LA CHASUBLE
1. Chasuble vient de casula, qui signifie petite maison. C'était, en effet, dans le principe, une vaste rotonde qui enveloppait complètement le prêtre : au centre, il y avait un trou pour passer la tête et on la relevait de chaque côté sur les bras pour dire la messe, en sorte que l'étoffe retombait en avant et en arrière. A force d'échancrer les côtés pour laisser plus grande liberté aux mouvements, on Ta réduite à ce qu'elle est actuellement.
2. La chasuble est rornement propre au prêtre et le seul avec lequel il puisse célébrer.
L'évêque, à la cérémonie de l'ordination, la lui met sur les épaules, mais pliée en arrière. La prière dont il l'accompagne lui en montre le symbolisme, qui fait allusion à son ampleur et à sa rotondité, deux choses par lesquelles sont exprimées la charité et la perfection.
« Postea imponit cuilibet successive casulam usque ad scapulas, quant qiiilibet teneat super humeros complicatam^ a parte anteriorideorsum dependentem, singulis diceiis : Accipe vestem sacerdotalem per quam charitas intelligitur ; potens est enim Deus ut augeat tibi charitatem et opus perfectum. »
A la fin de la messe, l'évêque déplie la partie postérieure de la chasuble en disant : Que le Seigneur te revête de la robe d'innocence, ce qui développe le symbolisme précédent, en l'appliquant directement au prêtre.
« Explicans casulam^ quam umtsquisque habet super hume-
et subdiaconum parntos esse inferiori dalmatica et timicclla? S. R. C. resp, : Congruere quod dalmaticœ et tunicellœ, si fieri potest, conformes sint planetae célébra ntis, quia sacra hœc iiidumenta non miuislrorum ornatui, sed «ccksiastiçœ fuuQtioois decoyi ioserviuut. «
LES ORNEMENTS. 34 î
ros complicatamy induit illa quemllbet^ singulis dicens : « Stola innocentiae induat te Domiims. »
Dans l'oraison que récite le prêtre avant la messe, en revêtant la chasuble, le symbolisme prend une nouvelle forme. Ce vêtement représente le joug du Seigneur que la grâce rend léger. « Domine qui dixisti : Jugum meum suave est et onus meum levé, fac ut istud portare sic valeam quod consequar tuam gratiam. »
3. La chasuble romaine se décompose en deux parties : le derrière et le devant.
En arrière, elle tombe droit et est partout de la même dimension. Un petit galon, dentelé à l'extérieur, contourne les côtés et le bas, arrondi aux angles. Deux galons larges, formant orfroi, partagent le dos en trois parties égales ; ils sont rejoints en bas par un galon analogue, qui.s'appuie sur celui de la bordure et arrêtés en haut par le col. L'échancrure du col est triangulaire ; un premier galon large suit l'ouverture, un second pareil vient à une petite distance : ils sont unis au milieu par un autre galon de même largeur et posé verticalement. Ce double galon mis en pointe rappelle l'amict paré qui jusqu'au xvi^ siècle, en se rabattant sur la chasuble, entourait le col de son orfroi.
La partie antérieure, un peu plus courte, aune èchancrure, bordée d'un galon large, par laquelle se passe la tête. Celte èchancrure va en diminuant de haut en bas. Immédiatement au dessous commence la croix, qui est en forme de tau. Son contour est dessiné par un galon large : les bras vont presque d'un bord à l'autre et la tige s'appuie sur le galon dent<5lé qui fait le tour comme en avant.
Cette forme de croix et à cette place nous semble anti-française ; aussi est-elle rejetée à l'unanimité. Et pourtant nous l'avions jadis toute pareille ! Au porche méridional de la cathédrale de Chartres, une statue du xiii" siècle a, sur la chasuble, une croix en tau {Monogr. de la cath, de Chartres^ pi. XX ); dans le diocèse de Paris, à Villeron, six pierres tombales, datées de 1549, 1560, 1578, 1595, 1620 et 1648, sont gravées
aux effigies des curés de la paroisse^ vêtus d'une chasuble, avec une croix en avant, dont la tête est très-peu développée \ La chasuble romaine est aussi plus étroite à la partie antérieure, qui des épaules à la croix diminue, tandis qu'elle s'élargit de la croix au bord inférieur dont les angles sont arrondis.
4. Voici les dimensions de la chasuble romaine : longueur en arrière : 1 m, 10 c ; en avant : 0,97 c ; largeur en arrière : 0,72 c ; en avant : en bas : 0,63 c ; à la naissance de la croix : 0^48 c ; largeur des bras de la croix : 0,41 c ; de l'orfroi, y compris le galon : 0,22 c ; ouverture du col, en haut, 0,28 c; en bas : 0,04 c ; largeur de contour du col, y compris le galon : 0,12 c.
5. Aux offices pontificaux^ quand les chanoines sont parés, ceux de l'ordre des prêtres portent la chasuble comme insigne: ils la prennent alors, non pas sur l'aube ainsi qu'à la messe, mais sur le rochet, recouvert d'un amict. Les cardinaux prêtres se distinguent aussi par la chasuble aux pontificaux du ipape.
6. Aux temps de pénitence^ dans les grandes églises, la jalmatique du diacre et la tunique du sous-diacre sont remplacées par des chasubles violettes, pliées en avant ou coupées à la hauteur de la tête de la croix. Les chasubles se prennent pendant l'Avent, le Carême, aux vigiles-jeùiies et pour la bénédiction des cierges, excepté le troisième dimanche d'Avent et le quatrième de Carême'.
Elles sont l'insigne des cardinaux-diacres et des chanoines diacres et sous-diacres, lors des pontificaux qui se tiennent en ce temps.