Le moyen-âge oflre de fort beaux modèles, que l'on se
plaît généralement à copier ou imiter. La courection doit-elle
entrer dans cette voie ? Je n*hésite pas à répondre que non, au
moins quant à la forme générale, car les détails d'ornemeuta-
Wou ne sont déterminés par aucune règle spéciale. Rome s'est
prononcée catégoriquement, par la circulaire adressée en 1864
^Qx évéques^ contre toute innovation ou rénovation de type.
^oici à quelle occasion :
330 LIVRE UIXtÈHB.
VP" Corazza, maître des rirémoDies de la chapelle papale, au retour d'un voyage en Belgique et en Allemagne, dénouça l'altératiou du type moderne do la chasuble à la sacrée Congrégation des Rites, i|ui io chargea d'écrire, pour éclairer sa décision, un votujn spécial sur ce sujet. Ce rapport étant des plus violents. Pie IX, dans un but de conciliation et d'apaiaemcnt, ne permit pas qu'on le distribuât suivant l'usage, quoiqu'il fût déjà imprimé, et en ordonna même la suppression ; aussi i" n'ai pu m'i'n procurer un exemplaire. Au lieu d'une condamnation formelle. Sa Sainteté voulut seulement qu'un» circulaire fût adressée aux évèques pour leur demander compte du changement survenu dans leurs diocèses respectifs. Des principes y étant développés et affirmés, il est donc bon d'en rappeler les termes mêmes : « Quum... Sauctam Sedem non lateret qnasdam in Anglia, daltSaj r.ermania et Belgio diœceses îmmulasso formam sncraium veslium quw in celebratîono sacrosancta' missa; sacriflcii adbibentur, easque ad stylum, quem dicunt gothicum, eleganliori quidem opère conformasse...; Sacra Congregatio legitimis protueudis ritibus prxposita super hujusmodi immutationibus nccuratum examen instituere haud praitermisit. Ex hoc porro examine, quamvis eadem Sacra Congregatio probe noscoret sacras illas vestes stylum gothicum prœsoforentes prœcipue sœculi xm, xiv et xv obtinuisse, xque tamen auimadvertit Ecclesiam Romanam aliasque latiui ritus per orbem ecclesias, Sede Apostolica minime reclamante, a seculo xvi, nempo ah ipsa propemodum Concilii Tridentini setate, nsquo ad nosira hfec tempora illarum reliquisso usum ; proindeque, eadem perdurante disciplina, necnoD Saucta Sede inconsulta, nihil innovari posse censuit, utiphiries summi pontifices in suis edocuere constitutîonibus, sapienter raonentcs istas, uipota probato Eccleslae mori contrarias, saRpe perturbattoues producero posse et lidolium auimt» in admirationem iuducere. Sed quoniam Sacrorum Riluuin Congregatio arbitratur alicujus ponderis esse posse rationes quiB prœsentem immutalionem persuaseruut, hiuc, audifo Sanctissimi ûomiui uostri Pii papa; IX oraculo, verbis aman-
tissimis invitare censuit Amplitudinem tuam ut, quatenus in tua diœcesi hujusmodi immutationes locum habuerint, rationes ipsas exponere velis quae illis canssam dederuDt. »
Introduire une forme même ancienne, c'est faire acte de nouveauté et produire une bigarrure regrettable, une anomalie que rien ne justifie.
L^archéologie ne doit pas nous parquer dans des époques fixes et invariables. Ce qui était bon autrefois peut ne plus convenir aux temps actuels. Autres sont les goûts et autres les besoins ; d'ailleurs, en matière ecclésiastique, la liturgie primera toujours nécessairement et évincera même l'archéologie.
5. Le retour à la liturgie romaine comprend, outre les textes, les rites et les formes du culte. Si nos évéquès ont jugé à propos de reprendre la barrette à trois cornes, la cappa magna^ le pluvial avec armoiries et pectoral, le chapeau vert pontifical, etc., pourquoi répugneraient-ils, par exemple, à accepter la mitre romaine, qui leur rappellerait qu'ils sont les disciples du Saint-Siège, comme l'écrivait eu 1049 le pape S. Léon IX à Ebherard, archevêque de Trêves : « Romana mitra (il y avait donc dès cette époque des mitres qui n'étaient pas romaines) caput vestrum insignimus, qua et vos et successores vestri in ecclesiasticis offlciis romano more semper utamini semperque vos esse Romanae Sedis discipulos reminiscamini. » Quand on change, c'est pour tout prendre en bloc, et non pour choisir ce qui convient et rejeter ce qui déplaît. On tel procédé n'est propre qu'à dérouter les fidèles par la confusion qu'il engendre.
L'arbitraire, Tindividualisme présentent cet inconvénient immense d'une fabrication d'aventure, qui variera suivant les personnes, en sorte que nous sommes en présence de plusieurs formes sans qu'on sache à laquelle s'arrêter de préférence. Sans doute tout me porterait, eu raison de mes goûts., à prôner exclusivement le moyen-àge. Pourtant je crois plus convenable de sacrifier mon goût personnel à l'avantage réel de l'unité.
C'est à cette unité que nous devons aspirer et tendre detoos nos efforts. Or, pour la trouver autant que possible non sujette aux fluctuations^ cherchons-la à l'ombre du Saint-Siège, qui, par sa Congrégation des Rites, a mission pour nous enseigner liturgiquement. En nous conformant à sa tradition, nous saurons du moins que nous complétons l'unité et qod nous nous rattachons à un centre vivant, car, tant que Rome no se sera pas prononcée dans ce sens, se raccrocher au moyenàp:o, c'est vouloir greffer une théorie, probablement fausee, sur un tronc mort et desséché que le souffle puissant de l'Eglise pouriait seul revivifier.
6. L'exposition religieuse faite à Rome en 1870» pendant la tenue du concile œcuménique, fut une noble, utile et féconde pensée de Sa Sainteté Pie IX. En effet, elle manifestait les tendances et les habitudes de chaque pays catholique et appelût nécessairement Tatteutiou des évêques réunis sur des diver^ gences nombreuses, qui, tout en montrant un type commun, ne dissimulaient pas suffisamment l'altération qu'il avait subie sous l'influence de la fantaisie ou du goût local. Il pouvait y avoir là des abus à corriger, des formes à redresser, des défauts à éviter ; en tout cas, il devait en résulter le grand principe do Tuniti;, soit en maintenant purement et simplement la forme romaine actuelle, soit en adoptant un type nouveau dont les éléments, après mûr examen, auraient été fournis par l'antiquité.
Malheureusement il n'en fut pas ainsi. Absorbés par les discussions théologiques ou mémo indifférents à ce qui tient au culte extérieur, les évêques visitèrent peu l'exposition et n'y vinrent même qu'isolément. L'entente n'était donc pas possible à cet égard, puisque aucune spontanéité n'indiquait que l'épîscopat avait saisi et compris l'idée, vraiment catboli* que, do rintelligent promoteur de l'exposition. Les choses en rostèrent là : l'autorité n'insista pas et fut même assez débonnaire pour ne pas imposer une direction ou une commission spéciale^ quand elle eut vu qu'elle se heurterait à des difQ-^ cultes, faute de rencontrer le zèle désiré.