LA CROSSE
ï. Le mot français crosse est la traduction littérale de ces deux expressions de la basse latinité crocia et crossa, qui signifient bâton d'appui, béquille, potence. Dans le langage liturgique on dit, avec raison et d'une manière plus expressive, baculus pastoralis et en italien, par abréviation, pastorale. C'est, en eiïet, la houlette ou bâto7i des pasteurs des âmes et l'insigne symbolique de leur juridiction spirituelle.
2. La crosse se compose de deux parties : la hampe et la volute. La hampe, qui sert de support, est divisée également par des nœuds et terminée en pointe à sa partie inférieure. La volute, qui s'arrondit en forme d'ornement, a, à sa base, un îiœud saillant et une douille, dans laquelle s'enfonce la hampe.
Les armoiries se gravent au sommet de la hampe.
3. La crosse se démonte par morceaux et se dépose, quand on n'en fait pas usage, dans une boîte longue, marquée sur lo couvercle aux armes du dignitaire. Pour les fonctions, on Tappuie contre le mur, à la crédence.
4. La crosse appartient de plein droit aux cardinaux de l'ordre des évoques et des prêtres et aux évêques ; par concession pontificale, aux abbés commendataires et aux abbés réguliers. Elle est interdite aux abbesses * et aux protonotaires apostoliques ^
* « SYPONTINA. — Moniales S. Claree et S. Benedicti civitatis Sypontinae declarari petierunt : Au earum abbatissis iiceat in cboro adhibere baculum episcopalem, eumdemque Iiceat, cum exponantur abbatissarum earumdeia cudavera, earum muniba^ aptari, vel prope apponi? — Et S. R. G. jussit Admoueatiir episcopus, ut hujusmodi abusum dirimat. » Die 29 Jan. 1656.
2 « Non baculo pasLorali ulautur. » {Const. Apost. Sedis de Pie IX.)
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5. Les cardinaux, s'ils n'ont pas demandé au pr-pe la faculté de tester, lèguent en mourant leur crosse an tréoor de la chapelle Sixtine et les évêques à celui de leur égli.e cathédrale.
6. La crosse, par sa volute recourbée, symbolise une juridiction qui a des limites. Aussi le pape, quoiqu'évèque de Rome, ne la porte pas, parce que sa juridiction s'étend à ]--. catholicité tout entière. Les cardinaux-prêtres ne peuvent,, à Rome, s'en servir que dans leur titre et les évêques, dans leur propre diocèse et ailleurs, seulement avec la permission de l'Ordinaire ou s'ils font une consécration, une ordination ou une bénédiction personnelle*. Les abbés n'ont pas le droit de la prendre, même avec l'assentiment de l'Ordinaire, en dehors de leur monastère ou de leur territoire et, pour exprimer que leur juridiction est liée et restreinte plus que celLft des évêques, ils ajoutent à la volute un ruban blanc peadant^
7. La crosse se porte de la main gauche, afin de laisser la main droite libre pour bénir. Les évêques tournent la volute en dehors et les abbés en dedans, parce que pour ces derniers la juridiction est intérieure.
8. La crosse ne se prend jamais seule, mais concurremment avec les autres insignes pontificaux. Elle suppose le prélat paré et va de pair avec la mitre \ On n'en fait pas usage aux jours de deuil, parce que la juridiction ne s'exerce que sur les vivants et ne s'étend pas aux morts*.
« Utitur episcopus baculo pastorali in sua tantum civitate vel diœcesi et etiam alibi, ex permissioDe loci ordinarii et ubi consecrationes aut ordinaliones vel benedictiones personales facere, ipsi Apostolica auctorilate concedltur. » (Cxr. episc, lib. I, cap. xvn, n. 5.)
2 a Baculum pastoralem albo vélo appenso déférant; ab iisque, et aîiis pontificallbus, etiam de ordinariorum licentia, extra ecclesias sibi subjectas prorsus abstineHnt, et neque in processionibus, qu?e ab eoruni ecelesiis fier Tias extra ambitum, vel parochiam ducuntur, insigniis prœdictis utantur, vel panes se perferri faciant. » (S. R. C, 27 sept. 1659.J
• a Mitra et baeulus in episcopo sunt correlativa. » (Cœrem. episc, lib. I, eap. xvir, n. 8.)
♦ « Excipiuntur tamen ab lia-, rrgula officia et missee pro defunctis, in quibus usus baculi cessât. » (Itid,. %• 8»)
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9. La crosse est en or ou vermeil pour les cardinaux et les patriarches, en argent pour les archevêques et évêques, en bois pour les trappistes, diaprés leurs constitutions.
10. La Glose du droit a fixé ainsi le symbolisme de la crosse : les pécheurs sont attirés par la courbe de la volute^ les justes conduits avec la hampe droite et les retardataires stimulés par la pointe aigiie * :
« In baculi forma, praesul, datur hœc tibi norma : Attrahe per curvum, medio rege, punge per imum ; Attrahe peccantes, justes rege, punge vagantes ; Attrahe, sustenta, stimula, vaga, morbida, lenta. »
Les oraisons du Pontifical expriment une idée analogue : correction des vices par la pointe^ fermeté par la hampe, miséricorde par la volute.
1 1 . La crosse reçoit une bénédiction spéciale du consécrateur, le jour du sacre, par cette oraison, suivie d'une aspersion d'eau bénite ;
« Sustentator imbecillitatis humanae, Deus, bene *J- die baculum istum et quod in eo exterius designatur, interius in
* « Baculus pastoralis correctionem pastoralem significat, propter quod a co nsecratore dicitur consecrato : « Accipe baculum pastoralis officii, ut sis in corrigendis vitiis pie sœviens. » De quo dicit Apostolus : « In virga veniam ad vos. » Virga igitur pastoralis potestas intelligitur sacerdotalis quam Christus eis contulit, quando apostolos ad praedicandum misit, preecipiens eis ut baculos tollerent et Moses cum virga missus est in -^gyptum... Baculus est acutu? fn fine, rectus in medio et retortus in summo; désignât quod pontifex débet pungere pigros, regere débiles sua rectitudine et coUigere vagos. » (Guill. Durant., Rat. div. offic, cap. xv.^
Le musée de Rouen possède une crosse en cuivre du xui® siècle, qui a été trouvée dans le tombeau d'une abbesse de S. Amand, à Rouen. On lit au bas de la volute ces trois mots :
: ARGVE : OBSECRA : INCREPA
Le B. Adam, abbé de S. Josse, en Picardie, qui mourut en 1166, ordonna, en léguant sa crosse à son successeur, qu'on y gravât ces mots : Onus non hojior; c'est une charge et non un honneur que je vous lègue en vous remettant cet insigne de ma dignité. (Corblet. Hagiographie du diocèse d'ArnienSj tom. I, p. 13.)
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moribus hiijus famuli tui tuae propitiationis clementia operelur. »