PAR PONCE-PILATE
Pour être complet et surtout arriver à une solution pratique, trois questions me restent encore à traiter, à savoir : quelles représentations il faut éliminer, quels modèles il importe de consulter, et enfin quel type iconographique il convient d'adopter.
La condamnation à mort de Jésus-Christ se complique de trois phases distinctes : l'arrêt prononcé^ le lavement des mains, et la mise à exécution de la sentence.
Rome n'autorise que la première : les deux autres, séparées ou unies dans le même tableau^ sont fort répandues en France et en Allemagne, sans pour cela qu'il soit loisible de s*y arrêter et d'en faire choix de préférence à celle qui a été spécialement désignée.
Or, voici d'où provient l'erreur. Nos chemins de croix en général ont été calqués, autant que possible, sur l'Évangile qui se tait sur l'acte même de la condamnation, pour parler exclusivement de ses conséquences. Rome, au contraire, laisse ici l'Évangile de côté et ne s'appuie que sur la tradition.
Que Pilate se lave les mains pour chercher à s'innocenter et dégager sa responsabilité personnelle ; qu'un serviteur vienne à lui avec l'aiguière et le, bassin, ce qui implique quelque chose de moins que dans la scène précédente ; tout cela,
1 De Chateaubriant, Itinéraire de Paris à Jérusalem, i^ part.
quelque autorisé qu'il semble être par la coutume locale ou un long usage, tout ce corollaire n'est pas le fait lui-même tel que nous Je désirons. C'est-à-dire que, sur trois circonstances successives qui composent historiquement un seul et même fait, nous partageons pour choisir la première selon Tordre chronologique et rejeter sévèrement, impitoyablement les deux autres.
L'allemand Fuerich, dans son premier tableau, peint à la cathédrale de Vienne (Autriche), a eu le tort grave d'annihiler sa composition, remarquable d'ailleurs au point de vue artistique, par la mise en scène de Pilate se lavant les mains et de Jésus emmené par les soldats. Pour me servir d'une expression purement grammaticale qui fait mieux ressortir ma pensée, le peintre a interverti la question de temps, en employant le passé au lieu du présent. Il a représenté Jésus condamné et non pas subissant la condamnation, Pilate se disculpant et non ^di^ portant sa sentetice.
Cette distinction est une nuance, je le sais ; mais je suis d'autant plus hardi à la soutenir, que la sacrée Congrégation des Indulgences Ta consacrée par un décret officiel et obligatoire.
Les monuments, qui sont pour la plupart Técho des saints livres, nous offrent peu de ressources pour l'élucidation de la première station de la voie douloureuse. Pilate les occupe beaucoup et, de nos jours, on paraît encore trop se complaire à ce singulier personnage. Cette observation est si juste et si bien fondée que, des trois gravures destinées à illustrer cette station, dans les Annales deDidron,deux sont fautives et une seule a pour nous une certaine valeur archéologique. Sur le sarcophage de Latran, Pilate va se laver les mains ; sur Tivoire de Milan, il se leslave ; seul l'ivoire du Louvre s'attache à figurer la condamnation. Ce que l'antiquité et le moyen-âge naissant laissaient à désirer,le xni® siècle nous le donne en spécimen que nous nous empressons d'accueillir. Donc ici, pour ne pas multiplier les exemples qui augmenteraient encore peut-être un chiffre coublalaul liup notre pénurie, la proporliou est déjà d'un à
ârois. Deux de ces gravures diront à l'artiste ce qu'il aura soin d'éviter, comme la troisième lui apprendra ce qu'il est indispensable de consulter.
La confusion existe dans l'iconographie grecque, comme elle est sensible dans l'iconographie latine. Je n'en veux d'autre preuve que le texte suivant que j'emprunte au Manuel d'iconographie chrétienne de M. Didron, Guide de la Peinture^ p. 193. C'est même pis encore que chez nous ; car nous n'avons pas, que je sache^ interverti l'ordre de deux scènes qui ne peuvent même pas être simultanées, quoiqu'au xvi* siècle un peintre verrier de la cathédrale de Châlons-sur-Marne les ait confondues dans un tableau dont la légende est celle-ci :