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LES AGNUS DEI

Parmi les objets de dévotion que les fidèles aiment à recueillir dans la ville éternelle pour les porter ensuite dans leur patrie, où ils les conservent religieusement^ il convient de placer les Agnus Dei au premier rang.

Un double motif explique cette pieuse et intelligente avi' dite. D'abord, l'Eglise ayant rangé les Agniis au nombre des sacramentaux, la vertu qui en résulte, lorsqu'on en fait usage^ les rend extrêmement précieux, car les effets qu'ils produisent sont à la fois de l'ordre spirituel et de l'ordre temporel.

De plus, les Agnus étant consacrés par le pape seul et / peu près exclusivement dans la ville de Rome où il fait sa résidence habituelle, c'est ensemble un souvenir de la ville sainte et de la personne sacrée du pontife.

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Depuis le xvi' siècle on a beaucoup écrit sur rantiquité, Torigine, l'usage et la bénédiction des Ag?ms,

En résumant ici tout ce qui a été écrit et imprimé sur cette matière, et en complétant les documents connus par de nouvelles études, mon but a été tout ensemble d'édifier et d'éclairer, de favoriser la piété et dïnstruire.

1. L'Agnus Dei, tel que nous le voyons depuis deux cents ans, peut se définir : Un médaillon de cire blanche, de forme ovale, marqué aux effigies de l'Agneau pascal et des sai its» que le pape bénit et consacre à des époques déterminées.

Reprenons pour les expliquer tous les termes de cette définition.

La cire naturelle, produite par les abeilles, est^ à l'exclusion de toute autre cire artificielle, la matière nécessaire de VAgmis ; de plus elle doit, non pas garder sa couleur native, mais être préparée de manière à changer sa teinte jaune et dorée pour la blancheur immaculée que requièrent à la fois la tradition, la rubrique et le symbolisme.

Toute cire, même blanche, n'est pas indifférente. La cire prescrite est celle du cierge pascal, qui a brûlé, à l'église, les années précédentes. Aussi se sert-on pour les Agniis, non seulement de la cire du cierge pascal de la chapelle Sixtine, mais encore de celle que peuvent fournir les cierges des basiliques et des églises de Rome. Si la cire ainsi recueillie ne suffisait pas, on y joindrait de la cire ordinaire que l'on mélangerait avec l'autre. Le cierge pascal ayant été béni solennellement et ayant servi aux offices divins, la cire qui en provient est déjà une cire bénie et non commune et profane. Pour les grandes consécrations on emploie jusqu'à vingt-cinq mille livres de cire et mille en temps ordinaire.

Cette cire du cierge pascal, amollie par le feu, est jetée dans un moule où le gâteau qu'elle forme reçoit, par les soins des Cisterciens de Sainte Croix do Jérusalem, une double empreinte sur ses deux faces. Comme il existe plusieurs moules différents, le gâteau varie aussi dans ses dimensions et $on épaisseur. Il y a des Affnus de plusieurs grandeurs ; lc>

plus petits ressemblent à des médailles et mesurent trois centimètres ; les plus développés atteignent une hauteur de vingt et une largeur de dix.

Les A gnus affectent la forme ovale ou plutôt oblongue avec angles adoucis et arrondis, de manière à figurer un médaillon gracieux.

Leurs deux faces portent deux empreintes différentes et en relief. Autrefois l'Agneau pascal était représenté des deux côtés. On ne le voit plus maintenant qu*à la face principale.

Or cet Agneau est figuré couché, mais vivant, sur le livre apocalyptique aux sept sceaux, nimbé du nimbe crucifère et tenant l'étendard de la résurrection. La légende qui le contourne porte les paroles de saint Jean, plus ou moins abrégées selon l'espace : ECCE AGNUS DEI QUI TOLLIT PECCATA MUNDL

Au dessous de FAgneau se lisent le nom du pape consécrateur, Tannée de la consécration et celle du pontificat.

Si l'espace le permet, on y ajoute les armoiries du Souverain Pontife.

Le champ du revers est entièrement occupé par un ou plusieurs saints personnages, dont le nom se lit autour de VAgnus, y^n citerai quelques exemples, empruntés au pontificat de Pie IX.

Les saints sont fournis par le Martyrologe Romain et Ton y voit des apôtres, des martyrs, des pontifes, des confesseurs, des vierges, des abbés, etc. J'ai noté entr'autres saint Mathieu, saint Joseph, saint Augustin, saint Christophe, saint Janvier, saint Pascal Baylon, saint Turribe, saint Bernard, saint Pie V, saint Bruno, saint Gaétan, sainte Thérèse, etc.

La Sainte Vierge y occupe une place distinguée ; tantôt c'est N. D. des sept douleurs, tantôt la Madone du Quirinal ou bien celle que vénèrent des ordres religieux ou des contrées particulières, comme la Vierge du Rosaire, la Vierge de Mechoacan, etc.

Les légendes des sujets sont en latin.

^ coutume de placer l'effigie des saints au revers des

Ag?uis n^est pas ancienne. Benoît XIV la fait remonter aux derniers siècles et insinue que le choix dépendait d© la dévotion des pontifes. Clément XI fut le premier qui ajouta les saints de réglise grecque à ceux de l'église latine. Pie YI fit de même, avec cette différence que les noms furent écrits en grec.

Innocent XIII s'abstint de figurer les bienheureux sur les Agnus, quoique, au témoignage du savant Prosper Lambertini, alors promoteur de la foi, cela eût été fait pour le B. Pie V et le B. Louis de Gonzague. Benoît XIV ne fit pas difficulté de représenter sa parente la B. Imilde Lambertini, religieuse de l'ordre de saint Dominique.

L'Agîius, ainsi préparé et travaillé, est remis solennellement entre les mains du Souverain Pontife, qui, dans une cérémonie liturgique faite en présence du Sacré Collège et de la prélature, procède à sa bénédiction et consécration. En effet, le pape plonge VAgnus dans l'eau bénite, où il a versé en forme de croix le baume et le saint chrême. Ainsi imprégné de cette triple substance que l'Eglise a sanctifiée par ses prières, VAgnus devient un objet saint et est élevé à la dignité des sacramentaux. De cette bénédiction et consécration qu'accompagnent des prières demandant à Dieu cette fin spéciale, VAgnus tire les vertus nombreuses et merveilleuses qui lui donnent tant de prix aux yeux des fidèles.

Le pape s'est réservé le droit de bénir et de consacrer les Agnus et il est inoui dans l'histoire ecclésiastique que ce pouvoir souverain ait été jamais délégué à quelque personne que ce soit.

Cette cérémonie imposante se renouvelle périodiquement. Elle a lieu la première année de chaque pontificat, puis se répète successivement tous les sept ans. Quelque absolue que soit cette règle, comme il s'agit avant tout de répondre à la dévotion générale, les papes consacrent, d'une manière privée et sans solennité, des Agnus aux époques do grande affiuence d'étrangers à Rome, comme jubilé, canonisation, ou em*ore quand ils le jugent oppcrliin.

2. La forme et la matière des Agnus ne sont pas purement arbitraires ou indifférentes. L'Eglise a voulu qu'elles eussent une signification élevée, en rapport avec la sublimité de ses dogmes et de son enseignement ; et pour cela elle les a embellies avec son symbolisme, qui est la poésie de son culte.

Nier ce symbolisme serait absurde, car c'est l'Eglise ellemême qui a entendu le formuler ainsi, et la tradition des siècles nous est transmise par la voix même des Soiverains Pontifes.

Dans VAgmis tout est plein de mystères et le sens caché que fait entrevoir l'objet visible reporte exclusivement et directement à Jésus-Christ : « Désignant nobis mysteria summi Agni polorum principis » {Jules III).

La cire figure le corps, la chair, l'humanité du Sauveur : elle est blanche comme sa conception a été immaculée ; elle a été préparée par l'abeille, pure et féconde, image de Marie, vierge et mère tout ensemble.

Telle est, en effet, dans la liturgie catholique^ la signification de la cire et il suffit pour s'en convaincre d'ouvrir les livres des auteurs les plus anciens et les plus accrédités, comme saint Grégoire le Grand, Amalaire Fortunat, saint Anselme, Fulbert et Yves de Chartres, etc., dont les témoignages sont aussi clairs que précis.

Les Agnus sont plongés dans l'eau bénite, afin de sanctifier la cire et de lui enlever tout ce qu'elle pourrait avoir de profane ; aussi pour rappeler que l'eau est un des éléments que Dieu, dans les deux testaments, a choisi comme matière de ses sacrements ou agent de ses prodiges.

Le saint chrême répandu sur l'eau est l'emblème de la charité, la plus douce et la plus insinuante des vertus. C'est avec lui que sont consacrés les temples, les autels, les pontifes, les hommes et les choses destinés au culte divin. C'est lui aussi qui fait des ^^m/5 un objet, non pas seulement béni^ mais encore consacré.

L'Agneau fut, dans l'ancienne loi, une des figures les plus significatives du Christ. L'iconographie chrétienne, adoptant

«ette idée, a souvent représenté le Sauveur sous la formo d'un Agneau. Les prières de la consécration rappellent spécialement l'agneau offert par Abel, le bélier substitué à Isaac, les agneaux consumés dans le temple, le sang de l'Agneau empreint sur les portes des Hébreux, toutes figures qui n'ont trouvé leur application que dans la loi nouvelle, où J-C, vrai Agneau par sa douceur et son sacrifice, a été immolé pour la rédem^ytion du genre humain. Il était donc tout naturel que J. C. figurât sur les Agnus sous la forme la plus ancienne et la plus expressive.

Saint Jean, dans son Apocalypse, a parlé de TAgneau qui lui apparut au ciel, et il le dépeint à la fois mort et vivant : Et vidi agniim stantem tanquam occisum (Apoc. V, 6.) et seul digne, au témoignage des vieillards qui l'entourent, d'ouvrir le livre mystérieux de la vie, par l'efficacité de sa mort.

L'Agneau, figuré sur les Agnus Dei, n'est donc pas un agneau ordinaire. Aussi plusieurs attributs spéciaux le caractérisent. Il est nimbé, en raison de la sainteté de celui qu'il représente, mais son nimbe est timbré d'une croix, car il est le symbole d'un Dieu, et tel est, en iconographie, l'attribut distinctif des trois personnes divines. Autrefois, l'agneau était représenté debout, stmUem, en vainqueur. De nos jours, il est couché ; c'est l'agneau du sacrifice, qui s'offre en expiation. La croix, qu'il porte levée, indique quel fut l'autel de son immolation : Ara crucis. Mais comme le Christ mort est ressuscité, la vie, son triomphe de la mort et de l'enfer, sont attestés par l'étendard de victoke flottant au sommet do la croix, qui n'est plus un instrument de supplice, tout au contraire, un trophée glorieux. Sous ses pieds est étendu, fermé et scellé, le livre mystérieux que lui seul peut ouvrir.

L'Agneau, dans cette attitude et avec ces divers attributs, porte, en iconographie, le nom très significatif d'Agneau pascal. C'est, en effet, au jour de Pâques, que l'Agneau immolé revient à la vie. N'était-il pas convenable que la cérémonie, destinée à commémorer ce fait parmi les fidèles d'une ma-

nière sensible, eût lieu dans l'octave même de Pâques, consacrée tout entière à fêter la glorieuse résurrection du Sauveur? Aucun temps de l'année n'était mieux approprié à une représentation où domine exclusivement le symbolisme.

Le cierge pascal, qui brûle pendant quarante jours, a été établi par l'Eglise pour perpétuer le souvenir de la résurrection de J.-C. et de son séjour sur la terre jusqu'à son Ascension triomphante. C'est, comme l'Agneau, une nouvelle figure de Jésus glorieux. Quelle matière pouvait donc avoii plus de droits et mieux convenir pour servir à façonner les Agnus que cette cire déjà bénie et prédestinée par les prières et l'usage liturgique à figurer l'Agneau de Dieu mort victime, il est vrai, mais ressuscité plein de vie et de majesté?

Les Agnus Dei, nous dit Guillaume Durant, signifient aussi les nouveaux baptisés : « Ibi etiam Agni cerei figurant agnos novellos de quibus cantat Ecclesia in sabato in albis. » L'Eglise le croit aussi, car tel est le sens des paroles que prononce, par trois fois et sur un ton solennel, le sous-diacre apostolique lorsqu'il présente au pape, le samedi in albis^ les Agnus nouvellement consacrés : « Pater sancte, isti sunt agni novelli, qui annunciaverunt vobis alléluia ; modo veniunt ad fontes, repleti sunt claritate, alléluia. » Paroles évidemment symboliques et qui cachent un sens mystérieux, comme si le ministre sacré disait : Très-saint Père, je vous présente les Agnus que vous avez bénis et consacrés ; ils sont pour nous l'emblème de ces chrétiens purifiés par le baptême, qui désormais, par la vertu du sacrement, sont devenus blancs et sans taches comme des agneaux : vainqueurs de la mort et du péché, du démon qui les tenait captifs, ils ont pu vous annoncer par leurs chants joyeux f alléluia de la résurrection, eux qui, comme le Christ et par lui, sont ressuscites à une vie nouvelle : ils viennent de la source sacrée, des fonts bénis où ils se sont purifiés par un bain salutaire ; maintenant la grâce qui les illumine, les remplit des vives clartés de la foi : louons Dieu de son triomphe sur la mort ;

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la mort corporelle, il l'a domptée par sa résurrection, la mort spirituelle^ il Ta anéantie par le baptême. « Consepulti ei (Christo) in baptismo, in quo et resurrexistis per fidem operationis Dei qui suscitavit illum a mortuis. » {S. Paul, ad Coloss., II, 12.)

Si YAgmis est le symbole du chrétien régénéré, il était fort à propos que la consécration en fût faite dans la semaine même de Pâques, où les nouveaux baptisés, par respect pour le sacrement qu'ils avaient reçus portaient la robe blanche, emblème de leur innocence.

Il convenait aussi que la distribution eût lieu dans cette même semaine, au dernier jour de Toctave, selon la raison que nous en donne Guillaume Durant : « In octava distribuuntur, quia in octava resurrectionis Dominus sua praemia distribuit. » En effet, poursuivre dans tout son développement Tordre didées simplement énoncé ici par Témînent symboliste du XIIP siècle, le baptême nous fait naître à la vie de la grâce ; les sept jours qui suivent notre naissance spirituelle, sont la carrière que nous avons à parcourir, et purs et sans souillure, alors, au huitième jour, qui est celui «lu repos et de la gloire, nous sommes admis au ciel par le Christ, qui reconnaît en nous les imitateurs de l'Agneau et nous invite à ses noces éternelles : Ad regias Agnidapes^ stolis amicti candidis.

Enfin, Jésus-Christ s*est nommé lui-même dans l'Evangile le Bon Pasteur : nous formons donc son troupeau. Et ce troupeau se compose des brebis, qui sont les chefs spirituels et des agneaux, qui sont les simples fidèles. Les uns et les autres sont confiés à la garde de Pierre. Brebis et agneaux ont cela de commun, que le but auquel ils tendent, est le même, et s'ils l'atteignent avec l'éclat des vertus, l'Eglise les constitue à part et leur décerne les honneurs de la sainteté. Voilà pourquoi l'Agneau n'est plus représenté seul sur les Agnus. Il a sa cour avec lui, formée de tous ceux qui ont marché à sa suite. Aussi, par un rapprochement ingénieux, les Agnus portent des effigies de saints. Les saints ont retracé en eux les traits

caractéristiques de TAgneaii et sont devenus à leur tour nos modèles. Ils partagent donc le triomphe de l'Agneau, agneaux eux-mêmes, ainsi que l'a constamment figuré,, sur ses sarcophages et ses mosaïques, l'Eglise des premiers siècles, à Rome.

3. La bénédiction et consécration privée des Agnus^ moins solennelle que celle de la semaine de Pâques, puisqu'elle n'est pas publique et ne se répète pas trois jours consécutifs, a lieu chaque fois que, dans l'intervalle des sept ans, le Souverain Pontife désire suppléer au manque complet d'Agnus Dei,

Le pape se rend à la salle du consistoire public ou en tout autre lieu qu'il a désigné, par exemple la sacristie de Sainlo Croix de Jérusalem, vêtu de la soutanO;, de la ceinture, du rochet, de la mozette et de l'étole. Il fait sa prière devant l'autel qui y est érigé, puis ayant quitté l'étole et la mozette, se lave les mains; le majordome présente l'aiguière et le maître de chambre la serviette.

Il prend alors l'amict, l'aube, la ceinture, Tétole blanche et la mitre, puis monte au trône, assisté de deux cardinaux diacres. On lui ôte la mitre^ il dit Dominus vohiscum, récite l'oraison Pater oynnipoiens ^ bénit l'eau, et y verse en forme do croix le baume et le saint chrême. Il descend du trône, prend avec une cuiller d'argent de cette eau bénite et en verse dans plusieurs bassins^ ce que font également quatre cardinaux.

Le pape remonte au trône et tourné vers les Agniis Dei, après avoir dit Dominus vobiscum^ récite trois oraisons et encense les Agnus. On lui met la mitre, un tablier et une baverole. Les camériers servants portent les Agnus Dei au bassin placé devant le pape, qui, aidé par les deux cardinaux-diacres, les plonge dans l'eau bénite, d'où ils sont retirés avec une cuiller d'argent, et remis aux camériers secrets et d'honneur qui les portent sur des tables, préparées exprès et recouvertes de nappes blanches, pour les faire sécher.

Pendant que le pape met les Agnus dans un bassin, quatre

cardinaux, deux évêques et deux prêtres, font la même chose dans deux autres bassins. Les chantres du palais chantent alors l'hymne Ad regias Agni dapes, qu'ils terminent par le verset Exaudiat nos omnipotens et misericors Doininus,

Le pape récite une oraison sur les Agnus et donne la bénédiction. Il revient devant l'autel, où il se déshabille, fait sa prière, puis rentre dans ses appartements.

Des places sont réservées au Sacré Collège, à la prélature et à quelques étrangers privilégiés.

En 1862, lorsque les évêques du monde catholique se réunirent à Rome pour la canonisation des martyrs Japonais, Pie IX voulut leur offrir des Agnus. Mais comme il n'y en avait plus au palais apostolique, Sa Sainteté procéda à la bénédiction et consécration,, d'une manière privée, dans la sacristie de la basilique de Sainte Croix de Jérusalem, ainsi que l'avaient fait ses prédécesseurs Léon XII, en 1823 et Grégoire XYI, en 1832.

4. M^'. le Sous-garde-robe de Sa Sainteté, qui habite, piazza Rusticucci, 18, près S. Pierre, tient les Agnus enfermés dans de grandes caisses oblongues, disposées à terre, le long des parois de son oratoire privé. Chaque distribution particulière, faite sur simple présentation, est accompagnée d'une feuille imprimée, en latin ou en italien, qui motive la vénération que doivent avoir les fidèles pour les Agttus et engage à avoir confiance en leur vertu. Le texte de cette feuille a été imprimé pour la première fois, en 1752, par ordre de Benoît XIV : il se trouve au tome III de son Bullaire.

L'obtention de cette faveur est essentiellement gratuite.

5. L'Eglise a placé les Agnus au nombre des sacramentaux, c'est-à-dire qu'elle leur attribue une vertu particulière qui répond à nos besoins tant spirituels que temporels.

Comme les autres sacramentaux, les Agnus ne peuvent pas par eux-mêmes ou, selon le langage de la théologie, ex opère operato^ sanctifier l'âme de la même manière que les sacre-

ments, mais ils le peuvent ex opère operanîîs^ en raison des bonnes dispositions de celui qui s'en sert. Ils excitent en nous de pieux sentiments qui augmentent la charité et nous portent à devenir meilleurs ; ils effacent, non-seulement les fautes vénielles et quotidiennes, mais encore la peine des péchés déjà remis par la pénitence; ils confirment en nous la douleur pour le passé coupable et développent le désir de satisfaire pour les péchés commis.

Outre cette vertu générale de favoriser la piété et d'accroître en nous les sentiments de foi, d'amour, de repentir, etc., les Agnus ont certaines vertus spéciales qu'ils tiennent des prières mêmes et de l'intention formelle du Souverain Pontife qui les bénit et les consacre.

C'est à ces prières et aux actes pontificaux qu'il faut recourir pour savoir, de source certaine, la mesure de confiance que nous devons accorder aux Agnus et dans quelles circons* tances déterminées nous pouvons les employer et en tirer avantage, soit pour notre âme, soit pour notre corps.

Les AgnuSy par la représentation de l'Agneau immolé mais triomphant, nous portent à méditer sur le mystère de la rédemption, provoquent en nous des sentiments de reconnaissance pour la bonté infinie de Dieu, nous excitent à l'aimer, le bénir, le vénérer et à chanter ses louanges.

Les Agnus confèrent ou augmentent la grâce en ceux qui s'en sont rendus dignes, favorisent la piété, dissipent la tiédeur^ mettent à l'abri du vice et disposent à la vertu.

Ils mettent en fuite les démons, délivrent de leurs tentations et préservent de la ruine éternelle.

Ils gardent de la mort subite et imprévue.

Ils empêchent la frayeur qu'inspirent les fantômes et calment les terreurs qu'occasionnent les mauvais esprits.

Ils munissent delà protection divine contre l'adversité, font éviter le péril et le malheur, donnent la prospérité.

Us protègent dans les combats et procurent la victoire.

Ils déUvrent du poison et des embûches que tend l'homme ennemi.

Ils sont d*éxcellents préservatifs contre les maladies et aussi un remède efficace.

Ils combattent Tépilepsie.

Ils empêchent les ravages de la peste^ de Tépidémie et de la corruption de Tair.

Ils apaisent les vents, dissipent les ouragans, calment les tourbillons et éloignent les tempêtes.

Ils sauvent du naufrage.

Ils écartent l'orage et font échapper aux dangers de la foudre.

Ils chassent les nuées qui portent la grêle.

Ils éteignent l'incendie et en arrêtent les ravages.

Ils sont efficaces contre les pluies torrentielles, les débordements des fleuves et les inondations.

Enfin, les Agnus conservent la mère et l'enfant pendant tout le temps de la grossesse et les tirent du danger au moment de la délivrance, dont ils calment et abrègent les dou leurs.

Tout ceci se trouve en substance dans les vers quTrbain V adressa à Tempereur Jean Paléologue :

Balsamus et munda cera cum chrismatis unda Conficiunt Agnum, qiiod munus do tibi magnum, Fulgura desursum depellit et omne maligrium^ Peccatum frangit ceii Christi sanguis et angit^ Prœgnans servatur, simul et par tus liber atw\ Munera fert dignis, vlrtutem destruit ignis, Portatus munde de fluctibiis eripit undse^ Morte repentina servat Satanœque ruina^ Si quis honorât eum retinet super hoste trophseum^ Parsque minor tantum tota valet intégra quantum. Agnus Dei^ miserere mei.

Qui crimina tollis, miserere nobis.

6. Les Agnus étant institués par l'Eglise pour nos b(^s()iDs personnels, c'est à elle encore que nous demanderons la manière de les employer et de nous on servir.

L'émimératioii faite précédemment des nombreuses vertu? de VAgmis indique très-clairement en quelles circonstances spéciales il est à propos d'y recourir. Je me contenterai ici d'insister sur certaines règles générales et, autorisé soit par l'usage, soit par les déclarations des papes, de donner quelques conseils pratiques pour guider les personnes pieuses :

a. Un Agmts placé dans une maison préserve l'édifice et toutes les personnes qui l'habitent. Il importe alors qu'il soit mis dans un lieu décent, à Tabri de toute irrévérence.

b. On peut également le porter sur soi, suspendu au cou ou placé dans les vêtements, mais il est convenable qu'il soit enveloppé dans du métal, de la soie ou toute autre matière, qui le préserve de la souillure d'un contact et d'un frottement continuels.

Les papes supposent qu'on le garde ou qu'on le porte, ayant soin d'ajouter immédiatement que ce doit être avec piété^ vénération, dévotion et confiance, toutes dispositions commandées par le respect du aux choses sacrées.

c. Grégoire XIII a défendu de peindre et dorer les AgnuSy afin de ne pas leur ôter leur blancheur symbolique, mais il n'a nullement interdit de les placer par respect dans des cadres^ des cassettes^ des médaillons, etc., ornés et décorés avec art. Paul II nous en donna lui-même Texemple : Rome a continué depuis et c'est surtout dans les communautés que les religieuses excellent à encadrer et ornementer les Agnus avec un goût exquis.

d. L'Eglise, qui est un lieu de réunion pour tous les fidèles, peut avoir aussi ses Agnus, On en a trouvé jusque dans les clochers, où ils avaient pour mission d'éloigner la foudre. Il importe seulement qu'on ne les place pas avec des reliques, dans un reliquaire commun, parce que, d'une part, il y acuité et de l'autre simple vénération : ceci toutefois ne doit pas s'entendre des Agnus qui contiennent de la poussière d'ossements de martyrs, car on les considère alors comme de vraies reliques. Ces Agnus ^ ainsi conservés dans le lieu saint, pré-

servent Tédifice matériel et les fidèles qui s'y assemblent. L'église de S. François à Ripa, à Rome, en tient plusieurs constamment exposés dans des monstrances entre les chandeliers, aux autels des chapelles*. L'évêque de Montréal, au Canada, en a donné à toutes les églises paroissiales de son diocèse.

e. Dans un palais, un château, un grand monument, le lieu le plus convenable pour y déposer VAgnus est la chapelle.

f. Aucune loi ecclésiastique n'empêche de toucher aux Agmis, quelle personne que ce soit, même les femmes. Il importe toutefois que cet acte soit toujours extrêmement révérentieux.

g. En voyage, sur terre ou sur mer, il est sage de se faire accompagner d'un Agnus.

h. Dans les moments difficiles, où Ton sent le besoin de recourir à son Agnus, on peut le baiser, le présenter au danger, rappliquer sur la partie malade.

i. La meilleure prière qui puisse aider dans ces temps d'épreuve, de tentation, de danger, est celle même d'Urbain V :

« Agnus Dei, miserere mei. Qui crimîna toUîs, miserere nobîs.»

j. On a vu des fidèles plonger des Agnus dans de l'eau el boire ensuite cette eau. D'autres fois, ils en ont détaché det parcelles pour les avaler et les prendre comme remèdes. Riec ne s'oppose à un tel usage.

k. Il en est de VAgnus comme des autres sacramentaux, des saintes huiles, de feau bénite, du pain bénit, qui, quoique divisés à l'infini, conservent toujours, dans chacune de leurs

1 Sixte V, le 26 septembre 1581, fit placer par l'évêque de Ferentino, un

Agnus dans la croix de bronze qui surmonte l'obélisque élevé par ses soins

au milieu de la place de S. Pierre. Le chapitre de la basilique se rendit pro-

cessionnellement au pied de l'obélisque où l'on avait dressé un autel. Clément VIU en mit également dans la croix de la coupole.

parties, la bénédiction de l'Eglise et la vertu qui en est la couséquence. Les îrdigmenis d'Agnus ont donc la même propriété que les Agnus entiers.

Dans l'impossibilité d'avoir un Agnus entier, il est toujours facile de s'en procurer des parcelles, que Ton enferme dans des sachets. Je recommande volontiers les petites boîtes de buis, contenant chacune un fragment, qu'arrangent avec beaucoup de soin les Visitandines de Paray-le-Monial.

1. Quand la nécessité l'exige, on peut sans irrévérence jeter des Agnus dans le feu ou dans l'eau. C'est avec beaucoup de circonspection, par crainte de scandale et de manque de respect, qu'on peut les employer dans les champs oiï dans les étables, pour protéger les récoltes et les animaux.

m. Les Agnus n'opérant pas malgré nous et sans notre participation^ il est essentiel que nous ayons confiance en leur vertu et que, pour y trouver le secours tient nous avons besoin, nous croyions sincèrement à leur efficacité. Les papes n'ont pas cessé d'insister sur cet acte de notre volonté.

n. L'effet attendu pourra bien quelquefois ne pas répondre à nos désirs. Ne nous en prenons pas à V Agnus ^ dont la vertu ne peut être contestée, mais à nous-mêmes, à notre foi débile, douteuse, incertaine et à notre dévotion faible, impuissante, ou encore à une cause que Dieu nous cache à dessein.

7. Sixte Y et Benoit XIV n'hésitent pas à affirmer que les Agnus ont opéré des prodiges d'un ordre surnaturel et qu'ils doivent cette vertu aux prières et aux bénédictions du pontife qui les consacre.

L'histoire ecclésiastique est pleine de faits qui viennent en confirmation de la croyance populaire et de la tradition de l'Eglise. Certains auteurs, comme Théophile Raynaud, Del Rio, Baldassari, etc., se plaisent à les rapporter. Je n'en citerai que quelques-uns et encore fort en abrégé, parce que tel n'est pas ici mon but.

S. Pie V distribue des Agnus aux troupes qui partent pou»* Lépanteet ces troupes sont victorieuses.

Le Tibre avait débordé d'une manière effrayante et ravageait

plusieurs quartiers de Rome. S. Pie V fait jeter dans les eaux un Agnus et le fleuve rentre dans son lit.

En 1568, un Agnus consacré par S. Pie V est jeté dans l'Adige et Vérone est délivrée d'une terrible inondation.

En 1585, un Agnus arrête l'incendie de Messine.

En 1690^ le feu prend à la ville de Yienne. L'empereur Léopold donne un Agnus consacré par Innocent XI : à son contact, les flammes s'éteignent immédiatement.

En 1691, les cardinaux s'étaient réunis en conclave au Quirinal, après la mort d'Alexandre YIII. Le feu prend au palais, dure six heures et brûle cinq chambres. On ne sait comment arrêter ses progrès. Aussitôt qu'un Agnus d'Innocent XI a élé jeté au milieu des flammes, l'incendie cesse et les cardinaux émerveillés, au lieu de fuir comme ils en avaient intention, restent au palais apostolique. On retrouva V Agnus intact, mais la cassette d'argent qui le renfermait avait été fondue par le feu.

8. Paul II, pour remédier au mal toujours croissant de la fabrication clandestine et du commerce que l'on faisait des Agnus, au grand détriment de la rehgion, publia, le 21 mars 1470, une constitution, en forme de bulle, qui réserve au Souverain Pontife le droit de faire, bénir et consacrer les Agnus.

En conséquence, il est défendu aux ecclésiastiques comme aux séculiers, de faire des Agnus et consacrés ou non, de les vendre ou échanger, en public ou en particulier, lors même qu'ils seraient enchâssés dans l'or, l'argent ou des thèques précieuses.

Tous ceux qui possèdent de ces contrefaçons 6!AgnuSy sont tenus, sous les peines canoniques, de les remettre dans l'espace de huit jours entre les mains de l'évêque de Lésina qui indemnisera par une quantité égale de cire ou quelque autre objet équivalent.

Les contrevenants aux prescriptions pontificales encourent Texcommunication et sont punis en outre, s'ils .sont laïques, d'un an de prison et, s'ils sont clercs, de la privation de toui^ leurs bénéfices et offices ecclésiastiques.

Le pape, pour motiver cette sentence sévère, énonce en .passant les nombreuses vertus des Agnus, dont les fidèles so servent avec dévotion pour effacer leurs péchés, s'exciter à lOuer Dieu^ se préserver de l'incendie, du naufrage, de la foudre, de la grêle, des tempêtes, des attaques du démon et enân pour procurer aux femmes enceintes une heureuse délivrance.

La bulle de Paul II, qui fut renouvelée en 1471 par Sixte IV, a été publiée par les éditeurs du BuUaire Romain.

Grégoire XIII^ pour conserver aux Agnus leur blancheur symbolique et traditionnelle, publia une bulle, à la date du 25 mai 1572, dans le but d'arrêter et de prévenir certains abus.

Par cette bulle il est défendu, sous peine d'excommunication ipso facto, de dorer, peindre ou colorier les^^m/5, qui doivent rester tels qu'ils ont été consacrés par les Souverains Pontifes. La vente, stimulée par ces ornements inconvenants, est également prohibée.

^L'exécution de la constitution est confiée aux ordinaires et à leurs vicaires-généraux, spécialement chargés de la publier promptement dans leurs diocèses et de procéder contre les délinquants par des peines canoniques à leur gré, outre Fexcommunication.

Cette bulle a soulevé parmi les théologiens qui l'ont commentée une double difficulté, à savoir, si tout ornement est interdit, et si la vente des Agnus est rigoureusement prohibée.

La bulle semble suffisamment claire sur le premier point. Il est évident que le pape n'a entendu défendre que fornementation qui tendrait à dénaturer le vrai caractère symbolique de la cire et par la superposition de l'or ou de couleurs habilement nuancées, ferait de VAgîius un objet vénal. h'Agnus restant identiquement le même^ tel qu'il est sorti des mains du pontife après la consécration, on peut sans inconvénient, et c'est l'usage général, l'encadrer, l'enchâssnr, H 28

Tentourer d'or, de fleure, etc., comme une relique, une chose sainte à laquelle on témoigne de cette manière sa vénération et son respect.

Le second point n'est pas moins clair, sinon dans le texte même, au moins par les décisions subséquentes et l'usage commun. Vendre un Agnus, en tant qu'objet bénit et consacré, serait une simonie réelle, car ce serait estimer à un prix temporel une faveur purement spirituelle. Tendre l'entourage de VAgnus^ le cadre, la cassette qui le renferme n'est pas une action simoniaque ; cette ornementation accessoire a un prix réel qui peut être apprécié et au même titre se vendent tous les jours des calices, des patènes^ etc. Bien entendu, le prix n'atteiiit que la valeur matérielle ou artistique de l'objet, VAgnus même n'étant compté pour rien dans le marché.

Quelques théologiens pensaient que Grégoire XIII ne prohibait pas la vente des Agnus en général, mais seulement celle des Agmis peints ou dorés et la question se réduisait à ceci : les Agnus étant composés do cire et la cire ayant une valeur matérielle, peut-on, abstraction faite de la bénédiction et delà consécration, vendre cette cire au taux de la cire ordinaire ? Ceux qui pencheraient pour l'affirmative seront bientôt détrompés par les édits des cardinaux-vicaires qui, par ordre des papes, ont interdit ce genre de commerce. Quoique ces édits Be concernent qu« Rome, nous ne croyons pas que l'on puisse avoir une règle de conduite plus sûre hors de Rome et qui réponde mieux aux intentions du Saint Siège. D'ailleurs, les Agnus sont distribués gratuitement par les Souverains Pontifes. Pourquoi ne se transmettraient-ils pas de même ? Puis, tout bien considéré, il entre une si petite quantité de cire dans la coufection de chaque Agnus, que la vente de cet objet pieux produirait un résultat aussi mesquin que ridicule.

La confe(ition des Agnus fut longtemps réservée au palais pontifical sous la surveillance du sous-diacre apostolique et plus tard du sacriste de Sa Sainteté.

Quelques abus décidèrent Clément VIII à retirer ce privilège

aux serviteurs du palais et pour que les choses saintes fusseat traitées saintement, à le concéder aux Feuillants, qui habitaieï^ alors le monastère de Sainte Pudentienne.

Léon XI, satisfait du résultat obtenu, maintint la décisioa de son prédécesseur.

Enfln Paul V, par bref du 28 mars 1608, établit défmitivcment les Feuillants de Sainte Pudentienne et de Saint Bernard, à l'exclusion de tous autres, dans la possession et h$ droit de faire à perpétuité les Agmis nécessaires au Souverain Pontife, sous la responsabilité du général de Fordr© qui peut choisir pour cela parmi ses religieux qui bon M semble.

Les Feuillants ayant cessé d^exister à Rome, le privilège a passé aux religieux Cisterciens de Sainte Croix de Jérusalem, qui, comme eux, suivent la règle de saint Benoît, avec les constitutions propres de saint Bernard ou de Citeaux,

Le Bullaire Romain reproduit le bref de Paul V.

9. Benoît XIV parle, dans un passage de son Traité de la canonisation des saints^ d'un Agnus contenant des reliques dç saint Gaétan : « Allatus est, ut vocant, Agnus Dei in quo beaU Cajetani reliquiae contineri dicebantur. »

J'ignore si des faits analogues se sont renouvelés souvent. Toujours est-il qu'ils n'ont pas dû être fréquents, car aucum auteur, parmi ceux qui ont spécialement traité la question des Agnus, n'y fait allusion. De nos jours, je n'ai point ea connaissance de rien de semblable, au moins pour des reliques de saints dont les noms soient inscrits au martyrologe ou jouissent d'une certaine renommée.

Mais voici ce qui se pratique actuellement et daterait, paraît-il, d'une époque déjà reculée. Parmi les martyrs trouvés dans les catacombes de Rome et exhumés par les soins du Vicariat pour être exposés dans les églises à la vénération publique, il en est quelquefois qui n'ont pas de nom et .!ontlcs ossements sont réduits en poussière.

C'est cette même poussière, vraie relique, qui, pieusemenjfe recueillie, est ensuite mêlée à la cire, à laquelle elle donne un^i

couleur jaunâtre et foncée, pour former ce qu*on appelle en conséquence Pâte de martyrs.

Les Agnus ainsi composés ont donc la double valeur que leur communiquent à la fois les reliques qu'ils renferment et la bénédiction qu'ils reçoivent des mains du Souverain Pontife. Aussi les tient-on en plus grande estime et leur rend-on un culte spécial.

La poussière d'ossements de martyrs leur tenant lieu de consécration, ils ne sont pas plongés comme les autres Agnus dans le bain d'eau bénite.

En même temps que ces Agnus en pâte (\v martyrs sont donnés aux fidèles qui en font pieusement la demande, ^P^ le sous- garde robe du palais apostolique leur remet sur un feuillet imprimé en latin tout ce qu'il importe de savoir et de faire relativement à cette pâte sacrée.

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