‹ Traite pratique de la colique de plombChapitre 3 sur 4 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Qaelii s»ODtle!iijKig:Bie!ii qui peuTCut fkirc dltstlng^ner la coliqaflc saturnine des alfcctlons alKlomiuaies qui ont avec l'ile quelque ressemblance.

Tout est si lié dans l'économie animale, tout y marche , tout s'y succède avec des nuances souvent si peu tranchées, qu'il est bien difficile qu'une maladie ne présente pas quelque analogie avec quelque autre maladie. Cela se conçoit aisément, lorsqu'on envisage à combien de modifications pathologiques sont exposes nos organes, et lorsqu'on fait attention qu'ils peuvent tous être le siège de ces modifications multipliées, lorsqu'on envisage surtout que plusieurs affections peuvent se réunir et se combiner pour faire une affection unique ou une affection compliquée. Nous trouvons donc au premier abord deux sources de confusion : l'une est relative au siège ou à l'organe, au tissu malade ; l'autre est relative à la maladie elle-même , c'est-à-dire à son caractère. Chacune de ces deux distinctions peut fournir plusieurs causes d'erreur. Sous le rapport du siège , les membranes muqueuse, musculeuse et celluleuse, le péritoine , le mésentère, le foie , les nerfs , le tissu cellulaire, etc., peuvent tous être malades et présenter dans leurs affections des points d'analogie avec la colique saturnine. Cette erreur a pu être commise , puisque nous avons vu que le siège de la maladie a été placé successivement dans ces diverses parties.

L'analyse sévère que nous avons faite des différentes opinions ne permet plus d'équivoque aujourd'hui , si on l'envisage en elle-même et abstraction faite de toute autre considération. Il n'en est pas de môme de la confusion qu'on

a faite souvent sous le rapport de la nature ou du caractère de la maladie. On en a fait une névrose, une inflamnialion, etc. C'est de cette manière que l'entérite , la péritonite, l'iléus nerveux, la colique végétale, la colique hépatique, la hernie même, etc., ont été confondues avec la colique saturnine , et réciproquement celle-ci avec elles. C'est pour éviter celte confusion, que l'Académie a demandé les mo}'ens de distinguer ces maladies. Celle partie de la question est de la plus haute importance. Il ne s'agit point ici d'une de ces distinctions purement théoriques , dont la solution satisfait l'amour-propre seulement. Il sagit de séparer une maladie d'autres maladies , dont elle diffère sous le rapport du caractère, et surtout sous le rapport du traitement. C'est une question de vie ou de mort pour la plupart des malades ; car le traitement efficace d'une affection , serait quelquefois bien nuisible pour une autre. On ne saurait donc apporter trop de soins pour distinguer celte maladie de toutes les autres. C'est le seul moyen de ne point commettre d'erreur funeste; aussi , depuis Combalusier , qui le premier a établi des distinctions justes et importantes , presque tous les auteurs se sont occupés de la partie importante du diagnostic. Les efforts pour arriver à ce but deviennent d'autant plus nécessaires, que , dans un mémoire envoyé à l'Académie belge , dans sa séance du 28 septembre 1845, M. Chevalier conclut que, sous le nom de colique métallique, colique saturnine , on a confondu des maladies qui peuvent n'être pas dues au plomb ni à ses composés, mais à l'antimoine, au mercure, au cuivre, à l'arsenic, à l'essence de térébenthine, etc. , et il sollicite des recherches pour Gxer les esprits sur ce sujet. Aussi nous ne saurions trop féliciter l'Académie de Toulouse , d'avoir appelé l'attention sur ce point important. Pour nous y conformer , nous étudierons les maladies avec lesquelles l'erreur a été commise le plus souvent, et avec lesquelles elle pourrait se commcltrc encore , si on n'y ap-

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portait pas toute l'attenlion possible. Dans cet examen diagnostique , il est essentiel de fixer d'abord quels sont les signes caractéristiques de la colique de plomb. Nous chercherons après , à faire ressortir la différence qu'ils présentent avec les signes des autres maladies avec lesquelles il peut y avoir quelque ressemblance. Ces dernières ne sont pas aussi nombreuses qu'on pourrait le croire; nous pouvons les réduire aux suivantes : entérite , péritonite, cntéralgie, iléus nerveux , miserere , colique hépatique , empoisonnement , colique végétale , colique de cuivre.

Une des conditions essentielles pour que la colique saturnine ait lieu, c'est l'exposition du malade à l'action du plomb, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur. Cette condition est indispensable, elle est le sine ywà non. En conséquence, tout individu qui n'aura pas été mis dans ce rapport hygiénique ou thérapeutique , ne pourra pas être atteint de la colique des peintres. Nous n'essaierons point de reproduire toutes les professions , toutes les circonstances de Ja vie qui exposent à l'absorption plombique ; ce serait la répétition fastidieuse de ce qu'ont si bien fait connaître les monographies savantes que nous possédons. Nous ne parlerons pas non plus de ces accidents prodromiqucs, de ce premier degré d'action du plomb que M. Tanquerel désigne sous le nom dHntoxication saturnine primitive. Ce n'est pas encore la colique. L'arthralgie, l'encéphalopathie , la paralysie, ne la sont pas non plus.

Parmi les phénomènes qui se manifestent dans cette maladie , la douleur tient le premier rang. Elle occupe le pourtour de l'ombilic et la région rachidienne. C'est une douleur aiguë, mais profonde ; elle ne s'accroît point par la pression; celle-ci paraît au contraire la soulager , surtout , comme Bordeu l'a observé , dans le moment des plus vifs redoublements. Beaucoup de malades se couchent à plat ventre et se pressent cette région pour se procurer du soulagement :

Fernel parle d'un peintre d'Angers , qui faisait monter trois hommes sur son ventre , pour diminuer les douleurs atroces qu'il y ressentait. La douleur n'est ni lancinante, ni pongitive : elle produit un sentiment de malaise général , qui brise en quelque sorte l'économie. Elle ne ressemble point aux autres douleurs de l'abdomen. Elle paraît s'exaspérer la nuit ; dans ces moments elle est plus vive , et, pour ainsi dire , térébrante. Elle opère quelquefois des irradiations et même des déplacements dans les lombes , dans le pourtour du ventre, rarement dans les cuisses. Elle se présente souvent sous l'aspect d'une ceinture serrée , comme une barre transversale, dont la largeur varie , mais qui donne au malade la sensation de l'aplatissement du ventre. Elle occupe toujours la région abdominale , quelquefois plus haut au niveau du thorax , quelquefois plus bas vers l'hypogastre , d'où elle s'élève vers l'épigastre et les mamelles. Elle se n)ultiplie quelquefois autant que les espaces intercostaux. Celle ceinture se présente quelquefois sous la forme de crampe , le plus souvent sous celle de points douloureux multiples. L'aspect de la physionomie est sombre et contracté; sa couleur est jaune terne. Tout le corps présente celte couleur terne, et les parties naturellement colorées prennent un aspect livide bleuâtre assez prononcé. L'abdomen est rétracté sans être ni souple , ni dur. L'ombilic se relire quelquefois très-sensiblement ; il rentre , pour ainsi dire, dans le ventre. La constipation est opiniâtre. Les lavements ne la combattent qu'infructueusement. Les purgatifs sont même impuissants, au moins pendant quelques jours. Nous ne parlerons pas de la forme des selles en crotins de brebis; lorsque les évacuations sont rétablies , la maladie a cessé. Quelques auteurs l'ont attribuée mal à propos à la constriction , au resserrement du sphincter anal , que nous ne devons pas oublier de signaler , mais qui ne suffit pas pour produire ce phénomène.

Un phénomène qui serait palhognoraoniquc s'il élail constant, consiste dans une coloration bleuâtre livide d'un gris ardoisé , qui occupe le bord libre de la gencive , et dans la couche grise qui recouvre l'émail des dents ^ surtout vers le collet. Ce phénomène signalé par Burton , en Angleterre ; Schebac , en Allemagne ; et M. ïanquerel , en France , forme une bandelette ou liseré de deux à quatre millimètres et plus. Il ne se rencontre jamais que chez les personnes qui ont eu quelque rapport avec le plomb. Il se présente presque toujours surtout chez les ouvriers qui travaillent sur la céruse. J'ajoute cette restriction, parce que je l'ai vu manquer souvent chez les étameurs. Peut-être manque-t-il aussi chez d'autres ouvriers. Il ne serait pas inutile de chercher la raison de cette différence. Si je ne m'abuse , on pourrait la trouver , non pas dans la nature différente de la préparation plombique , mais dans la voie différente par laquelle elle est introduite. Ainsi la colique provoquée par le plomb en poussière répandu dans l'atmosphère , qui l'introduit dans les voies respiratoires et dans la bouche, agira directement sur les gencives où il va se déposer. Aussi la plupart des observations qui en font mention, ont été recueillies sur les ouvriers qui travaillent dans les fabriques de céruse ; tandis que le plomb qui n'agira que sur la peau ou dans les voies digestives ne produira guère ce phénomène, comme chez les étameurs et chez les personnes qui ont fait usage de médicaments saturnins, je n'ose pas dire de boissons lithargirées , parce que ces liquides , en passant par la bouche , peuvent et doU vent agir sur les gencives. Celte idée ne peut pas être une conviction , elle demande de nouvelles observations ; ainsi je la soumets telle quelle , sans y ajouter d'autre importance, d'autant plus qu'elle se trouve en contradiction avec les faits dans lesquels M. Burton l'a produit à volonté par l'usage prolongé de l'acétate de p!omb ; et avec l'observation recueil-

lie par M. Martin Solon, qui, en avril 1847, a communique à rAcadéraie de médecine le fait d'un maçon, chez lequel il a vu ce liseré à la suite de l'administration de l'acétate de plomb en pilules pour un anévrisme. Il en conclut, comme Burton que c'est de dedans en dehors que se fait le transport du plomb au bord des gencives, où l'appel s'en fait par les dents, ce qui fait que ce liseré manque chez les personnes qui n'ont pas de dents. Nous n'avons pas assez de faits, nous, pour juger la question. Nous ne pensons pas même que l'eau oxygénée conseillée par M. Tanquerel , pour convertir ce liseré en sulfate blanc, puisse suffire, non plus que l aeide sulfurique. Les preuves qu'il en tire en faveur de la présence du sulfure de plomb qui se serait formé dans ce liseré par le contact de l'air ne nous paraissent pas convaincantes, ce qui , du reste, importe fort peu au fait.

Nous devons insister sur le défaut de participation de la circulation. Le pouls reste petit et déprimé plutôt qu'accéléré et fébrile.

Tels sont les phénomènes sur lesquels nous croyons devoir nous appuyer pour établir le diagnostic dififércnliel de la colique des peintres. Sans repousser les autres phénomènes sans nombre que présente la maladie, nous ne leur ajoutons pas la même importance qu'à ceux que nous avons signalés , parce qu'ils manquent souvent , parce que surtout, ils appartiennent encore plus à d'autres affections qu'à celle qui nous occupe, et que dès-lors ils n'eussent pu nous être d'aucune utilité dans la solution du diagnostic qui nous est demandée. Ainsi nous négligeons la difficulté de la déglutition, la perte d'appétit, les nausées, les vomissements, les diarrhées , la difficulté de respirer , les crampes, les sueurs, la sécheresse de la peau, les crises d'oppression presque asthmatiques, l'ictère, etc. Comme nous l'avons dit, ces phénomènes ne font pas partie essentielle de la colique saturnine, Lorqu'ils se présentent, il y a extension de la ma-

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ladie, ou mieux complication. De plus, ils sont très-souvenl liés à d'autres maladies , dont ils sont partie intégrante.

Nous avons déjà pesé la valeur de l'anesthésie que M. Beau a signalée dans les téguments, et qu'il donne comme signe diagnostique le plus sûr. Rappelons que nous n'y ajoutons pas la môme confiance. Noua n'avons jamais rencontré d'insensibilité absolue ; toujours nous l'avons trouvée relative au degré d'attention concentrée par la doulour principale. Nous avons en outre observé la môme insensibilité apparcntechezdcsmaladesatteints d'autres coliques. Cet état n'est point une paralysie, dès-lors il ne peut avoir aucune valeur.

Entente. — Quelle que soit la forme de l'entérite, diarrhée, dysscnterie, entérite proprement dite , les signes qui la distinguent de la coMque saturnine sont trop marqués pour qu'il soit possible d'en confondre aucune forme avec elle. Les évacuations séro-rauqueuses et sanguinolentes des deux premières suffisent de reste pour les différencier. Quant à l'entérite proprement dite, celle dans laquelle les capillaires sanguins jouent le principal rôle , abstraction faite des évacuations, il y a des signes différentiels assez nombreux , qui ne permettent pas de la confondre. Quoique très-aiguë , la douleur n'est pas aussi intense : rarement elle reste fixe et circonscrite autour du nombril ; elle occupe tantôt un point, tantôt un autre ^ et souvent elle change de place d'un moment à l'autre. Non-seulement elle ne force pas le malade à s'agiter, à se rouler; mais elle est augmentée par le mouvement. Au lieu de la soulager , la pression l'augmente aussi: l'abdomen n'est point rétracté ; il est plus ou moins tendu et ballonné, et des borborygmes presque continuels se font entendre. La rougeur de la langue, et la fréquence du pouls viennent aussi fournir au diagnostic. Le teint plombé de la peau , les crampes manquent aussi dans l'entérite. Le praticien ne s'y trompe pas. Le traitement antiphlogistique est le seul qu'il choisisse toujours : jamais il

ïi'a recours au Irailement irritant par les purgatifs; il sait qu'il exaspérerait renlérile. Celle-ci passe souvent à l'état chronique , et la colique de plomb jamais lorsqu'elle est bien traitée. Enfin l'entérite ne se termine pas par ces afi'cctions nerveuses consécutives à la colique de plomb , telles que les paralysies , l'encéphalopathie , etc.

Choléra. — Nous ne croyons pas devoir mentionner le choléra-morbus ; si quelques points de rapprocbemeot existent, de trop grandes différences les séparent pour qu'il soit possible de jamais s'y tromper.

Péritonite. — Le début de la péritonite présente quelquefois une contraction abdominale qui lui donne une dureté fort grande ; mais , indépendamment de l'absence de la cause métallique , bientôt les douleurs les plus aiguës se développent, et l'abdomen se distend et se météorise. La moindre pression , le moindre mouvement , le poids même d'un drap sont intolérables. Enfin , la rapidité concentrée du pouls, a nécessité de rester couché sur le dos , l'expression de la face connue sous le nom de face grippée , forment un ensemble qui ne permet pas d'erreur. Si nous joignons à cela les succès du traitement antiphlogistique le plus énergique et des mercuriaux , dont l'action est impuissante contre la colique, si nous tenons compte de la rareté des terminaisons par encéphalopathie et paralysie, nous aurons un tableau diagnostic qui éloignera la possibilité de se tromper.

Entéralgie. — La différence qui sépare l'entéralgie de la colique des peintres est si grande, qu'il n'est pas possible de Jes confondre , bien qu'il y ait une sorte d'analogie dans la nature de la douleur, qui est plutôt soulagée qu'augmentée par la pression. Elle est moins vive, malgré les plaintes des malades lorsqu'ils sont hypochondriaques; elle consiste dans une sorte de tortillement, elle n'est pas continue; elle s'apaise par la distraction et même par la nourriture; elle se reproduit quelquefois à heure fixe , le plus souvent irréguliè-

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rement; elle so renouvelle facilement par les imprcssionî; morales et par les changements de température. Les calmants la soulagent un instant, mais ils ne la guérissent pas ; les purgatifs provoquent facilement des selles, et ils ne la guérissent pas mieux , au contraire. Aussi l'erreur n'est pas possible, et la plupart des patbologistcs ont cru devoir se dispenser d'en présenter un tableau diagnostic. En lisant M. Barras surtout, on en sent la raison, il était inutile.

Uéus nerveux. — L'iléus nerveux présenterait plus d'analogie ; cependant, la nature de la douleur n'est pas la même. Elle est plus vive peut-être; et par sa violence, elle force le malade à s'agiter, pour ainsi dire spasmodiquenient : tandis que dans la colique saturnine , le malade change de place plutôt qu'il ne s'agite ; il semble chercher une position meilleure , un soulagement. Elle se renouvelle ou s'exaspère par des émotions ou des contrariétés. Le pouls est plus nerveux, c'est-à-dire, petit, concentré, quelquefois un peu irrégulier. La constipation n'est pas aussi opiniâtre, quelque fois même elle n'a pas lieu. Sa durée n'est pas longue : ou les douleurs s'apaisent, ou le malade succombe. Les calmants à très-haute dose sont d'une efficacité reconnue. L'iléu» encore n'attaque guère que les personnes d'un tempérament nerveux, d'une constitution sèche, d'un caractère irri table. Ce ne sont pas là les qualités physiques des ouvriers qui travaillent le plomb. Je ne parle pas de l'invagination qu'on dit être la cause la plus fréquente de l'iléus. L expression de la face est bien différente; elle n'a point cette coloration terne et plombée ; elle est crispée par la douleur, sans présenter cet aspect morose d'altération profonde que présente la colique de plomb. Elle ne présente jamais la bandelette ardoisée de la gencive. A l'aide de tous ces signes et avec un peu d'habitude , le praticien ne s'e» laisse jamais imposer.

Colique hcpalique et bilieuse. — La nature ( t la violence

(les douleurs de la colique bôpalique , la sensibilité douloureuse qui se développe dans la région épigaslriquo , principalement du côté droit , l'ictère qui se manifeste au moins partiellement , et surtout autour dos ailes du nez , le calme subit qui s'établit, le retour assez fréquent et variable de l;i douleur, sa forme quelquefois épidémique , la liberté du ventre, l'absence de la zônc des gencives, forment un cortège de signes diagnostiques qui ne permettent pas de méprise. Aussi les nosographcs n'ont jamais songé à comparer les signes diagnostiques de ces deux affections.

Nous ne croyons pas devoir parler des calculs biliaires qui souvent alors sont rendus, parce que la colique a cessé avec cette évacuation , et qu'on iîb les voit pas tant qu'elle dure. Nous ne parlons ici que de la colique calcuicuse ; car la bilieuse bumorale est si différente , et par son existence souvent épidémique, et par sa teinte constamment ictérique, et par la douleur constante de l'abdomen, que nous ne croyons pas devoir la signaler autrement. Pouppé Desportes a donné une excellente description de celle qu'on a observée aux Antilles et surtout à St-Domingue.

Néphralgie calculcuse. — Dans la néphralgie calculeusc , il y a, il est vrai, quelques signes qui ont de l'analogie avec ceux de la colique de plomb ; tels sont la douleur violente, la difficulté et quelquefois la suppression des urines, la rétraction des testicules. Mais, d'un autre côté, le caractère de la douleur n'est plus le même ; clic est beaucoup plus aiguë, plus déchirante dans la néphralgie ; elle ne présente pas les exacerbations assez régulières qui, dans la colique de plomb, ont lieu la nuit. Quand il y a des redoublements, ils sont rapides et sans ordre, ils viennent brusquement, n'importe à quelle heure. Quelquefois aussi la douleur s'apaise brusquement , pour reprendre de mémo brusquement quelques instants après. Son siège est plus profond ; il n'est pas autour de l'ombilic , mais dans les

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lombes, el le plus souvent d'un côlé seulement. L'abdomen ne présente pas cette rétraction continue de la colique de plomb, il est naturel. S'il devient dur et contracté, c'est lorsque la violence de la douleur fait contracter le corps entier, et l'abdomen avec lui. Elle ne présente pas non plus les crampes des membres , surtout celles des membres supérieurs, ni le liseré plombé des gencives.

Colique de cuivre. — Plusieurs auteurs recommandablcs, entre autres Henckel, Stockusen, Desbois de Rochefort , Dubois , avaient déjà vu des ouvriers qui travaillaient sur le cuivre être pris de coliques intenses , dans lesquelles ils avaient trouvé de l'analogie avec la colique de plomb. Quelques autres, tels que MM. Mérat, Palais, etc., sont allés plus loin : ils ont cru y trouver une ressemblance telle qu'ils ont assimilé les deux affections pour n'en faire qu'une. Dans cette pensée , ils ont donné à la maladie le nom de colique métallique , afin de lui faire embrasser toutes les coliques occasionnées par les métaux. Ils se sont fondés pour cela sur le relevé statistique de la Charité , qui a présenté plusieurs cas de colique chez les ouvriers qui travaillent sur le cuivre. Malgré notre déférence pour l'opinion d'hommes aussi estimables , nous ne la partageons pas. Aussi nous rejetons de cette identité les faits recueillis par Glatigny , de seize religieuses atteintes de coliques atroces et dont cinq périrent dans des convulsions violentes, et ceux de Lalouette. Qu'on examine bien. C'étaient, il est vrai , des coliques métalliques , puisque le cuivre est un métal , mais ce n'étaient pas des coliques saturnines. Nous regardons aussi comme bien exagérée la peinture poétique de l'état déplorable des chaudronniers de Ville-Dieu-les- Poéles, qu'en a faite Dubois, qui, d'ailleurs, a mis sur le compte du cuivre ce qui était l'effet du plomb. Nous avons vu bien des fois des coliques occasionnées par le cuivre. Toujours nous avons trouvé une différence bien grande.

D'abord ralmosphcre du cuivre peut produire bien rarement la colique, puisque, depuis de longues années que j'exerce la médecine dans une ville où plus de deux mille ouvriers travaillent sur le cuivre, je n'ai pas vu un seul cas de cette nature ni dans les hôpitaux ni dans ma pratique particulière. Mais il n'en est pas de même chez les ouvriers qui , tout en travaillant sur le cuivre , font usage pour leurs soudures d'alliages dans lesquels entre le plomb. Chez eux la maladie se présente avec tous les caractères de la colique saturnine. Ce qui nous fait présumer que, dans les relevés qui ont été faits dans les hôpitaux , il a pu y avoir quelques circonstances oubliées. Aussi les coliques de cuivre que nous avons observées ont toujours été le résultai de l'action directe du métal à l'intérieur, lorsque par mégarde les personnes en avaient avalé une certaine quantité. Alors il n'est plus possible de confondre les deux maladies. Les douleurs sont atroces dans la maladie de cuivre. Ce sont des tormina , des tortillements intérieurs qui occasionnent des angoisses extrêmes. Le ventre n'est point rétracté. La pression augmente beaucoup la douleur, môme dans l'observation citée par M. Palais. Elle envabit tout le ventre,, mais elle ne s'étend pas au-delà , ni aux testicules, ni aux membres. Il y a des épreintes très douloureuses et des évacuations plus ou moins fréquentes. La langue est saburrale au centre, rouge sur les bords, le pouls est vite et concentré. Les cris, l agitation , les positions bizarres et le faciès impriment à la colique des peintres une physionomie qu'on ne rencontre point dans la colique de cuivre. Le liseré ardoisé ne se trouve pas non plus dans celle-ci. De ce que, selon M. Andral, M. Lherminieren a traité plusieurs avec succès par les purgatifs , on ne peut pas conclure de l'identité; ils réussissent dans bien d'autres maladies, qui n'ont pour cela aucun rapport avec le plomb.

Quoique nous n'ayons pas observé de colique de cuivre

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par absorption extérieure , nous ne nions pas l'action du cuivre sur l'économie. Il la détériore d'une manière remarquable ; mais il y a loin de cette altération à la colique saturnine. Cependant ce mode d'action de cuivre pourrait avoir lieu ; mais avant de l'admettre , nous réclamons dos faits bien constatés et en nombre suflTisant. Jusque-là nous ne pouvons dire que ce que nous avons vu , que ce que la science possède.

Les recherches de M. Blanchct sur la colique de cuivre , communiquées à l'Académie des sciences dans sa séance du 17 février 1845, viennent, malgré ses efforts, confirmer ce que nous avons dit. Il établit , pour les ouvriers qui travaillent le cuivre pur , l'existence d'une colique, qu'on a tort , dit-il , d'attribuer au plomb. Selon lui , elle est trèsrare dans les hôpitaux, ce qui tient à sa bénignité; mais elle est fréquente dans les ateliers : sur quinze cents , on pourra observer quinze cents cas de colique pendant une année. C'est une affection légère , presque toujours apyrélique , avec douleur ou non à la pression , avec diarrhée ou constipation, caractérisée par des accès de colique avec vomissements et prostration extrême. Le terme moyen de la durée est de quarante-huit heures. Elle reconnaît pour cause la malpropreté , et plus encore l'inspiration des poussières cuivreuses. On mange dans l'atelier, on pose son pain sur de la tournure.

Ce n'est là que le premier degré de la colique forte que nous avons observée. Personne ne la prendra pour la colique de plomb, d'autant moins que le lait, le blanc d'œuf et quelques lavements émollients suffisent pour la guérir.

Si chaque phénomène pris en particulier ne suffit pas pour les f aire distinguer, il n'en est pas de même de leur ensemble. En comparant ainsi les deux maladies , l'erreur n'est plus possible. Aussi M. Tanqucrol a démontré que Dubois s'était trompé.

l)IAG^'OSTfC. 151 Les coliques occasioiinces par l'arsenic, le sublimé, le for, rélain , l'antimoine et autres substances toxiques irritantes, sont par trop différentes de la colique de plomb , pour que nous devions nous y arrêter.

Il n'est arrivé à aucun praticien de les confondre. Colique végétale. — Nous ne saurions consacrer trop de soins à l'élucidation du diagnostic de la colique végétale. C'est par elle pour ainsi dire, que la colique de plomb a commencé : car, pour beaucoup de médecins encore, il est douteux que la colique de Poitou , la colique du Devoushirc, la colique de Madrid, le mal de Galice» la colique de Surinam, soient des coliques saturnines, malgré le plomb qu'on a trouvé dans les cidres , les vins , les eaux dont font usage les personnes de ces localités. Essayons de faire connaître d'abord ce^qu'en ont pensé les auteurs qui se sont occupés de ce sujet.

Quoiqu'elle n'ait pas été décrite d'une manière particulière par les anciens , ils ne paraissent pas l'avoir méconnue. Déjà Hippocrate signale les mauvais effets du moût (de Diœla , lib. II). « 11 excite des vents, dit-il, lâche , irrite et sollicite le ventre , en fermentant dans les intestins , cl procure des évacuations ; il excite des vents parce qu'il échauffe, il lâche le ventre parce qu'il purge, il irrite et procure des évacuations parce qu'il fermente dans les intestins.» Arétée, Alv-^bhas, et beaucoup d'autres en font une colique bilieuse. î5eancoup d'épidémies de coliques bilieuses paraissent n'avoir pas été autre chose que des coliques végétales. Aussi l'on pense que celles qu'ont décrites Sydenham, Fernel, sont de ce nombre. Droct , Miron, l'observèrent , l'un en Picardie, l'autre en Bretagne. Enfin parut la fameuse diatribe de Citois, sur la colique de Poitou. 1! n'en vit la cause que dans l'usage des vins de mauvaise qualité, et dans l'influence constitutionnelle de l'atmosphère, tîuxham décrivit bientôt la colique du Devonshirc. Il l'attribue aux cidres acerbes dont on y fit

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usage cette annce-là. La maladie fut dès-lors regardée nonseulement comme épidémique avec Sydenham, Lepecq de la Clôture, etc., mais comme endémique. D'autres observations recueillies dans une foule de localités , en Hongrie , en Allemagne , en France et en Angleterre , firent voir qu'elle n'était pas renfermée dans les provinces du Poitou et du Devonsbire. La présence du plomb dans les cidres d'Angleterre ayant été constatée par Beker, et dans les vins frelatés de France , par Bouvard , toutes les opinions parurent se raltacber à l'idée unique d'une intoxication par le plomb. Cependant Riolan la trouva encore endémique à Melun près de Paris. Bonté surtout fit tous ses efforts pour combattre cette croyance , dans la description de la maladie qu'il observa à Coutancc. Il en fut de môme de Marteau de Grandvilliers , dans la description qu'il fit de l'espèce d'épidémie qu'il observa dans l'abbaye de Savigny.

Malgré ces observations, malgré la description de celle des Antilles par Towns, malgré l'ouvrage de Luzuriaga sur la colique de Madrid , tout semblait émaner du plomb , et Luzuriaga lui-même chercha cette cause dans l'usage des eaux qui avaient séjourné dans des réservoirs de plomb. Dans ce conflit, Strack rejeta l'une et l'autre influences, et il supposa un miasme arthritique qui allait se fixer sur les intestins. Pinel ne vit que l'action du plomb. Cependant M. Mérat n'osa pas les confondre complètement , il reconnut une colique végétale. Les médecins qui suivirent nos armées en Espagne en rapportèrent des opinions différentes sur la cause de la colique de Madrid; ils n'y virent plus l'action du plomb , pas môme celle des vins. Ils crurent y reconnaître l'influence de la localité, et surtout de ses vicissitudes atmosphériques. Larrey, Thierry, ont été de cet avis. MM. Marquand, Jourdain, Pascal, qui l'ont observée également en Cspagne, admettent aussi l'action de la contrée, surtout de ses nuits. Ils ont de plus enrichi la science de plu-

sieurs nccropsics dans lesquelles ils ont trouvé, soit le volume inflammatoire des ganglions du grand sympathique , soit le rétrécissement et la sécheresse des intestins qui étaient remplis de matières, et parsemés de quelques taches livides. Le professeur Hisern, de Madrid, croit aussi à l'influence de l'air froid de la nuit, bien plus qu'à celle du plomb (1840/ 3Iais il repousse en même temps l'opinion qui en fait une colique végétale. Enfin , M. Tanquerel a été conduit à admettre aussi une colique végétale différente de la colique de plomb , et sur laquelle il donne un extrait des descriptions de Citois , Iluxham , Bonté , etc.

Une maladie qui vient par épidémie , ne peut pas dépendre uniquement des boissons ; il lui faut d'autres causes encore, et ces causes ont fixé l'attention. Aussi , malgré les opinions qui la réduisaient au néant , elle a continué à occuper quelques médecins, et nous-mérae , nous en avons recueilli assez de faits bien caractérisés pour ne pas hésiter d'en faire une maladie distincte de la colique saturnine. Pour nous soutenir dans notre pensée , nous ne saurions mieux faire que d'invoquer l'autorité de M. Segond, qui, après avoir pratiqué la médecine plusieurs années sous les tropiques, a publié le résultat de ses observations sur cette maladie, comme ïowns l'avait fait 50 ans plus tôt pour les Antilles, Java, etc. Il ne l'attribue plus seulement aux boissons végétales. Il l'a vue, dans les pays chauds , produite par la chaleur et les vicissitudes de l'atmosphère. Aussi il s'écrie avec juste raison : «appeler colique de Poitou une maladie qui offre des caractères identiques à Madrid et à la Guyanne; lui donner le nom de colique végétale , quand les végétaux lui paraissent étrangers; accepter les dénominations ridicules qui lui sont imposées dans l'Inde , où on la désigne sous les noms de Barbiers et Béribéri, n'est-ce pas se complaire dans le chaos?» Nous ne saurions donc admettre une opinion exclusive, sans nous exposer au reproche fondé de partialité. Nous

loi COLIQDlî SATURNINE.

croyons devoir les admeltre toutes, puisque toutes comptent des faits bien avérés en leur faveur. L'absence de la cause métallique , l'usiigc ou l'abus des boissons végétales aigries et de mauvaise (jualilé , ou des fruits acerbes et non mûrs , le séjour dans les contrées où règne cette maladie et pendant les saisons où elle sévit de préférence, suffiraient déjà pour justifier notre opinion , puisque la saturnine ne serait jamais que spasmodique , et que la végétale serait quelquefois endémique ei surtout épidémique. Mais cela ne suffit pas ; car, il pourrait se faire que la colique des peintres se développât sous rinUuencc d'autres causes que le plomb ^ de môme que la colique végétale reconnaît d'autres causes que l'usage des fruits ou des boissons, surtout sous les tropiques, de même que la plupart des maladies sont le résultat de plusieurs causes, qui paraissent quelquefois diamétralement opposées. Cependant il n'en est rien ; des signes caractéristiques bien tranchés viennent les séparer. La constipation n'existe pas au début ; il y a même le plus souvent diarrhée. Ce n'est qu'au bout de quelques jours , surtout sous les tropiques et dans les Indes, que cette diarrhée s'arrête peu à peu pour faire place à une constipation très-opiniâtre; encore alors y a-t-il presque toujours des envies d'aller et des efforts comme pour rendre des matières. La douleur de l'abdomen est moins fixe vers l'ombilic; elle occupe assez souvent le trajet du colon transverse et l'hypochondre droit : elle a quelque chose de plus déchirant, elle représente les tormina; la sensibilité de l'abdomen est quelquefois accrue au point de rendre intolérable le poids des couvertures. Au lieu de présenter une dépression consistante, l'abdomen est plus ou moins tendu ou ballonné. Jamais on ne trouve la bandelette ardoisée des gencives , l'appareil urinaire est beaucoup plus affecté que dans la colique saturnine : il y a toujours dysurie, et bien souvent suppression complète des urines. On voit que, sans en être une, elle présente plus de rapprochements

avec la phlcgmasic , ce qui est bien déiuonlré par les autopsies de M. Segond et de M. Marquand. Aussi elle passe souvent à l'état de phlegmasie chronique. C'est probablement celte variété qu'avait observée Théodore Vanzelsl pour l'assimiler au scorbut et la faire épidémique ou endémique.

La maladie se termine , surtout dans les pays chauds , par d'abondantes évacuations biliaires. llWe est plus fà chcuse que la colique de plomb, plus meurtrière ; et sa marche est bien irrégulière.

Les opiacés sont loin de lui être aus^i avantageux qu'à la saturnine. Enfin, pour en guérir complètement, dans les régions intertropicalcs , il faut, selon M. Segond, changer de climat, et selon Bonté, il faut s'abstenir des boissons végétales et des fruits. Quoique rare dans k-s grandes villes , elle n'y est pas tout-à-fait inconnue. M. Valleix vient d'en publier deux observations recueillies à Paris (Union médicale^ mai 1848). Si la lésion des ganglions abdominaux du grand sympathique, constatée sur plusieurs sujets par M. Marquand, et par l'autopsie des sieurs Maria et Quenneson, faite par M. Segond, se présenlait toujours , ce serait une différence de plus; mais elle ne pourrait être d'aucune utilité au lit des malades.

Il peut arriver , et nous croyons que cela arrive souvent dans les pays où l'on fait usage des boissons végétales acides ou acerbes, qu'il y ait combinaison des deux coliques. Dansées contrées, en effet, ces boissons sont ordinairement sophistiquées par une certaine quantité de lilharge. C'est même ce qui a fait, sans doute à tort, tout attribuer à ce métal; c'est ce qui dès lors a fait compter pour rien la colique végétale elle-même. Le diagnostic différentiel devient alors plus difficile , puisqu'il y a réunion des phénomènes appartenant aux deux affections. Ce n'est que dans la commémoration de la cause qu'on peut la trouver. Cependant les signes de la colique de plomb doivent acqué-

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rir une prédominance réelle. Peut-on rien préciser , lorsqu'on sait combien de nuances peuvent faire naître et la quantité proportionnelle du métal , et les nombreuses variétés de la boisson , et les dispositions idiosjncrasiques des individus, et les contrées, et les saisons, et la constitution médicale elle-même dont on ne tient pas assez compte?

Dans cette étude du diagnostic , nous n'avons fait aucune mention de la présence du plomb dans nos tissus. Ce n'est point un oubli, c'est une omission volontaire. De quelle utilité eût été cette étude au lit du malade vivant? Comment s'entendre , après la discussion qui s'est élevée en avril 1847 entre MM. Orfila et Devergie? Il en résulte qu'entre autres minéraux , on trouve dans nos tissus du cuivre et du plomb. M. Orfila admet, conlradictoirement à son antagoniste , qu'il est facile de distinguer le plomb d'intoxication du plomb normal. Il pense que l'eau bouillante, aiguisée d'acide acétique, dissout toujours le plomb pathologique et qu'elle ne touche pas au plomb physiologique.

De plus longs détails seraient inutiles. Ainsi nous ne parlerons pas des coliques produites par d'autres substances acides ou acerbes , végétales et minérales , telles que les limonades minérale, nitrique, citrique, l'eau de Rabel, les sucs végétaux acides , les résines liquides ou baumes , etc. C'pst en multipliant ainsi les causes sans discernement qu'on a bien souvent embrouillé le diagnostic de la colique de plomb. C'est peut-être par cette raison que M. Mérat lui-même s'est laissé entraîner à vouloir qu'on l'appelât colique métallique. Son hésitation était bitn pardonnable à l'époque où il écrivait.

Nous n'avons pas fait mention des coliques dites stercoraie , saburrale , pituiteuse, vermineuse, venteuse , etc., parce qu'elles ne sont que des circonstances ou des phénomènes accidentels d'autres affections plus ou moins disparates, et qu'il a plu à quelques auteurs de multiplier

à Tinfini , en les assimilant sans raison aux coliques des peintres , avec lesquelles il n'est pas possible de les confondre.

Bien que la cause de la colique saturnine soit tout entière dans le plomb , nous ne nierons pas que beaucoup d'autres causes et d'autres circonstances ne puissent donner lieu à des accidents semblables à ceux du plomb. Indépendamment des causes que nous venons de signaler , on a admis une causalité épidémique et une intermittente ; avec Huxham , Sydenham , Lepecq de la Clôture, Dehaen , Tronchin , on a admis la suppression de la sueur et d'autres évacuations, l'impression du froid et de la nuit, l'abus des plaisirs de l'amour , et môme , avec Smith , une mauvaise digestion, et, avec Astruc, des contusions sur l'épine dorsale et sur le ventre. Si, dans ces cas, dont nous admettons la possibilité, les signes diagnostiques n'étaient pas assez tranchés pour les faire distinguer , il resterait leur cause respective. Quelquefois même ce signe commémoratif sera encore le seul qu on puisse invoquer dans les cas rares où la colique saturnine ne présenterait pas les caractères que l'observation lui a reconnus : car, il ne faut pas se le dissimuler, elle peut quelquefois se rapprocher beaucoup d'une colique purement nerveuse ou bilieuse , etc.

Combien on doit se tenir en garde contre les erreurs , lorsque M. Mérat nous fait l'aveu sincère qu'il a vu une colique de plomb simuler longtemps une aflection organique de l'estomac!

Le troisième membre de la question nous reste à examiner, c'est le traitement. Quelques auteurs, avec Bordeu , se sont demandés si la colique de plomb avait besoin d'un traitement. Ils sont allés plus loin ; ils ont cru pouvoir le regarder comme beaucoup plus nuisible qu'utile, et ils se sont fondés sur la statistique nécrologique des malades traités à la Charité. Selon Dubois, en vingt-trois

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ans , douze cents malades furent traités ; il en est mort vingt, un sur soixante. Selon Gardanc, dix-sept cent cinquante-cinq furent traités en douze ans ; soixante-quatre moururent, un sur vingt-huit. Scion M. Mérat, en 1811, cinquante sept furent traités ; onze succombèrent. Ces auteurs n'ont pas tenu compte des complications, ni des circonstances fâcheuses dans lesquelles se trouvaient les malades , pour en tirer une conséquence aussi absolue contre le traitement. Car , d'autre part, le docteur Doazan n'a perdu qu'un malade sur cinquante-sept; M. Andral, un sur à peine cent; et, si nous osions apporter le résullat de notre pratique, nous dirions que nous n'en avons pas perdu un seul sur plus de trois cents que nous avons soignés en trente-trois ans. Il nous serait impossible alors de ne pas reconnaître , non-seulement l'innocuité du traitement , mais son utilité. Quelques auteurs ont même allégué la terminaison toujours heureuse ou la guérison en peu de jours par les seules forces de la nature. Nos recherches à cet égard sont conformes à celles de M. Tanquerel. Lorsque la colique est légère , elle guérit d'elle-même au bout de quel ques jours , et la plupart des malades ne réclament pas même les secours de l'art. Cependant elle se prolonge quelquefois indéfiniment , comme on le voit chez les sept malades de Comhalusier, chez lesquels les accidents allèrent toujours croissant : elle nécessite alors un traitement convenable. Lorsque la colique est plus intense, elle guérit plus rarement par les seuls efforts de la nature. Cependant on le voit quelquefois. Lorsqu'elle est très-intense, il est bien rare qu'elle guérisse spontanément avant douze ou quinze jours et plus. Henckel et Fischer croient avoir vu un abcès et des éruptions servir de crise à la maladie. Ne se seraient-ils pas trompés, et n'auraient-ils pas pris pour crises un simple cpiphénomènc , une coïncidence fortuite? Aussi M. Mérat signale surtout le défaut de crise; il n'a vu

qu'une fois un épistaxis survenir le Iroisième jour , c'est l'observalion Vï. Sa durée est donc alors illimilée et elle passe quelquefois à l'élat chronique , ainsi que Combalusier , Dohacn, M. Mérat en ont cité des exemples. Toutefois nous savons combien il est souvent diflicile d'établir un fait pathologique. Le préjugé ou le défaut de talent égare quelquefois le jugement, lorsqu'il s'agit de choisir le bon ou le mauvais; mais lorsqu'il s'agit de déterminer jusqu'à quel point agit un médicament et jusqu'à quel point agit la nature, là naissent des difiicullés qui dépassent quelquefois la portée de notre intelligence. Une remarque essentielle à faire, c'est que, dans les cas où la maladie est abandonnée à elle-même ou plutôt à la puissance de la nature médicatrice, on voit bien plus souvent les accidents saturnins , cnccphalopathic , convulsions , paralysie , arlhralgie. Nous dirions presque avec StoU qu'ils ne se manifestent jamais lorsque la maladie a été traitée convenablement. Comme lui , nous ne les avons jamais vus chez les malades auxquels nous avons donné des soins. En présence de ces considérations graves , quel est le médecin qui aurait le courage de rester inactif, lorsqu'il peut combattre des souffrances atroces et prévenir des accidents formidables? Ne procurât-il qu'une semaine ou quelques heures de calme, qu'il aurait beaucoup gagné , et ce serait son devoir de le faire. Celui-là est encore un bienfaiteur de l'humanité, qui en soulage les tortures. Aussi nous ne concevons pas comment M. Fournier a pu pousser le scepticisme aussi loin qu'il l'a fait. Dans la dernière conclusion de son mémoire (page 20), « il proscrit du traitement de la colique de plomb , soit comme inutiles, soit comme fatigants, soit comme susceptibles de devenir dangereux , et les vomitifs, purgatifs, drastiques, stimulants de toute espèce, qui composent le traitement trop fameux de la Chanté, et les topiques compliqués de Ranque , et les fon^entalions de tabac de

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M. Graves , et l'alun de M. Kapcler^ et même, si ce n'est dans des conditions assez rares, les antiphlogisliques. »> D'après toutes ces considérations , la nécessité et l'urgence d'un traitement méthodique nous paraissent suffisamment démontrées, et nous passons de suite à son exposition.

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