IN SILENTIO ET IN «PE ERIT FORTITVDO VESTRA. ISAI
5. Les principales parties d'un couvent sont : la porterie, le réfectoire, le coretto, la salle capitulaire, les corridors, les cellules et le cloître.
A la porterie^ est un tableau de la Vierge devant lequel brûle constamment une lampe. Des bancs de bois, avec Técu de Tordre au dossier^ font patienter les visiteurs, ainsi que quelques livres de dévotion suspendus à des chaînes.
Le réfectoire a une chaire de bois pour le lecteur, accrochée à la muraille.
Le chœur supérieur ouvre sur le sanctuaire ; il est clos par des grilles et sert à la récitation de roffice quotidien. Il reproduit en petit le chœur d'en bas.
La salle capitulaire, surtout dans une abbaye, contiendra les portraits des abbés et généraux d'ordre.
A Rome, les corridors sont garnis de gravures représentant la vie des fondateurs ou des principaux saints de l'ordre;
en sorte qu'en les parcourant, on s'édifie, s'instruit et se récrée tout ensemble.
Les cellules sont modestes, et pour qui a fait vœu de pauvreté, tout objet de luxe serait déplacé. Chacune porte un nom de saint.
6. Le cloître entoure en carré un préau intérieur. Ses colonnettes, exhaussées sur un soubassement, se complètent par une frise ornée. A saint Paul hors les murs^ les bénédictins ont exprimé en mosaïque et en vers les principaux devoirs du moine, fait pour l'étude et la prière :
(( Agmina sacra régit locus hic quem splendor honorât. Hic studet atque legit monachorum cœtus et orat. Claustrales claudens claustrum de claudo vocal ur, Quo Christo gaudens fratrum pia turma servatur. Hic nitet interius monachalis régula turbae. Claustri per girum decus muro stat decoratum ; Materiam nimium praecellit materiatum.»
La belle abbaye bénédictine d'Asnières (Maine et Loirej n'offre plus, hélas ! que l'aspect d'une ruine désolée. Le xvu° siècle a gravé dans le cloître, autour d'un cœur entouré de palmes, cette jaculatoire pieuse : « Que le nom de Jésus soit toujours dans mon cœur ! »
NOMEN lESV SIT SEMPER IN CORDE MEO
7, Rome est,par excellence,la ville monastique. J'y ai compté, avant l'invasion^ jusqu'à cent cinquante-huit maisons religieuses d'hommes et de femmes. Beaucoup de voyageurs irréfléchis la nommaient la ville des mendiants. Ils avaient tort, car ils n'ont pas compris toute la portée de cette expression dédaigneuse. Les sous, péniblement ramassés, jour par jour, par les frères quêteurs, non-seulement subvenaient aux né-
cessités de la vie commune, mais encore formaient, de leur surplus, un pécule qui enrichissait Dieu et les pauvres.
Yoilà le secret de cette éblouissante richesse qui surprend dans la plupart des églises conventuelles ; richesse qui s'étale au dehors, tandis que la pauvreté reste à l'intérieur; luxe qui n'atteint ni la cellule ni l'individu, mais se limite à de certains lieux plus spécialement consacrés à la prière ou aux dépendaii ces immédiates de l'église. Ainsi passez les cloîtres et vous ne trouverez que des murs blanchis à la chaux, une habitation modeste, une règle partout austère et des usages d'une remarquable simplicité.
Le cloître tient à l'église, dont il longe d'ordinaire un des côtés, le flanc méridional, parce que, suivant le symbolisme chrétien, la chaleur et la lumière qui s'y concentrent parlent au cœur des ardeurs de la grâce et du feu de l'amour divin :
Si guis amat claustrum, credo quod diligit aiistrum.
Complet, le cloître se développe autour d'un préau, au milieu duquel jaillit une fontaine ou s'élève un puits monumental \ Ouvert sur chaque face intérieure, il est orné de colonnes de marbre, qui supportent les cintres des arcades. Isolé ou confondu avec le reste de l'habitation, il a ses voûtes d'arête en briques proportionnées pour la hauteur à ses autres dimensions. L'air et la lumière y circulent abondamment. Rien ne plaît et n'attache, sous le beau ciel bleu de Rome, comme un cloître élégamment disposé. Celui que construisit Michel- Ange pour les chartreux de Sainte-Marie des anges est réputé le plus beau en raison de ses vastes proportions et de son architecture à la fois simple et sévère.
Le cloître est une galerie de passage, sur laquelle ouvrent
* Dans l'intérieur du cloître des Frari à Venise, la fontaine franciscaine du îviio siècle est dédiée à Dieu, un et triple dans son essence et source de tout bien :
DIO Ylfl ET TRINO BONORVM OMMVM FONTI
LES DÈPENDA^fCES. 193
tous les débouchés de la communauté. 11 relie ensemble Téglise et le monastère^ les bâtiments communs et ceux réservés aux religieux. On le traverse désœuvré, les yeux inoccupés, l'esprit pensif ou distrait. Pour fixer les regards, prédisposer à la méditation, exciter à des sentiments pieux, n'était-il pas naturel d*y rappeler par la peinture les vertus du fondateur de l'ordre ou les traits de la vie d'un patron^ d^un saint populaire parmi les religieux? Cette bonne pensée, mise à exécution, a été plus d'une fois traduite par des chefsd'œuvre de décoration. L'art aida la religion dans les fresques claustrales des dominicains, à Sainte-Marie-sur-Minerve et à Saint-Sixte-le-vieux ; des franciscains, à Saint-François a ripa, Sainte -Marie in Ara-cœli et Saint-Pierre in Montorio; des minimes, à Saint-André délie fratte; des hiéronymites, à Saint-Onuphre ; des augustins déchaussés, à Jésus et Marie et des camaldules, à Saint-Grégoire- sur- le-Cœlius.
Quelque parlant que soit un fait par la manière expressive dont il est rendu, il est encore utile de l'élucider par des inscriptions qui en précisent davantage la signification. Rome ne manque jamais à ce soin, dont elle s'acquitte avec autant de facilité que de grâce. Mais, dans le monastère, tous les religieux ne savent pas la langue latine. Aussi, par condescendance pour les frères lais, la traduction accompagne-t-elle souvent le texte latin.
^«s cloîtres de Rome sont donc de vrais livres à miniatures, où chaque page a sa vignette et chaque vignette son interprétation. Et de même qu'on ne se lasse pas de feuilleter les bibles historiales du moyen-âge, de même l'esprit trouve toujours de nouveaux charmes à l'étude et à la contemplation de cette suave peinture monastique.
Un des plus doux moments est certainement de rêver, sous I ôs voûtes de ces cloîtres, le soir, alors que les fresques deijoi-éclairées par les teintes pâlissantes du soleil couchant s'imprègnent d'une vague poésie et qu'on est seul, dans cette solitude calme et silencieuse, plein de la pensée qui a guidé 1© II 13
pinceau et jouissant tout ensemble des délices de la légende et des puissants effets de Tart chrétien.
A Rome, où la nature est si belle, si chaudement colorée, les murs ne peuvent rester froids et inanimés. Il leur faut les nuances variées du marbre ou de la fresque pour assortir le monument avec le paysage. Dans les églises, il y a de l'un et de l'autre à profusion ; dans les cloîtres, un peu de chacun avec cette sobriété qui caractérise le bon goût.
Art, poésie, sentiment religieux, telle est la triple manifestation du cloître peint.
Entre tous je signalerai celui de Saint-Onuphre au Janicule, que le talent si connu et les noms si estimés du chevalier d'Arpin et de Sébastien Strada recommandent amplement. Ces fresques remontent au jubilé de Tan 1600. Orlejubilé est l'époque du pardon, partant de Taumône. C*est avec les dons reçus que le travail s'est exécuté.
8. La Congrégation des Rites dispense de profaner les maisons habitées temporairement par des carmélites et d*y planter une croix ^ La croix est donc nécessaire, lorsque le couvent a complètement perdu sa destination religieuse.
9. En 1870, une discussion a eulieu au sein de la congrégation des Évoques et RéguHers au sujet de celte question : L'acquéreur d'une maison religieuse a-t-il aussi quelque droit sur réghse qui y est annexée ? Voici les conclusions qui ont été prises, après une étude attentive de la question considérée sous toutes ses faces : l** Les lieux saints destinés au culte public sont placés en dehors de tout commerce. 2° La vente d'un édifice religieux, auquel est annexée une église affectée
« * TOLETANA. — Alvarus Pères ée Las Qaentas,laicus Toletanas,dedit supplicationem in Dataria Sanctiasimi, quae remissa fuit ad Sacram Rituum Con • gregationem, in qua petebat licentiam profanandi domos suas, in quibu3 ad cerlum tempus, id est donec minasterium sibi construxeruot in civitate Toletaoa, habitaverunt moniales carmelitanae discalceatae nuncupatœ, nec posse cogi ad poneudam cruccm in loco ubi moniales prsedictse diviua ofticia cantaveruut, et missas celebrari fecerunt, cum dicta loca non fuerint consecrata etc.,prout in dicta supplicatione ; sub qua ita rescriptuni fuit : Veris existentibus narratis, G. Sacr, Rit. ceneuit gratiam pelitam posse concedi. 27 dec. 1608.11
au culte public, n'entraîne pas la vente de cette église. 3" II Q'est pas juste de dire que la structure matérielle de Téglise est appréciable à prix d'argent, et qu'ainsi, sous ce rapport, elle peut devenir un objet de commerce. Un édifice qui a été consacré à Dieu par l'autorité de l'Eglise ne saurait tomber dans le commerce, à moins qu'il n^ait été converti ea édifice profane par cette même autorité. 4° Le droit de patronat, qui est un droit réel, c'est-à-dire attaché à la chose, ne découle pas de la vente dont nous avons parlé plus haut. 5° Les patrons des églises eux-mêmes n'ont pas le droit de communiquer avec ces églises par des portes intérieures, s'ils ne se sont pas réservé ce privilège à l'origine de la fondation, ou s'ils ne l'ont pas obtenu par une faveur apostolique. 6"* Les patrons ne peuvent pas s'ingérer dans l'administration des choses ecclésiastiques. 7" Enfin les violateurs obstinés de cette immunité ecclésiastique tombent sous le coup des censures.