CHAPITRE III
Rcs indications cnrativcs que la colique saturnine présente, «t cle la médication rationnelle pour les remplir.
Ce chapitre est le plus important de la question. 11 montre le l)ut auquel doit tendre toute véritable médecine ; car !a médecine n'est que l'art de guérir. Il ne faut pas croire pour cela que les deux précédents soient inutiles. Loin do nous, bien loin une semblable pensée. Comment, en effet, pourra-t-on traiter une maladie , si l'on ne sait pas la distinguer de toutes les autres? Il faut d'abord la connaître. Comment aussi la bien traiter, si l'on n'en connaît pas le caractère , ou tout au moins si l'on n'a pas appris à faire à chaque opinion la part de valeur qu'elle doit avoir? On Ta dit bien des fois; si l'on pouvait arriver à connaître la nature d'une maladie , son traitement en découlerait bien facilement. C'est pour cela que beaucoup d'hommes de gcni<; n'ont pas dédaigné de courir après ce nec plus uUrà de la science , selon les uns ; après cette chimère, selon les autres. Ce point toujours inconnu , et qu'on pense toujours avoir trouvé, reste toujours sous le boisseau. Cette fluctuation dans les opinions sur le siège et la nature de la maladie, a donc exercé son influence sur la thérapeutique. Aussi elle en a suivi toutes les phases et subi toutes les conséqueri ces; et les traitements les plus opposés , on pourrait dire les plus bizarres , ont été alternativement préconisés ; il n'est peut-être pas de médicament qui n'ait été employé avec plus ou moins de succès , et qui ne compte des faits en sa faveur. Trouver au milieu de ce dédale un traitement cu-
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ratif, à la fois certain et de facile administration, serait donc résoudre un problême de la plus haute importance. Cependant nous pouvons dès ce moment chercher les indications thérapeutiques, sinon dans la nature de la maladie, qui nous est inconnue , du moins dans les phénomènes principaux qui la caractérisent : ainsi la constipation opiniâtre qui est un caractère dominant, semble réclamer des évacuants. La présence d'une substance vénéneuse dans les intestins, ou dans les tissus, ou dans les humeurs , fournit la même indication évacuante. Rappelons que nous ne devons pas nous occuper de l'empoisonnement aigu. En abordant ce sujet , nous nous écarterions de la question.
La douleur violente et les autres spasmes paraissent nécessiter les calmants. Ce sont là deux indications majeures ; mais sont-elles les seules? Une douleur spéciale, une constipation spéciale, des contractions spéciales, en un mot, une maladie sui generis , comme le disait StoU , s'accommodera-t-elle bien et toujours de cette médication exclusive? Ne deraandera-t-elle pas l'emploi de moyens spécifiques qui soient encore mieux adaptés à sa spécificité? Enfin , la douleur, comparée aux autres douleurs, ne peutelle pas être regardée comme irritation? Ne peut-elle pas produire un appel fluxionnaire sur l'intestin et y causer une phlegmasie qui nécessile à son tour un traitement approprié? Ces quatre indications n'ont pas toujours été adoptées à la fois comme des membres d'un traitement méthodique. Le plus souvent elles ont été employées séparément comme traitement complet et isolé. Si nous n'avions pas à répondre à une question qui nous enjoint de ne procéder que à'après Vétat âcluel de la science, nous nous dispenserions peut-être d'étudier chacune de ces indications en particulier. Puisque nous avons reconnu dans la maladie une modification nerveuse spéciale, nous nous bornerions peut-être à indiquer les moyens spécifiques, à l'aide
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(lesquels on peut obtenir le changement de celte modiCcation pathologique et son rappel à l'élat normal. Mais, comme aujourd'hui encore chacune de ces indications constitue une méthode particulière, et compte de nombreux partisans, il est indispensable de les étudier avec d'autant plus d'attention qu'elles reposent sur des théories qui toutes ont un côté vrai , et qui ne deviennent erronées que par une extension trop grande. Ainsi nous consacrerons un article particulier à chacune. Nous nous occuperons ensuite de la combinaison de quelques-unes. Enfin, nous terminerons par l'exposition de ce qui réussit le mieux, de ce qui réunit tous les avantages d'un traitement prompt , sûr et agréable , sans faire courir aucune des chances défavorables des autres méthodes.
Dans cette appréciation de l'action des médicaments et des médications , nous apporterons un esprit d'autant plus dégagé de toute prévention, que nous avons expérimenté nous-méme toutes les médications et la plupart des remèdes, et que nous avons suivi leur action physiologique et thérapeutique dans toutes ses phases et avec toute l'attention possible. Notre position médicale nous a permis toutes ces tentatives, non-seuleniput à cause du grand nombre de malades que nous avons eu à soigner chaque année , mais parce que nous n'avions adopté aucune médication , aucun principe fixe , ni sur la maladie , ni sur la thérapeutique. Nous attendions et nous cherchions du mieux. Nous nous empressions d'accueillir toutes les pensées nouvelles, toutes les instigations nouvelles , parce que nous avions foi dans ceux qui nous disaient : nous avons vu, voilà la vérité. Nous avons tout soumis au creuset de l'expérience, et lorsqu'elle a eu parlé , nous avons cherché la raison de chaque chose , de chaque fait, dans l'analyse physiologique la plus large et 1?. plus vraie, dans celle qui ne repousse aucun fait, seul critérium d'une bonne théorie , d'une doctrine satisfaisante.
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Aussi nous n'avons rien rejeté sans l'examiner , parce que nous savons le peu de confiance que mérile le plus souvent le public, qui se laisse facilement abuser, et adopte avec enthousiasme et bientôt rejette de môme sans se rendre compte de la raison des insuccès. Dans cette longue énumérntion des médicaments et des méthodes , on trouvera peut-être une réflexion affligeante sur Tinslabilité de la médecine et sur l'inutilité d'étudier la nature du mal , puisque si souvent cette étude a conduit à l'erreur^ et a fait adopter des moyens insuffisants et même nuisibles. Cette croyance anticipée sera réfutée par la force des raisons qui jailliront de l'étude même des médications» Nos conséquences ne failliront jamais , parce qu'elles seront toujours en harmonie avec l'expérience.
§ P'. Des évacuants.
Longtemps avant que la colique de plomb fût bien connue^ l'action délétère du plomb avait déjà été observée et les évacuants avaient été conseillés. Celse v-oulait qu'on fit vomir ceux qui avaient avalé de la céruse. Dioscoride allait plus loin : il voulait qu'on ajoutât la purgation au vomissement , afin de combattre la constipation. Paul d'^Egine et iEtius , partisans du rôle que joue la bile dans cette maladie , voulaient que, pour l'évacuer on eût aussi recours aux vomitifs et aux purgatifs. Avicenne fut de leur opinion , et il associa les diurétiques aux autres évacuants. Cette théorie humorale régna pendant de longues années, livrée au caprice de chacun , parce que rien n'était encore fixé ni connu sur la maladie saturnine.
En 1602 seulement, ce traitement sembla prendre plus de régularité entre les mains des religieux italiens que Marie de Médicis avait fait venir pour gouverner l'hôpital de la Charité. Sous le nom de macaroni, ils employèrent un remède
composé d'une partie de verre d'antimoine et de deux parties de sucre, le tout pulvérisé et bien mêlé : on le donnait à la dose d'un scrupule , trois ou quatre jours de suite. Les succès de ce remède contre la colique des peintres firent affluer à la Charité les malades qui en étaient atteints. Lorsque les médecins eurent remplacé les religieux , ils continuèrent la méthode qu'ils y avaient trouvée sanctionnée par l'expérience , en lui faisant subir des changements nécessités par quelques revers ; et, sous le nom de mochlique , ils la transformèrent successivement en une méthode purgative plus franche et plus douce. C'est ainsi que nous voyons les médecins Delorme , Hardouin de St-Jacques , Colot et Imbert se succéder et populariser de plus en plus le traitement qui prenait le nom de l'hôpital où il était employé , et qui mérile encore la vogue dont il jouit , comme s'il était un secret , un arcane renfermé dans son enceinte. Il nous serait impossible d'en suivre toutes les phases et d'indiquer les changements que chaque médecin a pu lui faire subir. On ne trouve rien de positif à cet égard avant l'ouvrage d'Allen, où le traitement alors employé est consigné dans le m® volume de son Jhrégé de médecine pratique , publié en 1737.
De nouvelles attaques , dirigées contre cette médication par Burette, Renaulme, surtout par Lehoc, l'auraient peutêtre fait rejeter définitivement , si Desbois de Rochcfort ne l'eût encore modifiée en lui associant les calmants, et en la constituant telle qu'il l'a donnée dans sa Matière médicale. C'est la même que M. Mérat a conservée en en modifiant encore les formules pour la rendre plus simple. Nous nous dispenserons de citer les formules données par Dubois, par Bouvard , par Combalusier et par Desbois de Rochefort ; mais nous croyons indispensable de transcrire celles qui étaient employées à l'époque où M. Mérat faisait son travail, les voici :
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Le jour d'entrée du malade ou le lendemain à la visite , ou donne de suite le lavement purgatif des peintres , composé ainsi qu'il suit : IjL feuilles de séné. 5 IV = 10 grammes.
Faites bouillir dans une livre d'eau et ajoutez à la décoction :
Sulfate de soude. . 3 IV = 16 grammes. Vin émétique. . . ^ IV = 125 » Dans la journée, on donne l'eau de casse avec les grains, dont voici la recette :
Eau de casse simple — ib jj 1 ,000 gr. Pour l'obtenir , on fait bouillir : casse en bâton concassée, J jj = 63 gram. , dans deux livres d'eau-, passez la décoction, ajoutez : sel d'cpsom. . . ^ j = 31 gram.
Emétique . .G jjj = 0,15 »
Quelquefois on ajoute si la maladie est grave :
Sirop de nerprum §1=31 gram., ou confection hamech. . 5 II = 8 grammes.
Le soir cinq heures, on donne le lavement dit anodin , fait avec : huile de noix . § VI = 187 grammes. Vin rouge . . § XII = 375 »
Et à huit heures, on administre encore un gros et demi de thériaque, dans laquelle on incorpore ordinairement un grain et demi d'opium , ou seulement un gros de thériaque et un grain d'opium.
Le deuxième jour , on prescrit l'eau dite bénite , ainsi composée : Iji, tartre slibié gr. VI — 0,30 : eau tiède § VIII = 250 grammes, à prendre en deux fois , à une heure de distant e.
Quand le malade a vomi on lui donne, le reste du jour , la boisson suivante, qu'on appelle tisane sudorifique : Gayac , \
Squine > § l = 31 grammes.
Salsepareille , |
Faites bouillir pendant une heure dans eau commune ib III = 1,500 grammes. Réduisez à deux et ajoutez :
Sassafras ^ I = 31 grammes.
Réglisse 5 IV = 10
Faites bouillir légèrement et passez.
Le soir, à cinq heures, le lavement anodin; à huit heures , la thériaque avec l'opium , comme le premier jour. Le troisième jour, on donne la tisane laxative qui suit :
Tisane sudorifique siraple . , tb II = 1,000 gr.
Séné § j = 31 »
Faites jeter quelques bouillons et passez : à prendre en quatre fois dans la matinée.
Dans la journée , la tisane sudorifique simple ; le soir , à quatre heures , le lavement purgatif des peintres ; deux heures après, le lavement anodin; enfin , à huit heures, la thériaque avec l'opium.
Le quatrième jour, on administre le purgatif des peintres , dont voici la formule :
^ Infusion de séné ^ VI = 187.
Elle se fait avec deux gros de séné et huit onces d'eau , qu'on réduit à six par l'ébuUition :
Sel de Glauber §1 = 31.
Jalap en poudre ^1—4.
Sirop de nerprum = 3\.
On aide l'action du purgatif par la tisane sudorifique simple : à cinq heures , le lavement anodin , et à huit heures du soir, la thériaque et l'opium.
Le cinquième jour, la tisane sudorifique laxative; le soir, à quatre heures , le lavement purgatif; à six , le lavement anodin ; à huit , la thériaque avec l'opium.
Le sixième jour, on revient au traitement du quatrième jour.
Le septième jour, tisane sudorifique laxative, tisane su-
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(lorifiquc simple, lavement purgatif, lavement anodin, thé-
riaque et opium-
Ordinairement les malades sont guéris après la seconde médecine. S'il en était autrement , c'est-à-dire si les douleurs subsistaient encore , on réitérerait le purgatif une , deux , ou trois fois de plus , en observant d'ailleurs la même conduite que les quatrième et sixième jours ; dans les jours intercalaires , on se comportera conime les troisième et cinquième jours.
On insiste sur l'usage de la tisane sudorifiquc , même plusieurs jours après que le malade est guéri.
Nota. 11 y a des circonstances , rares à la vérité , où les malades ne vomissent ni n'évacuent les purgatifs administrés. On emploie alors les bols purgatifs des peintres, dont voici la recette :
1/L Diagrede gr. X = 0,6»^, résine de jalap, g X x= 0,55.
Gomme gutte, gr. XII = 0,65 — confection hamech 31 = 6.
Sirop de nerprura , Q. S., pour faire douze bols.
On en prend un , de deux heures en deux heures.
Ce traitement a encore subi quelques modiGcations. Voici les formules qu'on donne M. Tanquerel ;
1"^ jour, eau de casse avec les grains, tisane sudorifique simple , lavement purgatif le matin , lavement anodin le soir , et thériaque , une once ; opium , un grain.
2^ jour, eau bénite, tisane sudorifique simple; lavement puri^^itif; lavement anodin; thériaque et opium.
jour , tisane sudoriflque laxative , deux verres ; tisane sudorifique simple , lavement purgatif, lavement anodin, thériaque et opium.
jour , potion purgative le malin , tisane sudorifique simple , thériaque et opium.
5"^ jour , tisane sudorifique laxaiive , deux verres ; tisan(^
TUÉRAPEUriQlJE. 1()9
sudorique simple, lavement purgatif, lavement anodin, thériaque et opium.
6*^ jour, potion purgative le matin ^ tisane sudorifique, thériaque et opium.
7^ jour, tisane sudorifique laxalive , tisane sudorifique simple, lavement purgatif, lavement anodin, thériaque et opium.
Nous nous dispensons de reproduire le formulaire des prescriptions.
« Ainsi, ajoute M. Tanqucrel, le traitement de la Charité se compose de purgatifs drastiques , d'opiacés et de sudorifiques.
« Quelquefois les médecins qui suivent le traitement de la Charité, se croient obligés de revenir à plusieurs fois au vomitif, et de doubler ou même de tripler la dose d'émétique.
« Chez les enfants , les personnes faibles et les femmes , on fractionne le traitement. Il importe surtout d'en agir ainsi pour le vomitif et pour le purgatif, dont on ne donnera qu'une demi dose ou deux-tiers au plus.
t Lorsque les médicaments de ces diverses formules répugnent trop aux malades, ou qu'ils les vomissent, il faut administrer seulement les médicaments qui peuvent ne pas causer le vomissement et être avalés sans trop de dégoût.
« Pendant le traitement, on doit prescrire une diète sévère durant les deux ou trois premiers jours ; on augmente ensuite graduellement les aliments. »
Nous avons cité textuellement , parce que nous n'aurions pas pu y faire le moindre changement sans altérer la fidélité des formules d'un traitement fameux , dont la réputation s'est transmise d'âge en âge jusqu'à nous , qui a été préconisé avec enthousiasme , et dont les partisans ont fait un moyen sine quâ non de guérison , tout en modifiant souvent les formules.
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. Les deux premiers jours de celte médication, dit M. Tanquerel, le malade vomit un grand nombre de fois, mais va rarement et difficilement à la garde-robe. Les selles ne sont presque jamais composées de matières solides; le plus souvent les lavements sont rendus tels qu'ils ont été pris. Ordinairement le malade se trouve peu ou point soulagé; dans quelques cas , cependant , de colique violente , modérée ou légère, l'affection disparait complèlement à cette époque, même sans garde-robes, à la suite de vomissements fréquemment répétés.
« Le troisième jour , on observe , dans quelques cas , des selles abondantes et un soulagement marqué.
« C'est surtout le quatrième jour que de nombreuses selles , composées en parties de scybales , ont lieu ; et qu'enfin les douleurs et les autres symptômes diminuent rapidement d'une manière notable.
« Les jours suivants , les symptômes de la colique finissent par disparaître d'une manière insensible. Le sixième jour enlève souvent, par enchantement, les dernières souffrances, mais toujours en purgeant.
« Nous n'avons jamais observé le développement d'un seul cas de gastro-entérite à la suite de l'administration de ce traitement. »
Comment agit le traitement de la Charité pour guérir la colique?
Les premiers médecins qui s'en servirent pensaient que ce remède possédait une action inconnue , magique , qui chassait et corrigeait les particules métalliques , comme le mercure guérit les maladies vénériennes , et le quinquina les fièvres intermittentes. C'était une méthode antique et spécifique , de laquelle il ne fallait pas même demander la raison (Bordeu). « Dubois affirme qu'à l'aide de cette médication magique , on arrache du mésentère les particules
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mélalli(j[ues , on les déloge cl on les chasse , comme on ôtc la poussière d'une étoffe de laine. »
Personne n'a fait des efforts plus sérieux que Combalusier pour expliquer l'action de chaque préparation de ce traitement. Il donne de chaque substance une appréciation savante et bien avancée, telle que c'est celle qui a depuis servi de guide à la plupart des auteurs.
« Dans le traitement de la Charité, dit Bouvard , on voit des lavements fortement purgatifs et stimulants, un vomitif puissant et commun , capable d'exciter des secousses fortes qui puissent détacher les parties métalliques nichées dans les membranes de l'estomac et des intestins ; un calmant efficace pour porter la stupeur dans les fibres sensibles et douloureuses ; des purgatifs âcres et irritants , pour exciter à la sécrétion des organes paresseux; en un mot, des tisanes sudorifiques et des potions cordiales,, pour relever le ton des fibres , animer la circulation et aider la nature à expulser les restes des particules minérales qui ont échappé à l'action des autres remèdes. »
Desbois de Rochefortet Leroux ont, à peu de chose près, donné les mômes explications.
M. Mérat admet une irritation spéciale comme action curative. Tout en regardant comme oiseuses ces discussions sur le mode d'action du traitement , M. Tanquerel admet qu'iZ agit en imprimant une vive secousse à tous les organes qui sont le siège de la colique. « Cette méthode perturbatrice, dit-il , change violemment la manière d'être des solides et des liquides , et les ramène à l'état normal , après avoir chassé probablement le poison, cause de tous les accidents.» Cette explication se rapproche du reste beaucoup de celle de M. Mérat.
Quel que soit le mode d'action du traitement de la Charité, il exerce une action réelle et puissante contre la colique saturnine. Il la guérit en peu de jours; il prévient les
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rechutes, et il empêche les suites encéphalopathiques, paralytiques et arlhralgiques de se développer. Tout en reconnaissant SCS bons effets , nous ne lui attribuons point , avec MM. Mcrat, Tanquerel, et beaucoup d'autres, cette infaillibilité qu'ils lui supposent.
D'après ce que nous avons vu, les médecins se sont proposé deux indications dans l'administration du traitement. Ils veulent : 1" éliminer la cause du mal, le plomb ; combattre le phénomène le plus dominant , la constipation. Le premier but ne peut pas être atteint; il est illusoire. Malgré l'assentiment de Tronchin , Wilson , Dubois , Lentin , Samuel, et de quelques chimistes modernes , nous savons que le plomb en nature n'existe plus, et qu'il n'a même le plus souvent jamais existé dans les premières voies ; nous savons aussi combien sont impuissants les essais de la chimie pour nous démontrer la présence du plomb dans nos tissus ou nos liquides en quantité suffisante pour occasionner l'affection saturnine. Il ne reste donc plus que cette modification vitale sui generis de Stoll. Cette modification, à la fois cause des douleurs et de la constipation , doit être changée pour dissiper la maladie. C'est là précisément ce qu'opère le traitement purgatif. Il agit, comme le dit M. Tanquerel, en imprimant une secousse violente à tous les organes. Oui, c'est par cette secousse qu'il produit une modification nouvelle , qu'il oppose une modification thérapeutique à la modification pathologique. Or, la modification thérapeutique est artificielle et de courte durée. D'ailleurs , elle se juge elle-même par les évacuations qu'elle produit , par les sécrétions séromuqueuses intestinales qu'elle sollicite. Ainsi , les purgatifs agissent réellement ; mais ils ont un double mode d'action : d'abord ils causent une impression vive sur la fibre de l'intestin, pour en solliciter la contraction. Ils agissent donc sur le système nerveux cérébral. En second lieu, ils agissent sur les organes sécréteurs, et ils en solli-
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citent l'action suspendue. Ils agissent donc sur le système nerveux ganglionnaire, qui en est l'agent incitateur. De cette double action il résulte une médication complexe , qui s'adresse à la fois aux deux systèmes nerveux malades. Le but eSt 4onc atteint.
Cette explication n'est pas admise par tout le monde. M. Legroux vient d'adresser à l'Académie de Médecine un mémoire dont M. Bricbeteau a donné l'analyse dans la séance du 20 mars 1848. Considérant que le plomb , après plusieurs métamorphoses , est venu se déposer surtout dans le tissu de la membrane muqueuse intestinale, il propose, entre autres moyens, les purgatifs longtemps continués , afin d'en déterminer l'expulsion par absorption révulsive. Il y joint les bains sulfureux et les bains savonneux, pour éliminer aussi par la peau. Il préfère les purgatifs aux neutralisants , parce que ceux-ci peuvent être absorbés dans l'estomac et ne pas arriver dans l'intestin. C'est donc, à peu de chose près, se prononcer en faveur du traitement de la Charité.
Malgré tout le bien que nous en avons dit, nous ne regardons pas ce traitement comme parfait , comme le seul curatif. Beaucoup de médecins ont cherché à le simplifier en lui conservant son action purgative, qui est le but de la médication. Ils ont pensé pouvoir simplifier ce farago de remèdes sans leur rien faire perdre de leurs vertus. Quelques-uns ont supprimé les opiacés, d'autres les vomitifs, quelques-uns même les purgatifs pour ne conserver que les vomitifs. Nous allons jeter un coup-d'œil sur les principales de ces modifications.
Disons que depuis Philipp, qui, en 1763, faisait connaître les bons effets qu'il avait obtenus de l'emploi de l'émétique et des purgatifs, on les a presque toujours associés, comme on le voit , dans le traitement de la Charité. Cependant M. FouquiercrutfJoMrnaZ général de Médecine, t. 78, p. 252)
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devoir supprimer l'émélique elles calmants comme inutiles. Mais la lenteur de la guérison lui a fait recourir à l'émélique au début. Ce moyen rend beaucoup plus prompte l'action des purgatifs. (Leçons de clinique, mars 1849.)
Indépendamment de ces purgatifs, il est des moyens purgatifs spéciaux qui ont été vantés, et qu'il importe de faire connaître.
Lavements purgatifs. — Nous ne nous serions pas occupé de ce mode de purgation , si deux auteurs n'en eussent pas fait une méthode curative absolue. Car, excepté MM. Fournier et LuUier Winslow, on les a toujours associés avec succès, comme adjuvants, aux purgatifs, aux opiacés, à l'alun, etc. Ces deux praticiens faisaient de la constipation l'élément essentiel de la maladie ; et, voyant la santé se rétablir aussitôt que les selles étaient provoquées soit par des minoratifs,soit par des lavements purgatifs, ils ont prôné ceux-ci comme médication sulTisante et absolue. M. Tanquerel est ensuite le seul qui lésait administrés isolément, a6n d'en étudier l'inQuence réelle. Sur 16 malades traités de cette manière, 6 ont été guéris au bout de quatre jours,, 5 au bout de six jours, et les autres ont exigé un temps infini pour être guéris complètement. Aussi les conclusions de M. Tanquerel ne leur sont pas favorables.
Huile de ricin. — Lorsque la colique des peintres est légère , beaucoup d'auteurs pensent qu'il suffît des laxatifs les plus légers pour la combattre. Ils ont recours pour cela, à l'emploi de différentes huiles et surtout de l'huile de ricin. Grashuis, Barry, Samuel, Moseley, Valsalva, Fricher, Grimaud, Odier, Romans, Eyerel, Renauldin, Hungcrbybler, Frièse, etc., en ont fait usage avec succès , mais aucun n'a eu l'intention de l'ériger en remède unique et spécial. La plupart même n'y ont pas recours d'emblée , excepte dans les cas les plus simples. Ils n'y ont recours que lorsque d'autres moyens ont déjà amendé la maladie, et afin de favoriser
les selles qui sont le seul accident qui reste ; ainsi, comme adjuvant , cette huile sera d'un grand secours, mais comme remède unique , elle échouera le plus souvent, surtout dans les coliques intenses. Tel est le résultat des essais comparatifs faits par M. Tanquerel, sur 48 malades.
Quelques auteurs ont môme cherche un purgatif encore plus doux , dans les huiles d'olives, de pavot blanc, et surtout d'amandes douces. Bang, Grashuis, llsemann, James, Brambilla , en ont parlé avec avantage ; mais leur impuissance ne permet d'y recourir que lorsqu'on veut adoucir plutôt qu'évacuer, ou lorsque la maladie est très-bénigne, ou bien enfin lorsque, par d'autres moyens, elle est tellement modifiée , que le médicament le plus simple sufiit pour provoquer les selles.
Eau de Sedlitz. — Ce purgatif innocent peut, de même que l'huile de ricin , être employé dans les cas de colique légère. Il peut même quelquefois lui être préféré, parce qu'étant pris avec moins de répugnance, il sera mieux gardé, il portera mieux son action sur le canal intestinal ; mais il échouera dans les coliques intenses.
Ce n'est pas à dire pour cela qu'il ne puisse pas réussir dans des cas qui auront résisté au traitement le plus énergique de la Charité, de l'huile de croton tiglium etc. On a vu cela quelquefois et on a eu raison de ne pas en conclure la supériorité de l'eau de Scdlilz. Que ce soit une simple coïncidence, comme le veut M. Tanquerel; ou plutôt, que ce soit une de ces bizarreries vitales , dans lesquelles il est impossible d'apprécier au juste la modification morbide et la susceptibilité qu'elle manifestera en faveur de tel remède plutôt que de tel autre. Ne craignons point de le dire, l'Ecole de Paris ne s'est pas assez occupée de la puissance de la vie dans le jeu physiologique de l'économie malade. Elle a trop négligé les mille modifications sous lesquelles la même maladie peut se présenter, selon mille circonstances de
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phase , d'idiosyncrasic , etc. Le nil plané sincerUm de Galien lui a échappé. Son positivisme anatomique lui a bien souvent empêché de trouver la vérité, là oii le vitalismc la lui aurait révélée , ou lui aurait montré la raison de ces variations inexplicables par l'organisme pur. C'est en yain que , du haut de son fauteuil , le président de l'Académie de médecine vient de faire résonner les voûtes de la salle , de ses opinions physiques et chimiques. Elles n'auront point d'autre retentissement en Europe. Partout elles seront repoussées comme des erreurs dangereuses , parce qu'il n'est pas vrai que la chimie et la physique suffisent pour expliquer les phénomènes de la vie. On serait coupable de ne pas reconnaître ce qu'on doit à ces deux sciences ; mais on le serait davantage de partir des faits dans lesquels elles jouent un rôle , pour faire dépendre d'elles tous les actes de l'économie. De part et d'autre , il y aurait erreur et aveuglement.
Ainsi que les autres purgatifs de son espèce , l'eau de Sedlitz pourra convenir dans les cas légers, et comme adju vant, lorsque la maladie aura été modifiée par d'autres traitements.
C'est dans le même but de simplicité , que plusieurs médecins veulent n'administrer que les sels purgatifs de magnésie, de potasse ou de soude, parce qu'on les trouve toujours sous la main , parce qu'ils n'ont rien de repoussant, parce qu'ils procurent le môme résultat et sans faire courir aucun danger.
Huile de croton tiglium. — Dès le moment que la néces sité de combattre la constipation opiniâtre de la colique saturnine était la pensée dominante des praticiens , l'huile de croton tiglium dut, à cause de son action puissante, se présenter comme le moyen le plus convenable de remplacer le traitement polypharmaque de la Charité. Aussi elle ne fut pas plus tôt connue , qu'elle fut employée par le docteur
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Kinglake, MM. Rayer et Andral firent de nouveaux essais. M. Tanquerel fit connaître, en 1823^ la pratique de M. Rayer, dans sa thèse sur la paralysie de plomb. M. Joret fil connaitre celle de M. Andral également dans sa thèse. Ce moyen si simple, si puissant et si facile à manier, lut adopté par la plupart des médecins. On le vit presque partout remplacer le traitement informe de la Charité, même dans cet hôpital. On peut en juger par la quantité d'observations que M. Tanquerel a pu recueillir dans les services de MM. Bailly et Rayer. 468 cas ont été traités, dans l'espace de peu d'années, par l'huile de crolon tiglium, tantôt seule, ^anlôt associée à d'autres purgatifs, tels que le lavement des peintres, l'huile de ricin, ou aux opiacés. M. Bailly a vu souvent les souffrances se terminer dans un jour, et, terme moyen, en 72 ou 80 heures. Nous ne saurions mieux faire <}ue de transcrire ce qu'en a dit M. Tanquerel lui-môme. Sa relation est précieuse par l'esprit d'investigation et de bonne foi qui a présidé à sa rédaction. Un extrait ne pourrait qu'en diminuer la valeur.
« Dans 290 cas de colique , ce médicament a été administré seul, une ou plusieurs fois, suivant l'intensité et la ténacité des symptômes. Les jours où il n'y a pas eu d'huile de croton prescrite , un lavement des peintres a été donné ou de l'huile de ricin ; de l'eau de Sedlitz a été administrée dans 85 de ces cas.
a Chez 80 autres malades , le jour même où !e crolon a été administré , le malade a pris, le soir, un lavement purgalif comme moyen adjuvant.
a Tous ces malades, au nombre de 370, à l'exception de "28, ont été guéris , terme moyen , dans l'espace de quatre à cinq jours. La coliqae fut violente chez 141 , modérée chez 123, et légère chez 106. La colique violente mit un peu plus de tcmp disparaître.
a Le mode d'administration préférable est le suivant : On
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lait avaler une goutte d'huile de croton dans une cuillerée de tisane; prise à la même dose en pilules, dans du rob de sureau, ou avec d'autres médicaments, elle agit avec beaucoup moins d'énergie. La maladie disparaissait d'autant plus vite que l'huile était donnée un plus grand nombre de jours de suite.
« Nous avons remarqué assez souvent que si l'on se con - (ente de prescrire l'huile de croton une seule fois , la colique diminue d'abord, puis elle augmente ensuite insensiblement et lentement les jours suivants. On est alors obligé de recourir de nouveau au purgatif drastique. Pour réussir, il faut le prescrire au moins trois jours de suite , quand bien niéme la première dose aurait produit des merveilles.
« Qu'on ne soit pas arrêté par la crainte de l'inflammation , nou sn'en avons pas observé un seul exemple. Trois^ fois seulement il y eut quelques symptômes d'irritation gastrique , qui disparurent du jour au lendemain par le repos et quelques émollients. Les malades atteints de colique de plomb peuvent, sans inconvénient, supporter des purgatifs beaucoup plus violents et à beaucoup plus haute dose, que les individus atteints do maladies étrangères au plomb.
« Il est utile de prescrire le soir un lavement purgatif, lorsque l'huile du matin n'a produit aucun résultat. II vaut encore mieux prescrire une seconde goutte d'huile de croton le soir.
« Les effets de l'huile de croton suivent très-peu son introduction dans l'estomac; une, deux ou trois heures après qu'elle a été prise, son action physiologique et thérapeutique commence.
« Assez souvent une amélioration étonnante a eu lieu le lendemain de la première administration du croton. Quelquefois les selles manquent le premier jour , et il y a des vomissements abondants; mais la dose suivante , à la suite de trois à vingt selles , amène l'évacuation d'une quanlik-
tllÉRAPEUTIQUi:. 179
considérable de matières fécales, dures, arrondies (scj baies), l es troisième , quatrième et cinquième jours , tout finit par disparaître.
« Dans la moitié des cas environ des vomissements surviennent; un soulagement marqué leur succède : quelquefois même il arrive que l'huile de croton est uniquement vomitive et non purgative. Alors , tantôt elle guérit , tantôt son emploi n'est suivi d'aucun succès. C'est le cas de confier à l'estomac un autre médicament que l'huile de croton. On peut l'incorporer dans 1 huile de ricin , ou la donner en lavement ; mais alors la guérison n'est pas aussi prompte.
« Il est bon, après avoir prescrit pendant un ou plusieurs jours de suite l'huile de croton , de faire usage , pendant quelques jours , de lavements purgatifs, quand bien même le malade ne ressentirait plus la moindre colique.
« L'association des opiacés n'a produit des résultats ni plus ni moins avantageux. Cependant, chez quelques malades fatigués de superpurgations produites par l adminisralion répétée du croton, ils font disparaître promptement ces accidents.
« Ainsi, 35 malades sur 460, traités par l'huile de croton, n'ont pas guéri; preuve que l'on ne peut pas dire toujours tel traitement parvient à guérir la colique de plomb. Chez quelques malades , à peine l'huile est-elle ingérée , qu'elle donne lieu à une grande agitation; le malade vomit, il éprouve un sentiment de brûlure le long de l'œsophage et à l'épigastre; chaque fois qu'il veut boire, le goût du croton se renouvelle, et il vomit les boissons de plus facile digestion. Dans ces cas, si on persistait à faire usage de l'huile, on pourrait déterminer des accidents inflammatoires. Quatorze furent vigoureusement purgés , et cependant la colique ne disparut pas ; il fallut s'adresser à d'autres médications énergiques. Chez un de ces malheureux , tout fut inutile.
« Nous avons constaté vingt rechutes chez tous ces ma -
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ladcs. Dans seize cas , la paralysie s'est déclarée à la suilo de coliques traitées de celte manière; l'encéphalopathie s'est montrée dans neuf cas.
M 11 est des saisons qui favorisent l'action de l'hurle de crolon. Par un temps humide et froid, ce médicament agit avec moins d'avantage que par un temps sec et chaud. Plusieurs fois nous avons été étonnés de voir un assez ban nombre d'insuccès pendant un mois qui suivait un autre mois, 011 nous n'avions à enregistrer que des succès.
« Tel est le Iraileraent qui guérit le plus tôt et le plus souvent , soulage le plus vite , met le plus positivement à l'abri des rechutes et des accidents de l'empoisonnement saturnin cérébral. Cette formule de traitement est la meilleure ; elle remplace avantageusement la médication mise autrefois en usage par nos pères , tant sous le rapport de la supériorité comme moyen thérapeutique , que sous le rapport de la facilité de son administration. Cependant, l'huile de crolon n'est point une médication spécifique de la colique de plomb. »
Nous sommes étonné qu'en signalant les variations du remède, M. Tanquerel n'en ait pas tiré cette conséquence si naturelle des modifications infinies que la vie impose aux actes physiologiques et morbides. La vérité lui a fait reconnaître le fait. L'atmosphère dans laquelle il vit ne lui a pas permis d'en saisir les conséquences.
Le docteur Bo , de Genève , n'a pas craint d'élever la dose du crolon, beaucoup plus haut que ne l'a fait M. Tanquerel. Dans une lettre adressée au docteur Trombeo et insérée dans le Répertoria mcdico-chirurgico del Pietnonte, juillet 183ô, il dit en avoir retiré de très-bons effets à doses croissantes jusqu'à vingt gouttes, dans des cas où d'autres moyens avaient échoué. Dans le mois d'avril 1845. M. Dassier, médecin de riIôtel-Dieu de Toulouse , a fait connaître dans un travail (De l'emploi de l'huile de crolon tiglium dans la colique des
peintres) les essais comparatifs auxquels il s'était livré sur remploi de cette substance comparée dans ses effets avec ceux du traitement de la Charité. Ils sont tous favorables à l'huile de crolon. Il en donne deux gouttes le matin et quelquefois une le soir. Deux ou trois jours sulfisent pour guérir, lorsque la maladie n'est pas trop avancée. Il cite plusieurs faits.
J'ai eu plusieurs fois occasion de recourir à l'huile de croton pour simplifier la méthode purgative de la Charité. J'en ai obtenu de très-bons effets; mais j'ai toujours fait prendre une goutte et demie à deux gouttes, en proportionnant toutefois la dose au degré d'intensité de la constipation. Je n'ai obtenu de guérison qu'au bout de quatre à six ou huit jours.
Celle huile est assez généralement adoptée aujourd'hui dans la plupart des hôpitaux de Paris , même à la Charité. M. Legroux en fait le plus grand éloge dans son premier mémoire inséré dans le Journal des Connaissances médicochirurgicales y n*' 6, septembre 1843. Elle s'est toujours montrée supérieure aux autres purgatifs. Il est vrai que les bains sulfureux, les bains savonneux, et les bains lièdes alternés , ont dû contribuer à la cure , par la soustraction du sulfure de plomb qui se formait à la peau. Cet usage sur lequel il insiste beaucoup , a plutôt , selon lui , pour but de prévenir les rechutes, en enlevant à l'épiderme les molécules plombiques qui s'y sont incrustées, et en prévenant ainsi une nouvelle action du métal. Il a essayé de substituer les bains vinaigrés aux bains savonneux ; ils n'ont pas réussi. Il a eu recours aux simples bains tièdes et aux frictions avec la brosse; il a très-bien réussi. Nous avons fait à plusieurs reprises d'inutiles recherches pour constater cette trans" formation du plomb cutané en sulfure noir par les bains sulfureux. Il nous a paru que ces bains déposaient sur toulc les peaux une couche analogue. Notre observaîion scrail-r
IS2 COLIQUE SATURNINE.
elle en défaut? ou bien M. Lcgrouxse serait il trompe? Au surplus celle reniarque n'est pas d'une conséquence bien grande, puisqu'elle n'a pas pour but le traitement direct , mais seulement la prophylaxie des rechutes.
D'autres purgatifs ont encore été préconisés contre la colique des peintres. Wolff pense que l'activité de l'extrait de coloquinte devrait lui mériter un usage plus étendu et peutêtre le faire préférer au traitement de la Charité.
II n'est pas toujours possible d'administrer les purgatifs par le haut; l'état de l'estomac s'y oppose quelquefois. Alors ou cherche à l'y disposer par des moyens convenables , en môme temps qu'on donne les purgatifs par le bas, M. Piorry est allé plus loin ; il a voulu préciser les cas dans lesquels les purgatifs devaient être donnés par le haut, et ceux dans lesquels ils devraient être donnés? par le bas, suivant l'état de l'intestin, suivant le lieu où les matières stercorales sont en stagnation. A l'aide du plessimètre , il démontre que le lieu de cette stagnation n'est pas toujours le même. Lorsque la matilé se fait sentir dans le trajet de l'intestin grêle, c'est là que séjourne la matière , c'est là qu'est la paralysie , c'es* par le haut qu'il faut purger. Lorsque la matilé se fait scnlir sur le trajet du colon, c'est lui qui est le siège de l'accumulation stercorale , c'est lui qui est paralysé : c'est en lavement qu'il faut donner les purgatifs. Lorsque la matilé est générale, alors tout le canal digestif est malade; il faut agir par le haut et par le bas, aûn d'atteindre le mal partout où il siège, afin d'agir à la fois sur le petit et le gros intestin.
Nous pouvons rapprocher de la médication purgative tous les moyens révulsifs ou éliminatoires qu'on a essayé de lui substituer. Ainsi on a proposé de la traiter par le mer cure administré dès le début et donné jusqu'à la salivation. La maladie cède quand le ptyalisme commence. Devonsnous accorder notre confiance à un moyen aussi incertain t mémo aussi grave? Quand viendra, en effet, la salivation?
Sora-co au bout de deux ou trois jours, ou au bout de dix jours, ou même pas du tout? El quand elle sera venue , quand et comment s'en ira-t-elle? Les accidents du côté de la bouche sont quelquefois si dangereux et si graves, qu'on ne comprend pas qu'un médecin judicieux puisse choisir une méthode hérissée de pareils dangers.
Baglivi réduisait le traitement aux seuls sudorifiques , dans l'intention d'éliminer par la peau le principe morbifique. Il est le seul.
§ If. Des calmants.
Il serait étonnant que les calmants eussent été négligés dans une maladie qui est caractérisée par des douleurs iitroces, par des spasmes ou des convulsions , en un mot, par un ébranlement nerveux général. Aussi les trouve-t-on conseillés tantôt comme formant une médication complète cl spéciale; tantôt et le plus souvent, pour remplir seulement une indication importante, et les associer comme adjuvants aux autres moyens employés. Nous trouvons parmi les médecins qui en ont conseillé l'emploi les noms les plus honorables et les plus dignes de confiance, depuis Citois jusqu'à «os jours ; car Citois, et ensuite Lentilius , Dehaën, Troncbin , Stoll , Burger, Payen, Hillary, Romans, Luzuriaga , Adair, Wolff, Bourdois, MM. Brachet, Bricheteau, Bouvier, Martin Solon, ont fait connaître les succès qu'ils en avaient retirés.
Ce sont le sirop diacode , les pilules de cynoglossc et le laudanum que Citois employait. II est vrai qu'il n'en fai^ pas le traitement en entier : il ne demandait à l'opium de remplir l'indication sédative, et pour lui elle n'était pas la seule.
Tronchin l'associait au camphre , et il en faisait prendre un demi grain de trois en trois heures. Il loue beaucoup
484 COLIQUE SATURNINE.
son admirable vertu. Huxham aussi voulait qu'on le donnât à haute dose.
Il était réservé à Stoll d'en faire une médication spéciale. Ce ne fut point chez lui une combinaison théorique préconçue ; ce fut même avec répugnance qu'il l'employa la première fois ; il craignait d'augmenter encore la constipation. Depuis sept jours un malade poussait des cris de souffrance; rien ne pouvait le faire aller à la selle , et il vomissait de temps en temps au milieu des douleurs les plus atroces. Touché de compassion , Stoll lui administra l'opium. Le ventre se relâcha spontanément ; les douleurs et les vomissements cessèrent. — Ce premier succès l'encouragea , et il fit depuis des cures très-heureuses , promptes, solides , multipliées. Il fallait , selon son expression , l'administrer à des doses proportionnées à la grandeur du mal et les continuer longtemps : Doses opii largas hic morbus exigit , et fréquenter repetitas et diù ; indè felicissimas curationes celeres-
quefeci et confirmatas atque numerosas opium neutiquam
morhum palliât y sed cum perseverantiâ sanat. Il faisait prendre, dans les vingt-quatre heures, une mixture composée jjvec dix grains d'opium , six onces d'eau de fleurs de camomille, un gros et demi d'extrait et une once et demie de sirop des mêmes fleurs. Il en fallait donner un sixième toutes les quatre heures , et il en continuait l'usage plusieurs jours. Cette condition est indispensable pour guérir; autrement la colique revient. « Je n'en cessais pas l'emploi , dit-il , quoique le malade fût délivré de ses douleurs. Il fallait que le pouls eût récupéré sa souplesse naturelle : tant que ce signe manque , le poison n'est point entièrement détruit. )) Cependant , nous devons le dire , malgré sa prédilection pour l'opium, Stoll l'associait ordinairement aux vomitifs et aux purgatifs. Il combinait ainsi les deux méliîodes calmante et évacuante. Cette méthode composée , ditil , me réussit complètement ; elle n'a point les inconvénients
TUÉUAPEUTIOLE. 18.1
ilo l'une et (le l'autre employées séparément : elle ne pallie point, elle guérit. » Ces courtes réflexions sur cette association nous font bien regretter qu'il ne nous 'ait pas laissé le grand travail qu'il s'était promis de faire sur la colique d» plomb; car dans cet état de choses la méthode évacuante peut revendiquer une grande part dans les succès qu'il obtenait. Aussi, malgré l'assentiment et les éloges donnés par Grimaud au traitement de StoU par l'opium , malgré les avantages que lui trouvait Gendron, en 1797 , lorsqu'il était donné à très-haute dose, dix-huit grains par jour, le traitement de la Charité, présenté avec tous ses avantages dans la monographie de M. Mérat, et soutenu par l'autorité de Pinel , avait continué à jouir d'une faveur universelle , lorsque M. Bracbet, qui s'était quelques années auparavant appuyé de cette évacuation qu'il employait alors comme d'une preuve de plus pour démontrer l'impossibililé de la nature inflammatoire de la maladie, publia, en 1827, son traité sur l'emploi de l'opium. Dans cet ouvrage, il fait revivre la méthode calmante de Stoll , mais avec plus de pureté; car il ne veut que l'administration seule de l'opium. Comme Stoll, il insiste sur la nécessité des doses considérables, afin de proportionner l'action du remède à l'intensité du mal. Il ne craint pas d'aller à un gramme par jour. De cette manière , il calme la douleur ; mais la maladie n'est pas encore guérie, l'opium n'en a combattu qu'un élément; il faut encore favoriser les évacuations. Cette nécessité laisse douter si la maladie est bien terminée avant qu'on ait évacué. C'est bien à tort qu'on a prétendu que M. Brachot préconisait la méthode par l'opium. Il se contente d'appeler l'attention sur elle, et de provoquer de nouvelles recherches. Elle ne détruit point, dit-il, les faits qui parlent en faveur du traitement de la Charité et qui lui donnent une confiance justement méritée. Luzuriaga, ayant reconnu l'impuissance du traitement de la Charité, essaya l'opium. Il en donnait un
Î86 COLIQDE SATURMNE.
grain loules les trois heures, et il obtint du succès. Adair fut plus hardi et plus conséquent : il en donna un grain toutes les heures. Bourdois de la Motte les réduisit à douze grains par jour, qu'il faisait prendre trois jours de suite. M. Bricheteau vintajouter le poids de son observation à l'autorité déjà si imposante de ces praticiens. Une expérience de{dix ans lui permet de présenter son opinion avec confiance. Il donne l'opium à la dose de deux grains en huit pilules , que le malade prend d'heure en heure. Si le mal résiste , il augmente la dose et il ajoute des lavements laudaniscs. Il fait appliquer en môme temps sur l'abdomen un emplâtre contenant de l'extrait gommeux d'opium. Il n'a jamais eu besoin de recourir aux émétiqnes ni aux purgatifs.
La découverte de la morphine devait la faire substituer à l'opium. C'est ce qu'ont fait MM. Bouvier et Martin Solon, à l'hôpital Beaujon et à la Charité , elle leur a procuré quelques succès , dont M. Filhos a consigné les résultats dans sa thèse inaugurale soutenue en 1833. Ses bons effets pouvaient être prévus d'avance. Ils en administraient un quart ou un demi grain jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu l'effet désiré. Ils ont pu en donner ainsi jusqu'à sept grains par jour , sans provoquer autre chose que la cessation des coliques. Un malade seulement est guéri en trois jours par le seul hydrochlorate. Ils associaient ordinairement les lavements purgatifs. La durée du traitement a été de trois à six jours.
M. Triberti, de Milan, a publié, en 18^7 , huit nouvelles observations de coliques saturnines traitées et guéries par l'opium à haute dose; ce qui fait trente en y joignant celles qu'il avait publiées l'année précédente. La dose a été de six à dix-huit grains par jour, et deux à trois onces de sirop diacode. Les malades n'ont été guéris que du quatrième au treizième jour. Les selles se sont toujours rétablies d'elles-mêmes, sans qu'il ait clé obligé d'adminis-
TIIÉnAPEUTIQLK 187
irer les purgatifs. Ce narcotique est , à ses yeux , le seul et véritable remède. Il fait la remarque déjà faite surtout par M. Brachet, que les malades ainsi torturés supportent avec une facilite étonnante les plus hautes doses administrées d'emblée. Ce n'est point comme calmant qu'il le donne, c'est , d'après la doctrine rasoricnnc , comme hypersthénisant. C'est donc en relevant le ton de la libre affaiblie qu'il est sensé agir. L'explication ne fait rien. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner ce que la doctrine peut avoir de vrai ou d'erroné; le fait seul nous importe.
M. Tanquerel , que nous nous plaisons tant à citer, parce que ses recherches sont consciencieuses et dégagées de toute prévention , donne le résultai de ses études pratiques sur l'emploi de l'opium et de ses composés. Trentehuit malades ont pris par ijour de deux à dix grains , ({uarante-six malades ont pris par jour depuis un jusqu'à sept grains d'hydrochlorate de morphine. « Les symptômes des quatre coliques légères ont disparu insensiblement dans l'espace de cinq à six jours. Lorsque l'affection était d'une intensité moyenne , elle a cessé au bout de six à sept jours. Et enfin, dans les cas de colique violente , les accidents n'ont disparu , terme moyen, qu'après huit à dix jours do traitement. Nous avons observé cinq rechutes , quatre cas de paralysie, pendant le cours ou au moment des terminaisons de la colique , et trois fois l'encéphalopathic s'est déclarée.
« Vingt-cinq cas de colique , dont six légères , dix modérées et neuf très-violentes , ont résisté à cette médication pendant douze à quatorze jours de traitement. L'emploi des purgatifs a dissipé les accidents.
« xMais dans huit cas de colique violente , et deux de colique légère , qui n'avaient pu être guéries que par l'usage repété des vomi-purgatifs^ l'administration des opiacés a fait cesser la colique en quelques jours.
188 COLIQUE SATURNINE,
« Le traitement par les opiacés a évidemment une in fluencc salutaire, plus marquée sur la marche de la colique, que toutes les médications que nous avons passées en revue. En effet, il abrège assez souvent de quelques jours la maladie , rend les rechutes , la paralysie et l'encéphalopa- Ihie un peu moins fréquentes.
« Lorsque la guérison est le résultat de l'administration dos opiacés, voici ce qui arrive le plus souvent : au bout de deux à trois jours de l'usage de ces médicaments , les malades se disent un peu soulagés , quoique ne dormant pas et n'allant point à la garde-robe.
« Les jours suivants, l'amélioration se continue d'une manière sensible; mais quelquefois le mal reparaît tout-à-coup avec toute son énergie , puis l'amélioration reprend le dessus , et la guérison arrive dans l'espace de temps précité. Dans un petit nombre de cas , la guérison arrive très-rapidement, dans l'espace de deux à trois jours. Les symptômes s'amendent quelques heures après l'administration d'une grande quantité d'opium.
« La guérison s'annonce par la cessation assez prompte des douleurs, suivie un ou deux jours plus tard de l'évacuation des matières fécales. On est étonné de voiries fèces sorlir avec autant de facilité.
« Les opiacés, administrés à haute dose aux individus atteints de la colique de plomb , ne développent pas aussi facilement que dans les autres maladies les symptômes du narcotisme , tels que l'ivresse , la somnolence , l'agitation , les bâillements, la pesanteur de tète, les rêves, les ténesmcs, les sueurs avec démangeaisons, les vomissements, la constipation, etc. ; aussi peut-on dans cette affection en donner à dose très-éleyée sans danger. »
Il résulte de tout cela que le traitement par l'opium , malgré ses avantages ne peut et ne doit pas constituer un traitement complet; mais qu'on aurait tort de le rejeter. Il est
un auxiliaire puissant, puisqu'il combat l'un des élémculs les plus graves de la maladie.
Aini-i, sans adopter exclusivement le traitement par l'opium, nous ne le repoussons point. Nous reconnaissons qu'on a eu tort de lui reprocher d'ausçmenter le narcotisme et la constipation. M. Brachet avait déjà démontré la raison du peu de fondement de ces craintes ; M. Tanquerel y a joint tout le poids de ses observations cliniques. Il ne fait point développer la paralysie , comme Baglivi le redoutait. Frank assure n'avoir jamais observé ce fâcheux, résultat. Nous n'avons pas vu non plus qu'il se soit présenté à l'observation dt s autres praticiens , et nous ne l'avons jamais rencontré. C'est un fait acquis à la science, que plus l'excitation nerveuse est grande, plus la dose du calmant doit élrc grande ; voilà pourquoi dans le tétanos, dans l'iléus nerveux, il faut de suite administrer des doses énormes si on veut réussir. La modification morbide de la colique saturnine ne peut-elle pas, comme ces excitations violentes, exigeraussi des doses considérables? Elle le peut, l'expérience le démontre tous les jours. Elle le peut, non-seulement pour la vicialion de la sensibilité , mais encore pour la constipation. Les autopsies n'ont-elles pas démontré que l'intestin était appliqué spasmodiquement sur les matières qu'il conlenait, et n'en a-t on pas conclu que c'était à celte contraction incessante qu'était due la constipation ? Or , l'opium , en combattant le spasme, détruit la constipation dont il était la cause, en favorisant les contractions régulières de la fibre musculaire, comme il ramène le jeu des muscles, lorsqu'il fait cesser la contraction tétanique des membres en quelque sorte paralysés par cette contraction continue. Celte explication est naturelle. Il ne lui manque que la sanction de l'expérience: car l'analogie ne suffît pas pour faire conclure. Il faut des faits; et même , en supposant que l'opium réussit , nous no conseillerions point de l'adopter, s'il réussissait plus lenlcment
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que d'autres moyens que l'expérience démontrerait plus eipéditifs , surtout s'il ne prévenait pas aussi bien les rechutes. La plupart des auteurs ont reconnu la nécessité d'administrer des purgatifs légers après qu'il avait calmé les douleurs, afin de provoquer les selles devenues alors plus faciles. StoUi Eustache , Hillary , Tissot , Waren , Brachet , Triberti , etc. , sont univoques. Tous recommandent entre autres les lavements purgatifs plus ou moins répétés.
L'opium n'est pas le seul narcotique qui ait été employé contre la colique de plomb. Ceux qui jouissent d'une certaine activité ont dû être essayés, et si des faits positifs nombreux n'en constatent pas les succès, on doit en trouver la raison bien plus dans la négligence des médecins qui se sont abstenus de les recueillir, que dans leur défaut absolu. Cependant la science possède déjà plusieurs données assez satisfaisantes. Ainsi, malgré les avantages qu'il reconnaissait à l'opium , Stoll ne le regardait pas comme un spécifique exclusif. Il cherchait dans les autres calmants et antipasmodiques ceux qui pourraient faire aussi bien et même mieux que lui, ou du moins qui pourraient le remplacer dans les circonstances où certaines modifications se montreraient rebelles à son action. C'est à cause de ces raisons qu'il a eu recours à l'extrait de jusquiame, et môme au musc, au camphre , au castoréum. M. Payen a fait de la jusquiame un moyen plus exclusif. Wolff veut qu'on l'administre à haute dose. Hillary prétend qu'il faut l'associer aux aromates pour en augmenter et régulariser l'action. Romans veut ' pour en rendre l'effet plus certain , qu'on l'administre tout à la fois à l'intérieur , en lavement et en topique. Cette plante a été conseillée sous toutes les formes, en décoction^ en poudre , en extrait; mais elle n'a pas répondu aux espérances qu'on en concevait. Cependant M. Fournier, d'après les leçons de clinique de M. Fouquicr , lui trouve l'avantage de ne pas constiper autant que l'opium.
La belladone semblait promettre beaucoup. Elle a ccbouc comme moyen curatif. Il est difficile de débrouiller le rôle qu'elle joue dans la formule compliquée de Ranque.
Le tabac a été employé d'abord en fomentation et en cataplasme, par le docteur Graves de Dublin. II fit prendre après , des pilules purgatives ou de l'huile de croton tiglium. Un fait de celte nature et isolé ne suffît pas pour faire accorder beaucoup de confiance à ce médicament. On peut se demander si c'est le tabac , ou si ce sont les pilules qui ont guéri. Plus tard , Stokes a recommandé les lavements préparés avec la décoction de tabac. Peut-on compter sur une recommandation sans faits ? Renner , Scbercr, Hofliein ont ensuite démontré que le plomb était liicilement attaqué par le tabac , et qu'il se formait de l'acétate , du carbonate , et du chlorure de plomb , six à trente grains par livre. (Chevallier , Journal de chimie médicale , 1831 , pag. 242.j M. Grisolle dit avoir employé en lavement la décoction de deux gros de tabac. Ce fait ne prouve rien , parce qu'au tabac furent associées deux onces d'huile de ricin. Dans un cas où il administra la décoction seule, elle produisit quelques accidents narcotiques sans avantage pour la colique. M. Tanquerel n'en a obtenu ni bien ni mal.
La thériaque , déjà conseillée par Dubois, n'a pas soutenu sa réputation lorsqu'elle a été administrée seule ; mais elle a joué un grand rôle dans le traitement de la Charité.
Dans l'Abbaye où il a observé la colique saturnine, M. Marteau de Grand-Yilliers a employé avec succès les antispasmodiques , les calmants et les adoucissants.
§ m. — Méthode anliphlogislique.
Le traitement de la colique de plomb par les antiphlogistiques n'est pas nouveau. Bien qu'il semble devoir être la conséquence de l'opinion qui faisait do la maladie une affcc-
tion inflammatoire, il n'en a pas toujours été ainsi. Plusieurs (les praticiens qui l'ont adopté, l'ont fait sans partager celte opinion sur la nature de la colique , mais uniquement pour céder aux exigences que semblent commander des accidents aussi intenses et aussi aigus. Dehaën, le premier, préconisa celte médication, à laquelle il ajoutait des purgatifs doux et des opiacés, et qu'il simplifia ensuite en renonçant aux évacuations sanguines. Elle fut ensuite adoptée et défendue avec avantage par Hoffmann, Henckel, Gaubius, Astruc, Bordeu, Tronchin , Tissot , Bosquillon , etc. Dans ces derniers temps, M. Renauldin en a été le plus ferme soutien, et l'école physiologique de Broussais lui a fourni de puissants défenseur dans MM. Palais, Canuet, Thomas, Piquenot^ Dagoreau , Boisseau , Deboulevilic , etc. Laissons encore ici parler M. Tanquerel; son historique de cette méthode est trop précis et trop consciencieux pour qu'on puisse rien changer à sa rédaction sans en altérer le sens :
« Les uns n'appliquent que des sangsues , à une ou plusieurs reprises , sur le ventre, dont ils aident l'action par des boissons rafraîchissantes et délayantes , des purgatifs doux, des lavements émoUienls ou laxatifs, ainsi que par des bains tièdes. D'autres emploient de préférence la saignée générale, dont quelques-uns ont fait un étrange abus , comme Astruc, qui recommande de répandre le sang largement , de quatre heures en quatre heures , ou toutes les six heures.
« Pendant les premiers jours de la maladie , à moins de contre-indication formelle , Astruc employait , en môme temps que la saignée, des adoucissants, des narcotiques et des résolutifs , des purgatifs légers et des lavements.
« Bordeu nous apprend « qu'un religieux donnait la pré férence aux saignées qu'il aimait à compter par douzaines. Après la sixième , il en fallait une septième , 'parce, qu'il y a sept jours dans la semaine; une huitième /)om' faire le compte
THÉRAPEDTIQUE. 193
rond; puis la neuvième, parce que numéro deus impari gaudet. » Les modernes, qui traitent la colique de plomb par les anliphlogisliqucs , n'en usent que très-modérément.
o Astruc et plusieurs auteurs de son époque veulent qu'on saigne dans cette maladie , par la crainte qu'ils ont de l'arrivée de la paralysie , qui , suivant eux , dépend do l'engorgement de l'origine des nerfs. Pour prévenir cet engorgement, le seul moyen, c'est la saignée.
a Bordeu et les médecins modernes qui préconisent la méthode antiphlogislique pensent que ce trailement est réclamé par la nature inflammatoire de la maladie.
« Quelques auteurs, en employant les émollients et les huileux , avaient pour but d'envelopper avec ces corps gras le poison caché dans les replis du tube digestif.
a Cette médication paraît avoir été mise à l'essai dès le temps de Paul d'^ïLgine. Il parle d'un médecin italien qui traitait et gui'rissait ses malades à l'aide des rafraîchissants et des adoucissants, ce qui étonnait beaucoup Paul d'^gine. Arétée semble avoir jeté le premier les fondements réels de celte méthode ; mais il n'apporte aucun fait pour appuyer sa manière de voir.
« Dehaën, au contraire, a signalé les avantages des antiphloofistiques avec détail, en 1745. C'est ce qu'il appelle méthode catholique. Voici en quoi elle consiste : eau chaude, diète lactée , eau miellée , potions et lavements huileux , cataplasmes émollients , fomentations adoucissantes camphrées.
« Ses malades n'ont guéri qu'après beaucoup de temps , douze, quinze, vingt jours, des niois, etc. Dehaën dit que la diète lactée semble achever la guérison , et lorsque des rechutes ont lieu, il pense avoir employé le lait avec efficacité chez plusieurs malades.
« Nicolaïs du Saulzai a inséré dans le Journal de Médecine, année 1764, une observation de colique de plomb
194 COLIQUE SATURNINE.
traitée infructueusement par la méthode anliphlogislique , el guérie par les purgatifs.
« Le mémoire de Gardane contient deux faits , oîi l'emploi des émollients , des calmants, des adoucissants et des antispasmodiques , ne furent suivis d'aucune amélioration ; les malades moururent.
« M. Palais cite douze observations de colique de plomb trailce par les antiphlogistiques ( sangsues , lavements , fomentations émoUientes, limonades végétales), aidés de loochs huileux et d'opiacés. Dans ces faits, on trouve trois cas de coliques légères, trois de coliques violentes et six de coliques modérées. La guérison a eu lieu après neuf, six , cinq el trois jours. Deux malades qui avaient été traités infructueusement par le traitement de la Charité , furent guéris , l'un en quatre jours, l'autre en deux jours, par cette méthode dite anliphlogislique.
« La thèse de M. Canuel renferme neuf cas de coliques de plomb traitées à l'aide des antiphlogistiques (saignée du bras, sangsues, lavements et fomentations émollientes, bains, limonades végétales), aidés de calmants, d'opiacés, de laxatifs et de pédiluves sinapisés. On trouve dans ces observations quatre coliques violentes , deux modérées et une légère. La guérison a été obtenue après quinze , douze, dix , trois et deux jours. Dans un cas il y avait complication inflammatoire; pendant l'administration du traitement l'er.céphalopathie saturnine s'est développée deux fois.
« M. Mérat cite trois individus qui furent traités inutilement par les antiphlogistiques. Le traitement de la Charité fit disparaître promptement la colique dans deux de ces cas.
«( M. Grisolle a recueilli l'histoire de trois malades qui furent traités par M. Renauldin à l'aide de sangsues et de préparations opiacées. La guérison était complète , terme moyen , au bout de huit jours.
« Dans tous les cas , on a presque toujours fait usage en
môme temps des laxatifs, des purgatifs et des opiacés. N*est-on pas en droit de leur attribuer la gucrison aussi bien qu'à h méthode anlipblogislique? C'est même l'aveu de M. Grisolle. »
Toujours avide de sanctionner tout par l'expérience, M. Tanquerel a soumis la méthode antiphlogistique, comme les autres, au creuset de l'observation.
« Nous avons pu suivre l'influence de la méthode antiphlogistique pure sur quarante-huit individus atteints de la colique de plomb non compliquée. Ces malades ont été saignés une fois , rarement deux. Deux ou trois applications de sangsues au nombre de vingt ou trente, ou des ventouses scarifiées, ont été prescrites. On a fait usage en même temps de bains simples , de lavements et de cataplasmes émollients, et la diète a été maintenue sévère.
« Quatre malades atteints de coliques violentes ont guéri après trois, huit, neuf et douze jours de traitement. Dans sept autres cas de coliques violentes, la douleur et les autres accidents se sont calmés momentanément à la suite de chaque saignée générale ou locale. Mais quelques heures après ou le lendemain , la maladie a repris toute son intensité. Chez un de ces malades , au bout de six jours de traitement, l'affection semblait avoir disparu complètement, lorsque tout-à-coup le mal redevint plus violent que jamais. Les sept malades , après avoir souffert douze à quinze jours, ont été soumis à un traitement purgatif, et ont été guéris dès lors dans un petit nombre de jours.
« De dix-huit malades aflectés de coliques d'une intensité moyenne , et qui ont été traités par les antiphlogistiques, treize ont été guéris après deux, quatre, sept, huit, neuf, dix , onze et treize jours de traitement. Un a éprouvé une rechute de quinze jours , et trois n'ont pu être débarrassés de leur mal pendant douze à quinze jours d'essais. Soumis
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alors à un traitement purgatif énergique, la colique a disparu dans quatre à cinq jours.
o Dix-neuf individus qui avaient une colique légère ont tous guéri, à l'exception de sept, dans un espace de temps variable, dont la durée moyenne a été de sept jours. Chez deux il y a eu rechute. Les cas qui ont résisté aux antiphlogistiques ont cédé aux purgatifs.
« Sur les quarante-huit malades , quatre ont été atteints de paralysie et deux d'encéphalopalhie saturnine pendan^ l'emploi des antiphlogistiques.
« Les antiphlogistiques n'abrègent guère plus sensiblement que les autres traitements la durée de la colique ; ils ne guérissent pas un nombre plus considérable de malades. Les rechutes et les attaques d'empoisonnement cérébrospinal sont à peu près aussi considérables.
« Quatre-vingt-quatre de nos malades, avant d'entrer à l'hôpital , avaient été traités en ville par les antiphlogistiques. Soixante-cinq de ces malades souffraient davantage à leur entrée à la Charité qu'avant d'avoir été traités de cette manière; six étaient soulagés et dix-huit dans le même état.
« Le traitement antiphlogistique ne semble donc pas avoir une influence bien marquée sur le cours de la colique. »
De pareils aveux ne sont guère favorables à la méthode antiphlogistique. Il est vrai que M. Tanquerel est partisan déclaré des purgatifs et que ses efforts tendent toujours à y rappeler les praticiens. Sous ce rapport son témoignage peut paraître suspect à quelques médecins; on peut croire surtout qu'il a été influencé, même à son insu, par son opinion favorite. Au reste, il ne serait pas le seul; car la plupart des médecins qui se sont occupés de ce sujet ont constaté l'impuissance, ou tout au moins la lenteur du traitement antiphlogistique. M. Palais attribue la défaveur dont ce traitement a joui, à ce qu'il ne fut point employé dans toute sa rigueur et aussi sagement administré qu'il l'est de
nos jours. De plus , les bons effets qu'on pouvait retirer des émissions sanguines durent toujours être entravés par l'effet des purgatifs, et les saignées générales qu'on préférait ne devaient pas produire un résultat aussi favorable que les saignées locales par les sangsues, ou comme le veut M. François, par les ventouses scarifiées.
« Dès le début, dit M. Palais, les premiers moyens à employer consisteront à appliquer sur l'abdomen plusieurs sangsues , dont la quantité sera proportionnée à la force de 1 individu et à l'intensité de la maladie. Le nombre ne sera jamais porté au-dessous de vingt. Mieux vaudrait-il pécher par excès que par défaut. Par ce moyen on neutralisera rirrilation qui peut résulter de leurs piqûres ; car on observe qu'elles augmentent la douleur et la congestion quand on les applique en petit nombre , et qu'on arrête trop tôt l'hémorrhagie. On aurait soin , après la chute des sangsues, de recouvrir les parties oii elles auraient été apposées d'un large cataplasme émoliient. Cette application aura un triple avantage : le premier, de favoriser l'écoulement du sang qui est toujours nécessaire ; le second , de diminuer la douleur qui accompagne ordinairement les piqûres ; et le troisième , d'affaiblir la tension du système sanguin et la susceptibilité du système nerveux. L'endroit où doivent être posées les sangsues est facile à déterminer. Comme c'est toujours l'ombilic qui est le siège des douleurs , ce sera cette partie de la peau qui les recevra. Quelquefois l'étendue de l'irritation, soit à l'épigastre, soit à la région iliaque gauche, exigeant leur présence, on n'hésitera pas à en recouvrir ces parties. Si les phénomènes n'indiquaient pas une notable diminu lion de l'irritation , on reviendrait le jour suivant aux mêmes moyens. 11 en serait de même si les imprudences du malade reproduisaient les mêmes accidents ; on les combattrait de la même manière , aussi souvent qu'ils se renouvelleraient. Les fomentations émollientes , appliquées sur
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l'abdomen , peuvent aussi être d'une grande utilité ; mais la tendance que les linges et les flanelles ont à se refroidir doit faire donner la préférence aux cataplasmes. Dans le cas cependant où la sensibilité du ventre serait telle que ces derniers deviendraient pour le malade un poids incommode, on aura recours aux fomentations, en ayant soin toutefois de les changer dès qu'elles seraient froides. « Les bains tièdes généraux ont été quelquefois mis en usage par les praticiens dans la colique métallique , et ont produit un effet avantageux. Nous pensons que leur secours sera de quelque utilité , lorsqu'on aura soin de ne les administrer qu'après que la force artérielle aura été modérée par les évacuations sanguines , et que leur température ne sera élevée que de vingt-deux à trente degrés. C'est surtout dans le cas où la maladie aura résisté aux premiers moyens antiphlogistiques, qu'on devra y avoir recours.
» La constipation , contre laquelle les auteurs ont recommandé les purgatifs, sera combattue par les lavements, et avec d'autant plus de facilité que l'irritation intestinale qui en est la cause aura été détruite par les premiers moyens antiphlogistiques. Les liquides à injecter, seront pris parmi la classe des émollients ; tels que les décoctions de graines de lin, de feuilles de mauve, de racines de guimauve, etc., auxquels on pourra joindre quelques cuillerées d'huile d'olive ou d'amandes douces, ou du miel.
«Le but d'un semblable moyen consistant seulement à humecter et à ramollir les excréments susceptibles de s'endurcir par le défaut de mucosité intestinale, et d'adoucir en même temps l'irritation locale qui pourrait résulter de la présence de ces excréments , on parviendra toujours à faire disparaître la constipation. Si , sur les derniers moments de la maladie , elle persistait encore, on la fera disparaître par des huileux, de la manne, ou tout autre purgatif nmcoso-sucré.
» Les boissons gommeuses , mucilagineuses ou acidulées.
seronl les seules dont les malades feront usage dans la colique métallique. C'est ainsi que le médecin aura soin de les choisir parmi la solution de gomme, l'eau de poulet, les décoctions d'orge , de racine de chiendent ou de guimauve , le petit-lait , la limonade végétale. De toutes ces boissons , la dernière nous paraît préférable , en ce qu'elle fournit un léger stimulant agréable au palais et propre à faire éprouver un sentiment de fraîcheur , et qu'elle tend en môme temps à diminuer ce dégoût et cet empâtement qui accompagHcnt toutes les maladies des voies digestives. Dans le cas où le malade présenterait des symptômes de dyssenterie , il sera nécessaire de joindre à ces tisanes une émulsion d'amandes, avec addition de quinze ou vingt grains de nitrate de potasse. Toutes ces boissons seront secondées par l'emploi de loochs gommeux et huileux.
» L'opium, vanté par Dehaen^ et principalement par Stoll , ne pourra être administré que lorsque la diminution des douleurs et des désordres sympathiques permettront de l'employer. C'est alors qu'on le donnera à la dose d'un grain ou d'un grain et demi ; la durée de la maladie n'exigoant pas de le porter au-delà , on pourra y joindre l'usage des juleps ou des potions anti-spasmodiques , avec lesquels on aura mélangé demi-once de sirop diacode.
» L'abstinence complète des aliments étant de toute nécessité dans les maladies aiguës , les individus atteints de la colique métallique seront mis dès le principe à une diète sévère. Ce ne sera que lorsque l'absence de tout phénomène sympathique annoncera le retour à la santé qu'on permettra Tus^ge des bouillons, des panades, des soupes de riz et des pruneaux ; et Ton ne devra passer aux aliments solides qu'après s'être assuré que la digestion ne réveillera aucun trouble dans la circulation et les sécrétions. »
Voila le traitement antiphlogistique dans toute sa pureté. Ce sont les préceptes. Il est fâcheux que l'auteur ne les ait
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pas sanclionnés par l'élude clinique , par des faits pris au lit du malade. Us auraient pu balancer ceux que M. Tanquerel a recueillis depuis , car les quinze observations qu'il a placées en téte de son ouvrage , ne nous paraissent pas satisfaisantes. Quatre cas simples ontété guéris en trois jours, deux en quatre , un en six , un en huit , deux en dix , et les autres présentaient des complications qu'il était urgent de combattre. Ainsi , terme moyen , la durée du traitement serait de six jours.
On peut aussi regarder comme traitement antipblogistique, l'emploi des émollients de toute façon conseillés par quelques auteurs , sans avoir recours aux évacuations. Ainsi Grashuis et Ilsemann conseillaient déjà l'addition du mucilage à l'huile douce , et les boissons mucilagineuses préparées avec l'orge mondé , le riz , la racine de guimauve : Tronchin et Dehaen avaient beaucoup de confiance dans le lait comme boisson émolliente. Grimaud conseillait surtout les émollients, les adoucissants, et les mucilagineux pris do toutes les façons, et à grandes doses, par le haut et par le bas , et même en fomentations et en cataplasmes sur le ventre ; il y joint les huiles douces fraîchement préparées et sans feu. Dans le n" du 15 mai 1848 du Bulletin général de thérapeutique , page 377 , M. Martin Solon a fait insérer une notice sur l'utilité des boissons émollientes dans le traitement de la colique saturnine , vingt-deux malades ont été soumis à l'usage de décoction légère de guimauve ou de chiendent^ trois pintes par jour , de trois lavements émollients par jour, et de cataplasmes émollients. La maladie a été amendée du deuxième au troisième jour , ou du troisième au cinquième lorsqu'elle était grave , et guérie du quatrième au sixiènic. Il pense que l'urine augmentée devient le fluide d'élimination de la cause de la colique de plomb. Déjà nous avons eu occasion de nous prononcer sur cette manière de voir. Les bains font une partie essentielle du traitement anli-
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phlogistique. Aussi ont-ils été généralement conseillés. Ils ont même été associés à la plupart des autres traitements. Combalusier leur donne les plus grands éloges , dans les cas de violentes douleurs et dès le début. Il pense que vers la fin ils sont nuisibles, surtout lorsque la paralysie est imminente ; les raisons qu'il en donne sont très-sages.
Quelques auteurs ajoutent la plus grande confiance dans les huiles douces. Galesky a beaucoup vanlé l'huile de lin fraîchement exprimée , donnée d'heure en heure, à la dose d'une cuillerée ou deux dans une tasse de bouillon léger, ou dans quelque autre boisson appropriée et aromatisée. Valsalva employait l'huile d'amandes douces fraîches , donnée de temps en temps à petites doses. Il y joignait le bouillon de poulet très-léger.
Il est inutile de dire que tous les auteurs conseillent les lavements les plus émollienls et les lavements huileux. Tissot, Abhauds, etc., disent en avoir retiré de très-bons effets.
Le docteur Wilson de Midlesex a préconisé, en 1812, les lavements d'eau chaude donnés sans interruption dans un bain tiède. Il rapporte six cas de guérison sans rechute. Selon lui , ils amènent une détente facile et des selles salutaires.
§ IV. — Des .spécifiqufs.
Ce n'est point ici le lieu d'examiner la grande question des spécifiques, d examiner pourquoi certaines doctrines les ont repoussés , pourquoi d'autres les ont multipliés à finfini. Ce sujet délicat appartient à la thérapeutique la plus élevée. Qu'il nous suffise de dire que nous aiîoptons des spécifiques, nous ne pouvons même pas faire différemment, à moins de nous mettre en contradition avec nous-mêmes. En effet, nous avons admis une modification spéciale comme
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base de ia colique salurnine. Cet élat morbide, pour être combattu, réclame des moyens spéciaux, qui , en le changeant , opèrent une modification thérapeutique propre à détruire la modification pathologique. Sans nous enquérir si cette manière d'agir de la thérapeutique peut s'étendre à d'autres maladies , nou^ sommes obligés de la reconnaître pour l'affection spéciale dont nous nous occupons.
Ce n'est pas tout. Il ne suffit pas d'adopter ainsi d'une manière générale l'emploi des spécifiques. Comme nous avons deux choses à envisager dans la spécificité de la maladie, sa cause et son état morbide , de môme nous aurons à étudier deux sortes de spécifiques, ceux de la cause et ceux de la modification pathologique. La cause , c'est le plomb; l'état pathologique , c'est le caractère sui generis de la maladie tel que nous l'avons adopté d'après Stoll. Nous trouvons en effet que deux sortes de spécifiques ont été employés : les uns sont dirigés contre la cause et s'adressent directement au plomb ; les autres sont des modifications de l'état physiologique de l'économie. C'est de cette manière et sous ce double point de vue que nous allons les envisager. Nous avons donc à étudier : 1** les spécifiques chimi ques ; 2° les spécifiques physiologiques.
SpécifiqaciS cliiuiic|ucs.
Nous comprenons sous cette dénomination les remèdes qui ont été employés directement contre le plomb. Sous ce point de vue encore , on pourrait créer de nouvelles divisions , car ils n'agissent pas de la même manière , ils n'ont par conséquent pas été dirigés vers le même but. Les uns ont été donnés simplement pour évacuer la matière plombique encore présente dans les voies digcstives ou dans les tissus voisins : ce sont les purgatifs. Les autres ont été
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adressés directement au plomb pour en changer l'état cliiniique , en lui taisant subir de nouvelles combinaisons , ou en le faisant passer à un état différent qui pût ou le rendre inerte et impuissant dans ses effets , ou le rendre plus soluble et plus facile à être entraîné hors de l'économie. Cette médication est purement chimique ; elle constitue la véritable spécialité contre le plomb lui-même. Quant aux purgatifs, comme ils ont principalement été dirigés contre l'humeur peccante , la bile , et surtout contre la constipation, ils ont constitué la méthode la plus large et la plus em ployée : nous nous en sommes suffisamment occupés , nous n'avons pas à y revenir. C'est donc uniquement des moyens qui , par leur action sur le plomb lui môme , vont en changer l'étal chimique , que nous devons nous occuper. Ils ont tous eu pour but soit de neutraliser le plomb toxique , pour le rendre insoluble et innocent , soit d'en favoriser l'élimination , soit par les urines^ soit surtout par la peau, où il vient se répandre par une sorte d'efflorfscence.
C'est à cette élimination que plusieurs praticiens accordent la plus grande confiance, entre autres MM. Legroux, Sandras, Gendriu , Bouchardat, Melsens , etc. Selon eux, la présence du plomb est la cause prochaine ou entretenante de la maladie; il faut donc l'expulser pour en obtenir la guérison. Tant qu'il en reste une parcelle, la maladie est là présente avec sa cause. Ce qui , au reste , peut être vrai pour leur méthode , peut être inexact pour d'autres en bien plus grand nombre ; car, dans la plupart , cette élimination n'a pas lieu , ou du moins elle est imperceptible.
Les alcalis ont été conseillés par Lentin et par Weber , dans l'intention d'opérer de nouvelles combinaisons chimiques avec le plomb et d'en favoriser l'évacuation. C'est onsuile pour rétabfir les selles que ce dernier voulait qu'on associât la soude à la rhubarbe.
Wilhering a voulu qu'on fit respirer Voxygène pur, afin de rendre insoluble et inoffcnsif le plomb.
Le souffre a été conseillé par Luzuriaga , Garnelt et Hahnemann dans des vues chimiques;, auxquelles l'expérience n'a pas répondu ; mais son composé a obtenu plus de vogue.
Limonade hydrosulfurigiie. — Lalouelle semble être le premier qui ait conseillé les préparations bydrosulfureu ses, telles que le foie de souffre, les eaux minérales de Baréges , Bones , etc. II pensait qu'on pouvait en retirer de grands avantages. Déjà il était conduit par l'action neutralisante qu'il attribuait à l'hydrogène sulfureux sur les préparations de plomb. Navier aussi indique les sulfures alcalins. C'est d'après ces principes que MM. Chevalier et Rayer crurent avoir trouvé un remède efficace dans l'acide hydrosulfurique et dans les eaux naturelles et factices qui en contiennent , telles que les eaux d'Enghien , de Balaruc, etc. Le sulfhydrate de plomb, qui est censé se former par la combinaison de l'acide de ces eaux avec le métal, devient insoluble et inoffensif. On préparait artificiellement la limonade en faisant dissoudre 0,25 de sulfhydrate de potasse dans un litre d'eau. Ce médicament fut encore vanté surtout comme préservatif. Les essais qu'en a faits M. Rayer, dans tous les cas, n'ont pas répondu aux espérances que cette théorie avait fait concevoir au nom de la chimie II y a renoncé. Peut-être aurait il dû ne demander au sulfure que la neutralisation du plomb et combattre ensuite la colique par les purgatifs ; mais il lui demandait la guérison complète , et c'était plus que le remède ne pouvait accorder. M. Millon de Sorrèze a , l'année dernière , envoyé à l'académie de médecine un mémoire sur l'action des eaux minérales sulfureuses dans la colique de Poitou. D'après le rapport présenté par M. Martin Solon , dans sa séance du 13 avril 1847 , M. Millon aurait traité et guéri
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vingl-deux coliques; les plus faibles, en deux ou trois jours ; les plus fortes , du troisième au cinquième jour ; aucune n'aurait passé le quatorzième jour : ces faits sont précieux ; ils nous feraient penser que les eaux minérales naturelles sont plus efficaces que les artificielles. Attendons de nouvelles observations.
Les acides ont été presque les premiers antidotes auxquels on ait eu recours , dans la pensée qu'en se comliinant avec le plomb, ils donnaient naissance à un composé moins soluble. Ce fut déjii l'opinion de Baker. Ensuite Monro Bemerkk recommanda l'acide tarlariquc ; Grubens conseilla le vinaigre.
Limonade sulfurique. — M. Foucat, pharmacien , à Haubourdin, près Lille^, conseilla le premier, en 1831 , l'emploi de cette limonade contre la colique métallique , si l'on en croit la lettre qu'il écrivit à l'académie le 24 août 1835, pour revendiquer la priorité [Jnnales d'hygiène -publique et de médecine légale , tome XV). Ce qui m'étonne, c'est que l'académie ne se soit pas soulevée contre un pharmacien qui fait de la médecine. Cependant M. Tanquerel crut pou voir accorder à 3Ioseley la priorité de cet emploi. M. Aran a démontré son erreur, dans le cahier d'août 1840, tome XV, page 53 du Journal des connaissances médicochirurgicales. A M. Gendrin en revient tout l'honneur. 11 en fit un spécifique infaillible , et il l'employa avec un succès étonnant sur une quantité prodigieuse de malades. Il fut, dit-il, conduit à ce remède en voyant les bons effets que procurait le sulfate acide d'alumine, et en se demandant quelle était la base qui agissait. L'alumine ne lui parut jouir d'aucune propriété. L'acide sulfurique lui parut être le seul principe agissant. Son attraction élective pour le plomb lui fait abandonner l'alumine pour se porter sur le métal, et se transformer en un sulfate de plomb insoluble , et par conséquent inoffensif. L'expérience vint bientôt justifier ses
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prévisions théoriques. Douze malades furent guéris en trois ou quatre jours , et sa pratique devint, à cet égard, si nombreuse, que plus de trois cents malades auraient éprouvé les bienfaits de ce traitement dans l'espace de deux ans. La limonade sulfurique devint aussi le préservatif par excellence, et, avec son aide, des ouvriers légèrement atteints n'avaient pas même besoin de suspendre leurs travaux.
On prépare la limonade en mettant de un à trois grammes d'acide sulfurique dans un litre d'eau, on édulcore et on renferme dans des vases qui ne soient pas en métal.
Nous avons déjà vu que ce fut en 1832 que notre savant confrère fit connaître sa méthode par une lettre adressée à l'académie des sciences. Pendant deux ans, les regards qu'on tenait fixés sur elle, en firent publier les bons résultats. Depuis , M. Gendrin n'a pas cessé d'administrer son remède favori et d'en recueillir de grands avantages. M. Bertini, à Turin, n'eut aussi qu'à s'en louer. Il en fut de môme de M. Marc, qui la préparait en associant l'acide sulfurique à la tisane de chiendent et réglisse. Malgré ce retentissement d'éloges , cette méthode n'a pas obtenu tout l'assentiment qu'on devait s'en promettre. 11 est vrai que les essais qui furent tentés par d'autres médecins n'ont pas toujours répondu à l'espérance qu'elle avait inspirée. M. Tanquerel, entre autres, s'élève avec force et indignation contre les prétentions du médecin de Beaujon. A sa prière , MM. Andral , Dalmas et Sandras ont bien voulu administrer ce médicament à quelques-uns de leurs malades, cinquante-trois individus y ont été soumis. Sur seize cas de colique violente , deux ont été soulagés et guéris en quatre jours ; les quatorze autres ont vu leur mal persister et même s'accroître pendant six à huit jours , après lesquels on s'est vu forcé d'y renoncer pour passer aux purgatifs , qui ont de suite procuré leurs bons effets ordinaires en quatre à six jours. Cependant trois de ces
malades ont guéri après neuf, dix el douze jours de traitement sulfurique.
Des dix-neuf cas de colique modérée, la plupart ont guéri, mais après dix , douze jours de traitement. Les dixhuit cas de colique légère ont mis , terme mojen , sept à huit jours pour guérir. — A ces faits, que M. Tanquerel n'a pas cru devoir pousser plus loin, il joint le témoignage de plusieurs médecins qui n'ont pas mieux réussi , tels que MM. Bailly et Piorry et M. Grisolle , qui , dans quatre cas de colique violente, n'obtint pas la moindre amélioration pendant plusieurs jours, tandis que le mal céda aux purgatifs dans l'espace de cinq à six jours.
Le témoignage de M. Tanquerel est précieux. Cependant ses tendances vers le traitement purgatif peuvent peut-être en affaiblir la valeur et doivent au moins suspendre notre proscription en présence de faits aussi imposants que ceux que nous a fait connaître M. Gendrin, qui prétend que les revers sont dus à ce que le traitement n'a pas été fait dans son entier , et qu'on a omis les bains qui sont indispensables pour enlever le sel plombique qui est poussé à la peau.
Cela n'a pas empêché MM. Bouchardat et Sandras de se livrer à de nouvelles recherches à ce sujet. Ils sont arrivés à regarder comme indispensable , ou bien d'évacuer la matière plombique qui circule du foie dans les premières voies et des premières voies dans le foie, afin d'en prévenir l'absorption par les radicules de la veine porte; ou bien de la neutraliser en la transformant dans l'intestin en une matière insoluble et par conséquent inoffensive. C'est au moins ce qui résulte du mémoire lu par M. Sandras à l'académie de médecine, le 15 septembre 1846, et des articles que M. Bouchardat a insérés , soit dans sa matière médicale, soit dans ses annuaires de 1846 et 1847. Il faut, dit M. Sandras, nettoyer le malade, en dedans et en de-
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hors , du poison qui existe en nature au contact des organes, ou, comme le dit M. Bouchardat, faire rejeter la bile empoisonnée et les matières également chargées de plomb , qui sont dans les intestins. Comme seconde indication, il faut avoir dans le tube digestif un excès de persulfate de fer , destiné à retenir à l'état insoluble loutes les parties saturnines excrétées par le [foie. Ce médicament n'a jamais été administré que sous la forme de sirop, dont ils donnent la préparation avec beaucoup de soin. M. Sandras en fait prendre de deux à quatre cuillerées par jour, combiné avec le sirop de gomme. Cent vingt-deux malades ont été traités ainsi. Deux sont morts, mais l'un des deux a succombé à une fièvre typhoïde; chez l'autre, de nombreuses récidives avaient rendu les accidents de plus en plus graves. Vingt cinq ont guéri en moins de six jours , vingt-six en moins de quinze jours , dix-sept en moins de trois semaines , vingt-six en moins de quatre semaines , treize en moins de cinq semaines , quinze en plus de six semaines, deux ou trois mois.
L'opium a souvent été employé comme adjuvant contre la violence des coliques , la belladonna contre les étouffements, et presque toujours les purgatifs pour évacuer. Selon ces messieurs , le persulfate ou hydrate de persulfure de fer arrive dans l'intestin grèle et transforme en sulfure de plomb insoluble le composé plombique que le foie secrète incessamment. Ils regardent aussi comme essentiel de faire prendre des bains sulfureux , soit pour enlever les molécules plombiqucs qui peuvent s'être attachés à la peau, soit pour les y convertir en sulfure inerte, soit pour agir sur les molécules qui ^seraient portées à l'extérieur par une élimination analogue à celle du foie.
Nous avons déjà dit que Grubens avait employé le vinaigre. Samuel , Vergori , Hufeland l'ont également conseillé, mais dans un but chimique tout-à fait contraire. Ils
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veulent faire avec le plomb un sel soluble, qui soil plus l'a- ; ileraent entraîné au dehors. C'est aussi en s'élevanl contre la pensée de transformer le plomb en un sel insoluble , que M. Piorry est arrivé à préférer la limonade niiriquC;, précisément pour faire un sel soluble plus facile à être éliminé.
C'est d'après les mômes vues chimiques que plusieurs sels ont été préconisés, parce qu'on supposait toujours que les organes où le plomb était sensé séjourner , étaient des cornues où allaient s'opérer les réactions chimiques, qui , à l'aide d'attractions doubles^ transformaient la substance plombique en un corps insoluble, inerte ou innocent. Ainsi, llillary a vanté le tartre vitrioUque , surtout pour apaiser le vomissement ; le sulfate de magnésie a réussi à Reid et à Frank; le carbonate alcalin et le savon ont, selon Frank , eu leurs prôneurs; le foie de soufre a été conseillé et essayé par Navier, Van des Bosch ^ Hahnemann ; pour la môme raison, Garnett, Chevalier et Rayer, etc., ont conseillé les eaux sulfureuses minérales. Mais ces moyens veulent ôtre , selon l'observation de Frank , administrés le plus près possible de l'invasion de la maladie, parce que, sans doute alors , on est plus sûr qu'ils pourront trouver encore le plomb ou une partie de ce métal pour se combiner avec lui et en neutraliser la vertu toxique.
Le Mercure a été proposé pour agir chiTJi!qucment sur le plomb pathologique. Clark , Gardanc , Rurger , Hunter , Waren , Gebel , Cluttcrburck , Lalouette Mériadec Laennec , Wagner , Marschall . Behrend , disent en avoir retiré de bons effets; ils pensaient qu'il allait fondre le* molécules plombiques. On trouve dans la Gazette de Sallzbotirg , 1807, l'annonce que cinquante personnes ont été guéries par ce métal. Disons toutefois qu'il était associé i\ l'opium. Clark voulait produire la salivation pour qu'elle entraînât le plomb. Lalouette pensait qu'il allait fondre les
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molécules de plomb pour les faire entraîner. Ceux qui l'associent à l'opium lui attribuaient alors une vertu calmante spéciale. Les essais auxquels on s'est livré en France n'ont pas réalisé d'aussi belles espérances.
Le sulfate de cuivre a été conseillé par Chalmers. Il est le
seul.
D'après ses principes sur la nature arthritique de la colique , Strack a proposé V antimoine cru et les quatre bois , après l'administration préalable des émollients. Le vice de la théorie a fait tort à la médication. Cependant les antimoniaux ont ensuite été employés et conseillés par Philip. Mais que conclure d'une observation ( Journal de Médecine , tome XIX, page 410), dans laquelle on trouve associés l'émélique «^t de forts purgatifs?
Le nitrate d'argent a bien été conseillé par Roberts , dans le Médic. Transact. , tome V, article 5 ; mais il n'a pas été employé, que je sache. Il en est de môme du vert-degris conseillé par Harrisson.
Le plomb lui-même a été dirigé contre la colique saturnine, dans la pensée qu'une nouvelle combinaison chimique détruirait les mauvais effets qu'avait pu produire le toxique ingéré. C'est dans ce sens que Harlan dit avoir obtenu de bons effets de trois grains d'acétate de plomb administrés par jour. 11 est vrai qu'il les associait à deux grains d'opium et cinq grains de calomélas. De façon qu'on ne saurait dire si ce n'est pas à ces derniers remèdes qu'il faut attribuer les honneurs de la cure. Au reste , il ce les conseillait que dans les cas d'ardeur violente diss iniestins.
Ce travail était fini et prêt à partir, lorsque j'ai lu, dans le numéro du 8 février de la Gazette des Hôpitaux, l'article suivant , extrait du compte-rendu de la séance du 5 février <ie l'Académie des Sciences :
— M.Dumas. «J'ai l'honneur de présentera l'Académie, au nom du docteur Melsens , un mémoire sur l'emploi de
THÉRAPEUTIQUE. 21 l
l'iodurc de potassium dans le traitement des empoisonnements chroniques par l'absorption des composés plombiques et mercuriaux. Ce mémoire renferme plusieurs faits d'un grand intérêt pour les médecins et les physiologistes.
a D'abord tous les malades , peu nombreux à la vérité , auxquels on a administré l'iodure de potassium ont été débarrassés complètement des symptômes dont ils étaient affectés. En outre, l'auteur a fait des expériences qui démontrent la puissance curative de l'iodure de potassium. Chez un animal auquel on avait administré chaque jour de faibles doses d'un composé plombique , et qui , sous l'influence de ce composé , avait perdu , dans l'espace de quinze jours, les deux cinquièmes de son poids, qui était sur le point d'expirer d'épuisement , l'iodure de potassium administré alors a peu à peu rétabli la régularité des fonctions , et l'animal a recouvré sa santé et même son embonpoint dans l'espace de deux à trois semaines.
« Un autre point important du travail de M. Melsens , c'est la théorie par laquelle l'auteur explique le mode d'action de l'iodure de potassium dans les cas dont il s'agit , et les faits qui servent de base à cette théorie. Suivant M. Melsens , l'iodure de potassium dissout le plomb qui existe dans l'économie à l'état insoluble , combiné avec des matières organiques indéterminées (albumine, fibrine, etc.). La preuve que cette dissolution est bien réelle , c'est que les urines des malades traités ou des animaux expérimentés qui , avant l'emploi de l'iodure , ne présentent pas He traces de plomb , en contiennent très-évidemment dès qu'on administre l'iodure. Il résulte de cette propriété dissolvante que, chez les malades qui sont gravement affectés, dont les organes par conséquent renferment une grande quantité de métal toxique, métal qui n'agit que faiblement à l'état insoluble, ou produirait un empoisonnement aigu si l'on administrait à la fois une dose élevée d'iodure de potas-
21*2 COLIOIÎK SATURNIiMi.
siuin , laquelle aurait pour résullal d'introduire brusquenient dans l'économie une quantité considérable de poisor* soluble. Ce résultat, indiqué par la ibéorie , a été démontré par rexpcrience. Ainsi , sur un chien auquel on avait administré depuis plusieurs jours une préparation insoluble do plomb et qui n'offrait que des phénomènes médiocrelïicnl prononcés d'empoisonnement chronique , dont les urines ne contenaient point de métal , on a déterminé des phénomènes mortels d'empoisonnement :iigu , en administrant une forte dose d'iodure de potassium. »
Celte communication importanlc de M. Melsens mérite d'autant plus toute rallention que M. Dumas invoque en fK» laveur, que déjà en 1843M. Melsens avait proposé ce moyen, conjointement avec M. -Nathalis Guillot. Trop peu de £ait» sont encore émis pour permettre de se prononcer. D'ailleurs , le mot colique n'est pas articulé. Nous nous demanderons si les recherches présentées ont trait à ce mode d'affection saturnine , si elle est comprise au nondire de» empoisonnements chrojiiques désignés par l'auteur. En l'adop-tant , je le répète , trop peu de faits viennent déposer pour permettre de nous décider ; car les deux expériences faites sur deux chiens n'étaient pas des cas de colique.
D'un autre côté, la théorie chimique de M. Melsens lu peut pas être admise encore. Les faits que M. Duuius indique ne nous paraissent pas suffisants pour convaincre. Cette théorie de rendre , comme le voulait M. Pioi ry , b plomb plus soluble pour l'entraîner, se trouve en contradiction avec celle des autres chimistes , qui veulent le rendr( insoluble et inoffensif. Elle prouve aussi que le moyen n'est pas sans danger , puisqu'un chien médiocrement malade a succombé à des accidents plus graves occasionnés par l'iodure de potassium , qui , en rendant brusquement le plomb plus solublt' , aurait infecté l'économie par la présence do ce poison. Si la dose trop forte de l'iode a été la cause de
! jikrapeltiOlr. ?1.3 cet accident, quelle sera la dose nécessaire? Où placera-ion les limites? Comment trouver le point où le remède sera utile et celui où il sera nuisible? Sera-t-il môme possible de trouver ce point , lorsqu'on envisage les modifications vitales infinies de l'économie , lorsqu'on envisage les susceptibilités si variables de cbaque idiosyncrasie?
Le plomb rendu soluble serait éliminé par les urines. Quoique la chose soit possible, elle est bien loin d'être dérnontrée. Elle ne l'est pas plus que l'élimination par les j>eilfis, que l'élimination par la bile, que l'élimination par la fkcan; si nous;osions, nous dirionsqu'cllel'estbeaucoup moins.
Tout en adoptant la possibilité des bons effets de l'ioduro de ^>ot;is^ium , nous repoussons l'explication théorique de M. Melsens. Nous ne voyons d?.ns cet agent thérapeutique contre les affections chroniques saturnines qu'une action physiologique ou vitale qui va mod fier l'état morbide des organes malades pour les ramener à leur type normal. Nous l'admettons, parce que c'est la manière d'agir de l'iodnre dans notre économie malade, parce que c'est ainsi qu'il guérit une foule d'affections chroniques dans lesquelles le plonib ne joue aucun rôle. Nous l'avons vu guérir des enréphalopathies , des arthralgies, et mille engorgements qui n'étaient point plombiques. Il ne les a pas guéris en rendant soluble le plomb; il les a guéris en modifiant la vitalité do l'organe malade. Eh bien ! ce qu'il a fait dans ces cas , il le fait ou le fera dans les affections plombiques. Telle est notre conviction , tel est le résultat des faits nombreux recueillis par les auteurs et surtout par M. Payan , d'Arles en Provence , qui , dans un travail encore inédit et récemment couronné , a su répandre un grand jour sur cette question.
Je regrette infiniment que cette communication ait été faite si lard. Nous n'avons dans ce moment-ci aucune colique de plomb dans notre hôpital. Je n'en ai aucune dans
214 COLIQUE SATURNINE.
ma pratique eu ville , et je doute qu'il m'en arrive d'ici à huit jours que ce travail doit partir.
L'examen que nous venons de faire de la proposition de M. Melsens n'en est point une réprobation. Il est l'effet de notre désir constant d'arriver à la vérité et de repousser tout ce qui pourrait l'obscurcir ou en entraver la marche. Ce n'est qu'en se dégageant de tout esprit de prévention qu'on pourra la faire briller dans tout son jour, qu'on pourra la rendre immuable. Que les faits établissent d'abord la guérison de la colique des peintres par l'iodure de potassium , qu'ils démontrent la supériorité de ce moyen sur les autres , qu'ils dissipent les craintes qu'on pourrait avoir sur son action nuisible , nous l'adopterons avec empressement. La théorie viendra assez. Mais qu'on ne commence point par elle; car alors nous verrons les faits, torturés pour s'y accommoder , laisser bientôt renverser avec la théorie ce (|ue le remède pourrait avoir lui-même d'avantageux.
Spéclfiqaes physlologrlques.
Par cette dénomination, nous voulons désigner les médicaments spécifiques qui agissent , non plus seulement par une action chimique sur le plomb toxique , mais par une modification spéciale qu'ils impriment aux tissus , aux organes malades, pour en changer la modification pathologique et combattre ainsi la maladie. C'est par une sorte de méthode substitutive ou homœopalique , c'est en remplaçant la modification morbide par une modification thérapeutique, toujours moins grave , qu'on dissipe la première. Les remèdes qui agissent ainsi ne sont pas nombreux; ccpcndaul quelques-uns méritent de fixer notre attention. 11 en est im surtout auquel nous ne saurions accorder un examen trop sérieux.
Jlun, — Nous n'avons pas cru devoir placer le sulfal»
THÉRAPFXTIQIE. 215
acide d'alumine el de polasse au nombre des spéciOques chimiques, malgré Texplication toute chimique par laquelle Mo Gendrin a voulu rendre raison de son action dans la guérison de la colique. Nous avons vu en effet qu'il avait supposé que c'était par la combinaison de son acide avec le plomb pour le sulfatiser et le rendre insoluble, que ce sel agissait. Nous ne l'avons point fait, parce que nous ne partageons point son opinion , et que ceux qui l'ont employé ne songeaient point à cette double attraction chimique, lis ne l'ont jamais administré qu'empiriquement. Nous pouvons nous'cn convaincre, en songeant que jusqu'à M. Kapeler 1rs praticiens qui s'en sont servis ne pouvaient pas connaître la composition saline de l'alun à une époque où cette composition était encore ignorée. Ainsi, Richler, Percival , Chapmann , Lindt , Michaëlis , Plenck , Moseley , Adair, Schmidtraann , J.-P. Frank , et surtout Grashuis , qui de • ous l a soumis à une expérimentation plus suivie cl plus clLcace , ne savaient ce que c'était que le sulfate acide d'alumine; ils ne connaissaient que l'alun. Us avaient réussi dans son administration : ils l'employaient parce qu'il guérissait , et ils le conseillaient tout entier, sans songer à son action chimique constilulive. Car, selon Grashuis, il agissait comme astringent, à peu près comme le simarouba, \e cachou , le bol d'arménie , etc. M. Kapeler lui-môme , bien que nourri de la chimie qui avait fait connaître et l'acide sulfurique, et l'alumine j et leur action sur le plomb , n'a jamais songé à l'employer autrement que parce qu'il guérissait, que comme moyen empirique bien constaté. C'est aussi notre manière de voir. Nous avons la persuasion que l'alun agit sur les tissus malades en vertu d'une action spéciale qui en modifie l'état morbide , et non en décomposant le plomb. Plus loin nous développerons cette pensée , et nous en fournirons les preuves.
M. Prat, médecin de l'hôpital Saint-Antoine , traitait
216 COLIQUE SATURNINE.
raodostemcnt sos malades avec l'ahïn. Ses avantages n'eurent aucun retentissement jusqu'à M. Kapeler, héritier de sa méthode. Celui-ci ie prescrit à la dose d'un et trois et mémo •juatre gros par jour, dans une potion gommeuse. II assure avoir constamment guéri , quelque intense que fût la maladie , et cela sans accidents et sans récidives. M. Montanceix a fait connaître la pratique , du médecin de Saint- Antoine, par opposition à la méthode de la Charité, sur laquelle il lui donne une grande supériorité. M. Gendrin a adopté la méthode de M. Kapelcr. Sur cinquante-huit malades, il n'a eu qu'à s'en louer. Jamais il n'a vu Talun échouer ni causer aucun accident à la dose d'un à deux ç^ros. Mais au-dessus de deux gros et demi , il l'a vu nuire quelquefois. En douze heures les accidents saturnins sont quelquefois arrêtés.
L'amélioration ne se fait jamais attendre longtemps.
Le docteur Hoffmann , de Neu-Ruppin , ne saurait donner trop d'éloges à l'emploi de î'alun associé à l'opium , lorsque les accidents inflammatoires ont été combattus. Ce médicament sert à diminuer les spasmes , à régulariser les évacuations alvines , i\ calmer beaucoup les malades. {Medicin. Zeilung. 1844. )
Le docteur Wigleins en administre vingt -cinq milligrammes toutes les trois heures. Il lui attribue une action toute chimique. Il se forme un sulfate de plomb insoluble et par conséquent inerte, et du sulfate de potasse, qui, de venu libre , agit à la manière des cathartiques. Il ne lient aucun compte de la vitalité des organes. Son explication est toute hypothétique et même contraire aux faits.
Les succès obtenus sont bien encourageants. Cependant il ne se sont pas soutenus dans les essais de M. Tanquerel Sur huit malades il a échoué assez complètement pour se voir forcé de recourir au traitement de la Charité, ou bien l'amélioration ne s'est fait sentir qu'après huit ou douze
TÏIÊHAPEUI IQUE. 217
jours. Malgré ce polit nombre d'observations , il se croit en droit de s'élever avec énergie contre un moyen qui a échoué aussi souvent coup sur coup , tandis que dans les purgatifs il en possède un qui est infaillilile. Pour y croire , dit il , je voudrais voir les merveilles que MM. Kapeler et Gendrin disent avoir observées.
Des résultats aussi opposés ne peuvent que nous engager à suspendre un instant notre jugement.
Noix vomîque. — Deux circonstances ont pu conduire à l'emploi de la noix vomique. L'un est l'avantage que procure cette substance dans les cas de paralysie saturnine , qu'elle soit ou non la suite de la colique. Deux maladies qui reconnaissent la raéme cause, a-t-on dû se dire , doivent, par analogie, être traitées de même; or, la noix vomique guérit la paralysie, elle doit guérir aussi la colique. D'autre part, la théorie a dû conduire encore à ce remède, La quasi-paralysie de M. Mérat et de M. Beau , et l'hyposthénie de M. Giacomini et des Italiens ont dù faire tourner les yeux vers le moyen le plus excitant , le plus propre à stimuler , à lutter contre cette aiïection paralytique , hyposthénisante, et la noix vomique s'est présentée. C'est lA véritablement l'influence de la théorie sur la thérapeutique. Quoi qu'il en soit de ce raisonnement, M. Serres parait être le premier qui ait employé la noix vomique contre la colique saturnine. Il la prescrivait en teinture ; des succès ont répondu à ses espérances L'extrait, la poudre, la strychnine ensuite ont pu être employés de mémo.
Pour juger par lui-même de l'action de ce remède, M. Tanquerel a prie M. Sandras de l'essayer à l'hôpilal de la Charité , où il faisait momentanément le service à la place do M. Baillj.
Quatorze mal.ides y ont été soumis. Trente gouttes de teinture alcoolique de noix vomique If ur ont élé données chaque jour dans une fasse de décocti - n de guimauve.
218 COLIQUE SATURNINE.
Cbez quatre malades alleinls de douleurs violcnlcs , deux n'ont éprouvé de soulagement qu'après le wxièmc jour , et les accidents s'étant reproduits le onzième jour chez l'un d'eux , on lui fit prendre l'huile de croton tiglium , qui le guérit en trois jours. Les deux autres n'ont pas éprouvé la moindre amélioration pendant huit jours. Alors les purgatifs les ont guéris en six jours.
Cinq malades avaient une coliqne moyenne. Trois n'ont été soulagés qu'après six à dix jours; le quatrième a pris une paralysie le douzième jour , après cinq jours de bienêtre ; le cinquième a résisté pendant quatorze jours. Alors le croton tiglium l'a guéri en trois jours.
Les cinq autres, légèrement atteints , n'ont pas été guéris avant le sixième jour, et encore l'un d'eux a éprouvé une rechute qui a cédé à d'autres moyens.
« Ces faits, dit M. Tanquerel, parient assez d'eux-mêmes : ils n'ont pas besoin d'être commentés pour prouver que la noix vomique n'a aucune influence, ou du moins une trèslégère sur le cours de la colique saturnine, et qne ce médicament dans ces circonstances, ne jouit d'aucun effet purgatif. »
C'est en effet une chose digne de remarque, que les la vements purgatifs n'aient pas même pu obtenir des selles pendant l'administration de la noix vomique. Il semble que ce médicament aurait dû ramrner les selles, non point €u purgeant, mais en rendant à 1 intestin le ton et la contrac (ilité qu'il a perdus. Cet échec serait pour nous une preuvi; de plus que la torpeur intestinale n'est point une paralysie, «i nous voulions conclure d'après le remède , suivant cet adage : Naluram demonstrat curatio.
Nos réflexions s'appliquent à l'électricité , que plusieurs auteurs, entre autres Gardane , ont conseillée, dans la pensée de rendre son action au tube digestif affaibli. Son impuissance contre la colique ne fait rien préjuger de son emploi
contre la paralysie saturnine. Dans ce dernier cas elle réussit: M. Andral en a retiré de bons effets. Il a aussi administré alors avec succès la brucine ; mais elle n'a pas été donnée contre la colique. C'est d'après ces idées de faiblesse et de paralysie , que Boerhaave et son commentaleur Van Swieten conseillaient sur le ventre les applications d'emplâtres faits avec des substances aromatiques et avec des gommes excitantes : moyens , disent-ils , qui agissent plus sur les viscères abdominaux et qui conviennent surtout pour guérir la paralysie.
Beaucoup d'autres remèdes ont joui de quelques faveurs en vertu d'une action spécifique qu'ont leur a supposée , mais que l'expérience n'a pas sanctionnée. Ainsi Bisset avait, en 1766 , conseillé le hezoard animal , par une sorte de raisonnement bomœopalhique , et sur le môme rang la terre absorbante de Sicile. Weber , Kiihn , Arzneik ont proposé la magnésie pour absorber le plomb. Arzier en a conseillé la combinaison avec la rhubarbe.
Dans son traité de plumhi vi et efficacid , Rotler a employé le charbon animal ; mais il n'a pas eu d'écho.
Sydenhara et Hillary ont conseillé le baume du Pérou ; mais il a été ïhipuissant et abandonné.
Le camphre n'a pas été administré seul, Stoll le combinait , comme antispasmodique, avec les calmants.
Hillary a conseillé le musc\ mais seulement dans les cas où la maladie se complique d'un état convulsif.
Quoique Stoll eût beaucoup de confiance dans l'infusion de camomille , ce n'était pas comme remède essentiel , c'était comme adjuvant , en tisane.
Les graines du hura crepitans , prescrites par Stcphens , celles de tithyraaie, recommandées parPetrus de Apono, n'ont pas attiré d'autre attention, non plus que le suc de la décoction du xanthoxilum indiquée dans les mémoires de la Société médicale de Londres.
?20 COLIQUE SATUHNINH.
Il n'est pas jusqu'au sucre seul qui n'ait été recommande, en 1825 , par Magliary , dans la Gazelle de santé et ensuilc par Hufeland dans son journal.
Nous n'avons pas fait des irritants extérieurs une méthode particulière, parce qu'ils n'ont jamais été administrés isolément.
Grashuis, Huntcr, Beniorkk, Baker, Wolff, Tronchin , clc. , ont appliqué des vésicatoiros sur le ventre et d'autres révulsifs sur les membres , mais seulement comme adjuvant. M. Trélat dit avoir ;;ucri un malade par les synapi^mes sur les membres (Journal des Progrès des Sciences médicales^ octobre 1827.; Que peut signifier un fait isolé en présen- e de tant de faits contradictoires? Dupuytren, au rapport de M. Mérat, aurait guéri deux malades avec l'application de plusieurs vésicaloires sur l'abdomen. Ces deux faits n'ont eu ni écho, ni sympathie, ils sont restés seuls. Nous ne devons pas compter comme méthode révulsive , celle de Banque ; bien que le tartre stibié joue son rôle dans ses épithèmes, ce n'est pas à lui que revient l'honneur de la cure , c'est aux calmants et aux antispasmodiques. S'il y était pour beaucoup, il serait plus simple d'appliquer le sel tout seul, sans l'affaiblir par ses combinaisons et surtout par le diachy lum , qui en détruit l'action.
Cependant ce mode de traitement mérite peut-être plus, d'attention qu'on ne lui en a accordé. Les irritants extérieurs ont deux manières d'agir, qui ne sont point à dédaigner dans la colique saturnine. Comme irritants, ils pourraient agir sur l'économie et aller retentir sur les appareils malades pour Its modifier et détruire ainsi l'état morbide. Comme révulsifs, ils pourraient appeler sur le' point irrité, la fluxion irritative , la modification spéciale qui caractérise la maladie.
Ce mot r^'tJMié?/" pourra paraître contradictoire à ceux qui ne voient dans la révulsion qu'une fluxion san;;uine ou hu-
TlIKRAPKrTlOlE. 221
morale ; mais il uc sera point tel pour les vilalistes qui admettent une fluxion vitale ou nerveuse, sine malerià , et qui en conçoivent le déplacement.
§ V. Association des remèdes.
Nous avons étudié les médications dans toute leur pureté et isolées de tout autre remède , de toute espèce d'accessoire. Cependant elles ne sont pas toujours aussi vierges. Le plus souvent, elles sont associées à quelque autre médication , elles sont combinées entre elles. II n'est pas de partisan d'une méthode, tant acharné s'en soit-il montré, qui n'ait reconnu la nécessité de lui adjoindre, sinon toujours, au moins quelquefois une autre méthode; parce qu'un médecin, quelque systématique qu'il soit , veut avant tout guérir ses malades, et qu'il cherche de bonne foi à s'entourer de tout ce qui peut le conduire à ce résultat. C'est ce que va nous démontrer l'examen suivant :
1° D'après sa théorie sur l'action directe des molécules de plomb sur les tissus , Combalusier , veut qu'on les évacue par le haut et par le bas , et que l'on calme les intestins irrités, puisqu'on réveille l'économie fatiguée par quelques cordiaux et sudorifiques. C'est le traitement de la Charité. Aussi de toutes les méthodes , l'évacuante est celle à laquelle on a le plus facilement associé les calmants et les émoUienfs; presque tous IfS auteurs qui ont adopte ou modifié le traitement de la Charité , ont senti la nécessité de lui associer l'opium , ou quelques autres calmants , surtout, eomme le roulait Heberden, lorsque les douleurs sont Irès-violenles. Nous savons que déjà le bol de thériaque et d'opium entre dans sa composition. Waren voulait qu'on évacuât d'abord par le haut, qu'on administrât ensuite l'opium à haute dose, puisqu'on évacuât par le bas.
Les émollients ont aussi éUî associés aux purgatifs. Celle
222 COLIQUE SATURNINE.
association remonte à Dehaen qui redoutait l'action irritante (les purgatifs seuls. Ce fut la combinaison que proposa M. Kapcler, en 1819, dans une note insérée dans V Annuaire des hôpitaux de Paris. Trois malades, traités ainsi . ont mis de huit à douze jours pour guérir.
Je ne parle pas de la combinaison des purgatifs ensemble. Elle est très-commune , et il est bien peu de purgatifs qui aient joui du privilège d'être administrés seuls. Le traitement de la Charité est déjà une association de plusieurs évacuants, qui a subi bien des variations, comme on peut le voir par les formules données successivement par Combalusier , Desbois de Rochcfort, Tanquercl , etc.
M. Legroux adopte l'huile de croton tiglium, mais il veut qu'on la fasse précéder par des pilules d'aloès , de jalap , et de calomelas , auxquelles il attribue la propriété de provoquer une sécrétion intestinale abondante , et surtout un flux de bile, qui serait à son tour un stimulant plus puissant que les purgatifs pour combattre la constipation. Aussi il veut qu'on les réitère à la Gn du traitement. Cependant la gnérison la plus prompte qu'il ait obtenue , s'est fait attendre cinq jours.
Huxham voulait qu'après les vomitifs répétés, on purgeât par le bas : il ne craignait pas d'employer les pilules cochées, le jalap, le séné, et de réitérer souvent ces purgatifs.
Le docteur Dégland, qui est chargé, à l'hôpital St-Sauveur à Lille , de donner des soins aux ouvriers de Théodore Lefebvre , de Moulins-lès-Lille , a toujours retiré de grands avantages de l'apozème suivant : R. Séné 64 , Sulfate do soude 32 , Sirop de nerprum 64, eau 600. Faites un apozème purgatif. Donnez par verrée de demi-heure en demiheure.
Le docteur Mason Good a recommandé l'association de l'huile de croton avec l'huile essentielle de térébenthine:
TnÉRAPKUTlOUE. 2''2.'i
olle lui parait plus eflicace que le purgatif administré isoiéineut.
2° La méthode calmante n'a pas moins peut-être éprouvé de combinaisons que la purgative. Peu d'auteurs, à part MM. Triberti et Giacomini, l'ont conseillée toute pure et sans mélange. Presque tous ont senti la nécessité de la combiner avec les purgatifs, soit pour neutraliser l'action constipante de l'opium , soit le plus souvent pour favoriser les évacuations alvines, que la cessation de la douleur et du spasme saturnin rend alors plus facile ; le purgatif le plus doux suffit en eflot pour provoquer les selles , lorsque la douleur et le spasme sont calmés. Dehaen alternait quelquefois l'eau laxative de Vienne avec les narcotiques , lorsqu'il voulait combattre un état saburral. Grimaud a renouvelé le môme conseil. Déjà Stoll qui, le premier, a organisé, en quelque sorte , le traitement par l'opium , voulait que Bientôt on lui associât les purgatifs , mais il voulait que ceux-ci ne vinssent qu'après l'opium. Il avait fait la remarque qu'alors seulement les selles étaient plus faciles à provoquer. 11 semble que l'opium , en calmant le mode d'érétbisme de l'intestin, le rend plus accessible à l'action des purgatifs. Le docteur Blanchet , de Tours , pense de même et veut qu'après trois jours d'administration de l'opium et de la belladone à haute dose , on prescrire les purgatifs.
Darwin voulait aussi qu'après l'opium on fît prendre un purgatif, séné, jalap , huile de ricin, etc. Le stimulus de l'opium, dit-il, en rendant aux intestins leur irritabilité naturelle dans ce cas de torpeur douloureuse, aide à l'action du purgatif. On voit qu'il écrivait sous l'inspiration du Brownisme, me hercle opium non sedat , qui a depuis servi de base au controstimulisme. C'est par les mêmes considérations que Guéneau de Mussy voulait qu'on associât les purgatifs à l'opium ; il voulait abréger la durée du traitement par les simples opiacés. — M. Filhos pensait et agis-
22 i COLlQLli SATURMMi;.
sait de môme. M. Richard Uarlam , des Elals-Uiiis , s'esl toujours bien trouvé du mélange de gr. II — III d'opiun* à gr. X de caloraélas , rcpèlc toutes les deux heures jusqu'à ce que le calme ou la salivation s'en suivît. Il débute quelquefois par une saignée. Ordinairement deux prises sufliscnt. Il leur associe assez fréquemment l'acétale de plomb à la dose de trois grains , comme astringent. Cette association de l'opium avec le calomclas qvait déjà été préconisée en 1807 par le docteur Burgcr, de Wolfsberg.
C'est ainsi qu'en se rapprochant du traitement de la Charité, on a cherché à faire mieux par des moyens plus simples et aussi rationnels.
Le 10 novembre 1836,Ranque, médecin de l'Hôtel - Dieu d'Orléans, lut à la société des sciences du celle vilïe un mémoire sur les empoisonnements par les émanations saturnines , nom sous lequel il désigne la colique des peintres. Ce travail fut publié dans le tome VU des annales de ladite société, et il en fit tirer quelques exemplaires à part. En conséquence de son opinion sur la lésion nerveuse abdominale , il propose un traitemennt composé de calmants et d'antispasmodiques à l'intérieur ei à l'extérieur. Yoici en quoi consiste celte méthode.
1° Epithème abdominal^ dont on recouvre tout le ventre depuis l'appendice xyphoïde jusqu'à un pouce du pubis et qui ne doit être séparé de l'épilhéme lombaire que d'un pouce environ. R. diachylon gommé — | B, thériaque ^ B, masse emplâtre cigûe — § jj, camphre en poudre 5 j, soufre en poudre, 5 B; faites un amalgame du tout à un feu très-doux; étendez sur une peau de la grandeur de l'abdomen; unissez la surface et saupoudrez avec : camphre (arirc slibié
Fleur de soufre ^ 1^-
2** Le second moyen consiste en un épithème lombaire.
([ui recouvre cette région depuis l'avant dernière vertèbre jusqu'au sacrum , et qui se compose de la même manière que l'épithème abdominal. Seulement on en saupoudre la surface avec deux gros de camphre.
3*^ On prescrit le Uniment antinévropathique suivant :
Eau distillée de laurier cerise g jj.
Elher sulfurique ^ \.
Extrait de belladona bien préparé. . . . 9 jj. Mélangez , agitez le vase avant de vous servir du Uniment, et employez pour chaque friction environ deux cueillerées à bouche.
(Moitié si les sujets sont jeunes).
4** Faites prendre le lavement antinévropathique suivant: Teinture éthérée de feuilles de belladona. G les XX Huile d'oUve ou d'amandes douces. . . ^ IV Ou décoction de graines de lin froide. . un selier. Mêlez et donnez à froid.
5" On donne la potion anUnévropathique qui suit :
Eau de tilleul 5 jj
Teinture éthérée de belladona . . Gtes XX
Sirop d'orgeat ^ B
Kous remplaçons quelquefois cette potion par le mélange suivant :
Teinture éthérée de belladona. . . . Gtes V
Sirop d'orgeat Une cuillerée à café.
Mêlez pour une dose.
Cette préparation de belladona ne se trouvant dans aucune pharmacopée , voici la formule que nous employons pour l'obtenir :
Poudre de feuilles de belladona. ^j Ether sulfurique à 66" ... 5 jjj Laissez macérer pendant trois jours.
6° Cataplasme antinévropathique. C'est un cataplasme de farine de graines de lin, assez grand pour couvrir le ventre;
226 COLICUE SATLRNINE-
soupoudrez la surface avec le mélange desliné â répilhèmo abdominal.
Mode d'application. — Premier jour. Application sur le ventre de répithcme abdominal, et sur les lombes de l'épi- Ihème lombaire ; le tout maintenu avec un bandage de corps.
Trois frictions, avec le liniment, des parties douloureuses, front , tempes , nuque, membres.
Lavement antinévropathique aux sujets constipés, un ou deux par jour, suivant l'intensité de la douleur et la durée de la constipation.
Potion antinévropatbique par cuillerées à bouche, dans les crises violentes des douleurs.
Pour boisson, eau d'orge gommée, de chiendent gommée, petit-lait émulsiouné, donnés en très-petite quantité : diète absolue.
Deuxième jour. Même traitement.
Troisième jour. L'épithème lombaire est laissé en place ,^ attendu quil ne produit pas d'éruption. L'épithème abdominal doit-être enlevé au moment de l'apparition des pustules. On le remplace par un nouveau , si les douleurs nf; sont point calmées, et on le rond plus actif en portant à deux gros la dose du tartre slibic. Du reste, même traitement.
Quatrième jour . Si les douleurs sont calmées, on enlève les deux épithèmes, mais on continue encore le lavement et les frictions. Potages It'gcrs. La persistance deS' douleurs , ce qui est très-rare, provient du défaut d'action de l'épithème abdominal , ce que l'on reconnaît à l'absence de rougeur et de pustules. Alors réapplication de l'épithème en doublant la dose du tartre sllbié.
Cinquième jour et suivants. Pansement des pustules avec du cérat mélangé avec de l'onguent rosat ou du baume gx;neviève.
Si les douleurs dos membres survivent aux souffrances
TIIÉRAPKUTIQUE. 2*27
abdominales, on remplace le Uniment par l'épilhème stibié , qu'on applique sur toutes les parties douloureuses.
Si des rechutes ont lieu , on recommence le môme trai tement.
Cent quarante-cinq malades ont été ainsi traités par Ranque,dans l'espace de six ans; et cent quarante-cinq malades ont guéri. Dès le premier jour, le soulagement arrive, les vomissements cessent presque entièrement, et les coliques diminuent , le deuxième. Les déjections commencent souvent, le troisième, et continuent les jours suivants. Les douleurs des membres continuent assez souvent après que les coliques ont cessé, et alors même que le ventre est libre ; mais il n'a jamais observé^ à la suite , ni paralysie , ni complication M. Mérat pense que ce traitement, un peu trop polypbamiaque , pourrait être simplifié et dans la potion, et dans les lavements et dans les épilhèmes. Il ne croit pas non plus à une efficacité aussi grande que l'a dit T^anque. Les mêmes noms se représentent plusieurs fois sur la liste de ses malades. Ce qui fait supposer un p.ius grand nombre de récidives. Deux malades ont été traités à la Charité sans succès par cette méthode. M. Tanquctcl a trouvé trop de répugnance de la part des malades, pour entreprendre aucun essai de traitement dont la durée moyenne est de douze jours. Ce qui n'est guère engageant, auprès de méthodes beaucoup plus expéditives.
3°. Malgré ses prétentions , la médecine physiologique n'a pas pu se renfermer dans l'emploi exclusif des antiphlogisliques. Aux émissions sanguines , aux émollients, elle a toujours associé les évacuants , lorsque surtout les selles avaient besoin d'être favorisées. Il est vrai qu'elle a recommandé de choisir les purgatifs les plus doux, dans la crainte d'exaspérer la phlogose intestinale. Elle a bien souvent aussi associé les calmants, lorsque des douleurs atroces torturaient les malades ; mais il faut en convenir, elle n'accorde à ces
228 COMOUE SVTURNIXE.
inoyons qu'une part accessoire daiisia cure. Elle ne les emploie que comme adjuvants et non comme curalifs. Elle en réserve toute la gloire aux antiphlogistiques. Cette association des calmants est devenue une habitude pourlNJM. l'alais et Rcnauldin.M. Ilusson emploie à la fois la saignée ou des sangsues abondantes et l'opium à haute dose. M. Guérin de Mamers , voyant dans la maladie un état à la fois nerveux et indararaatoire , a voulu combattre cette double manifestation morbide , en réunissant contre elle une double médi cation; l'antispasmodique et l'anliphlogistique , comme je l'avais fait quelques années auparavant, comme M. Brachcl l'avait indiqué dans son traité de l'emploi de l'opium.
Une de ces associations les plus ordinaires consiste dans les lavements laxatifs, déjà conseillés par Grimaud et beaucoup d'autres médecins, et sur lesquels M. Fournier a tant insisté.
4°. Les spécifiques sont dans le môme cas que les autres médications. Le plus souvent on leur a associé, soit des évacuants pour activer la détente de l'abdomen, soit des calmants pour favoriser le calme de la douleur et des spasmes, soit l'un et l'autre pour remplir cette double indication. Grashuis , a rarement employé l'alun tout seul. Presque toujours il l'a associé dans ses formules, soit aux toniques, soit aux calmants, soit aux purgatifs, avec lesquels il lesai- Icrnait. Voici une de ses formules :
ib Aquae coctfe. . . . une. X. Vini albi gallici. . . une. ÏV.
Exlract. corticis pcruv. drach, jj.
Aluminis crufJi . . . drach. jj. et dem.
— M. Omni horà une. j.
C'est aussi par une semblable association de médicaments multiples, que Moseley traitait ses coliques avec succès. Voici quelle était sa formule :
R. Vitriol blanc 3 jjj, alun de roche 3 j , cochenille pulvérisée g jjj , oau bouillante tb j.
THÉRAPKUTIOUK. 2*29
Mêlez, laissez reposer, ou filtrez pour avoir la solution claire.
Frank aussi prescrivait quinze grains d'alun combinés à un demi grain d'opium et répétés plusieurs lois par jour. Il s'en trouvait très-bien. C'est aussi la mélbode de M. Kapeler : il trouve que la constipation est alors plus facile à surmonter.
Nous avons vu que M. Tanqucrel avait été obligé , pendant l'emploi de la noix vomiquc , de faire un usage fréquent des lavements purgatifs et des purgalions, et qu'alors môme la constipation n'en était pas moins rebelle que dans les cas où on n'avait pris aucun remède.
Quelques praticiens, indécis sur la valeur réelle de chaque méthode exclusive, n'en adoptent aucune. Ils se laissent conduire par les circonstances ; ils remplissent les indications que paraît présenter la maladie à mesure qu'elle marche, et selon ses nuances. C'est ainsi que se conduisent iMM. Broussonnct et Caizergue , à Montpellier. Suivant AI. Bordcs-Pagès , (Clinique médicale de Monlpellier. Juillet 1845.j ces professeurs habiles n'adoptent point de traitement exclusif. Ils cherchent l'indication à remplir dans la fièvre, la douleur, la constipation. En général, les drastiques leur répugnent dans les cas simples : ils préfèrent l'opium et les laxatifs.
§ VI. — Examen de la calcur des médications.
Voilà l état actuel de la science , tel au moins que mes faibles ressources m'ont permis de l'établir en compulsant ma modeste bibliothèque. Aulant que je l'ai pu , j'ai puisé dans les ouvrages originaux , et j'ai eu le bonheur de pouvoir me les procurer presque tous. Quant à ceux qui m'ont manqué , j'ai cru pouvoir m'en rapporter soit aux auteurs des savantes monographies que nous possédons, soit aux
?30 COLIQUE SATURNINE.
extraits sci nlifiqucs qui en ont été donnés dans les ouvrages périodiques. Aussi je ne crois pas avoir omis rien d'essentiel. Peut-être ai-je péché par un défaut contraire , en entrant dans une trop grande étendue de détails ; mais j'ai préféré de m'ex poser au reproche d'avoir trop dit , plutôt qu'à celui d'être resté en arrière. J'ai eu surtout la pensée dominante de rendre à chacun ce qui lui était dû. Quelle que soit la manière dont on envisagera cet exposé , quelque fidèle qu'il soit, quelque complet que j'aie voulu le rendre, peut-on en tirer des indications curatives précises? Peut-on surtout en déduire une médication rationnelle , qui soit le tableau fidèle d'un traitement méthodique ? Le peuton lorsqu'on voit les méthodes différentes s'entrechoquer et se combattre , lorsqu'on voit les partisans de chaque médication saper les autres médications , pour élever sur leurs débris celle dont ils se sont fait les apôtres? En voyant cette sorte d'anarchie , à quelle médication donnerons-nous la préférence? Pouvons-nous nous décider pour l'une à l'exclusion des autres? Si nous admettons les éloges et les blâmes , elles sont toutes bonnes , elles sont toutes mauvaises. Devons-nous donc les admettre toutes ou les rejeter toutes? Comment expliquer les guérisons obtenues par des méthodes en apparence si différentes? Peut-on admettre, avec M . Chomel , que la diversité des circonstances décide les succès des calmants, lorsque la douleur ^cst très-vive ; des purgatifs , lorsque la constipation est grande ; des antiphlogistiques , lorsqu'il y a inllammation? Ce raisonnement est au moins spécieux ; mais il ne nous paraît pas suffisant. Suspendons un instant notre jugement , et, pour lui donner plus de valeur , cherchons , dans un examen critique et sévère de toutes les médications , des motifs suffisants pour le rendre plus sûr et plus solide. Toutefois nous ne nous faisons point illusion ; nous savons qu'une fois qu'on a adopté une opinion on s'identifie^ on ne lait plus qu'un avec
TUÉnAPEUTIOUE. 231 elle, et qu'il n'est plus guère possible de s'en détacher. Les preuves fussent - elles convaincantes , les raisons ne manquent pas pour les repousser. « Rien n'est plus étonnant, dit Combalusier, que d'éprouver tant d'obstacles, pour éclairer et réformer les hommes sur leurs intérêts les plus précieux , et de les trouver presque toujours plus disposés à se livrer à des périls démontrés, (ju'à renoncer à leurs préjugés. »
Aucune médication n'a reçu autant d'éloges que le traitement de la Charité par les purgatifs. Il guérit toujours , |1 guérit sûrement , il guérit sans récidive ; il prévient les accidents cérébraux, rachidiens, arthralgiques , paralytiques. Que n'a t-on pas dit en sa faveur 1 Les anciens n'en voulaient pas d'autres. Rappelons quelques-uns des noms célèbres qui en furent partisans : Boerhaave , Sennert, Baglivi , Dubois , Stokusen , Wilson , Doasan , Combalusier , Bouvart, Clatigni, Stoll, Desbois de Rochefort, Lalouette, Chirac , Gardane, Corvisart, Leroux, etc. M. Mérat le regarde comme le seul convenable , comme un spécifique puissant et sûr , qui est à la colique de plomb ce que le quinquina est à la fièvre intermittente. M. Lerminier ne l'a jamais vu échouer, et il n'a pas perdu un malade sur cent. Ces succès lui font i)enser que le tube digestif est dans des conditions spéciales pour résister à des purgatifs aussj violents. M. Chomel y voit la seule méthode "qui réussisse constamment; il leur attrilme le monopole des guérisons sûres. 11 pense que les graves reproches ([u'on lui a adressés viennent de ce qu'on n'a pas assez distingué les nuances qui nécessitaient quelquefois les antiphlogistiques , quelquefois les calmants, et d'autres fois de plus fortes doses de purgatifs. M. Tanquerel n'est pas moins explicite. Selon lui , c'est une des médications les plus elïicaces , et cette appréciation lui assure une valeur qui en fera toujours et à jamais une des bonnes méthodes thérapeutiques ({ue la science possède.
232 COLIQUE SATURNINE.
Si nous passons aux pHigalifs spéciaux , nous trouvons pour l'huile de croton tiglium , non-seulement les éloges de ceux qui l'ont employée^ mais encore l'assentiment de la commission de l'Institut . qui la déclare le plus sùr , le plus prompt et le moins coûteux des remèdes de la coJique.
Cependant tout n'est pas rose dans ce monde , et , comme les meilleures choses , le traitement par les purgatifs a trouvé ses antagonistes. Ils lui ont reproché : T de ne guérir que lentement , de six à douze jours , terme moyen ; quelquefois un peu plus tôt , il est vrai ; mais quelquefois aussi un peu plus tard; 2° de perdre, selon quelques auteurs, un malade sur cent ; suivant d'autres , un sur soixante , et selon quelques-uns , un sur trente ; 3° de faire naître quelquefois des accidents inflammatoires dans les organes de l'appareil digestif , et de rendre ainsi la maladie plus grave et plus lente , en la compliquant ; 4" de tourmenter beaucoup les malades ; 5*^ enfin de ne présenter qu'un empirisme hideux , (pi'un magma informe de drogues bizarres , un monument ridicule de superstition et de routine , qu'il est indécent et honteux de perpétuer, que le malade ne prend qu'avec répugnance, et dont le prix n'est pas à la portée des ouvriers. Marteau de Grand-Villiers fut obligé, à cause de ses mauvais effets, de renoncer au traitement de la Charité dans la colique saturnine qu'il observa dans son abbaye , et il le blâme assez énergiquement. La lenteur de la guérison est repoussée par la plupart des fauteurs de cette méthode. Cependant Combalusier dit ( page 208) qu'elle guérit dans l'espace de huit ou neuf jours et même de quatre ou cinq. Les sept malades qui font le sujet de sa dissertation ne furent guéris qu'en plusieurs semaines ; il est vrai que la maladie avait été méconnue et qu'elle durait depuis longtemps. L'aveu le p us formel de sa lenteur se trouve dans la formule même de la Charité , qui porte à six ou huit jours la durée du traitement; ce qui foit supposer la nécessité de ce laps de
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temps pour dissiper les accitlenls. C'est aussi l'aveu do M. Mcrat. « La guérison , dit il, ne se fait pas attendre plus de huit jours dans les cas ordinaires , <|ueltpiefois un pou plus pourtant (page 46 et page 184 ). » Il cite plusieurs insuccès. La recommandation que fait M. Chomel ne semble-telle pas indiquer le peu de confiance que mérite le plus souvent ce traitement? Les attaques dont elle fut l'objet lorsqu'elle fut introduite sous le nom de macaroni et de mochlique , en présentant des faits divers , forcèrent plusieurs fois d'en changer la forme et de la modifier par des remèdes plus innocents. Cependant rien ne prouve mieux ses avantages que cette résistance, pendant deux siècles , aux objections et aux diatribes des honunes les plus célèbres , tels que Bordeu et Dehaen. Celui-ci l'accuse de ne pas provenir les rechutes ; il va même jusqu'à mettre en doute la nature saturnine des coliques que les médecins de la Charité traitent avec des remèdes aussi incendiaires et aussi meurtriers.
Desbois de Rochefort , malgré sa prédilection pour ce traitement , en redoute l'action irritante chez les enfants , et il veut qu'on les traite par les émollients, sauf à en venir à quelques laxatifs, lorsque la constipation est opiniâtre. ÏI dit môme que les antiphlogistiques sont quelquefois nécessaires ; dans quelques circonstances , rares il est vrai , les drastiques ont augmenté les douleurs et l'iiiflammalion. Aussi M. Giacomini le regarde comme dangereux.
Dubois et Burette ont perdu vingt malades sur douze cents en vingt-trois ans; ce qui fait environ un sur soixante. C'est aussi le résultat de Bouvart , qui dit qu'on en guérit cinquante neuf sur soixante. Doasaii aussi n'en a perdu qu'un sur cinquante-trois. Sur mille sept cent soixantequinze malades, Gardane en a perdu en douze ans soixanloquatre ; environ un sur vingt-huit. Sur cinquante-sept entrés en 18 U, M. Mérat compte cinq morts ; un sur douze. Sur plus de cinq cents , M. T erminier n'en a perdu que cinq;
'23 4 C'JLIOUE SATLRMNE.
un sur cent. Ces variations ne peuvent s'expliquer que par la gravité des complications et par l'influence que les constitutions médicales exercent sur la santé et sur les maladies ; autrement on ne pourrait comprendre certaine mortalité effrayante. Toujours est-il que , terme moyen , il y a environ im mort sur trente malades.
Les purgatifs réitérés ajoutent souvent à l'atrocité des douleurs pour un moment. Ce n'est que lorsque le ventre est ouvert que leur mauvais effet cède au bien-être qu'amènent les selles. C'est là ce qui arrive le plus souvent. Cependant ce n'est pas toujours impunément qu'on porte cette immense quantité de substances irritantes sur la membrane muqueuse gastro-intestinale. Vainement on dira que l'état physiologique dans lequel l'a mise la maladie la rend plus apte à supporter de plus fortes doses , elle n'a pas abdique ses droit<* ni sa vie , et l'expérience a démontré que plusieurs fois les purgatifs avaient été nuisibles < n déterminant (!es phlogoses gastro-intestinales plus ou moins intenses , plus ou moins étendues. Ainsi la mortalité de cette méthode n'est pas à dédaigner.
Si les lavements proposés par M. Fournier n'ont pas les mêmes inconvénients que les purgatifs donnés par le haut, ils n'en ont pas non plus les avantages, ils sont beau- (;oup plus lents dans leur action. Cette lenteur les fait rejeter par M. Tanquerel lui-même , malgré sa prédilection j)our les évacuants.
Ainsi, malgré ses avantages incontestables, le traitement de la Charité atteint le but, il est vrai, mais il n'est pas exempt <rinconvénients. Avec ce farrago de remèdes dégoûtants , la cure se fait souvent assez attendre pour faire douter si c'est a la nature ou au remède que la guérison est duc ; et surtout elle n'est pas sans danger , puisque plusieurs malades ont succombé à des entérites qu'elle avait occasionnées.
A part la complication pharmaceuliijue, ces reproches
TiiKiiAria'TiouK. 235 s'adressent aux autres purgatifs , uiôuie les plus simples. Dans le Journal de pharmacie et de toxicologie , juillet 1845, ou trouve un article qui s'élève contre les prétentions de MM. Tanquerel et Dassier, de Toulouse, en faveur de riiuile de croton. Il les réfute par des faits recueillis à la t^harité, où ce purgatif a été employé comparativement avec k' traitement de la Charité , qui a constamment eu la supériorité. Il conclut que Thuile de croton ne convient que <lans les cas légers , mais qu'elle échoue dans les cas graves /et disposés aux rechutes.
Examinons les choses avec bonne foi. Les purgatifs ne <'ombattent qu'un des points de la colique des peintres , la constipation. Or, la maladie n'est pas tout entière là. Nous admettons qu'en dissipant ce phénomène essentiel, il exerce assez d'influence sur les autres pour en amener la disparition , pour les guérir. Toujours est-il que le remède ne s'adresse pas directement à la maladie elle-même. Ce n'est, on quelque sorte , que par ricochet qu'elle va l'atteindre , à moins de trouver un purgatif qui exerce une action spéciale sur la modiûcation morbide spéciale de l'affection Nous abandonnons cette discussion théorique pour nous renfermer dans les faits. Or, ils démontrent que des inconvénients assez graves font désirer mieux. Aussi les praticiens n'ont pas cessé de chercher un remède ou une médication qui pùt réunir à la certitude de la guérison,'les avantages d'une cure plus prompte, moins désagréalile et tout aussi sûre.
La médication calmante n'a pas reçu moins d'éloges que la médication purgative. Depuis Stoll jusqu'à MM. Giacomini et Triberti , elle compte ses apologistes parmi les notabilités médicales les plus imposantes. Avec l'opium et les autres calmants , on se propose d'apaiser la douleur et la maladie ; car elle est le phénomène qui torture le plus le malade et auquel il ajoute le plus d'importance. Dès qu'il en est débarrassé, il se croit guéri. En supposant ([u'il ne le
soil pas coinplèlement , c'est déjà beaucoup que de procurer du soulagement et du calme; cela aide à mieux supporter le mai, en attendant la guérison. Lorsque la douleur a été calmée , la constipation cesse assez facilement , ou du moins il faut peu de chose pour la dissiper. Tous les auteurs sont d'accord sur ce point, qu'il faut donner l'opium à haute dose, Im-ga manu; et ils se glorifient d'obtenir des succès sans mélanges et avec un remède qui n'a rien de repoussant.
Banque vient ajout(!r aux éloges des calmants à l'intérieur ceux que des faits nombreux lui permettent de donner à sa méthode topique , plus exempte d'inconvénients et de dangers.
Si elle a ses partisans , cette méthode compte aussi ses détracteurs , surtout comme méthode absolue. On a reproché à l'opium de favoriser la constipation au lieu de la combattre. (]e reproche ne nous parait pas bien fondé , parce qu'il ne tient pas assez compte de la modification vitale dans laquelh; les malades se trouvent. Cette modification spéciale et nerveuse peut occasionner la constipation par une sorte de spasme six'cial ; alors l'opium et les calmants , en combattant , en annihilant ce spasme , dissipent son effet , la constipation : sublatâ causa, lollilur cffectus. En effet, la constipation es( bien plus facile ù combattre lorsque la douleur est apaisée. Mais un reproche, selon nous, beaucoup plus grave, c'est la lenteur de la cure : car il ne faut pas croire <jue le malade soit guéri dès le moment qu'il ne souffre plus. Ce calme artificiel n'est pas toujours de longue durée. Bien souvent on voit les douleurs reparaître avec autant ou presque autant d'intensité , après quelques heures ou quelque^; jours de repos. Si des malades ont paru guéris en vingt-quatre ou quarante-huit heures, parce qu'ils avaient cessé de souffrir e( parce que les douleurs ne se sont pas reproduites , la plupart ont exigé de six à douze jours et plus, avant d'obtenir la guérison complète. Celte longueur du traitement a paru
THÉRAPEITIOUK. "237
c^ravo, et ello a fait douter de relïicacilé ou de l'aclion du remède. Elle a fait douter si la maladie , abandonnée à elleniôme , n'aurait pas guéri tout aussi promptement , naturâ medicatrice. On a eu des craintes pour l'encéphale dans l adniinistration de ces doses énormes d'opium ; mais l'expérience et les raisons données par M. Brachet les ont dissipées, et aujourd'hui on est un peu plus familiarisé avec ces hautes doses.
La méthode calmante de Ranquc est jugée par son auteur lui-même. Selon lui, la durée moyenne du traitement est de onze jours et demi , et quelquefois de quinze à vingt. Elle est en outre des plus incommodes, des plus embarrassantes. On lui a fait à tort le reproche de causer une éruption tlouloureuse. Le tartre stibié , ainsi mélangé , ne produit pas d'éruption , au moins le plus souvent.
Les tentatives de M. Bouvier, au sujet de l'éthérisation , à laquelle nous joindrons l'emploi du chloroforme, ont été heureuses , nous le crovons: mais cette méthode calmante est l'utourée de dangers, que la prudence la plus consommée ne suffit pas pour faire prévenir. Dans le même hôpital , j'ai vu, dans la même semaine, trois chirurgiens du plus grand mérite éprouver trois catastrophes des plus déplorables. Trois malades restèrent morts. Cependant l'un d'eux eut le bonheur de rappeler le sien à la vie après plus d'une heure i'une lutte désespérée. Ces faits, qui sont restés enfouis dans le mj'stère le plus profond , sont à ajouter aux faits déjà trop nombreux dont la presse nous a entretenus. Ils nous font penser qu'elle n'a pas tout dit , et qu'il y en a bien plus qu'elle n'en a révélé, parce qu'elle n'a pu tout savoir. 1 e même chirurgien , qui avait eu le bonheur de rappeler son malade à la vie , vient d'en perdre un qui , en deux minutes, n'a plus donné aucun signe de vie. Depuis que j 'écrivais ces lignes , ce fait a été publié , et la presse en a révélé un nombre elTrayant. Quoiqu'il en soit , ces résultats
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nous scniMont suffisants pour faire proscrire l'emploi d'un moyen aussi dangereux , lorsque surtout on en possède qui sont aussi sûrs et qui ne font courir aucun danger.
M. le docteur Blanchet, de Tours, médecin d'une fabrique de couleurs à base de plomb , vient de faire connaître les bons effets qu'il a retirés du chloroforme administré à l'intérieur. Il en prescrivit huit gouttes dans une potion de cent vingt grammes à un ouvrier qui souffrait cruellement. A la deuxième cueillerée , le calme était remarquable : à la ([uatrième, il était guéri. Ce fait isolé a besoin d'être sanctionné par de nouvelles observations. Le chloroforme, ainsiadministré à l'intérieur, ne nous a jamais procuré un calme aussi complet.
Henckel, Dehaen, Bordeu, Hoffmann, A struc , Tronchin, Tissot, Dom Heado, Broussais, M. Renauldin, etc., sont des autorités assez imposantes pour inspirer de la confiance dans le traitement antiphlogistîque. De quelque manière qu'on l'envisage; qu'il soit restreint à l'emploi des émollients de toute espèce et sous toutes les formes , ou qu'on lui associe les évacuations sanguines générales et locales , ce traitement a obtenu de nombreux succès , et il en compte tous lesjour^? encore. Tl combat la phlogosc qu'une violente irritation faif toujours supposer , toutefois il en prévient les conséquences et il procure une guérison rapide et certaine , sans inspirer aucune crainte , sans substituer aucun danger à celui de la maladie. Ses moyens sont toujours innocents.
MM. Debouteville , Thomas ,' Piquenot , etc., ont puisé principalement dans le service de M. Renauldin , à Beaujon , des matériaux importants dans les faits qu'ils y ont recueillis et qu'ils ont consignés dans leurs thèses. Selon M. Palais, la méthode antiphlogistiquc , aussi certaine qiïe prompte dans ses résultats , n'expose pas ïes malades aux diverses affections chroniques. Elle est la seule qui doive fixer l'attention et le choix des praticiens. Elle mérite tellement la confiance,
THÉHAPEITIQUE. 231)
que, dans les observations qu'il a choisies, il en est plusieurs dans lesquelles le traitement de la Charité n'avait fait qu'exaspérer les accidents et rendre l'abdomen plus sensible. Malgré ces avantages , jamais la méthode antiphlogistique n'a réuni un assentiment aussi général , aussi unanime que la plupart des autres ; les reproches qu'on lui a adressés l'ont presque toujours tenue dans une sorte d'isolement.
Combalusier s'élève contre les émollients et surtout contre la saignée , parce qu'ils ont été nuisibles aux malades qu'il a observés , et que môme l'un d'eux en a été victime. Bouvart et Vandermonde se prononcent avec virulence contre cette méthode de Tronchin , au point de reprocher à cet auteur d'avoir à peine vu des malades atteints de cette affection. « Il est , dit Bouvart , de notoriété publique parmi les médecins de la Charité et tous ceux qui les accompagnent à leurs visites , que les malades qui , avant d'y être conduits , ont été traités par des huileux , des délayants , des émollients , et surtout par des saignées , ont beaucoup plus de peine à guérir que les autres , ou sont souvent du nombre de ceux qui ne guérissent pas. » C'est aussi d'après l'observation que Garda ne ne craint pas de repousser avec énergie le traitement émollient. On voit même que, sur neuf malades , Dehaen en a perdu trois , et que les autres ont été très-longs à se remettre. M. Andral ne peut pas moins faire que de condamner celle médication , au dessus de laquelle il place bien haut la méthode purgative , plus prompte, plus sûre et moins exposée aux récidives. M. Mirambeau a fait connaître son impuissance dans la Revue Médicale , 18io, tome ÏII, page 41 G.
Il est fâcheux pour la doctrine antiphlogistique qu'elle n'ait pas distingué les cas de complication de la colique avec les phlogoses abdominales , des cas de colique simple , parce qu'alors elle aurait limité l'indispensable nécessité de son traitement à ces cas de complication ; mais elle ne pou-
2U} COLIQUE SATURNINE.
vail pas iiienlir à son principe phlegmasique , puisque , selon elle , la colique est une phlegmasie.
Les spécifiques ne consliluent point une mclhode générale de traitement. Chacun d'eux a été envisagé en particulier , et a compté ses apologistes et ses détracteurs, ^ous n'essayerons pas , par un abus de mots trop fréquent aujourd'hui, d'assimiler tous les moyens aux spécifiques , sous le prétexte que plusieurs auteurs , dans leur enthousiasme , n'ont pas craint de les regarder comme tels. Ainsi les purgatifs, les narcotiques , les antiphlogistiques ont tous reçu les honneurs de celte dénomination , qui cependant ne leur convient pas , attendu qu'ils ont un mode d'action qui peut s'expliquer physiologiquemcnt , qui peut constituer une méthode rationnelle thérapeutique. Ce n'est pas d'eux non plus que nous devons nous occuper, d'autant moins que déjà ils ont fait le sujet de nos réflexions dans les paragraphes précédents. Nous ne devons parler que des moyens qui agissent directement sur la substance métallique ou sur les tissus malades, de manière à les modifier.
La limonade sulfurique et la limonade hydrosulfurique ont reçu des éloges bien grands de la part de MM. Gendrin , Bouchardat , Rayer. En admettant plus haut l'action des préparations plombiquej insolubles , nous avons d'avance jugé et apprécié à leur juste valeur les méthodes chimiques qui ne parlent que de neutraliser le plomb , soit dans les voies digestives, avec MM. Sandras et Bouchardat , soit à la peau avec M. Legroux. D'ailleurs que penser d'un traitement qui dure de sis jours à deux mois , et dans lequel les opiacés , les purgatifs et les bains sont administrés conjointement? Ne vaudrait-il pas mieux laisser la nature se suffire? Que penser de traitements où les médecins sont contradictoires et agissent en sens inverse? MM. Piorry et Melsens veulent éviter la conversion en sels insolubles que recherchent
TIIÉRAPKUTIQUK. 241
la plupart des chimistes , pour obtenir, par l'acide nitrique (les sels soluhles plus faciles à éliminer.
L'alun est de tous les spéciûques celui qui a reçu le plus d'éloges. Nous savons tous les avanta|?es que M. Kapeler dit en avoir retirés. Nous savons combien M. Gendrin s'est loué de son administration , et nous'avons vu W. Montanceix le mettre au-dessus du traitement de la Charité.
l a médication spécifique n'a pas été moins attaquée ([ue j les autres. On lui a reproché de guérir l)eaucoup plus lentement, et même de ne pas guérir du tout ou de nécessiter l'aide des purgatifs. Y aurait-il quelque chose de mérité dans ces reproches ? Le peu de retentissement de cette médication semblerait le faire croire. Employée depuis près de deux siècles , elle n'a constitué une méthode véritable que depuis que M. Kapeler en a fait une méthode exclusive et que M. Gendrin lui a donné de la publicité. Elle a trouvé une grande opposition , et de la part de M. Fournier , qui en attribue toute l'action aux laxatifs et surtout aux lavements dont se sert le médecin de Saint-Antoine , et de la part de M. Tanquerel , qui, n'ayant obtenu que des succès douteux sur huit cas , la repousse avec amertume et s'écrie avec ironie : « Quant aux merveilles que MM. Kapeler et Gendrin disent avoir observées , je voudrais les voir pour y croire. M. Grisole va plus loin (page 799 ) ; il place l'alun au nombre des médicaments dont Vexpérience a démontré Vinutilité et même le danger ; mais il ne dit pas l'avoir jamais employé.
Les autres spécifiques ont peut-être excité moins de répul sien ; mais ce qui est pire, ils sont oubliés , tandis que l'alun figure au nombre des médicaments efficaces de la colique des peintres.
D'après cet exposé de la science sur les différentes médications de la colique saturnine , c'est-à dire , d'après les opinions et l'expérience des hommes qui font la science , à
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(juelle méthode thérapeutique donnera-t-on la préférence ? Peut-on avoir le courage de se décider pour l'une plutôt que pour les autres? Peuvent-elles avoir des droits égaux ? Quand on les voit riches de tant d'éloges, n'est-on pas tenté de les adopter toutes? Quand on les voit flétries par tant de hlàmes et de reproches, ne doit-on pas lesproscrire toutes sans exception ? Voilà donc de grands médecins en contradiction avec de grands médecins. Les faits et l'expérience sont également invoqués pour et contre. Ils n'ont manqué ni aux prôneurs ni aux détracteurs. Que faire au milieu de ce conflit d'opinions? Comment en déduire la médication rationnelle qui nous est demandée? La chose serait-elle donc impossible? Ou bien nous faudra-t-il, avec M. Fournier , exclure ce que chaque méthode a de particulier , pour n'adopter que la forme commune d'une médication déconstipante unique, dans l'emploi des lavements qu'elles conseillent toutes, comme adjuvants ? Nous ne croyons pas devoir insister sur ce moyen ; l'Académie nous reprocherait avec , juste raison, d'avoir manqué notre but. Un vice d'observation presque général , c'est de conclure trop vite avec le peuple : joosf Aoc , ergo propter hoc. Il n'est pas un auteur qui n'ait regardé comme une preuve décisive en faveur de la méthode qu'il a adoptée, le succès de celle ci après l'impuissance des autres. Il n'en est pas un qui ne fasse sonner bien haut celte apparence de supériorité. Pour nous , ces faits sont insignifiants. Quelque soit le médicament que vous aurez employé pendant cinq , huit ou dix jours : ou bien il n'a rien fait, cl la nature médicatrice a eu le temps d'user la maladie, c'est-à-dire qu'elle l'a conduite au moment de sa terminaison, et le remède qui arrive alors a les honneurs d'une guérison qui ne lui est pas due; ou bien ce moyen a déjà opéré une modification vitale , qui rend bien plus facile Tactioii du remède qui est alors administré. Aussi nous voyons les antiphlogistiques et les calmants réussir après les
th^:rai»el TTOUK. 245 purgatifs , et dos purgatifs guérir des coliques rebelles aux calmants. Ces fîûts sont bien simples et bien naturels pour celui qui a étudié les actes de la vie. Ils ne sont à nos yeux d'aucune valeur thérapeutique ni pour ni contre aucune médication. Ils ne pourraient avoir quelque importance, qu'autant qu'ils seraient constants. Qu'il nous soit permis d'emprunter ù Thomson un passage qui nous paraît convenir à ces réflexions. « On blâme tout traitement des autres, on en propose un qu'on trouve toujours eflicace. Ce fait curieux s'explique par l'avidité avec laquelle la plupart des praticiens cherchent la réputation, dans leur répugnance à 'la partager avec d'autres. Une matière médicale com posée par un corps de praticiens expérimentés qui auraient renoncé 5 l'exercice de leur profession , nous donnerait, sur les propriétés médicales de beaucoup de remèdes, des notions bien différentes de celles que l'on trouve dans les traités rédigés par ceux qui , en commençant à être auteurs , ne font que d'entrer dans la pratique de l'art de guérir , et qui sont avides de prendre leur part dans la célébrité. »
Pour sortir d'embarras, nous ne voyons qu'un seul moyen, c'est de recourir à une nouvelle expérimentation , à une expérimentation dégagée, s'il est possible, de toute prévention , de toute idée préconçue. Mais qui osera prétendre à un semblable honneur ? Qui osera se croire à l'abri des reproches qu'on sera en droit de lui adresser comme aux autres observateurs? Les diflicnltés naissent de tous côtés. Cependant il faut en finir. Eh bien ! Sans avoir aucune prétention , sans songer à me mettre au-dessus des hommes les plus distingués dont j'ai invoqué les témoignages contradictoires , je présente modestement le résultat d'une pratique de trente-trois ans, d'une pratique nombreuse , dans une ville populeuse , où tout m'a servi pour me faire recueillir des faits de toute espèce, à cause surtout d'un hôpital immense, où j'ai eu pendant vingt tin<j
'214 COLIQUE SATURNINE.
ans l'occasion d obscrver à clia(iuc instant la colique de plomb. J'ai essayé toutes les méthodes avec cet esprit avide de lumière qui ne préjuge rien. Je les ai souvent variées et combinées selon l'exigence et jamais selon la passion. Convaincu de la véracité de ceux qui proposaient un moyen nouveau , je l'ai toujours accueilli avec empressement, toujours je l'ai mis eu présence des moyens déjà connus. Pinel ( l Mérat furent d'abord mes guides. BroussaisctPalais eurent bientôt leur tour. La nécessité de calmer des douleurs aussi atroces eut aussi son moment de faveur. EnOn , les spécifiques furent mis à l'ordre du jour. C'est à cette étude pratique faite dans le but unique d'arriver à un n eilleur traitement pour mes malades, que je vais en appeler aujourd'hui, en apportant dans la balance des médications le fruit de mes recherches, le résultat de mes observations. Ce qui peut contribuer à m'inspirer de la confiance , c'est que je n'ai rien fait , rien essayé par esprit de système. Je me suis toujours laissé conduire par le désir d'être utile à mes malades. Je n'avais jamais songé à faire usage des faits qui ont passé sous mes yeux ; c'est le programme seul de la savante Acacadémic de Toulouse qui m'a décidé à fouiller dans mes archives pour y puiser des matériaux qui y fussent restés éternellement enfouis. Quelle que puisse être la valeur de ces considérations, nous les avons crues nécessaires avant d'exposer ce que nous avons vu nous-m^mes.
§ VU. — Eludes cliniques de l'auteur.
Pendant au moins huit ans , je n'ai pas employé d'autre méthode que le traitement de la Charité : les succès que j'obtenais, ne me permettaient pas de songer à une autre. Cependant, je dois l'ii vouer, ce n'était jamais qu'en tremblant que je faisais pénétrer des purgatifs aussi violents dans des organes aussi irrités. Plus de cinquante malades ont été sou-
mis à ce traitement , tous ont été guéris sans accidents ; mais aucun ne Ta été avant six jours ; beaucoup ont attendu jusqu'à dix et même douze jours. îl n'en fallait pas davantage pour me faire désirer un moyen qui fût tout à la fois aussi efficace, plus prompt et moins effrayant. La doctrine physiologique régnait avec splendeur. Sa simplicité, son unité de principe semblaient en assurer le triomphe perpétuel. Quelques essais infructueux que j'avais vus sous mes yeux, étaient loin de me décider en sa faveur. Il en fut un surtoiiJ qui fut décisif pour moi. M. Couture frisait un commerri^ immense sur la céruse. Il fut, pour la troisième fois, pris d'une colique de plomb. Elle fut atroce. Un de nos médecii:s les plus distingués fut appelé. Il mit en œuvre tous les ressorts de la doctrine physiologique la plus active. Pendant dix jours, sangsues, boissons émollientes, bains de six à dix heures, rien ne put appaiser l'alrocilé de la souffrance. Je fus appelé pour remplacer son médecin absent. L'impuissance du traitement aniiphlogistique me fit recourir prcsqi c en tremblant aux purgatifs. En dix heures, des selles eurent lieu, le malade fut soulagé d'abord cl bientôt guéri. En fallait -il davantage pour me confirmer dans l'eniploi des purgalifs? Bien que ce succès ne fût pas décisif, il fut suffisant pour me faire préférer encore longtemps celte méthode en apparence si incendiaire. L'empirisme seul m'y retenait : car mes tendances physiologiques me portaient vers la méthode anliphlogisliquc , dont les revers journaliers m'éloignaient de plus en plus. Elle était jugée pour moi. Cependant je me permis le raisorinemeni physiologique suivant. Tno douleur atroce caractérise la maladie. Essayons de calmer cette douleur, non point avec des doses minimes, mais comme le veut Stoll, avec de fortes doses d'opium. J'élais bien assuré que dans ces cas extrêmes , ce médicament n'exerçait pas d'influence narcoliquc cl qu'on pouvait le donner sans danger. Néanmoins je cherchais a dissiper toulc
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crainte de narcolisme , en prévenant la possibilité de la cougestion cérébrale par une déplélion sanguine satisfaisante , par la soustraction du matériel de la congestion , le sang. J'opérai donc la combinaison des deux méthodes antipblo gistiquc et calmante. Pendant deux ans , les coliques des peintres affluèrent dans mon service à l'hôpital et dans ma pratique en ville. J'en ai traité ainsi plus de quarante. Vingt- ( inq sangsues étaient appliquées sur l'abdomen ; on faisait couler abondamment le sang : on était rarement obligé de revenir à une seconde application. En môme temps, je faisais donner par cuillerée , d'heure en heure, une potion dans laquelle entraient de vingt à cinquante centigrammes d'opium, soit en nature, soit en sirop, soit en laudanum. Il est inutile de dire que les boissons émoUientes, les lavements et les cataplasmes émollients étaient en même temps administrés. Cette médication a fait des prodiges. Des malades ont été guéris en dix heures , d'autres en 24 heures , en deux ou trois jours. Je me croyais arrivé au point de perfection de ce traitement. Cependant des succès aussi éclatants ne se soutinrent pas toujours. La guérison se fit attendre souvent six à dix jours; et alors le mal ne cédait quelquefois quà l'administration d'un purgatif ; il est vrai que la pur- {j;ation était plus facile. Chez plusieurs malades le soùlagement était prompt ; mais la guérison complète ne s'obtenait ensuite qu'avec une lenteur incroyable. Chez quelques malades j'eus le désagrément de voir la guérison , que je croyais franche et complète , n'être en quelque sorte qu'une suspension de la maladie, qui se reproduisait au bout de quelques jours ou de quelques semaines , soit après une bien légère exposition aux émanations plombiques , soit même sans exposition nouvelle. Je restai ainsi flottant et indécis, associant systématiquement les purgatifs aux émollients, aux sangsues et aux narcotiques.
Ce fut alors (jno M. Gendrin (it paraître ses recherches
THÉnAPEUTlQUE 247
sur Tnlun, sur la limonade sulfariquc el sur la limonade hydro-sulfurique. Je saisis avec eraprcssemenl ces indications , parce qu'au mérite de refficacilé , elles joignaient la simplicité el l'absence de tout danger.
La limonade hydrosulfurique fut la première à laquelle j'eus recours; plus de dix malades y furent soumis. Ils en burent deux, trois et même quatre pintes par jour. Aucun n'en éprouva le moindre amendement. La limonade sulfurique eut son tour. Je fus encore moins heureux; car chez plusieurs malades les coliques furent ou parurent exaspérées. Dès lors je dus renoncer, et pour toujours, à ces deux moyens. Ces essais furent faits eu ville.
Voici la petite note que je trouve dans le compte rendu médical abrégé que l'administration fit imprimer pour l'an liée 1838 :
« Depuis longtemps j'avais associé les deux méthodes, antiphlogistique et calmante , pour n'en former qu'une véritable rationnelle. De suite après les évacuations sanguines abondantes, je faisais administrer l'opium à haute dose, el en deux, trois ou quatre jours au plus, la guérison était obtenue, l e succès avait répondu à mes espérances, lorsque, au mois d'avril, il entra au n° 11 de la salle Sainte- Anne, un peintre atteint d'une violente colique de plomb. Les évacuations sanguines et les opiacés échouèrent; les douleurs parurent même augmenter. Quatre jours s'étaient passas dans ces tentatives infructueuses. J'eus alors recours au sulfate acide d'alumine et de potasse. J'en prescrivis huit grammes dans une potion , et je fis prendre la limonade minérale pour tisane. Le lendemain il y eut un soulagement marqué. Le surlendemain le mieux était beaucoup plus grand, et en trois jours les douleurs furent calmées.
« Quatre autres malades se sont présentés dans !(> courant de l'année avec la colique de plomb. Tous les quatre ont été mis de suite à l'usage du sulfate acide d'alumine à
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îiaule dose, et tous ont été soulages sur-le-chanip , et com- [)lètement guéris en |(leux ou trois jours. Ces faits sont [)rédeux pour la science et pour l'humanité, puisqu'en indi- <|uant les succès d'un moyen prompt et clBcacc contre une maladie cruelle par ses souffrances , ils attestent les progrès de Tart de guérir. •
Voilà ce que j'écrivais en 1838. Depuis ce moment, je n'ai j>as cessé d'administrer le sulfate acide d'alumine, et jamais il n'a trompé mes espérances, jamais il n'a occasionné le moindre accident. Lorsque des vomissements ne permettaient pas de l'amiuistrer par le haut , je le faisais doimer en I tvemvni , et il agissait avec autant d'elficacilé. Si des signes d'indanmiation étaient évidents , je débutais par l'appUca lion des sangsues , afin de combattre cette complication , el après seulement j'avais recours à l'alun. Je le prescris ordinairement dans une polion gommeuse , où je fais entrer quarante ou cinquante gouttes d«; laudanum liquide de Sydenham. Si le ventre ne s'ouvre pas de lui môme avant le troisième jour, alors un purgatif léger rétablit les selles. Telle est la méthode que je suis depuis dix ans, tel est le remède avec lequel je n'ai encore obtenu que des succès au nombre de plus de cent cinquante. Peut-être dira-t-on que le laudanum a dû agir, el que c'est à lui que doivent revenir les honneurs de h cure. Son action , je ne la nie point; mais je nie son opération absolue. Seul , il ne produirait pas autant d'effet. Ainsi associé, il coopère à la guérison; il y exerce sa part d'influence; c'est ma pensée. Jusqu'à quel point? Je n'en sais rien. Auprès des malades, j'ai toujours en vue de les guérir, et non d'expérimenter. Aussi je fais part de ce que j'ai vu, et non de ce qu'il aurait fallu faire pour voir mieux et davantage. Quant aux purgatifs , je ne pense pas qu'on veuille les rendre seuls agents de la cure ; nous savons qu'à de si faibles doses ils n'agiraient pas, ou qu'ils n'agiraient que bien lentement. Lors même qu'on rc-
|>rocherail à Talun de ne pas opérer seul la guérison , ne serail-ce pas drjà un grand bienfiiit de sa part que de la préparer, et de la rendre si facile par un léger purgatif?
Bien que fidèle ce résumé manque de faits pailicnliers. Il aurait bien plus de valeur si nous pouvions y joindre une série de faits recueillis aux pieds du lit du malade. Pour éviter la longueur d'une trop nombreuse citation , je vais transcrire seulement les feuilles de juin, juillet, août et septembre 1845, qui me tombent sous la main. Elles ont été recueillies par le docteur Pomicr, alors chef de clinique dans mon service.
OBSERVATION. — ]\1icbcl Brandiu , âgé de 25 ans» entre au n'' 10 le 1 1 juin IS'io. — Depuis plusieurs années ce malade a eu, à semblable é|)oque, des coliques qu'il a fait disparaître en buvant un mélange d'eau-de-vic et d'huile d'olive. Il y a huit jours , ses coliques sont revenues avec une violence inaccoutumée. Elles ont débuté par une douleur très-vive à l'ombilic , qui de là s'est étendue à tout le ventre. Elle était accompagnée de nausées, de vomissements et de phénomènes généraux intenses. Ces symptômes se sont amendés depuis quelques jours sous l'influence de son remède ordinaire.
Aujourd'hui le malade est abattu, la peau est chaude , le pouls fréquent, la respiration douloureuse. Tout l'abdomen est douloureux , surtout à la région ombilicale. La près, sion exercée sur une petite surface en augmente l'intensité ; mais elle diminue par une pression lente et légère faite avec toute la largeur de la main. La langue est couverte d'un enduit jaunâtre à la base, blanchâtre au centre; elle est rouge sur les bords. L'haleine est fétide. Il a soif; anorexie, constipation. Les testicules sont douloureux. Tisane de guimauve. Potion avec sirop diacode , 40 grammes. Lavement purgatif, l e 14, lavement supprimé. Le 17, trois
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selles le matin. Guim. miellée , lavemenl purgatif, lait. I e 19, sorti guéri.
Ce fait n'a aucun rapport avec le sulfate acide d'alumine. Je ne l'ai transcrit que parce qu'il se trouve le premier, e^ pour faire connaître le remède bannal qui parait être employé par les ouvriers , et ses mauvais effets. Grâce à son action irritante , les accidents d'une phlegmasie entéro-péritonéale ont pris la place de la colique qui avait été en partie guérie. Aussi nous n'avons prescrit que des boissons adoucissantes et quelques lavements laxatifs. Nous avions la persuasion que des selles abondantes jugeraient favorablement la maladie, et en opéreraient la solution ou la crise. L'événement a justifié nos prévisions , et la guérison a eu lieu le sixième jour aussitôt que les selles ont été rétablies.
ir OBSERVATION. — Dumouccau , âgé de vingt ans , plâ trier (dans notre ville les plâtriers sont aussi peintres) entre au n° 23, le 9 juillet 1815. Causes, action de la céruse. Pepuis huit jours il a éprouvé des coliques. Il a cessé de tra" vailler. Point de selles depuis deux jours. Le ventre est douloureux , plutôt contracté que ballonné ; les douleurs cessent par la pression. Douleur dans les membres inférieurs , avec faiblesse dans les supérieurs. La contraction musculaire est diminuée. La langue est normale. Pouls plein sans fréquence.
Le 10, limonade sulfurique, deux litres; potion calmante avec alun, quatre grammes.
Le 11, amélioration; alun, deux grammes.
le 13, plus de phénomènes morbides.
Le 14 , l'alun est supprimé. On ne donne que la tisane de violette et tilleul édulcorée et un julcp tempérant. On le garde jusqu'au vingt.
Le caractère de la maladie ne peut pas être douteux. La médication a été franche , et son effet prompt, puisque au
TIIÉRAPEUTIQUE. 251
Itoat de viiigl-qualre heures il y avait une grande amélioralion, et qu'au bout de trois jours tout avait disparu.
lir OBSERVATION. — Soigiie, âgé de vingt-deux ans, d'un tempérament sanguin , peintre en bâtiment , entre au n" 22 , le 13 juillet. 11 avait déjà eu trois fois des coliques saturnines. Causes, emploi de la céruse. Depuis huit jours, douleurs violentes dans les jambes et l'abdomen, faiblesse générale, céphalalgie. Les parois abdominales sont rétractées. Tout l'abdomen est douloureux à la pression. Pas de selles depuis quatre jours. Langue normale , légère coloration jaune des conjonctives. Le pouls est lent et dur.
Le H, limonade sulfurique, deux litres; potion calmante avec alun , quatre grammes.
Le 15, douleurs des testicules. On double la dose de l'alun.
Le Ifi, le ventre est plus douloureux, pas de selles encore; même prescription; saignée.
Le 17 , la saignée a été bien petite; l'état est le môme. Uix-huit sangsues vers l'ombilic
Le 18, amélioration; pas de selles; traitement continué.
Le 19, médecine simple; trois selles enlèvent complètement les douleurs ; violette et tilleul ; guéri. On le garde jusqu'au 24.
Dans cette observation , le sulfate acide d'alumine n'a pas procuré un soulagement aussi prompt que dans la précédente. Est-ce la faute du ri'mède? Est-ce la faute de quelque autre circonstance? L'augmentation des douleurs de l'abdomen par la pression , la plénitude et la dureté du pouls annonçaient un étal phlegmasique ou tout au moins d'irritation qui n'avait pas lieu dans le cas précédent. Il a donc fallu combattre cette disposition complicante, et ce n'est qu'après qu'elle a été atténuée par les évacuations sanguines, que l'alun a pu agir convenablement : elle était un obstacle à son action. Cependant l'amélioration a com-
252 COI.IOrE SATUKNINE.
mcncc le qualrièmc jour. Nous devons nGler que l'emploi de l'alun n'a pas aggravé la disposition irritative , la phieg masie, puisque celte complication a été rapidement combattue par les moyens appropriés. C'est un point important ; il prouve que ce médicament ne produit pas d'effets nuisibles d'excitation.
IV OBSERVATION. — Martin, Philippe, ûgé de vingt-deux ans , peintre-vitrier, est reçu , le Ui juillet , au n** 9. Il avait eu àé'y\ une colique de plomb, il y a un an. Causes , action de la céruse. Depuis six jours , douleurs dans les genoux , ensuite dans le ventre. Perte d'appétit, constipation , faiblesse des membres avec douleur vive au toucher et mobilité insolite. Le ventre est rétracté; la pression soulage le malade. La langue est saburrale, épaisse. Pas de selles depuis vingt jours; téncsme. Le pouls est lent, plein et vibrant.
Le 15, limonade sulfurique, deux pintes; potion calmante avec sulfate acide d'alumine , quatre grammes.
Le 16, même état, même prescription.
Le 17 , amélioration dans les douleurs abdominales; point de selles.
Lo malade se plaint de souffrir dans les jambei.
Le 18, bien-être complet; purgation ordinaire; eau gommée; julep tempérant; selles abondantes. Le 20, il sort guéri.
Bien qu'intense^ la colique était, dans cette observation , dégagée de toute espèce d'accessoire ou de complication ; car nous ne pensons pas qu'on veuille regarder les douleurs des membres comme une complication. Aussi elle a été attaquée d'emblée par la médication alumineuse qui en a triomphé en deux jours. Cependant une purgation a ét> admin'strée pour ouvrir le ventre , et l'on a vu qu'elle l'avait fait avec aisance, puisque le surlendemain le malade est sorti.
TUÉUAPEUTIOUEt 253
V® OBSERVATION. — Aubri , Pierre Désilé , âgé de ((iiarante-six ans, peintre en bâtiments, est rcru , le 15 juillet, au 11° 24. Il avait eu une colique de plomb, il y a cinij ans. Depuis trois semaines , douleurs de tôle, faiblesse générale, perte d'appétit, genoux au niveau de l'épigastre, selles rares. Malgré cela le malade a pu continuer ses occupations jusqu'à hier. Alors, douleurs violentes dans l'abdomen , dans les lombes , dans les membres inférieurs et dans les testicules ; vomissements réitérés : coloration terne et un peu ictérique de la peau ; langue humide , un peu bi< leuse ; abdomen rélrciclé , douloureux à la pression ; pas de selles depuis trois jours ; pouls lent.
Le 16, eau gazeuse éduU orée avec le sirop diacodc. Lavement avec la décoction de mauve , alun 8 grammes , laudanum liquide de Sydcnham 15 gouttes. — Le lavement n'est gardé qu'une demi-heure. Les vomissements sont arrêtés. Les douleurs abdominales et la constipation persistent , le ventre est fortement rétracté.
Le 17, limonade sulfuri([uo; potion calmante avec sulfate acide d'alumine, 8 grammes.
Le 18, méuïc état, l imonade continuée ; on ajoute cinquante gouttes de laudanum à la potion ; lavement de séné , cataplasme émollient arrosé de baume tranquille sur l'abdomen.
Le 19, il a eu trois selles peu abondantes; soulagement marqué , même prescription .
Le 20, il a eu 5 à 6 selles; les douleurs ont disparu. Eau gommée, potion calmante. — Le 24 , il sort guéri.
Voilà une des coliques les plus intenses qu'on puisse voir, r es vomissements ne permettant pas d'administrer l'alun par le haut, il a été donné en lavement le premier jour. Il n'a pas eu le temps de produire aucun effet , puisqu'il n'a été gardé qu'une demi-heure. Le lendemain , aussitôt (pie sous l'influence de l'eau gazeuse et du sirop diacodc , les vomis-
254 COLIQUK SATURMiVK.
sements ont été suspendus, l'alun a été donné par le haut. Il a été bien supporté, et le deuxième jour il a amené du soulagement. Du troisième au quatrième, la guérison a été confirmée en aidant les évacuations alvines par l'administration dt' quelques lavements de séné. Je ferai observer que l'action de l'alun n a pu commencer que le 17, puisque le lavement n'a pas été gardé , et que deux jours ont suffi pour produire du soulagement, et quatre pour guérir. De ce que le lavement n'a pas été gardé dans cette circonstance , il ne faut rien en conclure contre son administration. Toutes les fois que les vomissements ne permettent pas de faire prendre l'alun par le haut, c'est par le bas que je l'administre. Toujours alors je lui associe le laudanum àla dose de 15 à 30 gouttes, moins pour agir contre le mal , que pour favoriser la rétention du lavement; et j'ai obtenu du remède les mêmes avantages que lorsqu'il était donné par la bouche. On voit encore avec' quelle facilité de simples lavements de séné provoquent alors desselles, qu'ils n'eussent pas obtenues, si l'alun n'avait pas été administré.
VP OBSERVATiox. — Martiualio , Jean , peintre-plâtrier , entre , le 28 juillet , au n" 9. Il avait eu une colique de plomb, il y a un an. — Causes , intoxication saturnine. Depuis quelques jours, le malade était faible ; il éprouvait des douleurs à l'épigastre et avait des naussées. Aujourd'hui , faiblesse dans les jambes, rétraction des tendons fléchisseurs de la main droite. Pas de selles depuis trois jours. Coliques très-violentes diminuant par la pression , ventre dur , rétracté , pas de fièvre. Le 29, potion calmante avec 50 gouttes de laudanum. Lavement de séné, une selle, soulagement. Le 30, idem.
Il sort, le l^*" août, très-bien.
Le 3 août, il rentre. Les coliques ont reparu avec intensité.
I e 4, limonade sulfurique, potion calmante avec alun, C grammes.
THÉRAPEUTIQUE. 2oo
Le 6, soulagement. — Le 7 , hien-étre complet. — Le 8 , boissons émoUientes. Il sort le 11 parfaitement guéri.
Nous trouvons, dans cette observation, les bons effets dv l'opium. Une potion avec cinquante gouttes de laudanum a fait disparaître les accidents en 24 heures, et le malade est sorti trois jours après son entrée. Ce fait nous prouve en même temps combien peu l'on doit compter sur l'opium pour une guérison complète. Tous les accidents ont disparu rapidement ; et au bout de quatre jours ils se sont reproduits aussi intenses. Il en résulte , pour nous qui avons vu beaucoup d'autre faits semblables , que l'opium n'est point un moyen curatif de la colique saturnine. Il calme un des phénomènes dominant , la douleur ; son action sur le système nerveux cérébral explique cela, mais il n'exerce pas d'autre influence sur la colique. Il n'a rien de spéciCque à opposer à une maladie spéciale ; vouloir lui demander plus serait une erreur. Bien souvent on s'égare , parce qu'on exige des remèdes plus qu'ils ne peuvent nous donner. Accoutumonsnous à ne leur demander que ce qu'ils peuvent accorder , que ce qui est de leur ressort ou dans leurs propriétés , et nous éviterons bien des mécomptes. Ce n*est que pour vouloir étendre l'action d'un remède au-delà de sa sph re qu'on arrive souvent à le déprécier , parce qu'alors il ne répond pas à l'espérance qu'on s'en faisait. Je le répète , n'exigeons des remèdes que ce qu'ils peuvent nous donner, et nous ne nous exposerons plus à de semblables déceptions. L'opium calme la douleur; c'est tout ce qu'il peut faire. Or, la colique des peintres n'est pas une douleur simple , elle est quelque chose déplus, et c'est ce quelque chose que l'opium n'atteint pas et ne peut pas atteindre, parce qu'il n'est pas dans ses attributions ; aussi la rechute ne s'est pas fait attendre. Alors, traité par l'alun et la limonade sulfurique, le malade a été soulagé le second jour et guéri le quatrième. On ne peut pas demander mieux , on ne peut pas obtenir de ré-
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sullal plus salislaisant. 11 n'esl pas de médicalion fjui soit plus sûrement evpédilivc.
Vn° OBSERVATION. — Mosehelto , Charles, Agé de 23 ans, peintre-plâtrier, entre le 5 août au n° 4. 11 avait déjà eu une coli(iue de plomb il y a un an. Invasion depuis trois jours. Au début, faiblesse dans les membres inférieurs, constipation , douleurs abdominales très-intens"s que la pression soulage, parois du ventre rétractées, pas de selles, ulcération 5 la face interne des lèvres.
Le 6, limonade sulfurique, potion avec laudanum cinquante gouttes, alun G grammes, lavomont avec décoction de séné.
I e 7 , soulagement, mômes remèdes, mieux bien prononcé.
II y a deuv selles. Les ulcérations s'étendent, mêmes remèdes, gargitrismes astringents, grands bains, le quart.
Le 9 , plus de douleurs. Infusion de violettes et de feuilles d'oranger, potion calmante, lavement avec le bouillon de tripes.
Sous l'influence de la nourriture trop abondante, ou de la saison , le malade prend la diarrhée. Eau de riz , potion calmante. Elle le retient jusqu'à la fin du mois.
Ce fait est encore on ne peut plus favorable à l'action thérapeutique de l'alun. Dès le premier jour de son emploi il y a eu du soulagement, et, au bout de trois jours, les coliques avaient disparu. On peut se demander si la diarrhée qui est survenue n'a pas été occasionnée par le sulfate acide d'alumine, et si, en conséquence , cette complication consécutive n'est pas un obstacle à sou administration. Comme, dans aucun autre cas, le remède n'a produit un pareil effet, nous sommes autorisé à ne pas le rendre responsable d'un épi phénomène qui était la maladie régnante de la saison. Dans presque tous les autres cas, en effet, et môme dans celuici , l'art a été obligé d'aider la nature pour obtenir les selles,
TIIÈUAPEUTIOUE. 257
faisant prendre tantôt un purgatif, tantôt un lavcmenl. 1/objcction ne pourrait donc pas ôtre sérieuse. Klle tonihc il'oile ni<!yme devant les considérations que nous venons de présenter.
VIII® OBSERVATION. — Détenard , Aufjusle, «Igé de viti^l ans , peintre , entre , le 28 août , au n° 7. Causes , emploi prolongé de la céruse. Invasion depuis huit jours. Dès le début, douleurs abdominales intenses, vomissements de couleur parracée , constipation, perte d'appétit, peu de soif; faiblesse dans les membres inférieurs et surtout du côté gauche. Aujourd'hui , l'abdomen est douloureux à la pression , la langue est humide et un peu saburralc à la base ; plaques nacrées sur les gencives , qui présentent vers les dents une teinte violacée et un commencement d'ulcération. Pas de selles depuis huit jours. Le pouls n'a pas de fréquence.
Le 29 , limonade sulfurique ; potion calmante avec alun , huit grammes ; lavement avec la décoction de séné ; friclions avec le baume tranquille sur le ventre. Il y a trois selles.
Le 30 , mieux marqué , pas de douleurs , mêmes rcmè«icf^ moins le lavement.
Le l^*" septembre, guérison complète; infusion de fleurs de violettes et de mauves.
Pourrait-on se refuser à l'évidence des bons eiTels de l'alun? Soulagement dès le premier jour , selles provoquées par un seul lavement purgatif, cl guérison en deux jours. Cependant l'alun a été continué un jour de plus. Qu'il me soit permis de placer deux réflexions au sujet de cette administration prolongée de l'alun. Il semble qu'avec la disparition des symptômes le mal a disparu , et ((u'il n'est plus besoin d'administrer un remède contre un mal qui n'est plus. Le raisonnement est spécieux : car pour celle maladie, comme pour beaucoup d'autres, la dispari -
258 COLIQUE SATURNIiVE.
tion des symptômes n'est pas toujours la guérison. Les tissus affectés conservent encore, sinon la maladie, du moins le germe , qu'on me passe cette expression ; et si l'on cesse le remède , avant que ses dernières racines soient extirpées, la maladie se reproduit. Ainsi, un jour de continuation d'alun nous a paru nécessaire pour achever la guérison , pour prévenir les récidives et les rechutes. Cette précaution nous a réussi .
IX® OBSERVATION. — François Muzy , âgé de trenle-nn ans, peintre-plâtrier, entre, le 4 septembre, au n'* 18. Il avait déjà éprouvé plusieurs coliques saturnines assez fréquemment répétées. Invasion depuis quatre jours ; douleur très-vive dans l'abdomen , soulagée par la pression. Pas do réaction fébrile ; langue naturelle , soif ordinaire ; constipation opiniâtre. On lui fait prendre sur-le-champ une potion purgative et un lavement purgatif. Selles , amélioration (■omplète; le 5, limonade sulfurique, potion calmante simple. Le mieux se soutient et le malade sort le 7.
Dans cette observation , nous trouvons les bons effets des purgatifs, que nous n'avons jamais niés. Le cas était simple. Nous ne l'avons consigné ici que parce qiVil a été recueilli en môme temps que les autres et que sa feuille était mêlée à celles des autres.
X® OBSERVATION. — CoHu, âgé de trente ans , peintre , entre, le 8 septembre, au n° 18. Depuis un mois, il avail ({uelques coliques vagues. Invasion, cinq jours. Depuis cette époque , douleur dans les lombes et dans les différentes articulations avec faiblesse presque paralytique dans les mem bres supérieurs et inférieurs ; un peu de douleur dans le venire, mais sans colique. Le malade a maigri depuis qu'il a éprouvé les premiers accidents saturnins. Pas de céphalalgie ni de trouble des sens ; pas de fièvre ; chaleur naturelle de la peau; langue humide et naturelle; soif et appé
THÉKAPEUTIQllî. 259
til comme à l'état sain. Selles naturelles; rien du côté de la poitrine.
Le 9 , limonade sulfurique , potion avec alun , quatre grammes; liniment ammoniacal laudanisé.
Le 10, on prescrit en outre une pilule faite avec cinq milligrammes de strychnine. Ce traitement est continué jusqu'au 20.
le malade sort, quoique malade encore. Il n'éprouve plus de coliques depuis longtemps , mais les pieds et surtout le droit sont encore douloureux et gênés, et la faiblesse des membres supérieurs semble s'être concentrée sur les deux doigts du milieu.
Ce fait est presque étranger à la colique saturnine , puisque le malade n'a éprouvé que de faibles douleurs vers l'abdomen, puisque surtout il n'y avait pas de constipation. C'était une véritable arlhralgie avec intoxication générale. J'ai cru néanmoins devoir le rapporter ici, d'abord parce qu'il fait nombre avec les autres faits recueillis à la même époque , et , en second lieu , parce que le sulfate acide d'alumine, administré et continué pendant onze jours, n'a exercé qu'une bien faible influence sur l'arthralgie. Ce fait devient donc précieux en ce qu'il semble donner un démenti à l'opinion qui veut faire de toutes les affections saturnines une maladie identique , dont les phénomènes , quel qu'en soit le siège , ne sont qu'une forme différente , qui réclame un traitement unique et identique : comme dans la syphilis , les différents phénomènes ne sont que l'expression de la même infection et exigent le même spéciflque pour être guéris. Cette opinion peut avoir quelque chose de spécieux et même de vrai ; mais, on le voit, le traitement ne se trouve pas d'accord avec elle. L'alun a échoué ou à peu près. Cependant onze jours auraient suffi pour constater sa vertu, s'il en avait eu contre l'arthralgie, encore il était aidé par l'emploi de la strychnine. Eh bien! ces onze jours n'ont
200 COI.IQUK SATURNINE.
rien produit de bien avantageux : les seules coliques ont ét(' dissipées. Si la uia'adie était la même, elle devrait être guéri(^ par le même remède et dans le môme espace de temps , ou bien il faudrait admettre des remèdes différents pour les formes différentes. Alors , où est l'identité de Paffection , puisqu'il n'y a plus identité de traitement , puisque le remède qui fruérit l'une ne guérit pas l'autre? Je sais que ce fait ne suffît pas pour faire conclure affirmativement. Il faut un yilus grand nombre de preuves; mais au moins il vient s'inscrire en faux contre les prétentions de cette opinion, cf il est là comme une pierre angulaire posée la première pour combattre cette identité présumée. Quant à nous , nous ne I avons jamais pu constater. Au reste , abandonnons cetl<' (iisgrcssion: elle est étrangère à notre sujet.
Dix observations recueillies dans l'espace de trois mois dans le même service, font présumer , avec juste raison, nue la quantité des maladies qu'elles ont pour ol)jet doit être considérable pendant tout le courant de 1 année. Mais (ju'on lie s'abuse point ; on serait dans une grande erreur si l'on voulait prendre cette partie de l'année pour mesura du nombre définif qu il doit y en avoir pendant toute sa durée. Celte époque est, en effet, celle où il y a toujours , au moins dans notre cité , un bien plus grand nombre d'affections saturnines. La raison en est simple : c'est l'époque d;' l'année où se font les changements de domicile les plusnomi)reux ; c'est par conséquent l'époque où jles peintres ont le plus d'apparlemeiits à vernir. Dès-lors, ils sont, dans ce moment , beaucoup plus (jue dans tout autre, plongés dans une atmosphère chargée de la poussière plombique. Ils respirent en quelque sorte la céruse par tous les pores. Ainsi , pendant les trois autres quarts de l'année, il y a beaucoup moins de ces affections; cependant il s'en présente toujours queUpies-unes. Somme totale , on voit , par ce relevé , corn bien il a dû passer de coliques de plomb sous nos yeux. Quand
TUiiii vrKUTîoui:. '2G !
nous les évaluons à plus de trois cents , nous sommes hiesi certainement au-dessous de la vérité.
Cette disposition statistique du plus grand nombre de coliques, pendant les grandes chaleurs, nous conduit à nous iaivc une question relative à la cause de celle différence ; d'autant mieux quelle se trouve en opposition formelle avec l'observation faite par Stoll à Vienne, où les coliques dv plomb sont beaucoup plus fréquentes cri hiver qu'en été. Néanmoins le plus grand nombre des peintures à la cérusc s'y lait en été, comme en France. Les fabriques de cérusc en four.'iissent davantage , dira t-on. Cependant les autres villes, comme Paris, où cette préparation se fait en grand, n'ont pas fait cette remarque. Cela tiendrait-il à ce que , dans ces fabriques , l'air est moins renouvelé en hiver à cause du froid? Pour notre ville la remarque subsiste dans son entier ; le plus grand nombre des aiîections saturnines se développe à l'époque de la Saint- Jean , pendant les chaleurs de Tété. Nous l'attribuons à l'aclivité plus grande de la peinture des appartements à cette époque. Nous faisons donc abstraction de l'influence directe de la saison. Cependant ne poussons pas trop loin celle dénégation. Bien qu'en général ce soit alors que nous ayons le plus gran(i nombre de coliques , il est des années où l'inverse est arrivé. Ainsi, en 1846, nous n'avons pas reçu une seule colique des peintres , quoique les travaux, de peintures à la ccruse ne se soient pas ralentis. Cette circonstance bizarre ost-elle un simple effet du hasard, ou plutôt ne tiendraitelle pus à une influence de la saison elle-même ? Telle est la question. La réponse ne nous paraît pas facile; car il faudrait pour la faire s'être livré à une recherche stalislique, dont nous avouons ne nous être pas occupé. Toutefois notre pensée est que celte influence est réelle. Ce n'est poiii! !a saison, ce ne sont point les chaleurs qui occasionnent la colique ; mais la saison exerce sur noire économie une ac-
262 COLIQUE saturmne.
lion qui la met dans des conditions plus ou moins favorables à l'action des miasmes plombiques. Or, cette influence n'est pas due uniquement à la chaleur : il y a quelque chose, ce quid divinum^ que l'analyse chimique ou physique ne peut pas saisir , et qui fait qu'une constitution médicale sera différente d'une autre constitution , quoique toutes les deux soient nées dans la même localité et avec des conditions physiques absolument semblables ; qui fait que la même maladie , née sous les mêmes influences constitutionnelles^ sera difl'érente d'elle-même, puisque le remède qui réussira dans une circonstance échouera ou môme sera nuisible dans une autre. Cette remarque n'avait pas échappé à l'illustre Sydenham, lorsqu'il plaignait les premiers malades qui étaient frappés dans une épidémie , parce qu'il avait vu que chacune portait son cachet spécial et qu'elle demandait des moyens différents. Ainsi nous croyons que le plus grand nombre des coliques saturnines, en été, tient à la plus grande activité des peintres dans cette saison; mais nous croyons en même temps que, toute chose égale d'ailleurs sous le rapport du nombre , il y aura des années où la colique sera infiniment plus nombreuse que dans d'autres, à cause de l'influence que la constitution médicale exercera sur les économies pour leur donner une dose plus ou moins grande de prédispositions. Notre opinion diffère donc de celle de beaucoup d'auteurs , qui ne reconnaissent que l'influence du plomb. Joseph Frank lui-même refuse à la saison toute espèce d'influence. Cependant il a vu , durant les étés de 1820 et de 1821, une si grande quantité de coliques de plomb chez les maçons, qu'on aurait pu croire à une épidémie. Il l'attribue simplement à ce que la reconstruction d'un plus grand nombre d'édifices dans ces deux années occupa un plus grand nombre d'ouvriers.
Puisque nous avons abordé cette question de l'influence de la constitution médicale, nous ne pouvons pas quitter ce
TIIKUAPEUTIOIE. 263
sujet sans faire une réilexion , qui pourra nous donner en partie la raison de la différence que le même remède a présenté dans sps résultats , à des époques différentes et entre des mains différentes. Ce point mérite plus d'attention qu'on ne lui en accorde en général en thérapeutique. Comme nous venons de le voir, Sydenham l'avait bien senti. Puis donc que la constitution médicale exerce une influence sur le caractère de la maladie , elle doit en exercer une aussi sur l'efficacité du remède , elle doit rendre plus efficace une fois une niclLodc, et plus efficace une autre méthode une autre fois. Cela a lieu pour les épidémies , pour les constitutions médicales, pourquoi n'en serait-il pas de même pour les coliques saturnines? Dès le moment que nous avons admis une influence sur la production de la maladie , et peut-être sur chacune de ses modifications , nous devons étendre celle influence à sa thérapeutique. Telle est notre pensée. De là nous tirons la conséquence que le remède qui réussira une année ou plusieurs années pourra moins réussir l'année suivante ou les autres années. De là nous tirons la conséquence qu'on s'est peut-être quelquefois trop pressé de proscrire un remède qui avait été prôné par quelques médecins, aussitôt qu'il avait échoué dans quelques cas.
Nous étendrons ces considérations aux localités différentes , et nous admettrons qu'un mojen qui réussit dans une contrée, dans un hôpital, peut ne pas réussir aussi bien dans un autre lieu, dans un autre hôpital. — Par toutes ces raisons , nous pensons qu'avant de rejclcr définitivement un remède, il faut le soumettre à de nouveUes expériences ; il faut bien s'assurer si les circonstances dans lesquelles il a réussi ne se représenteront pas. Loin de nous toutefois l'intention de vouloir trop généraliser ce principe. Il y a ici de plus que dans les autres épidémies et constitutions une cause malérielle et toujours unifornte , le plomh.
;i64 COLIQUE SATURNINE.
Ce métal , en conséquence , éoit exercer une action identique. Nous le savons, et nous le reconnaissons. Mais, comme nous l'avons dit, il peut trouver des corps différemment prédisposes, et à cause de cette prédisposition différente , il peut produire des effets mixtes différents , qui nécessitent ides agents différents.
§ VIII. — Conclusions.
Ces considérations ne peuvent que nous rendre très-r^-scrvés sur le choix que nous devrons faire de la médication à adopter et du remède à employer. Il nous faut pourtant arriver à une conclusion. Nous avons vu que les phénomènes essentiels de la maladie avaient fourni des indications assez prononcées. Nous avons vu que ces indications avaient été la source de médications bien tranchées. Nous avons examiné ces médications et leurs moyens d'après les auteurs. Nous avons cherché , dans l'étal de la science , (juelle était la meilleure. Le bien et le mal que chaque prôneur d'une méthode disait de la sienne et de celle des autres ne nous a pas permis de nous prononcer pour Tune plutôt que pour l'autre. Nous les avons soumises au creuset de notre observation et de notre expérience personnelle, et nous avons essayé d'apporter avec défiance notre mince tribut dans la balance. Or, voici quel en est le résultat délinitif , ou du moins ce qu'il nous paraît être. Toutes les métho les ont réussi ; aussi elles comptent toutes de chaleureux apologistes. Il ne s'agit donc point de savoir si l'une doit être conservée exclusivement, et si les autres doivent être rejetées sans merci. Nous pensons qu'elles doivent toutes être conservées , parce que toutes peuvent trouver le moment de leur application préférable. Il s'agit donc seulement de décider quelle est la méthode , quelle est le moyen qui doit être préféré dans la majorité des ras ,
1 1 1 É II A l'ii u r IQ U K . 200
nous le réi)étous , sans exclure pour cela les autres. Or, le «nojen que nous devons préférer sera celui qui réunira au [>lus haut degré ces trois conditions demandées par un des princes de la médecine , par Celse : Citô , lutù et jucundè. A en croire chaque auteur, la méthode qu'il a adoptée et dont il s'est fait le champion est toujours celle qui est la meilleure et qui par conséquent réunit ces trois conditions. Peur nous qui n'avons imaginé aucune méthode^ aucun remède; pour nous qui nous sommes empressé d'accueillir tous les moyens avec cette envie seule d'élre utile^ avec cet esprit invesîigatcur dégagé de toute prévention; pour nous (jui avons cherché la vérité ile lionne loi, nous ne nous dissimulons point les ditTicullés que nous avons eues à sur monter et celles que nous rencontrons encore. Cependant le narré que nous avons liiit des phases de notre pratique saturnine doit faire pressenlir notre pensée , doit faire augurer nos conséquences d'après 1rs résultats que nous avons obtenus.
Les purgatifs réussissent; ils réussissent presque toujours. Nous -même nous leur devons des succès que nous ne craignons point d'avouer. Aussi nous n'admettons pas dans leur entier les reproches exagérés qu'on leur a adressés. Cependant nous convenons avec leurs parlisans euxmêmes que le succès se fait le plus souvent attendre de six à douze jours , que le remède échoue quelquefois et que môme il ajoute des accidents graves à ceux qui existera déjà, enfin qu'il est fort désagréable pour les malades. De toutes les méthodes, c'est même celle qui olTre !a plus grande mortalité. Ils ne remplissent donc pas avec autant de certitude que nous le voudrions les trois conditions que Celse désirait. Aussi, après les avoir longtemps employés, nous les avons eu partie abandonnés, et le traitement de la Chalité n'est plus celui auquel nous donnons la préférence.
Les calman's sont moins désagréables, moins effra'anls.
266 COLIQUE SATURNINE.
Ils font quelquclois cesser le mal comme par enchantement , ou du moins ils en calment le phénomène le plus pénible , Ici douleur. Nous ne les avons pas vu occasionner des accidents; mais ils échouent bien souvent. Souvent aussi ils ne guérissent qu'imparfaitement, et au bout de quelques jours la maladie reprend toute sa férocité, comme nous l'avons vu dans l'observation VI. Par ces raisons, nous avons abandonné celte méthode exclusive.
La méthode anliphlogistique et sa combinaison avec les calmants , nous ont inspiré moins de craintes que la purgative. Si elles nous ont procuré des succès dont la rapidité élait admirable , elles nous ont aussi exposé à des récidives bien plus fréquentes , et quelquefois à des longueurs de malaises que les purgatifs seuls faisaient cesser. Cette méthode cl sa combinaison , bien que favorables sous beaucoup de rapports, n'ont pas pu nous fixer, et nous ne pensons pas que personne, à part M. Renauldin, l'ait conservée dans sa pureté.
Dans la méthode spécifique , un seul remède a fixé notre attention. Nous nous en sommes tenus à lui depuis plus de dix ans parce qu'il a été fidèle à ses promesses. Je sais que , s'il fallait établir la certitude d'une méthode ou d'un r^'mède sur huit observations seulement , ce nombre serait bien insuffisant. Mais ici, ce n'est plus huit observations que nous invoquons, c'est le résumé de vingt fois autant d'observations que nous donnons dans ce petit nombre pris au hasard, car c'est le hasard seul qui m'a fait trouver ces faits. Les autres ont été tout aussi favorables à l'action du sulfate acide d'alumine pendant les dix ans que nous l'avons employé. Nous n'avons compte aucun insuccès , aucun revers. Toujours le remède a répondu à notre appel. Toujours il a été fidèle à son action thérapeutique. Toujours il a d'abord soulagé promptement, et ensuite bien guéri les coliques de plomb. Ainsi le spécifique alun est le meilleur des remèdes
lUÉRAPEUTlQUE. 267
lie la colique des peintres. Seul il remplit les trois conditions voulues par Cdse. II guérit promptement , puisque le plus souvent il guérit dans'lcs trois premiers jours. 11 guérit sûrement, puisque MM. Gendrin, Kapeler et nous, nous n'avons jamais observé de rechutes. Il guérit agréablement, au moins auprès de l'assemblage dégoûtant du remède de la Charité, ou de la saveur repoussante du croton , et auprès de l'innombrable quantité de sangsues dont la méthode antiphlogistiquc fait labourer les tégunienls de l'abdomen. Ce pendant disons la vérité toute entière, le sulfate acide d'alumine ne nous a jamais procuré un soulagement aussi prompt que celui que nous avons noté avec l'opium. C'est pour cela que nous l'avons associé à cet agent à la dose de cinq à vingt centigrammes. Par celte combinaison, le soulagement est toujours plus prompt. Il se fait sentir dans les vingt-quatre ou quarante-huit heures.
Nous avons dit ce qu'il fallait penser du chloroforme, à cause des dangers dont il est entouré.
Convenons encore d'une chose, c'est que l'alun ne suffît pas toujours pour rétablir les selles; la constipation se prolonge quelquefois indéfiniment; mais alors, une purgalion légère^ ou même un lavement purgatif suffît pour la dissi- |)er. Aussi, lorsqu'au troisième jour les selles n'ont pas eu lieu, nous administrons un purgatif bien simple, et toujours le ventre s'ouvre. Si l'on m'objectait que ce n'est plus une méthode simple, un remède pur que j'emploie, ma réponse serait facile. Ce n'est point une expérimentation que je fais, c'est le résultat de l'expérience que je donne, c'est le moyeu qui guérit le mieux auquel je donne mon approbation. Ce Kîoyen fût-il mille fois plus composé, mille fois plus compliqué, je le préférerais encore s'il guérissait le mieux. Disons le en passant, la thérapeutique moderne, en voulant déblayer cet assemblage souvent monstrueux de remèdes , en voulant nettoyer celte étable d'Augias , a quelquefois
508 coriorE sati rnink.
outré ses proscriplions. Fn faisant rejeter presque toutes les combinaisons, en ne voulant, comme^'homœopalhie, que des remèdes purs , elle s'est privée bien des fois do moyens, plus compliqués, il est vrai, mais peut-être plus ellicaces. Qui saitcombien ces modifications de compositions substantielles peuvent apporter de modifications thérapeutiques dans notre économie malade , dans nos tissus viciés ? C'est une étude immense à faire ; elle promet des résultats imporlants à celui qui saura à la fois apprécier les combinaisons qu'il administrera et les mille modifications vitales <>t morbides dans lesquelles il les emploiera. Cette réflexion ^rénérale nous a paru nécessaire pour appuyer notre manière de voir. Ainsi , tout en admettant l'emploi de l'alun comme méthode spécifique la meilleure, nous reconnaissons la nécessité T : de l'associer aux calmants pour assoupir plus vite la douleur. 2*^ de lui faire souvent succéder les purgatifs afin d'ouvrir plus promptemenl le ventre, afin d'opérer plus sûrement la cure en rendant tous les organes à leurs fonctions.
Il est encore une circonstance sur laquelle je dois fixer un moment l'attention de mes juges. Dans les faits que j'ai <:ités , comme dans tous ceux eue j'ai observés , plusieurs fois les accidents ont été amendés dès le premier ou le se cond jour , de façon que la maladie a pu paraître guérie ou même être guérie complètement. Cependant, j'ai continué l'administration du remède pondant au moins un ou deux jours après cette amélioration. Cette pratique est fondée sur la pensée qu'il faut une certaine quantité du remède, soil pour neutraliser le principe toxique, comme le veulent quelques médecins, soit pour opérer une modification vitale thérapeutique durable, en en prolongeant l'action au-delà de la première sensation de l'organe malade. Nous avons pensé qu'il fallait saturer en quelque sorte lamodification morbide, pour qu'elle ne pût plus exercer son influence , ni faire re-
TlIKUAPKUTIOUK. 2fi9
paraître la maladie. Celle cruelle afTeclioii s'esl monlrée Irop souvenl rebelle , Irop souvenl nous l'avons vue renaître pour ainsi dire de ses cendres, pour (jue nous ne prenions pas toutes nos précautions, en poursuivant jusqu'à extinction un mal ou une modification vitale assez intense pour faire craindre qu'il ne puisse pas être détruit complètement par un traitement trop léger ou trop tôt suspendu. Que ce raisonnement théorique soit ou non adopté , cela ne change rien à notre pratique. Nous la présentons avec confiance, puisqu'elle nous a constamment réussi, puisque jamais elle ne nous a exposé aux récidives que nous avons vues si fréquentes avec les autres méthodes.
Il résulte de toutes ces considérations que le sulfate acide d'alumine est supérieur à tous les autres moyens , parce qu'il remplit mieux toutes les conditions exigées d'un remède pour guérir. La guérison est plus prompte, au moins d'une manière soutenue Les purgatifs exigent de cinq à dixjours ; l'alun guérit en deux , trois ou quatre jours. Les purgatifs augmentent souvent les douleurs abdominales ; l'alun les soulage souvent dans les premières 24 heures. Les calmants opèrent souvent un soulagement assez prompt. Avec eux on fait parfois cesser les douleurs en quelques heures. Mais un certain malaise etla constipation indiquent assez que la maladie n'est pas terminée. II faut souvent bien des jours pour la voir finir complètement , lorsque toutefois on réussit. Ce calme n'est pas toujours durable ; quelquefois, après ce silence de la douleur, elle reprend aussi aiguë qu'auparavant, malgré la continuation des calmants. Avec l'aluu rien de semblable n'est â craindre, à moins qu'on en cesse trop tôt l'administration. Non seulement le soulagement se soutient, mais il est le prélude de la guérison. Les antiphlogisliques procurent un soulagement assez prompt, mais la guérison se fait attendre plus longtemps, et souvent le calrao qu'on avait obtenu s'évanouit. Toutefois la guérison
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n'a guère lieu avant le cinquième jour; elle se fait attendre ordinairement de huit à douze jours ; quelquefois inùme elle ne s'opère pas du tout.
Ainsi le sulfiilc acide d'alumine guérit la colique de plomb au moins aussi vite et même plus vite que les autres remèdes. La gucrison qu'il procure est au moins aussi solide. Il met à l'abri des accidents consécutifs, paralysie , inflammation , etc. ; puisque ceuv qui l'ont employé et qui ne cessent pas de l'employer n'en ont jamais observé la moindre atteinte. Peut on en dire autant des purgatifs, des anlipblogisliques, etc. ? Les purgatifs sur la certitude desquels on compte le plus ont aussi fourni le plus grand nombre de décès. Serait-ce parce que le remède est infidèle ? Serait-ce parce qu'il occasionne lui-même des accidents ? Celte dernière proposition nous paraît la seule vraie : car bien souvent la colique s'accompagne d'une modification plus que nerveuse, il y a déjà une irritation phlegmasique et même de la phlogose. On conçoit combien alors les purgatifs peuvent être nuisibles. C'est ce qui nous explique les reproches qu'on leur a adressés avec trop d'acharnement , parce qu'on peut éviter ces accidents en ne donnant le remède qu'après avoir combattu cette disposition phlegmasique. Malgré ces précautions, il est des personnes qui ont une prédisposition inflammatoire si grande , une sorte de diathèse telle, qu'elles voient surgir des phlegmasies pour la moindre cause. Quelquefois enfin, les purgatifs, sans occasionner d'inflammation , augmentent les douleurs pendant quelques heures ou quelques jours. Rien de semblable n'est à craindre avec l'alun , rien de semblable n'arrive , ni phlogose, ni douleur. Du moins nous ne l'avons jamais vu.
Si les calmants et les antiphlogistiques ne produisent pas des accidenis nouveaux , la lenteur de leur action et la fréquence des rechutes sont des inconvénients assez graves pour les faire rejeter.
TUÉUAPEITTIQUE. 271
Le traitement avec l'alun n'a rien de repoussant ni par sa composition pharniacculiquc , ni par son administration. Trois ou quatre potions à prendre en trois ou quatre jours, sont une chose bien simple , beaucoup plus simple que toutes ies autres méthodes.
Tout nous ramène à une préférence bien marquée en faveur de l'alun. Nous pouvons donc nous prononcer avec certitude : les faits sont l;i. Ils nous disent que ce remède réunit à un plus haut degré que les autres toutes les conditions qu'on peut exiger , citô , tulôetjucundè. Ce n'est pas à dire pour cela que nous proscrivions les autres médications , les autres remèdes , loin de nous une semblable pensée. On peut , on doit les conserver. Chacun d'eux peut trouver des cas où il sera le plus, disons même le seul convenable. Cet aveu n'a rien de contradictoire pour ceux qui connaissent la vie et ses milles modifications morbides, môme dans la même maladie. C'est parce qu'on ne s'est pas assez rendu compte de ces différences et de leurs résultats , qu'on est souvent tombé dans une sorte de confusion lorsqu'il s'est agi d'établir une méthode rationnelle de traitement , et de répulsion insurmontable quand on a voulu choisir une médication générale. C'est ainsi que la science est bien souvent arrêtée dans ses progrès. Cependant StoU , avec sa sagacité ordinaire , avait déjà fait ressortir la nécessité de varier ou de modifier le traitement scion la saison et selon les complications inflammaloire , bilieuse , saburrale. N'oublions pas que toutes les médications peuvent échouer, et qu'alors une autre peut réussir ; mais n'en concluons rien ni pour ni contre aucune, parce que ces circonstances sont réciproques et communes.
Nous voilà donc arrivé à la solution du troisième membre de la question. Nous avons fait connaître les indications curatives dans la nécessité d'apaiser la douleur , de dissiper la constipation , et surtout de modifier l'état morbide qui
272 COUQVK SATLUMNK.
conslitiic la inaliulio. Nous avons lV.il connr.îlrc les différentes médications, les différents remèdes qui ont été préconisés. Nous les avons mis en présence pour les comparer ; nous les avons discutés en les opposant les uns aux autres, afin de faire saillir les av.intagcs et les inconvénients de chacun , et nous sommes arrivé à nous déterminer en faveur du sulfate acide d alumine et de potasse. C'est là une médication rationnelle ; c'est elle que nous présentons comme la plus satisfaisante, comme la plus propre à atteindre le but et à remplir les indications. Cependant , pour rendre son action plus etTicace , nous lui associons les calmants à dose convenable , et nous faisons donner un purgatif le deuxième ou troisième jour. Je dis que cette médictilion est rationnelle, parce que tout remède sanctionné par l'expérience n'est plus seulement empirique, il devient rationnel et seul rationnel. Le traitement de la fièvre intermittente par le quinquina est un traitement rationnel et peut-être le seul rationnel. Le traitement de la syphilis par le mercure est rationnel. Le traitement de la paralysie par la noix vomique est rationnel , etc. Cependant ces moyens ne sont devenus spécifiques que par rcmpirismc le plus grand et le plus pur. — Telle est notre conclusion thérapeutique. II n'est pas besoin, je pense, de reproduire la description de la médication et de ses formules. Ce serait une répétition qui ne ferait qu'allonger ce travail déjà bien trop long.
î^ous avons négligé d'indiquer plusieurs particularités qui se rattachent au traitement de la colique saturnine, sans en faire une partie essentielle. Ainsi , pour l'éloigner des émanations saturnines, on sortira le malade de l'atelier ou de la fabrique où il travaille; on lui enlèvera les objets qu'il pourrait avoir avec lui , et surtout on lui changera son linge. On lui lavera les mains, et même on lui fera prendre quelques bains tièdes , afin de bien nettoyer son corps de toutes les portions de cérusc ou nuire poussière plombiquc,
TUÉRAl>EUTIQUE. 273
qui pourraient s'y être allachées. Le malade sera soumis à la di6lc la plus sévère pendant les premiers jours. On ne commencera à lui donner du bouillon que le troisième, ou quatrième, ou cinquième jour. On le graduera [selon les besoins et l'élat du malade. On ne passera que progressivement à des aliments plus substantiels. Rien ne favorise les rechutes comme une alimentation trop abondante. On con coit comment.
Disons en finissant que la thérapeutique possède assez de remèdes satisfaisants. Il serait par conséquent téméraire de vouloir en expérimenter de nouveaux, qui , à la fois incertains et énergiques, compromettraient le malade et la dignité de l'art. Il est permis d'expérimenter tant que la science avoue son impuissance; mais lorsqu'une fois elle a reconnu l'elTicacilé d'un traitement, il y aurait de l'imprudence et de l'inhumanité à expérimenter de nouveaux moyens.
Si la maladie a passé à l'étal chronique, le médecin se conduira selon les accidents qui seront survenus. Nous indiquerons comme moyens qui peuvent alors être ajoutés avec avantage aux autres moyens, les ventouses , les cautères, fa strychnine et surtout l'iodure de potassium.
Traitement des complications.
La colique des peintres n'est pas toujours aussi simple que pourrait le faire présumer le traitement uniforme que les auteurs ont conseillé et que nous avons conseillé nousméme. Souvent elle est compliquée dès son début avec une autre affection soit locale , soit générale. Souvent aussi elle se complique de différents accidents qu'il n'est pas permis d'ignorer, et encore moins de négliger quand ils se présentent. C'est même à ces complications essentielles ou actidenlelles qu'il faut ittribuer la plupart des ijisuccès de plu
274 COLIQl li SATURNINE.
sieurs rnclhodes, et surtout les malheurs en assez grand nombre qu'on a observes. Autrement on ne comprendrait pas comment M. Méral a pu voir mourir cinq malades sur cinquante-sept. Ces complications, de même que la malignité de la maladie, qu'on me passe cette expression , sont assez ordinairement le résultat de l'influence de la saison ou de la constitution médicale. De quelque part qu'elles viennent, il est essentiel de les connaître et de leur appliquer un traitement convenable, qui modifie et quelquefois change complètement ou suspend le traitement spécial.
Lorsque les signes d'une inflammation existent, lorsque le pouls est dur et plein, il faut commencer par attaquer cet état phlegmasique avant de s'occuper de la colique. Le traitement antiphlogislique le plus énergique convient. C'est alors que les évacuations sanguines par la lancette ou par les sangsues seront eflicaces.
Si les douleurs sont violentes et qu'il y ait un état général de spasme et d'agitation, on aura recours aux opiacés et autres calmants donnes à haute dose, seuls ou associés aux autres méthodes. Les bains émoHients et calmants sont alors aussi d'une grande utilité. Il en est de même des lave menls. Dans les cas où la chaleur du ventre est considérable, on pourra recourir aux lavements d'eau froide fréquemment répétés. Quelques affusions froides sur l'abdomen et sur les membres inférieurs pourront également convenir. Lorsqu'une ardeur vive torture les intestins, Ilarlam se trouve bien d'associer le sucre de saturne à l'opium et au calomélas, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Les douleurs des membres, selon Bouchardt et Frank, seront soulagées par les bains préparés avec le foie de soufre et par les linimenls camphrés. Hillary veut qu'on oppose le musc aux convulsions. Stokes préfère l'opium avec l'application d'un vésicaloire à la nuque.
S'il y avait une congestion cérébrale sanguine et surtout
apoplectique, on ne saurait employer un traitement antiphlogistique trop énergique : saignées, révulsifs à l'intérieur et sur les membres, en proportionnant toutefois chaque chose à l'intensité du mal et surtout à l'état du malade.
Si l'ischurie était violente et qu'elle parût tenir à une. irritation phlegmasique, on la combattrait par les sangsues, les bains prolongés, les fomentations, les cataplasmes et les lavements de graines de lin. Si toutefois elle n'est que symptomatiquc, ce qui est le cas le plus ordinaire, elle se dissipe avec la colique. Un peu de camphre à l'intérieur la soulage.
Uns ictère bien franche accompagne quelquefois la colique de plomb. Alors les évacuants et les dépuratifs conviennent. C'est sans doute pour éviter l'irritation gastro-hépatique que M. Martin Solon préfère de les administrer en lavements. Celte pratique lui a réussi.
Si après le calme la constipation restait opiniâtre, on emploirait les lavements purgatifs. Le docteur Harlam dit s'être bien trouvé de ceux qui étaient préparés avec de la térébenthine ou de la mélasse dissoute dans l'eau avec le sel de cuisine.
Si, pendant la durée du traitement, il survient du délire ou des convulsions, ce que nous n'avons jamais vu, on suspendra d'abord la médication employée, et on cherchera la cause de ces graves accidents ; on ne saurait y apporter trop d'attention et de prudence. Si l'intensité des accidents faisait craindre une congestion fluxionnaire vers le cerveau , on leur associerait les révulsifs sur les membres inférieurs, a6n de rompre cette direction nerveuse vers l'encéphale, afin de faire sur les membres inférieurs un appel fluxionnaire capable de prévenir la congestion ou la phlegmasie que l'excitation convulsive pourrait opérer du côté du cerveau. Lorsque ces épiphénomcnes sont le produit d'une congestion déjà formée, ou môme d'une encéphahte
27 G coLiQUK saturnlm:.
ou d'une méningite, le Irailemcnt le plus énergique sera mis en usage. Une ou plusieurs saignées, une ou plusieurs applications de sangsues conviennent d'abord, en même temps qu'on chorclie à détourner la direction fluxionnairc qui fait sur Tcncéphale : les révulsifs sur les membres inférieurs, les purgatifs à l'intérieur et surtouC le calomela conviennent essentiellement.
Dans des cas aussi graves, on ne négligera rien de ce qui peut concourir à ramener l'état normal. Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans les détails d'un traitement complet pour chaque affection. Ce n'est que lorsqu'elles sont dissipées (|u'on doit revenir au traitement de la colique , si toutefois elle ne s'est point, en quelque sorte évanouie pendant ce traitement accessoire, ou même par l'effet de ce traitement.
Nous ne pensons pas qu'on nous fasse un reproche de ne pas nous être occupés du traitement de la paralysie, de l'arthralgie et de l'encéphalopathie saturnines. Ces accidents sont des maladies à part. Si elles succèdent quelquefois à la colique de plomb, elles en sont le plus souvent indépendantes : elles reconnaissent la même cause. Yoil i tout le rapprochement qu'il peut y avoir entre elles. Nous pensons avec Sloll que la colique bien traitée n'est jamais suivie d'aucune de ces affections, comme lui, nous n'avons jamais rencontré cette succession. Au surplus, nous ne pourrions (|ue tracer d'une manière bien imparfaite le traitement de chacune de ces affections, car il demanderait un article bien circonstancié sur tous les cas qui peuvent nécessiter un moyen plutôt qu'un autre, sur l'ordre et la succession de chacun d'eux, sur leur combinaison soit entre eux, soit avec les autres moyens que pourraient nécessiter différentes com plications. Ces détails appartiennent à une monographie. Ils ne pourraient qu'être bien tronqués dans un article accessoire de la nature de celui -ci. Qu'aurait on appris lorsque nous aurions dit vaguement que dans la paralysie il faut
TUKRAPEUTIQtE. 27 7
mcllre en usage et varier selon les indicalions les toniques, les excitants, l'arnica, la noix vomiqiie, la brucine, les purgatifs, les révulsifs, rélcctricité, les bains de mer, les bains d'eaux minérales sulfureuses, etc.? Nous aurions à peu près dit : Faites ce que l'art explique, et pour le coj)naîlre , ayez recours aux traités spéciaux et complets. D'ailleurs une semblable lâche n'est pas comprise dans le programme de la question. Nous nous en écarterions en la traitant; nous ferions un volume énorme, si nous voulions ainsi développer tous les points qui s'y ratlachent par quelque côté.
Convale^cenve.
La convalescence est un sujet peut-être trop négligé dans les traités de pathologie. A peine on trouve dans les auteurs quelques lignes qui lui soient consacrées. Cependant il ne suflît pas d'avoir guéri le malade ; il faut lo mettre à l'abri d'une rechute. Pour cela on emploiera tous les moyei s propres à détruire l'état pathologique du sujet. Ainsi , on ne cessera pas brusquement les remèdes ; on n'en diminuera la dose que progressivement , ou bien on y reviendra de temps en temps. On s'attachera surtout à combattre les phénomènes qui résistent le plus et qui semblent survivre à la maladie. On administrera les calmants et 1rs antispasmodiques contre les douleurs et les spasmes , les laxatifs contre la constipation , les dérivatifs contre les congestions cérébrales ou autres. Cependant on se tiendra en garde contre l'emploi des purgatifs. Sloll les a vu renouveler les coliques. ^ solo emmate eccoprotico recrudescerci\' morbum muUolies vidi.
Pour relever les forces, on associera aux moyens de trai lement les toniques amers, la décoction de rhubarbe , les extraits amers , les pilules faites de savon , de rhubarbe,
278 COLIQUE SATURNINE.
(i'assa-fœtida et de fer ; l'infusion de racines de serpentaire, de valériane, de calamus aroraalicus , de fleurs d'arnica ; la décoction de quassia amara , de quinquina et autres moyens semblables.
L'anémie qui succède quelquefois à l'intoxication saturnine se dissipe rapidement sous l'influence du fer et surtout par l'usage des pilules de Blaud ou de celles de Vallet.
C'est au régime surtout que le médecin donnera la plus grande attention. Il sera fortifiant et analeptique , sans être excitant. Les bouillons nourrissants, les gelées, le chocolat, les potages aux herbes , les viandes blanches , les herbages , les fruits cuits conviendront spécialement. Il évitera les aliments venteux et les fécules resserrantes , telles que le riz.
Il ne reprendra pas trop tôt ses habits , et auparavant il les fera nettoyer soigneusement, afin de les dépouiller du plomb dont ils sont chargés. M. Legroux insiste sur ce point, parce qu'il a vu avec quelle facilité ils pouvaient occasionner les rechutes. Il en cite une observation ; c'est la troisième de son premier mémoire.
Le malade ne retournera pas trop tôt se plonger dans l'atmosphère saturée de plomb de son atelier; il ne reprendra ses travaux plorabiques que le plus tard possible.
Rechutes.
Tous les auteurs ont eu occasion de signaler des rechutes, soit parce que les malades n'avaient pas suivi un traitement bien complet, soit parce qu'ils avaient négligé les préceptes hygiéniques que nous avons tracés dans l'article précédent, soit surtout parce qu'ils s'étaient trop tôt exposés aux émanations saturnines , qui trouvent une économie d'autant plus facile à en recevoir les influences qu'à peine elle en est débarrassée. Toutes les méthodes thérapeutiques se sont
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adressé des reproches à cet égard; elles ont toutes prétendu que leurs antagonistes favorisaient davantage les rechutes. Celles qui nous ont paru assumer sur elles les reproches les mieux mérités sont la méthode anliphlogistique et la méthode calmante. Bien souvent, en effet, ces dernières ne font que modérer ou suspendre le mal , pour le laisser reparaître môme sans exposition nouvelle aux émanations plombiques.
La fréquence des récidives a frappé M. Legroux. C'est à cause d'elles surtout qu'il attribue à l'affection un degré de gravité qu'elle n'aurait pas sans elles. « Souvent, dit il, nous avons été frappé de la facilité avec laquelle les phénomènes d'empoisonnement saturnin s'exaspèrent au moment où la guérison semble prochaine et se reproduisent après une apparente guérison; de la ténacité avec laquelle, dans certains cas , ils résistent aux traitements les plus énergiques ; de la marche insidieuse que suivent les accidents encéphalopathiques , dont ^explosion a lieu quelquefois au moment où le malade parait guéri d'une colique bénigne. Nous nous sommes demandé si ces recrudescences, ces rechutes, cette apparition d'accidents formidables, alors que tout semblait annoncer une solution heureuse et prompte, ne tiendraient pas à des intoxications nouvelles dont le malade porterait sur lui la source ; si les sels de plomb dont la peau ou les orifices muqueux conservaient des traces plus ou moins palpables ne feraient pas les frais des empoisonnements nouveaux, o {Journal des conn. médico-chirurg. , septembre 1843, page 89.)
Pour prévenir ces rechutes il a tenté de nombreuses expériences. Comme les sels de plomb paraissent séjourner longtemps à la surface du corps malgré les lavages et les boissons , il y fait former du sulfure de plomb noir par les bains sulfureux, afin de l'enlever d'abord avec les bains savonneux avec lesquels on les alterne , en même temps
280 COLIQCE SATURNINE.
qu'il fait frotlor la peau avec une brosse un peu rude. Comme il en faut cinq ou six de chaque, il a mieux réussi avec des lotions vinaigrées, surtout lorsqu'on les pratique immédiatement après la formation du sulfure de plomb à la suite des bains sulfureux. Il pense que de cett'^ manière il rendra impossibles les récidives , et il croit pouvoir ainsi dispenser d'un second et môme d'un troisième traitement . de la Charité, comme l'ont recommandé quelques auteurs. Cependant M. Miqucl (Bulletin de thérapeutique ^ , tome XXVI?I, page 373) regarde le traitement de la Charité comme le seul moyen de prévenir les rechutes. Il cite un fait à l'appui. Il pense qu'on a tort de vouloir lui substituer le croton tiglium et l'alun , parce que seul il remplit toutes les conditions voulues pour le traitement rationnel et empirique de la maladie. Nous avons assez discuté ce point de pratique; nous n'y reviendrons pas.
Nous n'avons pas besoin de rappeler la nécessité de changer de vêtements et de bien nettoyer ceux que le malade guéri reprend.
Prophylaxie.
Bien que la question ne comprenne que la demande des indications et du traitement rationnel , et que la prophylaxie n'en fasse pas une partie essentielle , nous craindrions qu'on nous accusât de ne pas ajouter assez d'importance à cette partie essentielle d'hygiène publique si nous la passions sous silence. Nous ne pourrons pas entrer dans tous les détails qu'elle mériterait ; nous nous contenterons d'en présenter un tableau qui en fasse ressortir les points capitaux. Nous n'aborderons aucune discussion ; nous exposerons les choses comme elles ont été conseillées , comme elles sont.
Peut-on prévenir la colique de plomb? Telle est la première question q\û se présente. Dès le moment qu'il est bien
TUKUAPKUTlyUE. 281
prouvé que la cause de la maladie est le plomb , on pourra répondre : oui, on peut la prévenir ; en évitant la cause, on évitera son effet. Mais on sent qu'une pareille réponse n'en serait pas une. Le plomb est un métal indispensable à une foule d'usages. Il a donc besoin d'être travaille de plusieurs manières. Il ne peut Tôtre que par la main des hommes. Les ouvriers qui y sont consacrés sont donc dans un rapport inévitable avec cette cause morbide. La question se rétrécit donc, elle se limite à demander si l'on peut prévenir la maladie chez les personnes qui , par profession , sont obligées de travailler sur le plomb ou sur ses diverses préparations. S'il n'est pas possiJde delà prévenir d'une manière complète et absolue , on peut , nous le pensons , la rendre moins fréquente, en prenant des précautions dictées par l'art et la prudence. Aussi tous les hommes qui se sont occupés de cet important sujet, ont cherché les moyens ou de garantir les ouvriers qui travaillent le plomb , de l'influence délétère de ce métal , ou d'en atténuer les effets nuisibles. Personne n'a fait à cet égard des recherches plus fructueuses que M. Cheva'ier (Recherches sur les causes de la maladie dite de plomb. Annal, d'hygiène. 1836. p. 21. ), et M. Tanquerel dans le second volume de son remarquable ouvrage. Aussi nous y renvoyons, et peut-ôtre eussions-nous dû ne rien dire de plus.
Deux choses sont à envisager dans cet examen , le sujet qui reçoit l'impression, et la cause matérielle qui la produit. Le sujet ou l'ouvrier, nous l'avons vu, se trouve souvent dans des conditions qui semblent favoriser l'action du métal; d'autres fois, au contraire, il se trouve dans des conditions qui semblent l'y rendre moins disposé et plus rebelle. L'art aurait-il quelque influence sur cette disposition? Deux moyens se présentent ici : l'un est pris dans l'hygiène, c'est l'alimen tation; l'autre est pris dans la thérapeutique , ce sont les remèdes.
Depuis long-lemps déjà on a conseillé de fortifier le corps
282 COLIQUE SATURNINE.
par une alimentation convenable, afin de le mettre dans des conditions qni le rendissent moins apte à recevoir les fâcheuses influences du plomb. La première condition est de maintenir les fonctions digestives dans un bon état. Des intestins malades ou mal disposés seront bien plus facilement compromis que des intestins doués de force, d'énergie et d'activité. Voila pourquoi ceux qui ont eu la maladie y sont beaucoup plus sujets que les autres, surtout s'ils retournent trop tôt à leur travail respirer l'atmosphère plombique. Voilà pourquoi encore ceux qui vont librement à la selle tous les jours y sont moins exposés que ceux qui sont naturellement constipés. Y aurait-il quelques aliments qui jouissent delà propriété de prévenir la colique? Dehaen voulait que les ouvriers mangeassent du lard. Il cite, à l'appui de sa recommandation , l'histoire d'une fonderie dans laquelle aucune colique ne s'était montrée depuis treize ans, époque à laquelle on y avait commencé l'usage du lard. Nous refusons au lard et aux autres corps gras la vertu que leur attribue l'auteur, de former sur l'eslomac et les intestins, un enduit gras qui les empêche d'être attaqués par les molécules du plomb. Nous pensons que leur action , si toutefois ils en|: ont une, consiste à entretenir plus longtemps dans les voies digestives un emploi des forces vitales et une absorption prolongée à cause du temps plus long qu'il faut pour digérer ces substances. Si l'on en croit M. Mialhe, les chlorures de l'économie forment des chlorures plombiques, et ils favorisent le développement de la colique chez les sujets qui font usage du sel. Il voudrait donc qu on interdit l'usage du sel au moins en grande quantité. Nous adoptons la défense de cet abus, mais seulement pour l'abus. Il veutaussi qu'on supprime l'usage médicamenteux des préparations saturnines , comme Combalusier l'avait demandé. Nous ne sommes pas aussi sévères. Ils ont aussi conseillé l'interdiction des vases de plomb , des réservoirs et des conduits de plomb. C'est une extrémité qui
THÉRAPEUTIQUE. 28!î
ne sera praticable que lorsqu'on aura trouvé le moyen de remplacer le plomb. Mais il importe d'éviter une alimentation constinanle.
La boisson des ouvriers sera tonique. Ils feront usag(; d'un peu de bon vin, afin de prémunir les organes de la digestion contre les influences métalliques. Henckel et Hoffmann voulaient même qu'on leur fit prendre de l'eau-devie, qujdulcifie, disent-ils, les sels àcn s par sa partie huileuse.
Il n'est pas moins essentiel de tenir le ventre libre , puisque la constipation est une prédisposition.
Quant aux remèdes préservatifs, ils ne sont guère etBcaceii comme tels. Quand on songe que le relevé des malades atteints de colique métallique a été de plus de 300, en 1841 et pendant les années suivantes, ce qui fait une quantité aumoins aussi considérable que dans les temps antérieurs , on est tenté de se demander à quoi servent les moyens prophylactiques; il faut qu'ils soient ou bien insigniiiants ou bien ma! exécutés. Ce qui est une raison de plus pour insister sur eux.
Henckel et Hoffmann attribuaient au tabac des vertus préservatives suffisantes pour diminuer l'aptitude à l'absorption, surtout par les voies buccales et respiratrices. Cette méthode généralement adoptée en Angleterre n'empêche pas les ou vrier de prendre la colique.
M. Chevalier a conseillé l'eau sulfhydrique. Ce moyen essayé par MM. Mayer et Tanquerel, n'a pas répondu aux espérances qu'il en avait conçues. M Mialhe, la jugeant théoriquement, n'est pas disposé en sa faveur. Nous-même nous avons soumis quelques étameurs à son usage , et nous avons vu la colique arriver comme auparavant. Son goûtestd'ailleurs bien repoussant.
M. Gendrin lui a substitué l'alun et la limonade sulfurique. Pour masquer le goût acerbe de l'alun , il en fait dissoudre
2,S4 COMOUE SATURNINE.
siv irrammes dans (rois verres d'eau vineuse. M. Boucharda» préfère cette limonade alumineuse à la sulfurique. Celle-ci est faite avec quatre grammes d'acide pour un litre et différents adjuvants propres à en masquer l'acidité. M. Gendrin cite des faits qui seraient pôremptoires et par conséquent bien encourageants. Il faut qu'il ait été trompé dans les résultats par les ouvriers , car les essais tentés depuis n'ont pas été heureux. Aussi on y a renoncé, à Clichy comme ailleurs. Si l'alun a été impuissant pour prévenir la colique, il n'en a pas été de môme pour en combattre les prodromes. En •?4 heures et moins, M. Gendrin en a obtenu la disparition en faisant prendre une dissolution de six grammes de ce sel. Plusieurs fois nous avons été aussi heureux que lui, lorsque les malades ont réclamé de bonne heure les secours de l'art , ce qui malheureusement est bien rare ; mais ce cas n'est plus de la prophylaxie. Nous avons été moins heureux avec la limonade sulfurique ; jamais elle ne nous a procuré une suspension aussi prompte des prodromes de la colique ; quelquefois même ils se sont aggravés pendant son administration. Nous l'avons conseillée à quelques peintres et à quelques étaraeurs comme moyens préservatifs ; elle ne les a point garan lis. ]\1. Mialhe croit à son inefficacité par les raisons d'une théorie chimique, qui serait satisfaisante si les choses se passaient dans nos tissus comme dans les cornues. Les essais de M. Tanquerel sont d'accord avec les raisonnements de M. Mialhe ; ils ont tous échoué.
La limonade nitrique a été employée sur quatre ouvriers par M. Grisolle. Elle ne parait pas avoir obtenu la sanction des praticiens. D'ailleurs, comme le fait observer M. Tanquerel, ne doit-on pas craindre que l'usage habituel de ces moyens actifs, ne fatigue à la longue les organes de la digestion , et ne les rende ainsi plus aptes à contracter la maladie?
MM. Sandras et Bouchardat ont proposé: 1" de faire
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prendre souvent , lu malin à jeun , deux cuillerées de sirop d'hj'drate de persulfurede fer, afin de convertir sur le champ les molécules de plomb en sulfure de plomb insoluble ; '2° d'administrer, trois ou quatre fois par semaine, un purgatif aloétique, tel que les grains de vie à dose suffisante pour provoquer deux ou trois selles par jour ; 3" des lotions sa vonneuses sur tout le corps, léitérées chaque soir.
Les purgalifs seuls pourraient être préservatifs en tenant le ventre libre.
La cause matérielle de la colique est le plomb. Puisqu'on ne peut pas l'éluder complètement , il faut au moins chercher à en diminuer rinfluence. On peut y parvenir de plusieurs manières ; ou bien en ai^issant sur la matière elle-même, ou bien en atiissant sur le sujet, sur l'ouvrier.
l. — Relativement à la matière elle-même , il faut l'envisager sous deux points de vue: sous le rapport delà quantité et sous celui de la qualité.
Snus le premier point de vue, on conçoit en effet que l'action du toxique sera d'autant plus puissante , que les molécules seront plus nombreuses soit dans l'air , soit dans tout autre véhicule qui les mette en rapport avec l'économie. Dès lors on ne saurait prendre trop de précaution pour diminuer leur action en diminuant leur quantité. Ainsi dans les ateliers de céruse et dans toutes les industries où l'on travaille sur le plomb , on emploiera d'abord tous les moyens qui peuvent diminuer la saturation de l'air en diminuant la poussière plombique. Et comme dans plusieurs professions il est impossible de mettre un obstacle complet au dégagement de cette poussière, il faut en prévenir, ou tout au moins en diminuer la condensation en choisissant des ateliers vastes , ou en renouvelant sans cesse ou fréquemment l'air au moyen d'une ventilation convenable qu'on obtient par des vasistas^ par de nombreuses et larges fenêtres percées à l'oppositc et dans tous les sens, et par des fourneaux d'aéragc ou cheminées
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d'appel de Darcet, fondés sur réchauffement de l'air, et qui sont bien supérieurs au manche à vent , aux ventilateurs de Sutton , de Duhamel-du-Monceau , de Haies , de Désaguillier, de Wenlry. On placera, autant que possible, l'ouvrier audessus du vent. Il faudra ou éviter de fermer les fenêtres des ateliers , ou veiller à ce que les fourneaux et les cheminées tirent bien. On fera couvrir les mortiers des pileurs avec des tabliers de peau, qui les ferment bien hermétiquement. Si dans quelques localités la maladie a paru plus fréquente en hiver qu'en été, il faut l'attribuer à ce que les fenêtres reitent plus fermées, et à ce que la ventilation se fait beaucoup moins bien.
L'eau , dit un auteur , est un merveilleux moyen pour prévenir la dissémination des particules de plomb. Les ouvriers qui manient le plomb sous l'eau sont à l'abii de tout accident. L'arrosage du sol avec de l'eau ou de la sciure de bois humide s'oppose à l'ascension de la poussière saturnine.
Aussi nous ne saurions trop préconiser le procédé de M. Versepuy , d'après lequel la céruse est fabriquée dans drs appareils fermés d'où elle n'est extraite que mélangée à l'eau.
Lorsqu'au mois d'octobre dernier, le gouvernement ordonna de n'employer que le blanc de zinc dans la peinture des bâtiments de l'Etat, les ouvriers des fabriques de cérusc s'émurent et ils présentèrent une pétition à l'académie des sciences pour lui demander de nommer une commission à cette fin d'examiner le procédé humide qu'ils emploient et sa vertu préservative des coliques. La commission , toute fa vorable aux résultats qu'elle avait observés, s'est vue cependant obligée de modifier ses conclusions. Il nous semble aussi qu'elle ne s'est pas assez occupée de l'emploi ultérieur de la céruse. Peut-on en effet la faire toujours servir ainsi détrempée sans la faire sécher auparavant?
Voici le moyen qu'avait déjà proposé M. Bouchardat (an
TUÉUAPETniQUE. 287 nuaire (le Ihôrapcutique , 1836, p. 218): « Il serait plus simple de prohiber la fabrication de la céruse en poudre, et de prescrire le procédé suivant de préparations de couleur à la céruse qui m'a très bien réussi , et à l'aide duquel les ouvriers ne seraient plus exposés aux poussières de céruse. Il consiste à précipiter la solution d'acétate de plomb basique par l'acide carbonique. On décante , on lave , et, au lieu de dessécher la céruse, on môle dans la pâte humide une quan tité suflisanle d'huile de lin. On évapore l'eau avec précaution et on obtient une couleur à la céruse qui peut être immédiatement employée. » C'est aux gens de l'art à juger la bonté et l'opportunité de ce moyen.
Il serait avantageux que , dans les fabriques où l'on prépare le plomb en grand , on cherchât à diminuer le plus que possible la main d'œuvre et le nombre des ouvriers, en substituant des moyens mécaniques mis en jeu par différents appareils et surtout par la force puissante delà vapeur.
Bien que la pesanteur du plomb, de sa poussière et de ses vapeurs , ne lui permette pas de s'écarter pour aller au loin infecter les localités voisines , cependant il sera toujours convenable de ne placer les ateliers en grand que dans des lieux bien aérés , élevés et surtout éloignés des habitations, parce que des vents un peu forts peuvent souftler pendant quelque temps et emporter , plus loin qu'on ne le pense, des éma nations qui alors peuvent devenir délétères.
On ne saurait trop veiller à la falsification des vins, des cidres, de la bière et autres boissons par l'addition de la li lharge. On ne saurait donner trop d'attention à la propreté et aux bonnes conditions des vases de plomb et des étamageo dont on fait usage dans les cuisines, chez les marchands de vin, et dans la distribution des eaux. Pour ces dernières, on tiendra autant que possible le réservoir toujours plein , puisque c'est dans ses alternatives de plénitude et de vacuité que se forment les oxydes et sels de plomb qui se mêlent à
•2SS COLiri^lî SATCRMNE.
Peau. Ne pourrail-on pas le remplacer par le zinc ? Depuis douze ans j'ai un réservoir en zinc el aucun effet nuisible ne s'est manifesté. Selon M. Proust, l'étamage fait aveclc plomb ctTétain en parties égales est toujours sans danger. 11 en donne une explication cbimique à laquelle nous ne donnons ni approbation , ni improbation.
On apportera une sévère attention dans la coloration des bonbons et dans la préparation des cosmétiques , dans lesquels on fait quelquefois entrer des substances plombiques.
Ce n'est pas ici le lieu d'indiquer les procédés à l'aide desquels on pourra reconnaître la présence du plomb dans les substances alimentaires ou dans les boissons ; nous ne pouvons que renvoyer à MM. Orfila, Dcvergie, Galtier, etc.
On ne pourra jamais se passer du plomb ; cependant si l'on pouvait en diminuer la consommation en lui substituant d'autres substances qui fussent aussi avantageuses , qui atteignissent le môme but, on aurait rendu un grand service à l'humanité, parce que d'une part la substance qu'on substituerait n'exposerait pas les ouvriers \\ la colique ; parce que, d'autre part, la consommation moins grande du plomb en diminuerait d'autant la préparation et par conséquent le nombre des ouvriers. Ne pourrait on pas , dans les peintures en bâtiment, remplacer la céruse par quelqu'autre métal dont l'intoxication serait moins fâcheuse ? Ne pourrail-on pas employer l'oxyde blanc d'antimoine , ainsi que M. Ruolz l'a proposé ? M. Rousseau a indiqué un procédé pour le retirer du sulfure d'antimoine naturel ; moins cher que le blanc de céruse , son exploitation remettrait en prospérité l'exploitation languissante des mines d'antimoine qui abondent en France. J'ai vu quelques essais de ce minéral. Il donne un blanc au moins aussi pur que celui du plomb , et probablement aussi inaltérable. Pour l'emporter sur le plomb , il ne lui manque donc rien que l'abondance. Si donc on pouvait faire la découverte de quelques mines d'oxyde blanc d anli-
moine naturel , on aurait rendu un service immense , non pas seulement à Tindustrie et aux arts, mais surtout à riiumaniié. Eh bien l ce que nous mettons en supposition est un fait. A quatre- ving^ts lieues au delà de Constantine , il existe des mines d'antimoine. J'en ai vu des échantillons représentani un oxyde bien pur et bien blanc. C'est avec cet oxyde que j'ai vu faire des essais. Espérons que le gouvernement fera exploiter celte branche d'industrie , qui était presque accordée , lorsque des circonstances impérieuses l'ont fait ajourner indéfiniment. Si les résultats en sont aussi satisfaisants que nous le désirons, le grand problémede laprophylaxiedesatrections saturnines se trouvera ainsi presque résolu; car les peintres en bâtiment et les cérusiers sont au moins dix fois aussi nombreux que les autres ouvriers qui travaillent sur le plomb.
Le carbonate ou blanc de zinc pourrait aussi être substitué au blanc decéruse dans la peinture en bâtiment. Dépourvu de toute propriété délétère , moins ^lier, inaltérable, se mêlant à toutes les couleurs, recommandé par l'académie d'architecture, proposé depuis 1781 , le bîanc de zinc est resté ignoré ou méconnu. Cependant il préserverait de graves accidents les peintres en bâtiment ; on ne saurait trop leur m recommander l'usage. Nous apprenons par la Gazette des Hôpitaux, du 20 février 1849, que M. Lcclaire en fait usage depuis 1839, et que depuis lors aucun de ses ouvriers n'a eu de coliques de plomt». Les journaux d'octobre 1849, nous l'avons dit, nous ont annoncé que le gouvernement venait d'en ordonner l'emploi exclusif pour la peinture des bâtiments de l'état.
Nous n'avons pas cru devoir entrer dans les détails relatifs à chaque profession en particulier. Nous nous écarterions du sujet de la question, qui ne demande qu'une médication rationnelle : nous ferions une monographie ; nous reproduirions le traité de M. Tanquerel.
IL — Pour ce qui concerne l'ojivrior, il faut veiller avec
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le plus grand soin à ce que les trois voies par lesquelles le plomb peut être absorbé soient le moins possible mises en rapport avec sa substance ou avec sa poussière. On dirigera donc son attention et par conséquent ses moyens de précautions sur ces trois voies ouvertes à Taclion toxique.
On veillera à ce que le plomb soit mis le moins possible en rapport avec les téguments. Pour cela l'ouvrier se tiendra le plus éloigné qu'il pourra de la poussière ou de la vapeur plombique. Il en garantira le plus qu'il pourra la surface du corps et surtout les mains. Lorsque celles-ci en auront été imprégnées ou recouvertes , il les lavera le plus promptement qu'il pourra. Par la même raison, il prendra souvent des bains afin de nettoyer soigneusement la peau. Il est d<ï remarque générale que les ouvriers malpropres sont plu* facilement malades. Il est vrai que les professions qui travaillent sur le plomb sont essentiellement sales et que les ouvriers renchérissent encore sur celte malpropreté. On ne saurait donc trop insister sur les moyens de propreté. On leur fera môme rincer la bouche et les narines avec de l'eau liède pour entraîner les parcelles métalliques qui pourraient s'y être déposées. 11 aura des vêtements assez denses et imperméables pour s'opposer au passage de la poussière plom bique : il les étendra sur toute la surface de la peau en forme de blouse serrée par un lac sur les membres. Il portera même des gants , et surtout des gants de peau , quoique leur utilité soit douteuse. Il quittera ses vêlements en sortant de l'atelier, surtout la blouse et les gants. L'appareil du colonel Paulin aurait l'avantage d'isoler l'ouvrier et de lui constituer une atmosphère pure , qui se renouvel lerait sans communiquer avec l'air de l'atelier; mais sa complication , sa pesanteur et son prix en rendent l'adoption générale bien difficile. Il est à désirer qu'on puisse le simplifier. L'ouvrier changera souvent de linge pour ne pas laisser sur les téguments celui qui est imprégné et saturé
des molécules plombiques. La propreté du corps et des vôteracnts est donc rigoureuse. Il se peignera souvent pour enlever toute la poussière de plomb que pourraient avoir retenue ses cheveux ; pour les garantir, il portera un bonnet ou tout autre coiffure qui lui enveloppe bien la téte.
Quelques auteurs ont conseillé d'oindre le visage et toute la peau avec des corps gras , aûn d'empêcher l'absorption des corps métalliques. Cet avantage est compensé par l'inconvénient de retenir la poussière plombique sur les téguments et de l'y agglutiner , ce qui rendrait ces onctions peut-être plus nuisibles qu'utiles.
Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de laver les mains et surtout la paume, soit à l'eau simple, soit au savon, soit à l'eau sulfurée, et même de les brosser après.
Il en est de même de la bouche qu'on nettoiera avec la brosse et avec des gargarismes sulfuriques ou avec du charbon en poudre. ,
Ne serait-il pas nécessaire de faire usage de masques particuliers? Celui qu'a décrit Boissart paraît réunir beaucoup d'avantages. Il est en cuir avec des yeux de verre, et garni, vers l'orifice de la bouche et des narines, d'épongés mouillées avec une eau sulfurique, afin d'arrêter et de décomposer la poussière qui se précipite dans la bouche avec l'air de la respiration, et qui, dissoute par la salive ou le mucus , est absorbée ou avalée seule ou mêlée aux aliments. A défaut de masques, de simples éponges peuvent suffire. Il faut avoir soin de les nettoyer deux ou trois fois par jour, afin de leur enlever la poussière qu'elles retiennent. Nous n'entrerons pas dans les détails qui se rapportent à leur confection et à la manière de les maintenir. Le moyen le plus simple sera le meilleur, et tout le monde le conçoit.
On défendra à l'ouvrier de jamais manger dans les aloli«rs et dans les lieux où les préparations pulvérulentes de
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plomb sont eniployces. On évitera ainsi de porter dans l'estomac des aliments qui s'en seraient imprégnés.
On ne permettra pas à l'ouvrier d'aller travailler, l'estomac vide, le matin surtout. Le corps est alors avide de réparations. Il demande, et l'absorption est plus active. Si elle n'est pas occupée dans l'estomac à puiser des molécules alibiles , elle s occupera par tout le corps à absorber toutes les substances qui se présenteront. On fera prendre des aliments substantiels, comme le lard recommandé par Dehaen et CLrislison, le bouilijiî frras conseillé par James, et tous les corps gras et de longue digestion. Quidquid pingue est et obesum prœ cœteris confert ad prœservationem , a dit Vogel , tome ir, page 38. Buchan a fait la môme recommandation. Le lait, si facile à se procurer et toujours pr/^t, offre pour cela de grandes ressources. Mais il faut le faire prendre chaud ou tiède; froid, il pourrait causer des coliques et devenir nuisible. En générai , ia nourriture de l'ouvrier sera saine et substantielle. Les viandes lui conviennent. Il évitera les fécules et surtout celles qui sont venteuses , ou du moins il n'en fera qu'un usage modéré. Un peu de vin ou de bière pour boisson favorisera la digestion. Rien ne prouve mieux la futililé des prétentions de la chimie que les con Iradictions dans lesquelles elle tombe. Joseph Frank, d'après Backer, conseilla d'éviter les aliments et les boissons acides. Un peu plus loin il recommande les acides pour rendre insolubles les préparations de plomb , et surtout l'acide sulfurique d'après M. Gendrin; l'acide tartrique d'après Monro, Bemerkk; îe vinaigre d'après Af. Gruseus; l'acide nitrique d'après M. Piorry. Au milieu de ce dédale et de ces contradictions, nous dirons de se défier des théories chimiques lorsqu'elles ne sont pas sanctionnées par l'expérience.
Les excès dans le boire, le manger et les plaisirs de l'amour seront interdits , parce qu ils disposent aux atteintes des maladies saturnines, et qu'ils les rendent plus dange-
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reuses en fatiguant et épuisant Técononiie et en prédisposant l'appareil digeslif.
De temps en temps l'ouvrier s'ahsenlera pendant quelques jours de son atelier, et il en profitera pour aller à la campagne et pour bien se nettoyer. Cela se pratique ainsi à Clichy. Le directeur Richard Harlam est parvenu, dit-il, à prévenir la colique saturnine dans la fabrique de plomb des liltals-Unis d'Amérique, en y faisant relever les ouvriers toutes les heures.
Quelles que soient les précautions qu'on adopte, il faudra les disposer de manière à faire perdre le moins de temps possible aux ouvriers; mais il est essentiel de les rendre obligatoires. Pour cela il conviendrait d'établir , pour chaque infraction, une amende qu'on ferait tourner aux proGts d'une caisse commune à laquelle auraient droit les malades et les infirmes.
Pour veiller à l'exécution de ces préceptes et de ces mesures , il serait indispensable que des médecins inspecteurs fussent nommés pour les diriger , et pour les modifier, les corriger, et les améliorer selon les localités et selon les observations qu'ils auraient pu faire eux-mêmes. Us serviraient surtout à combattre de suite les premiers accidents de la colique et à les faire ainsi avorter. Cette mesure a déjà été prise dans plusieurs fabriques. Depuis longtemps elle est en vigueur dans les pays de l'Allemagne paternelle, et par tout on s'en trouve bien.
L'importance de la prophylaxie est grande. Il s'agit de la santé et même de la vie d'une classe laborieuse d'autant plus intéressante qu'elle est plus malheureuse. Quand on songe qu'il meurt en France au moins dix à douze personnes par an de la colique de plomb, on se demande s'il ne serait pas urgent d'appeler l'attention des gouvernants sur les moyens de rendre cette prophylaxie meilleure, sur les moyens surtout de transformer nos recommandations
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hygiéniques en articles réglementaires , en ordonnances légales. L'administration ne devrait-elle pas intervenir , en ferrant les chefs d'ateliers et les ouvriers à s'y conformer sous peine d'être condamnés à des punitions sévères ? Hommfi> politiques, hommes d'intelligence, qui êtes appelés à veiller sur nos destinées , descendez dans nos ateliers; voyez-y la misère et les maladies y décimer des hommes vos semblables. Là, vous trouverez du bien à faire. Là votre philanthropie trouvera à s'exercer. Vous pouvez beaucoup; vous pouvez améliorer. Malheureusement ce rôle modeste d'amélioration n'est pas toujours celui qui flatte les grandes passions; les bénédictions du pauvre renfermé dans son humble réduit n'ont pas assez de retentissement. II leur faut des utopies turbulentes, il leur faut des bouleversements, il leur faut ruer les classes de la société les unes sur les autres , il leur faut renverser et détruire. Organiser est un mot qui ne s'accorde guère avec leurs principes. Mais l'ordre renaît, et semble éclaircir un horizon rembruni. Hommes du pouvoir, devenez hommes, et si cette philanthropie ne vous élevé pas autant sur la tourbe agitée des hommes , elle ne vous expose pas à ces chutes épouvantables qui effraient les populations. Elle vous réserve la récompense la plus douce pour un cœur bien né , la reconnaissance des malheureux que vous aurez soulagés.
P. S. Je retrouve dans mes notes un fait assez curieux, recueilli par M. H. Guéneau de Mussy sur les hôtes du château de Claremont , et publié en 1849. Les accidents qu'ils éprouvaient furent longtemps méconnus. Il en découvrit enfin la véritable origine plombique. Les drastiques ouvrirent le ventre et ne soulagèrent pas les douleurs. Les opiacés calmèrent les douleurs et ne guérirent pas non plus. La méthode sulfureuse, proposée par MM. Chevalier et
Rayer , Mialhe , etc. , put seule procurer une guérison complète par l élimination cutanée du plomb. M. Guéncau en conclut que cette médication seule est efficace et que les autres sont impuissantes. Nous avons apprécié autre part la valeur des prétentions fondées sur des faits isolés.
rix.
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