‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églisesChapitre 14 sur 234 · UVRE SEPTiÈHB · texte numérisé non relu

UVRE SEPTiÈHB

pour vaiucre les scrupules de son humilité. Une nuit

priait dans le chœur, le Christ lui apparut portant et il le vit s'affaisser sous le fardeau. Diego s'élança pour tenir le Rédempteur... — Comment, Seigneur, lui dit*il, tombez? — Oui, répondit Jésus, puisque tu songes à m' donner, au grand détriment des brebis que J'ai rachetées^s qui me soutenais ^ I »

Cette chute, qui ne manque pas d'analogie avec Tapparii de Jésus à saint Pierre, connue à Rome sous le nom de « mine quo vadis, » est exprimée aussi, mais répétée in ment dans la vie de sœur Marie Yillani : « Une autre fbis£ est-il dit, le Seigneur se fit voira elle...; le poids de lourds morceaux de bois, qui composaient la croix, lui geait les épaules ; aussi était-il courbé et souvent il toml terre, mais il était forcé de poursuivre le chemin malaisft dur du Calvaire, pressé par l'insolence de bourreaux inh qui le blessaient à mort et le frappaient avec des bâtons no pour le solliciter de hâter son pas '. »

Ce texte^ tout en disant beaucoup, ne détermine pas le bre des chutes. On comprend qu'une fois lancé dans cette de progression, le chiffre aille toujours croissant; aussi ce était unité dans le principe se triple dans la suite des et la tradition accepte trois chutes au lieu d'une. EnflOi que de nos jours, on a imprimé que sœur Anne-Ca Enunerich avait vu tomber sept fois le Christ dans le trajet du prétoire au Calvaire '. De telles observations, ration ridicule de la vérité, finissent par jeter du discrédit la tradition elle-même, qui affirme déjà beaucoup en cou; de sa sanction les trois chutes du chemin de la croix.

Le moyen-âge n'offre point d'exemples de la septième

» Rosier de Marie, année 1863, n» 48, p. 767.

> Vita délia serva di Diosuor Maria Viilani. Napoli, 1674, p. 504.

> La douloureuse Passion de N.-S, J.-C, d'après les méditations d'Aï Catherine Emmerich, religieuse Augnstine du couvent d*Agneteiibêrgy- Dulmen, morte en 1824, traduite de Fallemand par Tabbé de Ca^èa* in-12.

LE CHBMIM DE LA CBOIK.

Bon. C'est donc à un contemporain que nous en demanderons noonographie. Or, l'allemand Fuerich a rendu ce sujet avec hie sagacité égale à son talent. Jésus vient de tomber exté- ■né de fatigue. Il est altéré» et sa bouche s'ouvre pour boire fma du torrent qu'il traverse. Les soldats essayent de le relever, le déchargent de sa croix qui Técrase^ ou tirent bruta- (ement la corde qui entoure ses reins. Derrière lui, gourman- Sent, activent et menacent ces Juifs haineux de la Synagogue, à qui les douleurs de la victime sont une jouissance.

Le trait caractéristique, saillant, de ce tableau vigoureusettent traité^ est la chute de Jésus dans le torrent de Cédron, iinn que l'avait annoncé le prophète David, mettant en patsllèle ses humiliations et sa gloire : « De torrente in via bitet, propterea exaltabit caput. » {Psalm. cix, 8.)

Et, pour parler ici le langage symbolique du moyen-àge, ifjd embaume conmie un parfum, cette eau a plusieurs significations mystiques, selon qu'elle est prise en bonne ou en laaovaise part.

Avec l'Apocalypse, l'eau abondante à laquelle le Christ altéré s'abreuve représente les peuples nombreux pour qui il souffre la mort: a Aquae multœ populi multi sunt. » ( Apoc, XVII, 15.)

Prise au contraire dans son autre acception d'eau qui bouillonne et ravage, de torrent qui se précipite et dévaste, d'obstacle difficile à franchir, d'accident momentané, mais 'Violent, impétueux, l'allusion biblique devient Teau de la tribolation qui inonde l'âme du Sauveur : « Intraverunt aquae nsque ad animam meam » {Ps. cxvm, 2) ; Tabjection et rabaissement de tout son être : u Sicut aqua effusus sum » ( Ps. XXI, 15 ; ) la fureur de ses bourreaux qui l'oppressent : « Circumdederunt me sicut aqua tota die » ( Ps» uxxvn, 18); puis les peines du chemin: « Torrens, pœna in via S )) et le torrent de la persécution : a Torrens^ persecationis incursus ^ »

1 Distinct, monastica, apud Pmu, Spicilcgium Solesmense, L ni, p. 485. *S. fiucnaii Formuùf minons j ibidem^ p. 406«

78 LIYRB SBPTIÈMB. «

Sur le bord du torrent, croit solitaire et vivace une petite plante dont les racines pénètrent à travers les cailloux. Le vent l'agite, Teau dépose son limon sur ses feuilles^ Timpétuosité du torrent la fait fléchir. Mais, quand Forage est passé et que le ciel s*est rasséréné, la plante se redresse, revit aux rayons du soleil et,' sous sa tiède influence^ produit une fleur suave et brillante.

La fleur, dit saint Enchère est l'emblème du Christ, que les eaux menacent d'engloutir, mais que la main de Dieu protège et délivre : « Assumpsit (Dominus) me de aquis multis. Eripuit mo de inimicis meis fortissimis et ah his qui oderunt me. » {Ps. XVII, 17-18.)

Cette allusion me sourit, car elle est pleinement dans l'esprit du moyen-àgo. L'âme pieuse a besoin d'échapper aux étreintes de la douleur et de s^arréter un moment à des pensées de consolation.

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