DE QVESTO MONDO PASSATE
En France, cet appel se faisait également autrefois. Voici une inscription du xvi* siècle, qui est à Loudun /"Vienne^ :
VOVS QVI CI
PAbSEZ PRIEZ DIEV POVR LESTR ESPACEZ *
< « Nos pères... ont dit les défunts ou les trépassés^ mot que la langue latine n'a point, mais qui marque d'une manière plus précise la vie nouvelle sur laquelle la mortu'Oi plus d'empire... Il n'y a qu'à pleurer sur les morts...
J'ai copié cette autre à la cathédrale de Bourges ; elle date du xv° siècle :
« Entre vous qui par cy passez.
E]n grande méditation.
Priez Dieu pour les trépassez.
Nobliez la réparation. »
Outre ces épigraphes, nécessitées parles idées chrétiennes que la sainteté du lieu doit suggérer, il serait à propos d'en ajouter une qui aurait pour but de commémorer la date d'érection et de bénédiction du cimetière. La formule suivante, provenant de saint François de Paule, à Rome, serait excellente si elle était complète et si le mot mânes n'était pas trop païen :
VT MORTIS REGORDATIO
MORTALIVMQVE ERGA PIOS HVIVS PARiEGIiE
S. FRANGISGT DE PAVLA MANES
EXGITARETVR PIETAS
R. P. FRANGISGVS OTRANTVS PAROGÎIVS
GOEMETERIVM EXTRVENDVM GVRAVIT
ANNO MDGGLXXXI
Mânes sera avantageusement remplacé par defunctos et la fin pourra être ainsi modifiée :
Quod ipsemet benedixit
ou, sila bénédiction est faite par Tévêque :
Quod ritu solemni benedixit Rmus antistes N. N.
Si quelques indulgences spéciales avaient été accordées, il conviendrait de les consigner dans une inscription, afin que tous les fidèles en eussent connaissance. Calixte II, par la bulle Quoniam Compsanœ, donnée au Latran le 30 mars H21, ac-
N'abandonnons pas, n'abjurons pas notre langage religieux... Reprenez l'esprit de l'Eglise, en reprenant l'exactitude de son langage et en exprimant par des mots propres ses grandes vues. » (Roubaud. Synonim. franc. ■, édil. do 1706, t. IV, p. 497.)
corda la rémission de tous leurs péchés à ceux qui seraieiit enterrés dans l'église de Compsa. Une inscription du xv'' siècle, qui se voit maintenant dans le musée de Rouen et qui provient de l'abbaye de Saint-Oucn, relate les indulgences octroyées par le pape Jean XII ou plutôt XXIJ aux personnes qui réciteront certaines prières en passant devant le cimetière du monastère bénédictin :
<i Le pappe Jehan XIP de ce nom a donné à tous ceulx qui par ce chimetière passeront et diront pater noster et ave maria, Tanthienne et oreson ensuite, aquereront autant d'ans de pardons qu'il y a eu de corps inhumés depuis l'inception de ce chimetière. »
Saint Charles et le cardinal Orsini désirent, dans un endroit commode, un bénitiei fixe, avec un goupillon ^ Ce bénitier, encastré dans le mur, sera à sa vraie place près de la porte. Les fidèles se signeront en entrant, parce qu'ils mettent le pied dans un lieu sanctifié et avec le goupillon, ils aspergeront la terre sainte ou quelque tombe en particulier, afin d'en écarter les esprits mauvais *. Cet usage a existé jadis en France et je l'ai constaté dans plusieurs cimetières de l'Anjou.
20. Benoît XIII exclut formellement du cimetière toute plantation d'arbres ; « Arbores nullae, » dit-il dans sa Méthode de la visite pastorale. Même en Italie, on plante des arbres dans les cimetières et partout a prévalu une coutume contraire à la défense. Nous n'osons donc pas la condamner, mais il importe de la régler. Ainsi nous rejetons systématiquement tout arbre fruitier, dont on vendrait la récolte à la saison; de même, le cimetière n'est ni une prairie dont Therbe peut être donnée en pâture aux animaux, ni un jardin cultivé, pour
^ « Item vas aquœ sanctae... cum aspersorio, non tamen appenso, sed quod amoveri possit ad aspergendi usum » (S. Carol.)
8 « Ab omni incursione malorum spirituum tutelam benignus largiter tribiias » [Or. du Pontifie.) ~ « Ut hoc servorum tuorum cœmeterium ab omni spiircitiaj inquinamento et immundorum spirituum iusidiis custodire... digneris*» (Ibid.)— « Absint imposterum omnes nequitisB spirituales et elimiuentur, cxtiLiguatur antiqui serpentis invidia et cum omuibus fraudibua sui diaboli turma propellatur » [Ibid.)
LES RITES l'UNÈBRES. 411
plaire aux yeux, car il ferait plutôt songer à ia vie qu'à la mort. Nous excluons encore toute plante d'agrément, tout arbrisseau formant bosquet ^ Les seuls arbres admis par l'usage sont ceux dont le feuillage sombre et toujours vert suggère des pensées d'immortalité, comme le cyprès, le thuya, i'if, en un mot les conifères et résineux. J'y joindrais le laurier, le chêne vert, et quelques essences de même nature et le buis, si populaire dans les campagnes.
21. Les chrétiens n^accepteront jamais la crémation et l'incinération, qui constituent des rits essentiellement païens. Ils veulent être déposés dans la terre, parce que telle est la tradition universelle, aussi bien juive qu'ecclésiastique et qu'ils tiennent à se conformer à l'exemple donné par le Christ.
La sépulture se fait dans le sol même, non au-dessus ; ainsi Ta prescrit saint Pie V par la constitution Ciiîn primum^ et le répète le Rituel : « Cui locus sepulturae dabitur... humi tantum detur^ »
22. Benoît XIII demandait que dans la répartition des tombes, on tînt compte du sexe, de l'âge et du caractère : « Sepulturae pro clero, pro viris, pro mulieribus, pro pueris. » Le Rituel n'insiste que pour la séparation du clergé et des enfants : on peut s'en tenir là^ Exiger davantage serait impos-
1 c NuUse vites, arbores, arbusta, stipes cujusvis generis, uon modo frugiferae, sed quse etiam nullum omnino fructum baccasve gignunt, in iis esse aut conseri debent. Immo vero ne fœnum quidem herbave virescens quse pabulo detur, sit » (S. CaroL)
2 a PISTORIEN. — Familia de Franchis Piàtorien, narrans se erigendo ca pellam in école sia dominicanorum Pistorii, dextruxisse depositum quoddam marmoreum, in quo inerat corpus Domini Andreœ Franchi, episcopi Pistoriensis petiit licentiam repouendi depositum praedictum cum cineritus dicti episcopi in eadem facie et altitudine a terra, ut prius erat; et S. R. C. concessit depositum reponi in locuœ suum, modo tamen cineres sepeliantur in terra. » (Die 24 Aprilis 1626.J
8 « Sepulchra sacerdotum et clerlcorum cujuscumque ordinis, ubi fîeri potest, a sepulchris laicorum separata sint ac decentiori loco sita, atque ita, ubi commodum fuerit, ut alia pro sacerdotibus, aliapro inferioris ordinis Ecclesiffl ministris parata sint » {Rit.)
« In primis admoneudi sunt parochi ut juxta vetustam et laudabilem eccle-
sible, parce que d'ordinaire, surtout dans les terrains concédés, les membres d'une famille sont réunis ensemble ; aussi la Congrégation des Rites ne fait-elle nulle difficulté d'admettre cette tolérance '.
Il sera facile de réserver au clergé une place distincte, soit autour de la croix, soit autour de la chapelle mortuaire, c'està-dire dans l'endroit le plus honorable, si même on ne leur assignait un caveau dans la chapelle même : « Dignum est ut ibi requiescat sacerdos ubi offerre consuevit.» (S. Ambros., Epist. XXII ad soror. Marcellin.) Mais ce serait à la condition que la dalle funéraire ne dépasserait pas le niveau du pavé ou que le monument ne dominerait pas l'autel ^
23. Si le cimetière est orienté, rien n'empêche que les tombes le soient aussi, suivant une pieuse et symbohque coutume. Les morts auront la tête au couchant et les pieds au levant; dans cette attitude ils regarderont le point du ciel où le Christ les appellera et se tiendront prêts à comparaître au dernier jugement, qui se fera à l'orient.
Là où cette disposition ne serait pas praticable, on y remédierait en dirigeant toutes les tombes vers la croix centrale, ou mieux vers l'autel de la chapelle funèbre ^