‹ Traité pratique de la constructionChapitre 19 sur 234 · QUATORZIÈME STATION. — JÉSUS EST MIS DANS LE SÉPULCRE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME STATION. — JÉSUS EST MIS DANS LE SÉPULCRE

Le titre de cette station, fixé par la Sacrée Congrégation des Indulgences, est aussi explicite que possible et ne donne lieu à aucune équivoque. Le texte évangélique n'est pas moins clair et précis. Nous ne chercherons donc pas aillçurs le type iconographique dont nous avons besoin, car aucun des monuments que nous avons sous les yeux n^offre la rigueur d'interprétation nécessaire.

Tous les artistes sont tombés dans deux fautes qu'il importe de signaler, afin qu'on les évite à l'avenir. Les « Mises au tombeau » ne sont pas rares au moyen-âge ; aux xv° et xvf siècles surtout, elles abondent.

Aussi haut que nous pouvons remonter dans Thistoire artistique de l'Italie, nous trouvons cette dernière scène de la Passion peinte à fresque, dans l'église de Saint-Françoisd'Assise, par CimabuéS et à Sainte-Croix de Florence par Giotto^ Le xni" siècle s'éteint et le xiv° projette déjà sur le monde ses vives clartés.

Au xiii* siècle, fidée dominante, c'est l'onction du corps de Jésus, avant qu'il soit confié à la terre. L'ivoire du Louvre «!l un vitrail de Bourges^ no disent pas autre chose. Même la l)(3llo Yierge ouvrante va jusqu'à reproduire la table de Vniw.iion, que l'artiste eût creusée, ne fut-ce que légèrement,

1 SeroLix d'Agincoin t, 1. \', pi. ex. * Ibidem, t. VI, pi. cxi-.

'i Vitraux de Bo:

s'il eut voulu en faire un sépulcre. J'y vois de plus une infraction au texte de saint Jean, qui ne mentionne que Joseph d'Arimathie et Nicodème^ comme ayant rendu les derniers devoirs à leur divin Maître. Pas un apôtre n'est présent à la cérémonie funèbre. Quel est le troisième personnage qui, âgé comme les deux autres, leur prête assistance? A son bonnet juif, je reconnais le timide Nicodème, qui avait acheté un mélange de myrrhe et d'aloès pour embaumer le Christ. Mais la châsse des grandes reliques à Aix-la-Chapelle représente les trois mêmes personnages barbus, occupés, celui du milieu, à répandre les parfums, et les autres à envelopper la tête et les pieds.

La présence de ce troisième disciple avait déjà fait supposer au R. P. Martin une tradition populaire, mais il n'appuie d'aucun document écrit cette hypothèse et, comme lui, je dois me borner ici à constater un fait iconographique dont il a parlé en ces termes : « Nous venons de voir trois bergers et trois rois autour de la crèche, et nous retrouvons trois disciples autour du tombeau. Pourquoi trois, quand l'Évangile n'en cite que deux : Joseph d'Arimathie, qui s'est procuré le linceul et donne le sépulcre vierge ; et Nicodème, qui vient d'apporter le mélange de myrrhe et d'aloès? Ici, encore, l'artiste chrétien a voulu ajouter au fait évangélique le charme des traditions populaires. A défaut des traditions n'eût-il pas trouvé dans son cœur que le disciple demeuré, seul d'entre les douze, au pied de la croix, était, jusque dans le sépulcre, le modèle de l'amitié constante * ? »

Cette dernière phrase laisserait entendre que saint Jean pourrait bien avoir été présent à la pensée de l'artiste, lorsqu'il taillait dans l'ivoire ou ciselait dans le métal la sépulture du Sauveur. Mais rien n'autorise à voir, dans Tune ou l'autre des deux figures âgées qui occupent les extrémités du tableau, l'apôtre bien-aimô que le moyen-âge a toujours distingué par un air de jeunesse.

1 Mélanges d' archéologie ^ t. I, p. 25.

Pour bien établir que la pierre de l'onction fut distincte de la pierre du sépulcre, j'emprunterai|àrillustre de Châteaubriand le texte d'un voyageur du xvii° siècle, qui décrit l'une et l'autre fort exactement :

« En entrant dans l'église^ on rencontre la pierre de l'onction, sur laquelle le corps de Notre-Seigneur fut oint de myrrhe et d'aloès, avant que d'être mis dans le sépulcre. Quelques-uns disent qu'elle est du même rocher du Mont- Calvaire, et les autres tiennent qu'elle fut apportée dans ce lieu par Joseph et Nicodcme, disciples secrets de Jésus-Christ, qui lui rendirent ce pieux office, et qu'elle tire sur le vert. Quoi qu'il en soit, à cause de l'indiscrétion de quelques pèlerins qui la rompaient, l'on a été contraint de la couvrir de marbre blanc et de l'entourer d'un petit balustre de fer, de peur que l'on ne marche dessus. Elle a huit pieds moins trois pouces de long, et deux pieds moins un pouce de large, et au-dessus il y a huit lampes qui brûlent continuellement.

« Le Saint-Sépulcre est à trente pas de cette pierre, justement au milieu du grand dôme dont j'ai parlé. C'est comme un petit cabinet qui a été creusé et pratiqué dans une roche vive, à la pointe du ciseau. La porte qui regarde l'orient n'a que quatre pieds de haut et deux et un quart de large ; de sorte qu'il se faut grandement baisser pour y entrer. Le dodans du sépulcre est presque carré. Il a six pieds moins un pouce de long^, et six pieds moins deux pouces de largo ; et depuis le bas jusqu'à la voûte huit pieds un pouce. Il y a une table solide de la même pierre qui fut laissée en creusant le reste. Elle a deux pieds quatre pouces et demi de haut, et contient la moitié du sépulcre : car elle a six pieds moins un pouce de long, et deux pieds deux tiers et demi do large. Ce fut sur cette table que le corps de INotre-Seigneur fut mis, ayant la tête vers l'occident et les pieds à l'orient'. »

Le parement d'autel du Louvre manque, lui aussi, d'exactitude surplus d'un point.

« De Chateaubriand Iténéraire de Paris à Jérv^alem^ kfi partie#

Jésus y est couché sur un linceul que soutiennent les deux disciples fidèles. Joseph d'Arimathie et Nicodème portent à la tête le nimbe de la sainteté, à bon droit, puisque l'Église les vénère et les a placés sur ses autels. Puis, à Marie qui embrasse son Fils au visage, font cortège saint Jean et deux saintes femmes, dont une tient, trop prématurément, un vase à parfums, puisque ce n'est qu'au matin de la Résurrection que les myrrophores viennent au tombeau avec des aromates, à moins que dans Fintention du peintre narbonnais, par ce vase, il n'ait voulu désigner Madeleine dont il est l'emblème ordinaire.

Quoi qu'il en soit, nous blâmons ce corps nu, qui se reproduit aussi à Nuremberg et, en général, à tous les sépulcres, parmi lesquels je citerai ceux de Saint-Remy de Reims, de Chaumont, de Moutiers, deMoulinset de Notre-Dame de Poitiers.

On comprend, jusqu'à un certain point, que la Renaissance, passionnée pour le nu et les reproductions anatomlques, ait aimé à figurer des cadavres. Pour elle, c'était plutôt une étude d'art qu'une œuvre de piété. Aussi, au lieu de ces personnages vivants qui sommeillaient ou priaient sur les tombes, elle a préféré coucher le corps inanimé du défunt, roidi par la mort, amaigri, les os saillants, les chairs affaissées, parfois déjà entamées par les vers, ou même le squelette dans son effrayante réalité.

Ces tombeaux repoussants, on peut les voir à Rouen, à Gisors, à Saint-Denis, à Notre-Dame de Paris, à Oyron \ Qu'il y ait de l'art dans ces tours de force de la sculpture qui copie la nature, je l'accorde, mais l'art chrétien n'est certes pas là, car il s'inspire à des sources plus élevées, le respect et la convenance.

Rien n'est plus bizarre que la dévotion quand elle est arrivée à son paroxysme, parce que, émoussée par des pratiques incessantes, il lui faut, pour l'entretenir et la stimuler, des spectacles extraordinaires, des vIbIous anoraiales. Si l'art hu-

» Bulletin des comités historiques, 1844, p. 67

main, paganisé, a pu faire accepter les Christs morts et ensevelis, il faut bien avouer que la piété peu réfléchie de certaines personnes exagérées a pu faire la fortune de semblables images.

Dans la crypte sombre de l'église Saint-Leu à Paris, sous l'autel, gît un Christ fort laid ; j'y ai vu prier dévotement. A Saint-Laurent-sur-Sèvre, dans la chapelle des Vierges, également sous l'autel où l'on célèbre la messe, est étendu un corps livide, ensanglanté : c'est hideux. Néanmoins, on y accourt en foule. Quel spectacle pour des jeunes filles élevées à l'ombre du cloître I

0 vous qui vous repaissez les yeux et Tintèlligence de ces images immondes et de ces méditations intempestives, allez plutôt à la Morgue ! Vous y verrez une nature plus vraie, plus réelle. Mais n'imposez pas à nos églises ces représentations faites pour en éloigner quiconque conserve en soi un sentiment de pudeur et de respect.

D'ailleurs, cette nudité révoltante est contraire au texte sacré et je vais le démontrer rapidement, en faisant concorder le récit des quatre évangélistes.

Joseph d'Arimathie demanda à Pilate le corps de Jésus et l'obtint. Aussitôt qu'il eut reçu ce dépôt sacré, il le parfuma d'aromates, l'enlaça de bandelettes et l'enveloppa dans, un linceul, selon la coutume des Juifs. Le pusillanime Nicodème l'aida, au témoignage de saint Jean, à rendre au Maître, qu'il n'avait osé reconnaître pendant sa vie, les derniers devoirs d'un filial dévouement. J'insiste sur les textes, parce que de leur étude réfléchie ressort l'enseignement iconographique que nous cherchons :

** Quum autem sero factum es set, venit quidam homo dives ab Arimathaea, nomine Joseph, qui et ipse discipulus erat Jesu. — Hic accessit ad Pilatum et petiit corpus Jesu. Tune Pilatus jussit reddi corpus. — Et accepte corpore, Joseph involvit illud in sindone munda. » (S. Matth., xxvii, 57-59.)

(( Venit Joseph ab Arimathaea nobilis decurio, qui ipse erat expectans regnnm Del et audacter introivit ad Pilatum et

peliit corpus Jesu... donavit (Piiatus) corpus Jesu. — Joseph autem mercatus sindonem et deponens eum involvit sindone. » (S. Marc, xv, 43-46.)

« Et ecce vir nomine Joseph, qui erat decurio, vir bonus etjustus... ab Arimathaea civitate Judese... Hic accessit ad Pilatum et petiit corpus Jesu. — Et depositum involvit sindone. )> (S. Luc, XXIII, 50-53.)

« Rogavit Pilatum Joseph ab Arimathœa... ut tolleret corpus Jesu. Et permisit Piiatus. Venit ergo et tulit corpus Jesu. — Venit autem et Nicodemus, qui venerat ad Jesum nocte primum, ferons mixturam myrrhse et aloes, quasi libras centum. — Acceperunt ergo corpus Jesu, et ligaverunt illud linteis cum aromatibus, sicut mos est Judseis sepelire. » (S. Joann., xix, 38-40.)

Joseph, surnommé d'Arimathie à cause de la ville de Judée qu'il habite, est un homme riche et en même temps un décurion. Ses vêtements doivent donc indiquer^ soit par leur forme spéciale, soit par les ornements qui les couvrent, la fortune dont il jouit et la haute position qu^il occupe. De plus, son caractère personnel qui n'admet pas la crainte, se reflète sur sa figure, heureuse de son audace et du succès obtenu : « Audacter introivit ad Pilatum et petiit. » (S. Marc, 43. xv.)

Nicodème, lui aussi, est grand seigneur, puisqu'il est prince parmi les Juifs : « Erat autem homo ex Pharisœis Nicodemus nomine, princeps Judaeorum. )) (S. Joann., m, 1). Il porte des vêtements somptueux et a tous ces dehors attrayants que le Sauveur signale chez les Pharisiens, secte tate et orgueilleuse à laquelle il appartient (S. Matth., xxiii). Mais il a de plus, pour le caractériser, sur ses traits, cet air de timidité et d'embarras qui ne lui permet pas d'agir au grand jour, et à ses pieds, le vase plein de parfums qui a servi à embaumer le Sauveur.

Tous les deux ont déjà achevé les préliminaires de la sépulture, accomplie selon le rite judaïque et suivant les détails fournis par les évangélistes, qui parlent de bandelettes

et d*un suaire. Les bandelettes liaient le corps, et tel est Lazare sur les sarcophages des catacombes ; un voile couvrait la tête et un grand linceul enveloppait le corps entier. Turin conserve ce suaire, à titre de relique, et les copies n'en sont pas rares : on y voit la trace du squelette de Jésus ^^uré dans ses contours osseux.

Après la Résurrection, il est encore question des linges du sépulcre, et saint Jean en parle en ces termes, après saint Luc : « Petrus autem surgens, cucurrit ad monumentum et procumbens vidit linteamina sola posita. » (S. Luc, xxiv, 12.) — « Et quum se inclinasset (S. Joannes), vidit posita linteamina Venit ergo Simon Petrus et vidit linteamina posita, et sudarium quod fuerat super caput ejus, non cum linteaminibus positum, sed separatim involutum in unum locum. » (S. Joan, xx, 5-7.J

C'est seulement après avoir été drapé dans son linceul que Jésus est déposé dans le sépulcre. L'Écriture sainte le dit expressément : agir en contradiction avec cette donnée historique serait tout à fait condamnable. Un Christ ne peut donc, en cette circonstance, être représenté nu, ou couvert seulement aux reins. Ni la figure ni le corps ne doivent paraître et, malgré cette exigence historique qui contrarie nos habitudes, il ne s'ensuit pas un tableau disgracieux. Qu'il me suffise de citer, à la fois en témoignage et comme modèle, la magnifique sculpture de TenseveUssement du diacre saint Etienne, qui orne le tympan de la porte des martyrs, à la métropole de Paris '•. Jamais l'art inimitable du xui^ siècle n'a été ni plus vrai, ni plus chaste. Il donne J'idée de la mort, niais en lui ôtant ce qu'elle a de hideux ; il exprime les funérailles avec une touchante simplicité, sans que le spectateur puisse trouver quelque chose de repoussant dans cet acte solennel.

Ainsi lié de ses bandelettes, parfumé d'aromates et roulé

^ Annales Archéologiques, 1863«

dans son suaire, Jésus est déposé dans le sépulcre par Joseph d'Arimathie et Nicodème, qui le tiennent l'un à la tête, l'autre aux pieds.

Le moyen- âge a fait du sépulcre un sarcophage posé sur lé sol et, quoic[ue ce soit contraire à la vérité historique, il faudra, en bien des cas, recourir à cet expédient, imposé par l'habitude et la convention. Pour être dans le vrai, il serait nécessaire, comme firent les artistes des premiers siècles, de placer le Christ debout dans le monument funèbre, ainsi qu'une momie encadrée dans sa niche. Lazare n'a pas été traité autrement par cet art chrétien primitif qui s'étend du II* au V* siècle.

Ce monument, en effet, est une grotte taillée dans le roc, fermée par une pierre et où Ton peut entrer, car elle est assez spacieuse pour contenir plusieurs corps juxtaposés. Écoutons ce que nous en apprennent les évangélistes :

« Et posuit illud in monumento suo novo, quod exciderat in petra. Et advolvit saxum magnum ad ostiummonumenti.» (S. Matth., XXVII, 60.)

« Et posuit eum in monumento quod erat excisum de petra, et advolvit lapidem ad ostium monumenti. » fS. Marc, XV, 46.)

« Et posuit eum in monumento exciso, in quo nondum quisquam positus fuerat. » (S. Luc.,xxiii, o3.)

« Erat autem in loco ubi cruciûxus est, hortus ; et in horto monumentum novum, in quo nondum quisquam positus erdt. » (S. Joan., xxiii, 53.)

Le verset de saint Jean est plus développé, malgré sa concision, que les textes précédents, car il nous révèle deux faits qu'il importe à l'artiste de connaître pour donner à la dernière station la couleur locale qui lui convient. En effet, l'évangéliste détermine la position du sépulcre, lorsqu'il le place sur le Calvaire, au lieu même de la crucifixion ; de plus, il ajoute que cette partie de la sainte colline était plantée d'arbres et de fleurs, de manière à lui donner Taspecl d'uu jardin cultivé et d'une propriété réservée. Aussi, lors

de sa première apparition à Madeleine, dont les yeux n'étaient pas encore ouverts, Jésus-Christ est-il pris pour un jardinier et c'est à lui que, confiante et empressée, elle s'adresse pour savoir ce qu'est devenu le corps de son Sauveur. « nia existimans quia hortulanus esset, dicit ei... » (S. Joann., XX, 15.)

Alors que les apôtres avaient fui, que deux disciples étaient restés, qui assistait encore au funèbre convoi? Quelques saintes femmes, dont deux du nom de Marie, tristes, assises près du tombeau et suivant du regard l'ensevelissement de celui qu'elles aimaient : « Erat autem ibi Maria Magdalene et altéra Maria, sedentes contra sepulchrum. » (S. Matth., xxvn, 61.) — « Maria autem Magdalene et Maria Joseph adspiciebant ubi poneretur. » (S. Marc, xv, 47.) — « Subsecutse autem mulieres quse cum eo vénérant de Galilaea, viderunt monumentum, et quemadmodum positum erat corpus ejus.» (S. Luc, XXIII, 55.)

L'ivoire du Louvre complétant, par un symbole, l'iconographie de la sépulture du Sauveur, place, au dessous de la pierre de Tonction, un jeune lion que le souffle de son père rappelle à la vie. C'est, il est vrai, une légende fondée sur une étude inexacte de la nature, mais que je ne puis omettre, parce qu'elle a longtemps été en vogue et qu'on Va directement appUquée à la mort et à la résurrection du Sauveur.

Voici en quels termes le Physiologus raconte le fait et en tire une déduction morale :

« Quum leaena peperit catulum, générât eum mortuum, et custodit eum tribus diebiis, donec veniens pater ejus die tertia insufflât in faciem ejus et vivificat eum. Sic omnipotens Pater Dominum nostrum Jesum Christum fllium suum tertia die suscitavit a mortuis, dicente Jacob : Dormivit tanquam leo et sicut catulus leonis ; quis suscitavit eum '? »

Et le lionceau qui dormait s'est réveillé ; le lion de Juda s'est levé, il a triomphé de la mort, et, pour mieux assurer

* Mélanges d' archéologie , t. II, p. 111,

sa victoire, il l'a renversée et «mordue » * comme sa proio. Aussi la liturgie imagée du moyen-âge a-t-elle^ dans une des antiennes de roffico de Pâques, entonné un joyeux Alléluia pour le Christ Fils de Dieu, qui, semblable au liouj a déployé sa force au jour de sa résurrection : « Alléluia. Resurrexit Dominus hodie. Resurrexit Léo fortis, Christus filius Dei. »

Si le cierge pascal, dans nos églises, a pour but de représenter la vie de Jésus sur la terre jusqu''à son ascension au ciel, rÉglise romaine entre plus avant encore au cœur de cette pensée symbolique, en donnant pour support à ce cierge le lion qu'ont présagé les livres saints, et cela^ aux plus hautes époques de l'art, alors que la main de Tartiste, savante et inspirée, sculptait et émaillait de ses plus fines mosaïques les candélabres de marbre blanc qui figurent parmi les meubles les plus gracieux des basiliques de Saint-Paul-hors-les-murs, de Saint-Clément, de Sainte-Marie-in-Cosmedin, des Saints- Côme-et-Damien, etc.

Au moyen-âge, la liturgie voit ses paroles traduites par les monuments imagés, et le peuple retient plus facilement les textes qu'il récite à Téglise et saisit mieux l'à-propos des allégories qu'il a sans cesse sous les yeux. L'art embellit la matière, la science vivifie l'esprit, et tout, jusqu'au moindre détail, devient une aspiration pieuse, un cantique de joie et une salutation d'amour.

Un chemin de croix, traité avec cette élévation de pensées, cet enthousiasme du vrai et du beau^ sera nécessairement un chef-d'œuvre, et, par lui, l'on aimera à suivre la voie de la douloureuse Passion de Notre Seigneur Jésus Christ.

1 (( 0 mors, ero mors tua : morsus tuus ero, inferne. » {Office du Samcr,. Saint.)

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