D^ORUM
i Roma ex et /mica sacra, p. 96.
98 LÎVIU: SEPTIÈME.
Les dimensions restreintes de l'écriteau forcent souvent à ce dernier parti ; mais, lorsque l'étendue de la composition le permettra, il est d'une archéologie sérieuse et bien entendue de copier le vrai titre que Rome conserve dans la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem et dont il est donné, en souvenir, aux pieux visiteurs, par les Cisterciens de Sainte- Croix*, une reproduction faite par la gravure.
Saint Matthieu décrit en historien le titre de la croix, c'està-dire par à peu près et sans y attacher trop d'importance : « Et imposuerunt super caput ejus causam ipsius scriptam :
me EST JESUS REX JUD/EORUM ^. »
Si saint Matthieu a ajouté les deux mots me est et supprimé le NAZARENUS, saiut Marc, qui écrit plus rapidement et sans s'appesantir sur un détail minime à ses yeux, retranche la moitié de l'inscription et n'en laisse subsister que la fin : « Et erat titulus causas ejus inscriptus ; rex judj^orum. ». (S. Marc, xv, 28.;
Saint Luc tronque l'inscription en ne conservant que le principal motif d'accusation formulé par les Juifs, et, comme saint Matthieu, ajoute un en-tête inutile. Biais son texte est précieux, parce qu'il affirme un fait capital, à savoir que le titre fut gravé dans les trois langues parlées à Jérusalem, le grec, le latin et l'hébreu : « Erat autem et superscriptio scripta super eum litteris graecis et latinis et hebraicis : hic est rex JUD^ORUM )) . (S. Luc, XXIII, 38.)
Seul, l'évangéliste saint Jean, qui avait assisté à la Passion, suivi ses diverses phases et enfin avait pu voir la croix de près, nous donne l'idée du titre tel qu'il est. Son inscription est la vraie, et il pousse même la fidélité matérielle jusqu'à indiquer l'ordre dans lequel les trois langues sont superposées :
* Au bas de cette gravure sur métal, on lit : « Imago triumphalis Tiluli vivi ficae Crucis D. N. lesu Christi qualis hodie Romee, apud Cistercian, intra basilicam S. Crucis in Jérusalem, seu intra capellam Sum Reliquiarum conspicitur. Cujus Tituli veritatem atque inventionem buUa Alex. VI. dat. RomîB, die 29 Julii 1496, plene testatur. Characteres autem infabre tune temporis sculptos, ut vides, vetustas paulatim lœsit, sed hœbraicos magis, »
a S. Matlh., xxvii, 37.
en haut, l'hébreu ; au milieu, le grec ; en bas, le laliiL Les textes des trois autres évangélistes sont vagues et laissent dans l'indécision ; sans se contredire entre eux, au moins ils ne se ressemblent pas, et surtout sont d'une concision qunous renseigne assez peu.
Saint Jean au contraire est précis, détaillé, et les deux versets qu'il consacre au titre sont si rigoureusement exacte qu'on peut, ce qu'on n'eût pas fait pour les autres, les confronter hardiment avec l'original. C'est donc en face du facsimilé qu'il faut lire l'acte d'accusation écrit, sinon de la main^ du moins sous la dictée de Pilate : « Scripsit autem et titulum Pilatus ; et posuit super crucem. Erat autem scriptum : JESUS NAZARENUS REX JUDiEORUM. — Huuc ergo titulum multi Judseorum legerunt : quia prope civitatem erat locus ubi crucifixus est Jésus. Et erat scriptum hebraice, grœce et latine. — Dicebant ergo Pilato pontifices Judeseorum : Noliscribere Rex Judseorum, sed quia ipse dixit : Rex sum Judseorum. — Respondit Pilatus: Quod scripsi, scripsi ». (S. Joann., XIX, 19-22.)
Trouvé sur le Calvaire par sainte Hélène, puis donné à la basilique Sessorienne^ bâtie en l'honneur de la sainte Croix sur l'emplacement de son palais à Rome, le titre demeura plusieurs siècles oublié, méconnu, égaré. Ce ne fut qu'à la fin du xv^ siècle, que des restaurations entreprises pour le rajeunissement de la basilique le firent découvrir dans l'épaisseur d'un mur, altéré par l'humidité et rongé entièrement sur un de ses côtés. La gravure fait voir dans quel état il se trouve actuellement. L'incurie des siècles l'a réduit à une moitié de ce qu'il était ; cependant il en reste encore assez pour juger de l'ensemble, qui a été rétabli par un savant rabbin^ depuis converti au catholicisme, M. Drach. Malheureusement il n'existe qu'une copie de cette restitution et elle est enfermée avec k relique elle-même dans le trésor de Sainte-Croix.
Le titre est une tablette de bois rectangulaire, large et pem haute, gravée de lettres Irrégulières, mal alignées et évidem ment tracées avec une précipitation qu'expliquent assez les
circonstances. Ce n'est donc pas, comme l'ont imaginé lés artistes des trois derniers siècles, une pancarte de parchemin flottant au vent. C'est un panneau qu'il faudra désormais représenter et attacher à la croix par trois clous, puisque saint Cypricn est sur ce point l'organe de la tradition ecclésiastique, consignée, pour passer à la postérité, dans le Corpus juris canonici : « Pontius Pilatus, impulsa mente a Deo, accepit tabulam et titulum scripsit tribus hnguis ; et in capite ligni clavis tribus tabulam cum nomine Régis Judseorum confixit. »
Tout ce que j'ai dit, développé et commenté sur les détails de la onzième station peut se résumer dans le tableau suivant, fidèlement tracé par le père Parvilliers, qui, en quelques mots choisis, trace largement l'iconographie du crucifiement :
« Aussitôt qu'il fut arrivé en haut, on lui fit mettre sa croix à terre sur la place du crucifiement, et tandis qu'une partie des soldats prépare les marteaux, les clous, les cordes et les autres instruments du supplice ; tandis qu'une autre partie perce les trous et attache le titre de la croix et fait la fosse où elle doit être plantée, en voici qui le dépouillent tout nud pour la troisième fois, et, en le dépouillant, renouvellent toutes les playes de sa flagellation. Ce fut un spectacle horrible de voir le corps du Sauveur tout en sang et tout déchiré. Les bourreaux lui disant : « Pauvre homme, il est tems de mettre fin à ta misérable vie ; couche-toi sur ce lit douloureux de la croix >» . Quelques-uns des plus cruels le prennent par les cheveux et par la barbe et l'abattent sur ce dur bois. Voici la manière avec laquelle il fut crucifié : on lui prend la main droite, et en la plaçant sur un trou fait exprès en la croix, on la cloue avec treize grands coups de marteau. Quelle douleur I Une partie si nerveuse, si fournie de muscles et de tendons, de veines et d'artères, être percée avec un gros cloudl Autant de coups de marteau qu'on donnoit sur la main du Sauveur, c'étoit autant de martyres pour sa très-sainte Mère, qui sentoit les contre-coups. Après la main droite cloiiée, on vient à la main gauche ; mais, comme tous les nerfs et tous les
muscles s'étoient retirés et raccourcis, elle ne pouvoit joindre le trou qui lui étoit préparé. Il fallut donc la tirer et la faire arriver à force de bras. Pensez avec quel sentiment de douleur on perça et cloua cette seconde main avec treize grands coups de marteau ; combien de sang répandu de ces deux mains, quand il fut question de venir aux pieds. Or qu'il fallut faire de force et de violence pour les faire descendre jusques aux deux trous qui leur étoient destinez! On les cloua l'un après l'autre, chacun avec dix-huit grands coups de marteau et avec une rivière de sang... 0 sainte Vierge! on pouvoit bien dire alors que votre douleur étoit grande comme la mer ! Voilà donc l'homme de douleur crucifié ; il ne reste plus qu'à élever la croix et à la planter dans la fosse qu'on lui a