nous ne l'avons jamais emp'oyé seul, toujours nous l'avons associé à l'opium contre certaines névralgies céphaliques , et toujours il nous a paru augmenter et assurer l'action sédative du narcotique.
A l'intérieur , son action styptique n'est pas douteuse. Localement il réussit dans les salivations^ dans certaines affections catarrhales de l'estomac^ dans les diarrhées et les dys-
NATl'UE ET SIÈGE 127
"scnlerics et dans certaines affections muqueuses de la conjonctive, de l'urèthre, du vagin, etc. Il étend aussi au loin celle action, cl la thérapeutique ne possède guère de meilleurs moyens pour arrêter les sueurs coliquatives abondantes, pour diminuer rexpectoration des phthisiques. La sédation sur le système nerveux en général n'est pas aussi démontrée ; cependant son action sur lui n'est pas douteuse. L'engourdissement, la paralysie, les convulsions, les contractures, le délire , les coliques en sont la conséquence. Il est vrai que ces phénomènes pathologiques sont consécutifs et éloignés. Cette sédation est prouvée pour nous sur l'appareil de la circulation. Jamais elle ne nous a fait défaut, lorsque nous avons administré le sucre de saturne avec l'intention de nous la procurer; toujours alors les battements du cœur se modèrent et se régularisent. Si l'affection est légère ou nerveuse , la guérison en est la conséquence ; mais , dans le cas d'anévrisme volumineux, ce calme serait trompeur , si on le regardait comme une amélioration réelle; il n'est qu'un soulasfemenl, l anévrisme reste et marche comme il le faisait. Cependant c'est à cette sédation de la circulation qui se manifeste même chez les hommes en sanlé qui sont longtemps exposés aux émanations plombiques , que nous attribuons en grande partie la diminution de volume, l'espèce de rétraction qu'on a cru observer dans le cœur. La physiologie nous apprend que le repos des organes les atrophie en quelque sorte , par conséquent cette diminution d'action du cœur doit lui faire subir les conséquences de cette loi. Bien que le sang s'altère le plus souvent, nous n'osons pas lui attribuer cette lenteur de contraction du cœur, parce que nous n'y avons jamais trouvé le plomb. Nous préférons en reporter les causes sur son agent incitateur, sur le système nerveux ganglionnaire.
En troisième lieu enfin , l'action prolongée du plomb , surtout chez les personnes qui restent longtemps exposée?
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à SCS émanations, produit des effets bien appréciables, indépondamnient des coliques, cncéphalopalhies , para'ysic, convulsion : presque toujours il agit à la longue sur la nutrition et môme sur le sang, quoiqu'on n'y trouve pas le ploMib. De là cette coloration pàle et quelquefois livide de la peau; de là cet amaigrissement, ce marasme qui se manilesle d'une manière si prononcée surtout à la face ; de U j'hydropisie qui survient quelquefois.
M. Guillaume Laidlan a voulu expérimenter sur luimême les effets de l'acétate de plomb ; il en prit pendant plusieurs jours, chaque jour cinquante centigrammes en plusieurs reprises. Au premier et au deuxième jour , il ne s'aperçut d'aucun changement ; le troisième jour, vers le soir, il trouva son pouls un peu plus lent que d'ordinaire, et le lendemain , plus lent encore; le cinquième jour , ayant pris la dose ordinaire d'acétate en une seule fois, il éprouva une légère gastralgie, et du malaise et une lassitude dans tous les membres , notamment aux genoux , les pulsations étaient devenues faibles. Ayant répété la même série d'expérience, le pouls s'abaissa à cinquante pulsations , la figure devint pâle, les mains et les pieds engourdis; il n'y eut aucune colique ni salivation {TheLondon med. GazoM. 1830).
Je ne crois pas devoir parler de l'action toxique irritante que le plomb exerce spontanément sur le tube digestif, quand il y est ingéré à haute dose , et encore moins de l'inilammation que Boisseau et quelques autres auteurs ont alors observée. Ces cas d'intoxication sont étrangers à l'objet dont nous nous occupons.
De cette étude des phénomènes opérés par le plomb sur l'économie, il résulte que ce métal agit sur les deux ordres d'actes vitaux , sur ceux qui sont sous la dépendance du système nerveux cérébral , et sur ceux qui sont influencée par le système nerveux ganglionnaires. A ce dernier appartiennent l'astriclion des exhalants et des capillaires, le ralcn-
Ussemenl de la circulation el les vices de nulrilion. Jlu premier se rapportent lasédationctrengourdissement des parties douloureuses, les convulsions, les coliques, les paralysies.
Cet examen nous ramène donc à l'analyse première que nous avons faite de la coli([ue saturnine , elle vient en confirmer les résultats. Nous voyons en effet, que l'action physiologique du plomb sur l'économie concourt à nous expliquer les phénomènes morbides de la colique ^ l'astriclion et l atrophie nous expliquent la participation du système nerveux ganglionnaire : les sédations, torpeurs, convulsions, paralysies , nous démontrent son action sur le système nerveux cérébral. Ainsi, point de doute , les deux systèmes nerveux doivent participer et participent en effet à la maladie. Cette analyse physiologique nous semble aussi certaine que l'inspection cadavérique elle-même. Autant les actes révèlent l'organe qui les exécute, autant leur vicialion révèle la lésion des organes. Cette proposition est infaillible , elle est un axiome.
Mais il ne nous suffit pas d'avoir démontré d'une manière générale, que les deux systèmes nerveux ont une pari commune dans la colique saturnine. Si nous en restions là, nous en ferions une maladie générale , une névrose de tout le double appareil nerveux : il est essentiel d'en restreindre l'extension et d'en limiter le siège aux parties qui seules sont affectées. C'est encore l'étude des phénomènes qui nous servira de guide dans cette détermination ; là où ils ont lieu , là sera le siège du mal , a dit Bichat : là oii est la douleur , là est la maladie : Ubi dolor , ibi morbus. Ce vieil axiome d'Hippocrate trouve ici son application pleine et entière. Où se passent les phénomènes pathologiques de la colique ? Dans l'abdomen : c'est là le cri de presque tous les pathologistes ; qu'ils en aient fait une phlegmasie ou une névrose , presque tous en ont vu le siège dans l'abdomen , quelle que soit la partie où ils l'aient placé , intestin, mem-
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branc muqueuse ou musculeuse, mésentère^ péritoine, foie, rate , nerfs intestinaux , portion lombaire du grand sympathique , muscles abdominaux. Une opinion aussi généralement reçue est en harmonie avec l'observation des phénomènes. Aussi nous l'adoptons sans diffîcullé. La douleur se fait sentir dans l'abdomen , dans un rayon trèslimité autour de l'ombilic. Elle se Aiit sentir profonde et non superficielle , circonstance importaiite qui nous explique pourquoi les téguments n'en sont pas le siège, et comment M. Beau a pu être induit en erreur. Ainsi , en nous limitant de plus en plus par élimination, nous arri vons à placer le mal directement dans les nerfs des intestins, puisque là se passent des phénomènes constants, puisque là est le théâtre où la thérapeutique fait jouer toutes ses ressources contre la maladie qui se traduit en phénomènes apparents. Que les nerfs reçoivent leur intoxication ou modification morbide directement du plomb , ou par le sang qui en est le véhicule ; n'importe, ce sont eux seuls qui sont malades, puisque seuls ils produisent les phénomènes anormaux. Il ne s'agit plus que de faire à chaque système nerveux la répartition de la part qu'il prend dans ce travail morbide. Or, les intestins reçoivent une quantité considérable de nerfs de la vie organique; ils en reçoivent aussi de la vie animale qui, des paires dorsales et lombaires se jettent dans le plexus ganglionnaire , se mêlent à eux et vont ensemble se distribuer aux intestins. Dès-lors, il est facile de répartir à chacun le rôle qui lui appartient : aux nerfs cérébraux , la douleur qui se fait sentir atroce, et la contraction avec torpeur de la fibre musculaire de l'intestin ; aux nerfs ganglionnaires la suppression de sécrétion. De cette manière , tout s'explique facilement : il n'y a plus d'interprétation vicieuse et forcée. Quelques auteurs ont dit : la suppression de la sécrétion intestinale est le résultat de la douleur ; en conséquence , celle vicialion de sécrétion n'est pas due à la
naïiul: kt sikgk. 151 maladie clle-môme , elle n'est qu'un effet du phénomène principal et essentiel de la douleur. J'ai eu trop souvent l'occasion d'étudier la colique saturnine, pour adopter ce raisonnement ; l'observation de la succession des phénomènes sulïit pour en démontrer la fausseté. En elTet, si le défaut de sécrétion intestinale n'était que la conséquence de la douleur , il devrait toujours lui succéder. Or , il en est bien souvent autrement. Le plus souvent peut-êirc la constipation précède la douleur ; aussi est-elle comptée par la plupart des auteurs au nombre des signes précurseurs , des prodromes de la maladie. Eh bien ! Celte constipation, cet avant-coureur constilue déjà la maladie. Elle n'est pas complète encore ; un seul des systèmes nerveux est compromis ; mais il est compromis. Certes alors le défaut de sécrétion ne peut pas être déterminé par la douleur , qui n'existe pas encore et qui ne viendra que plus tard. Admettre cette inversion, serait admettre l'effet avant la cause. Quelques auteurs ont môme été si persuadés de l'influence de cette constipation , qu'ils en ont fait pour ainsi dire le caractère essentiel de la maladie^ et qu'ils ont attribué la douleur à la pression des matières sur la membrane muqueuse et sur les nerfs qui s'y distribuent. La confiance dans cette manière de voir est si grande, qu'elle a déterminé au moins en grande partie le traitement par les purgatifs : faites cesser la constipation, a-t-on dit, et le malade sera guéri; et mille observations sont venues justifier ce raisonnement. Nous ne lui accordons cependant pas une confiance absolue . car si les purgatifs réussissent, nous voyons aussi les partisans de l'irritation nerveuse invoquer les bons effets des calmants et surtout de l'opium à haute dose. Nous voyons aussi le sulfate acide d'alumine guérir la colique , sans produire d'évacuation préliminaire. Au milieu de ce conflit, quel parti prendre ? De chaque côté nous trouvons des hommes estimables et des raisons favorables? Faut-il, comme on s'est plu.
à le répéter naguère, regarder les faits comme insignifiants, comme fauteurs de nos erreurs , puisqu'ils parlent pour et contre, puisqu'ils disent oui et non? Il est vrai, les faits semblentdire oui et non, puisqu'on guérit avec les purgatifs, puisqu'on guérit avec les calmants. Ils semblent donc se mettre en contradiction avec eux-mêmes. Voilà bien l'esprit humain. Plutôt que de reconnaître ses erreurs ou la fausseté de ses opinions, il aime mieux accuser la nature el les faits. Funcsle effet de notre amour-propre , qui ne nous permet pas de rétrograder lorsqu'une fois nous nous sommes engagés dans une fausse route ! Il nous fait soutenir l'erreur que nous avons caressée comme notre enfant, plutôt que de con venir de nos torts ; nous accusons les faits parce qu'ils contrarient nos opinions , mais ce ne sont pas eux qui mentent ou qui enseignent Terreur ; ce sont nos opinions qui ne peuvent pas les embrasser tous. Nous les avons élevées sur quelques-uns, et nous les avons généralisées sans tenir compte de ceux qui leur sont contraires. Cette manière d'être de notre esprit est générale , elle n'est pas particulière à la question qui nous occupe. A chaque instant, nous voyons généraliser des faits qui n'appartiennent qu'à une circonscription bien limitée. Aussi les théories qui en sont la conséquence s'écroulent bien vite devant d'autres faits qui les désavouent. Il en est de même dans la colique saturnine. Des faits démontrent que la constipation fait partie essentielle de la maladie; d'autres faits démontrent avec autant de vérité que la douleur en est une partie non moins essentielle. Ainsi pour nous , pour la science , constipation et douleur sont les deux points fondamentaux de la colique saturnine: sur eux s'appuie tout son édifice , sans eux la maladie ne serait pat, complète. Lorsque nous les voyons régner séparément, lorsque nous voyons manquer l'un d'eux , cela tient à des circonstances que les observateurs ont appréciées et qu'il ne nous appartient pas d'examiner ici. Ainsi, nous le répétons, cons-
lipation et douleur, douleur cl constipation sont les points cardinaux sur lesquels roule toute la pathologie de la coli- ÎJue saturnine.
Nous savons sous quelle influence nerveuse chacun de ces actes s'exécute. Nous savons que le système nerveux ganglionnaire préside à l'un , et que le système nerveux cérébral préside à l'autre. Ainsi , nous arrivons toujours , en dernière analyse , à cette conséquence ultime que les deux systèmes nerveux participent à la colique saturnine, et qu'ils en sont les agents , et que c'est la portion qui se distribue aux intestins, qui en est le siège spécial, qui joue le premier rôle.
Iliatarc.
Voilà ce que la physiologie nous enseigne sur le siège de l'affection ; mais elle ne nous a pas encore donné son dernier mot sur sa nature. Nous savons déjà qu'elle n'est point inflammatoire, qu'elle n'est point une paralysie, une asthénie, une hyposthénie , une irritation. Si quelques phénomènes semblent favorables à quelques-unes de ces opinions, d'autres leur sont contraires. Si quelques méthodes de traitement plaident en faveur de quelques-unes, d'autres méthodes opposées viennent en saper les déductions. Ici naît un vague diflicile à dissiper. L'obscurité la plus profonde enveloppe encore de ses ténèbres la nature que nous cherchons. Puisqu'elle n'est aucune des modifications que nous avons indiquées, que peut donc être celte maladie? Faudrait il pour cela, à l'exemple d'un nosographe moderne, la rayer du cadre nosologique? Loin de nous une semblable pensée! l'observation s'inscrirait tous les jours en faux contre nous. La colique de plomb existe ; elle se présente avec >a physionomie particulière. Depuis qu'elle a pris rang )arrai les maladies distinctes , il n'a pas été possible de la
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méconnaîlre ; l'impossibilité où nous sommes d'en pénétrer l'essence ou la nature ne peut plus la faire disparaître. Il y a des apparences d'irritation , il y a des apparence^ d'asthénie; ces apparences ne sont pourtant ni l'irritation Tranche, ni l'asthénie réelle, ni la paralysie; elles ont leur physionomie, leur cachet. A. quelle classe les rattacher? Disons-le hardiment, à aucune. Le grand malheur de la médecine a toujours été de vouloir trop généraliser ; et, dans cette grande manière d'envisager les maladies , deux grandes figures phénoménales ont toujours dominé toutes les doctrines , même à leur insu ; le slrictum et le laxum , la sthénio et l'asthénie , l'irritation et l'abirritation. Dès-lors on a toujours voulu tout rattacher à ces grands phénomènes. En tournant dans ce cercle éternel^ en faisant surgir toujours cette dichotomie, on a voulu assujettir la nature à cet ordre si simple de maladies par excès de ton , et maladies par défaut de ton. On n'a pas vu qu'il y avait, en dehors de ces deux états ^ une foule d'autres états 'qui ne sont ni le slrictum ni le laxum: on s'est constamment fourvoyé, et la science est restée, sous ce rapport, dans les langes d'une enfance perpétuelle. Nous ne saurions trop le répéter; entre l'irritation et l'adynamie il y a une foule de modifications (pi ne leur appartiennent pas. La médecine ne sortira du chaos où elle se traîne depuis des siècles , que lorsqu'elle tiendra compte de ces nuances nombreuses, que lorsqu'elle les étudiera de manière à les faire connaître comme elles doivent l'être. Alors la colique saturnine viendra d'ellemême se ranger dans ce cadre plus vaste , elle viendra y prendre sa place. Jusque-là , que ferons-nous de cette maladie? Nous en ferons ce qu'en a fait SloU, qui, reconnaissant la vérité que nous professons , n'a pas craint de se prononcer. Il en a fait une maladie spéciale , morhus specialis , une maladie sai generis. Tout ce que nous avons vu jusqu'à ce moment ne nous permet pas d'aller plus loin,
puis(iue la nosologie ne nous a pas encore fourni de place dans son cadre , pour y caser une maladie qui n'est rien de tout ce qu'elle a voulu ou cru voir dans les maladies. Ainsi la douleur , la rétraction de l'abdomen , la torpeur contractile de l'intestin , la sécheresse de la membrane muqueuse sont des phénomènes qui ont une physionomie particulière , et qu'il n'est pas possible de confondre avec aucune autre affection , ni de placer au niveau d'aucun autre genre de maladie. C'est une modification à étudier, c'est un cadre à lui tracer. En un mot, c'est une névrose spéciale; nous ne pouvons pas sortir de là.
Jetons un coup-d'œil sur la place que les nosographes ont donnée à la maladie dans leurs classifications. Nous verrons qu'ils sont partis d'un point assez généralement fixe.
Astruc en a fait le genre rachialgie.
Sauvages l'a placée dans la classe VII, douleurs; ordre V, douleurs externes; genre XXIX, rachialgia metallica.
Lieutaud , dans sa classification anatomique, en a fait une maladie du bas-ventre et des intestins.
Macbride l'a placée dans l'ordre IV, maladies douloureuses; genre Xï , coliques; espèce V, coliques nerveuses.
Vogel l'a rangée dans la classe IV, dolores; dolor colicus.
Cullen en a fait une névrose intestinale.
Baumes l'a rangée dans la deuxième classe , oxygenese ; deuxième sous-ordre , toxicose ; cinquième espèce , toxicose plombique.
Darwin l'a placée dans la première classe de l'irritation; ordre II, irritation diminuée; genre IV, avec diminution d'action des autres cavités et membres; espèce VIII, colica saturnina.
Vitet : classe III , maladies douloureuses ; genre IV , coliques; espèce XIV, colique métallique.
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V. Franck: classe VÏI, névrose; ordre IV , névroses abdominales; genre IV, coliques.
Pinel : parmi les névroses de la digestion ; classe IV , ordre IV, genre XXXIV.
Jos. Frank la range parmi les maladies du tuhe intestinal, et il en fait une névrose.
M. Andral, dans son cours de pathologie interne, publié par M. Amédée Latour, la place au nombre des névroses du tube digestif, et en fait Tentéraigie saturnine.
Boisseau la place d'abord parmi les gastriques cbroniqiies , à la suite des empoisonnements, et ensuite dans l'entérite chronique de l'intestin grêle. Il en fait ainsi deux maladies , parce qu'il s'était tracé un cadre topographique dont il ne voulait pas dévier , ce qui lui a fait morceler ainsi beaucoup de maladies.
M. Grisolle l'a placée dans la classe VI des empoisonnements. Il en traite à part dans l'article de l'empoisonnement par le plomb.
M. Piorry en a fait la dyssentero-nervie saturnine.
M. Bouillaud : Classe IV , hétérotrophie générale ou cachexies constitulionnelles ; chapitre II , cachexies constitutionnelles développées sous l'influence d'agents toxiques; article unique , cachexie ou intoxication saturnine.
M. Legroux veut qu'elle soit une intoxication ou une névralgie par intoxication , et non une névralgie simple.
Nous ne nous expliquerons pas sur les vices et sur les qualités de chacune de ces classificalions. L'analyse et l'appréciation sévère que nous avons faite de chaque opinion nous dispensent d'entrer dans ces détails ; ce serait revenir sur ce que nous avons dit. Si la colique saturnine exige une classification nouvelle pour y trouver sa place , à plus forte raison il en sera de même de sa définition. Nous ne voyons pas la possibilité d'en donner une qui puisse satisfaire.
Tout ce que l'on pourrait faire, ce serait de dire ; une névrose cérébro-ganglionnaire spéciale produite par le plomb et fixée dans les organes de la digestion. Nous ne nous permettrons ni d'en dire davantage , ni d'examiner les autres définitions. D'ailleurs ce n'est pas là notre objet. Ce serait nous écarter, que d'accorder davantage à cette question.
Disons encore que c'est d'après les différentes opinions qu'on s'est faites de la maladie que sont formées les nombreuses dénominations qu'on lui a données , aux différentes époques de son histoire. Cependant , presque toutes désignent ou la localité où on l'a observée, ou la cause qui l'a produite. Une réflexion se présente d'abord sur le mot colique. Cette dénomination est-elle bien exacte? Est-ce bien le colon qui est le siège de la maladie , ou du moins qui en est le siège exclusif? Nous avons vu ce qu'il en est à cet égard. La difficulté de trouver mieux fait conserver cette expression , bien qu'insulîîsante. Voici la synonymie que j'ai pu recueillir : colique de plomb, colique saturnine , colique métallique, colique de fumée, morhus saturnînus , entérite métallique, entéralgie saturnine, rachialgie métallique, colica metallica , morhus mctallicus , colique des peintres , colica pictorum y coliques des barbouilleurs, des potiers, des plombiers , colica flumhariorum , colique des doreurs , des fondeurs , chat des fonderies, colique de Poitiers, de Poitou, colica Pîctonum, pictaviensis , colique du Devonshire , colica damnoniarum , colique de Normandie , de Madrid, etc.. colique spasmodique, convulsive, nerveuse, bilieuse, scorbutique , colique sèche , colica par etica , epileptica , colica fgulina, fii^ula, figlina , rachialgie, colico-phlégie , colico-rachialgie , bellon , beillac , entripado , constipado , etc., etc.
COLIQUE SATURNINE.