‹ Traité pratique de la constructionChapitre 147 sur 234 · VIS MORT VOS HONORARE · texte numérisé non relu

VIS MORT VOS HONORARE

FAG ELEEMOSINAS CHRISOST. HOM. 60. IN 10.

17. L'ornementation intérieure du cimetière comporte, en Italie, des sentences ou des images pieuses peintes sur les murs. Dans les cimetières de saint Jean de Latran et du Saint- Esprit, à Rome, les stations du chemin de la croix y ont été figurées à fresque, en sorte que les fidèles appliquent aux âmes pour lesquelles ils prient les indulgences de ce pieux exercice. Au cimetière de saint Laurent-hors-les-murs, les stations forment autant d'édicules séparés, rangés de chaque côté de l'allée centrale qui conduit à la chapelle mortuaire.

18. L'Italie, qu'il faut souvent citer comme modèle, a imaginé d'entourer le cimetière d'un portique, en manière de cloître. Ce portique tourne autour des murs auxquels il adhère et aboutit à la chapelle funèbre. Outre qu'il est très-commode pour les processions, il offre des places réservées pour les personnes les plus marquantes qui y ont leurs monuments et de vastes surfaces pour une décoration peinte \ Le sujet des tableaux sera emprunté, comme au cimetière de saint Laurent, à Rome, à l'écriture et à la vie des saints : nous repoussons de toutes nos forces les sujets purement archéologiques, tels que la danse macabre^ le dict des trois vifs et des trois morts , qui piquent la curiosité mais n'édifient pas.

En parlant de portiques, je ne puis oublier de mentionner ici le campo santo de Pise, vrai musée d'art et qui est, en ce

• « In locis insigoioribus decens erit si iotriusecus ab omui parte porticibus vestiantur (parietes) sacrisque picturis historiisve ornentur. » (S. Carol.)

genre, le plus ancien et le plus beau modèle peut-être dont un architecte puisse s'inspirer.

19. Au dehors, le cimetière s'annoncera, dès l'abord, par un aspect monumental. Trois choses y sont requises : une croix, une inscription et un bénitier.

La croix, plantée au sommet, indique un lieu sacré ; mais, pour mieux préciser la destination de ce lieu, elle s'élèvera au-dessus de l'emblème de la mort, qui est un crâne posé sur deux os en sautoir. Cet emblème, peint ou sculpté, dira que le Christ fut vainqueur de la mort, comme le chante l'Eglise dans une hymne empnintée à saint Fortunat :

Et super crucis trophseo Die triumphum nobilem^ Qualiter Redemptor or bis Immolatus vicerit^.

Pour mieux préciser la signification de ce symbole, réclamé par saint Charles et le cardinal Orsini, aucun texte ne conviendrait mieux que celui du prophète : « 0 mors, ero mors tua^ »

L'inscription, apposée au portail, admet une double rédaction : pieuse ou commémorative.

Un texte de dévotion bien approprié sera fourni principalement par les livres saints et la liturgie, à l'office des morts. Au cimetière de la prison Mamertine, à Rome^ on lit ce verset de l'Apocalypse (xiv, 13) :

BEATI MORTVI QVI IN DOxMINO MORIVNTVR.

Une sentence, sagement pensée et exprimée avec concision, n'est pas à dédaigner. Le xvii® siècle, àBénévent, inscrivit sur le caveau des Dominicains une parole un peu trop philosophique et banale à force d'être vraie :

VIA VNIVERSAE GARNIS

» Hymne Pange ^m^Ma, dans Toffice de la Passion. 2 Osese, XIII, 14.

Je préfère, parce qu'elle est rédigée dans un esprit plus clirétien^ cette autre inscription de la même ville, qui est du

:.Vin° siècle :

DOMVS TEMPORANEA DONEG ^TERNA

Au cimetière de Bari (Deux-Siciles), on disait élégamment, en 1842, que les cendres des trépassés causent les larmes des survivants :

Aile ceneri de' trapassati Ed aile lacrime de' superstiti

Le célèbre imprimeur Vitré avait fait ces deux vers pour le cimetière de saint Séverin à Paris, au xvii^ siècle :

Tous ces morts ont vécu: toi qui vis, tu moun^as, U instant fatal approche et tu n* y penses pas.

Pourquoi, au lieu de rappeler simplement le fait incontestable de la mort, n'exciterait-on pas la piété des passants en sollicitant de leur charité une courte prière en faveur des pauvres défunts? Saint Jean-porte-latine, à Rome, m'offre, au xvu* siècle, un bon spécimen de ces sortes d'exhortations :

f 0 VOI DEVOTI GHE.

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