‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églisesChapitre 13 sur 234 · SIXIÈME STATION. — VÉROmQUE ESSUIE LA FACE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

SIXIÈME STATION. — VÉROmQUE ESSUIE LA FACE DE JÉSUS

Je me suis attaché, jusqu'à présent, au sens littéral du titre de chaque station. Continuant le même système, j'ai à relever de suite une erreur fort commune en iconographie et que n'a pas su éviter le sculpteur de Nuremberg, dont le basrelief est cependant fort remarquable. Or, cette erreur consiste à substituer le passé au présent : on ne montre pas Véronique essuyaut la face du Sauveur, mais l'ayant déjà essuyée ; Jésus contemplant son image, et Véronique étonnée du miracle qui s*est opéré. En cela, elle me parait plus occupée du public, vers lequel elle se tourne, que de la bonne action à laquelle l'a poussée sa piété.

Avec la sacrée Congrégation des Indulgences, employons donc désormais le présent, et, laissant de côté ce que j'appellerai une routine fâcheuse, n'ayons en vue que de représenter le moment où la Véronique essuie avec un linge la figure de Jésus-Christ, ensanglantée et couverte do poussière.

H est une autre erreur non moins commune qu'il importe également de combattre. Quand la Véronique se présente devant le Sauveur, elle ne le trouve pas couché à terre ou courbé et près de fléchir sous le poids de sa croix, mais debout et droit, quoique afiaibli, il est vrai, par les préliminaires de la Passion. Autrement cette pieuse femme eût dû se baisser, s'agenouiller, ce qui eût été pour elle aussi difficile que long. Je repousse donc comme invraisemblable l'attitude de prostration donnée au Sauveur par Lesueur (Musée du Louvre, n** 517), et, antérieurement, aux xv** et xvi* siècles, par des sculpteurs de la fin du moyen-âge (Musée de Cluny, n""' 237 et 2809.}.

D'ailleurs coucher Jésus à terre, au moment où nous êommes arrivés, c'est manquer à la vérité iconographique, puisque la première chute est déjà éloignée et que la seconde n*a pas encore eu lieu.

n me reste à signaler dans le bas-relief d'A. Kraft, à Nuremberg, deux traits principaux que je ne puis omettre, parce qu'ils complètent la scène, en lui donnant plus de développement et en la précisait davantage.

Derrière la Véronique, une porte haute, étroite et cintrée à son sommet, est ouverte. Elle vient de donner passage à la sainte femme qui s'est empressée d'aller au-devant du Sauveur. Est-ce la maison de la Véronique qui borde le chemin conduisant au Calvaire? Cela peut être, mais je ne pense pas que telle ait été l'intention du sculpteur, que je crois saisir dans cette phrase du pèlerin Lenguerant : « Tenant à la porte^ pour venir au mont de Calvaire, est la maison de sainte Véronique, dont Nostre Seigneur imprima sa sainte face ; et il y a à ladite maison des chevilles de fer. A la saluer, il y a vue ans et vii xl" de pardons \ »

Cette porte est donc une porte de ville : les deux contreforts ou plutôt les doux tours qui la flanquent l'attesteraient au besoin. « Elle est appelée judiciaire, parce que les condamnés à mort sortaient par cette porte hors ville, pour aller au supplice... A quelques pas de là, on remarque sur la droite la maison de sainte Véronique'.

Jésus s'arrête un instant près de cette maison, au grand déplaisir de ses bourreaux, qui le frappent pour le faire avancer et cherchent à écarter sainte Véronique par des moyens moins violents, presque des paroles de persuasion.

Je ne saurais mieux peindre celte double scène de compassion charitable et de brutalité révoltante, qu'en empruntant

^JbmUs Archéologiques, t. XXU, p. 246.

' U mont Valérien, ou Histoire de la Croix, des lieux saints et du Calvaire ^^ m mont Valérien. Paris, 1826, p. 14.

66 LIVBB SEPTIÈHB.

à un pieux auteur du xvui* siècle ces naïves, mais touchantes paroles * :

<i Voici la plus belle action gui ait jamais été faite en faveur de Jésus-Christ souffrant. La dévote Véronique étoit dans la maison lorsqu'elle entendit le tumulte et les clameurs d'une multitude infinie de peuple et de soldats qui conduisoient le Sauveur au supplice ; elle se lève vitement, met la tête hors de sa porte, jette les yeux au milieu de la foule, et aperçoit son Rédempteur, qui laisse échapper un rayon de son visage et lui fait connaître par la lumière de la foi qu'il est lo Fils de Dieu. A cette vue, transportée, hors d'elle-même, elle prend son voile, se jette en pleine rue au travers des officiers de justice et des soldats, sans se mettre en peine des injures et des coups qu'on lui donne : arrivée en présence du Sauveur, qui avait le visage tout couvert de sang et de sueur, elle l'adore malgré toutes les oppositions qu'on lui fait, et, avec son voile plié en trois doubles, elle essuie et nettoie ce divin visage obscurci sous les nuages des péchés du monde. Va, brave créature, tu es l'incomparable ; tu n'as pas ta pareille sur la terre : en un temps où tout l'univers se conjure contre la vie do ton Sauveur, en un temps où Dieu son père l'a abandonné entre les mains des péchciu*s, en un temps où les anges de paix pleurent amèrement, sans lui pouvoir donner aucun secours ; en un temps où ses apôtres Tout quitté, trahi et renié ; en un temps où sa bonne mère la sainte Vierge, par sa pâmoison, Ta infiniment affligé; en un temps où toute la ville de Jérusalem poursuit sa mort et son crucifiement ; en un temps où c'est un crime et un sacrilège parmi les Juifs do lo reconnaître pour homme de bien, tu le révères comme ton Messie, tu l'adores comme ton Dieu, tu lui donnes du rafraîchissement et de la consolation au milieu de ses plus grands ennemis. En vérité, tu mérites une immortalité do gloire dans le temps et dans l'éternité, et aussi le Sauveur t'a fait le pins

1 A. Pabvilliers, de la Compagnie de Jésus, La dévotion des prédestinez^ m» ies Stations de Jérusalem et du Calvaire, Limoges, 1734, p. 89-92.

LE CHEKllf DE LA CROIX. 67

riche présent qu'il ait jamais fait à aucune créature du monde : il t'a donné son portrait imprimé par trois fois sur les trois doubles de ton voile. Étends ce voile devant les quatre parties de rUnivers ; fais voir à tous les hommes la face pitoyable et hideuse d'un Dieu souffrant. Prêche pur tes images la Passion de Jésus-Christ, plus loin ot on plus de lieux que no l'ont préchée les Apôtres. Pour moi, je te promots que j'aurai de la vénération pour toi toute ma vie, à cause de Tacte héroïque de ta charité, et ou en vivant, ou en mourant, j*aurai tou* jours dans l'esprit lo souvenir, et dans ma bouche le nom do l'incomparable Véronique. »

Je ne puis laisser passer cette occasion sans parler de la sainte Face et de sainte Véronique, dont elle est l'attribut iconographique.

Le linge sur lequel resta l'empreinte de la flgure do Notre* Seigneur est conservé à Rome, dans la basilique de Saint- Pierre, où dix fois par an on la montre au pape, aux cardinaux et aux fidèles agenouillés sur les dalles de la nef ^

Une inscription, que j'ai copiée dans la diaconio de Sainte- Marie-des- Martyrs, où l'on garde précieusement, à l'autel du Crucifix, les restes vermoulus d'un coffre de bois qui servit au transport de la sainte relique^ nous apprend comment, par les mains mêmes de sainte Véronique, le voile do la sainte Face vint de Palestine à Rome :

AUCA IN QUA SACRUM SUDARICM OLIM A DIVA VERONIGA DELATUM ROMAM EX PALESTINA. HAC IN BASILIC A ANNIS CENTUxM ENITUIT.

De l'église de la Rotonde, la sainte Face passa dans la basilique de Saint-Pierre, où Urbain VIII la renferma dans une des chapelles supérieures des quatre grands piliers qui sup*

1 L'Année liturgique à Rome, p. 211. — « Asseritur iconem eamdem aBseif Tari ostendique Romœ; imo, ut communiter traditur, Gienni (JaeD» en Anda| 4ou8ie) ia Hispanla no8tra.»(DB AtaUi Pictor chtistianus erudiius, p. 158.)

^rtent la coupole de Michel-Ange. La garde en est confiée anx chanoines de Saint-Pierre, qui seuls peuvent entrer dans ee sanctuaire privilégié. En conséquence^ si le pape voulait aMîOorder à quelque tête couronnée la faveur de voir de près une des plus précieuses reliques de la Passion, Tindultaire devrait préalablement se faire agréger au chapitre de la basili* que et revêtir le costume canonial.

* Une fois, cependant, il fut fait exception à la règle, ou plutôt, pour ne pas enfreindre la règle générale, Pie IX fit descendre dans la chapelle du Saint-Sacrement les reliques insignes de la Passion. C'était vers le 8 décembre 1854. Il y avait alors dans la ville éternelle grand concours d'évôques, venus de presque tous les points du globe pour la solennité de la proclamation du dogme de Tlmmaculée Conception. Or, la plupart de ces évèques avaient manifesté le vif désir, sinon de monter à la loggia de Sainte- Véronique, au moins de contempler à loisir ce qui nous reste des traits du Sauveur, car^ à la -distance où ces reliques sont montrées aux fidèles, il est absolument impossible de rien distinguer.

Placée au milieu des cierges ardents et entourée de la sainte Lance et du Bois de la croix^ la sainte Face trônait sur l'autel : et, n'était le respect dû à tous égards à la vénérable relique, il eût été facile, tant elle était rapprochée, d'y porter la main.

La consigne était sévère : les évêques seuls pouvaient entrer dans la chapelle et gravir les marches de l'autel ; tous les autres indistinctement devaient se tenir en dehors et se contenter de regarder à travers les barreaux de la grille. Mais la chapelle a trop de profondeur, et de la porte Ton distingue en-

.core assez peu.

Longtemps j'épiai Toccasion. Enfin un évèque complaisant

. me permit de l'accompagner et de partager avec lui la faveur personnelle qui lui était faite. Or, voici ce que j'ai vu, après

^nne sérieuse et minutieuse attention.

• La sainte Face est enfermée dans un cadre d'argent, doré par endroits et de forme carrée, sévère d'aspect et peu re^

LE CHBMm DE LÀ CBOIX. fi^'

haussé d'ornements . La simplicité du relief fait d'autant plus ressortir l'intérieur du tableau que protège un cristal épais. Malheureusement, par une de ces coutumes trop fréquentes €n Italie, une lame de métal couvre l'intérieur et ne laisse dé* gagée que la figure, dont elle dessine les contours. A ces contours, franchement accusés, Ton soupçonne de longs ch^ veux qui retombent sur les épaules, et une barbe courte qui se bifurque en deux mèches peu fournies. Le reste des traita est si vaguement dessiné, ou plutôt si complètement eCTacé, qu'il m'a fallu la meilleure volonté du monde pour apercevoir la trace dos yeux ou du nez.

En somme, on no voit pas le fond de l'étoffe, caché par une application inutile de métal, et à l'endroit de l'empreinte on n'aperçoit qu'une surface noirâtre, ne donnant presque pas forme de figuré humaine.

A la sacristie de Saiut Pierre, on vend aux étrangers ce qae l'on appelle des a fac-similé » de là sainte Face. Ils sont imprimés sur toile avec une gravure qui me paraît ancieane de cent et quelques années au plus, scellés du sceau d'un chanoine et authentiqués de sa signature ^ Lequel sceau etlaquelle signature me paraissent certifier simplement que la copie a touché à l'original, et par conséquent devient ellemême un objet de piété, mais non qu'elle ressemble en quelque chose à la sainte Face. C'est donc un pieux souvenir que l'on peut emporter avec soi, mais non un objet d'étude qui, iconographiquement parlant, ait pour nous une valeur réelle.

Je n'ai point à~ examiner si toutes les saintes Faces que Ton vénère en différents lieux sont authentiques ou la « doublure, » selon le père de Parvilliers, du voile de la Véronique.

* Ce pieux commerce de a véroniqaes » est déjà ancien, car, au xyi« siècle» il y avait un peintre qui ne faisait pas autre chose que copier la sainte Face • (Test ce qui résulte de cette épitaphe^ rapportée par Martinelli, p. 208 : « Comelia, filia Comelii de Briei, Theutonica, uxor Joannis de Dumen^ in Romana curia veronicarum pictorls^ hic sita est. Vix. an. 26, obijt 28 januiifi 1526.»

70 LIVRE SEPTiiME.

Peu importe ici à la question qui nous occupe : il nous suffit d^avoir fait connaître la sainte Face la plus célèbre^ et d'ajouter que, depuis le xiv** siècle*, c'est à ce signe qu'on reconnaît sainte Véronique. En effet, on la représente toujours tenant à deux mains et par les extrémités supérieures un linge souple et faisant des plis, sur lequel la tête du Christ rayonne de manière à former les rayons d'un nimbe crucifère.

Yéroniquo est un nom propre, qui s'applique, non à une personne, mais à un objet sacré. Les Grecs l'ont composé de deux mots, qui signifient : vraie image, effigie véritable» Nous l'avons reçu dans son acception logique, mais nousl'avons bientôt détourné de son sens primitif pour l'appliquer ex^clusivemcnt à la personne aux mains de qui se voyait le a Véronique ', » comme on disait au xv' siècle. L'attribut est devenu le sujet, l'accessoire a été transformé en objet principal, la substance inanimée a pris vie, et maintenant, par interversion des rôles, la pieuse femme qui essuya la flgure de Notre-Seigneur n'est plus connue que sous la dénomination de Véronique, substitué au nom de Bérénice ' qu'elle portait, tandis que rofflgio elle-même s'est vue nommée sainte Face ou, comme à Rome, Suaire de sainte Véronique, « Sudarium sanctsB Verouicse, » le suaire sur lequel a été imprimée miraculeusement rimage sacrée et véritable du Fils do Dieu fait homme.

J'ai donné plus haut le portrait de Marie : je ne puis me dispenser maintenant d'ajouter celui de Jésus-Christ. Les monuments ne suffisent pas toujours aux artistes sérieux et intelligents, il faut encore leur mettre sous les yeux les textes les plus anciens et les plus utiles à compulser. C'est ainsi

I Bibliothèqae de TArsenal, « Livre d'Heures, » me. de la fin du xiv« siècle» 110 259.

* c Livre d'Heures, » manuscrit de la biblioUièqae de TÂrseual, p. 290.

> « Inde ingens studium Bérénices passibus œquat, Quœ mentem ac Dominum, neglecta morte, requirit. •

MAnmiLUt P* 282. — Di Atala, Ptcior christianM erudituf. Madrid, 173(^, y. Ut*

qu'aux vives clartés de la tradition, ils formeront un type qui 86 rapprochera le plus possible du type original.

J'emprunte donc à l'Histoire de Dieu de M. Didron le pastàge qui suit \ dans lequel sont traduits les textes les plus précis relativement au portrait de Jésus-Christ :

«r Le signalement qu'on va lire, et qui est d'une grande valeur, fut envoyé au Sénat romain par P. Lentulus, proconsul 60 Judée avant Hérode. Lentulus avait vu le Christ et l'avait fait poser devant lui, en quelque sorte, pour dessiner ses traits et sa physionomie. Ce portrait, tout apocryphe qu'il soit, n'en est pas moins un des premiers que nous connaissions ; il date des premiers temps de l'Église, et les plus anciens Pères l'ont mentionné. Lentulus écrit donc au Sénat :

« Dans ce temps apparut un homme, qui vit encore et qui « est doué d'une grande puissance : son nom est Jésus-Christ. « Ses disciples l'appellent fils de Dieu, les autres le regardent «f comme un prophète puissant. Il rappelle les morts à la vie, « il guérit les malades de toute espèce d'infirmités et de lan- « gueurs. Cet homme est d'une taille haute et hieu propor- « tionnée ; sa physionomie est sévère et pleine de vertu, de « façon qu'à le voir on le puisse aimer et craindre aussi. Les « poils de sa iéfe ont la couleur du vin et, jusqu'à la nais- « sance des oreilles, sont droits et sans éclat. Mais, des « oreilles aux épaules, ils brillent et se bouclent. A partir des « épaules, ils descendent dans le dos, distribués en deux parce lies à la façon des Nazaréens. Front pur et uni, figure sans <i tache et tempérée d'une certaine rougeur, physionomie no* « ble et gracieuse. Le nez et la bouche sont irréprochables, a La barbe est abondante, de la couleur des cheveux, et four- €4 chue. Les yeux sont bleus et très-brillants. A reprendre et à « blâmer, il est redoutable ; à instruire et à exhorter, il a la « parole aimable et caressante. La figure est d'une gravité et fc d'une grâce merveilleuses. Personne ne l'a vu rire une seule

t IhDBOif , Histoire de Dieu, ia-l^, p. 227-230.

7â LIVBE SEPTIÈME.

(( fois, mais on Ta vu plutôt pleurer '. Elancé de corps, il aies « mains droites et longues, les bras charmants. Grave et me- (( sure dans ses discours, il est sobre de paroles. De figure» il (( est le plus beau des enfants des hommes '. »

c( C*e5t d'après cette ancienne description que l'empereur Constantin avait fait peindre les portraits du flls de Dieu. Au vui*" siècle^ du temps de saint Jean Damascène, les principaux linéaments de cette flgure remarquable avaient persisté cooune ils persistent encore. La chevelure et la barbe, d'une couleur peu déterminée dans la lettre de Leutulus, carie vin peut être blond, dcré, rouge ou violet, se caractérisent nettement dans Damascène, qui ajoute encore la couleur de tout le visage. Du reste^ comme Lentulus, Damascène se prononce pour la beauté du Christ, et reproche durement aux manichéens l'opinion contraire. Ainsi donc le Christ, qui avait pris la forme d'Adam, reproduisait exactement les traits de la Vierge Marie. « Taille <' élevée, sourcils abondants, œil gracieux, nez bien propor- « tienne, chevelure bouclée, attitude légèrement courbée,

^ « Le texte n'est pas suffisamment clair, et la rigueur grammaticale voadrait peut-être : « Personne ne Ta vu rire, et pas même pleurer. » Mais rEvangile déclare que Jésus a pleuré sur Lazare et sur Jérusalem. Une des larmes versées par le Christ était spécialement honorée à Vendôme, qui la possédait. Le père Mabillon a fait sur celte larme une leltre qui est célèbre. »

s a Hoc tempore vir apparuit et adhuc vivit, vir prœditus potentia magna ; nomen ejus Jésus Cbristus. Homines eum prophetam poleutem dicunt, discîpuli ejus filium Dei vocant. Mortuo? vivificat, et œgros ab omnis generis œgrîtudinibus et morbis sanat. Vir est altœ statursR proportionate, et conspectus vultus ejus cum severitate et plenus efficacia, ut spectutores amare eum jx»sint et rursus timere. Pili capitis ejus vinei coloris usque ad fundamentom aurlum, sine radiatione et erecti, et a fundamento aurium usque ad humeros contorti ac lucidi, et ab humeris deorsum pendentes^ bifldo vcrtice dispositl in morem Nazarœorum. Frons plana et pura; faciès ejus sine macula, quain rubor quidam temperatus ornât. Aspectus ejus ingenuus et gratus. Nasus et 08 ejus nuUo modo reprehensibilia. Barba ejus multa et colore pilorum capiUs, bifarcata. OcuU ejus cœrulei et extrême lucidi. In reprehendendo et objorgando^ formidabilis ; in docendo et exhortando, blandœ linguse et amabilia» Gratia miranda vultus cum gravitate. Vel semel eum ridentem nemo vidit« 8ed flentem imo. Protracta statura corporis, manus ejus rectœ et erects, brachia ejus delectabilia. lu loquendo ponderans et gravis, et parcus loqude. Polcherrimus vuitu inter homines satos. » (Codex apocryphus Nov. Tettam,^ ap* Fabricium, Uamburgi, 1703 ; 1« pars, p. 301-302.) »

a couleur élégante, barbe noire, visage ayant la couleur du Cl froment comme celui de sa mère, doigts longs^ voix sonore, « parole suave. Extrêmement agréable de caractère, il est <i calme, résigné, patient, entouré de toutes les vertus que la « raison se figure dans un Dieu homme \ »

A ces deux portraits esquissés avec tant de soin, j'aimerais en ajouter trois autres^ que j'ai étudiés à Rome, trop imparfaitement pour en parler. Je ne sais pourquoi Rome s'obstine à être la ville du mystère. Il est de ces objets vénérés, de ces reliques saintes que Tart et la piété ont intérêt à connaître, et que malheureusement Ton ne voit pas ou que Ton voit mal» Il faudrait les produire au grand jour et ne pas craindre le scepticisme railleur de quelques incrédules ignorants. Si ces reliques sont réellement authentiques, la vérité jaillira comme une étincelle au choc de la science, et ce choc, cette discussion ferme, suivie, consciencieuse, je l'appelle de tous mes vœux. La piété croit sans voir, mais la raison demande à voir pour croire. Les plus belles images de dévotion, les pins utiles aussi pour la science, seraient celles qui reproduiraient la sainte Face envoyée par Jésus-Christ môme à Abgare, roi d'Édesse, et que possède à Rome l'église de Saint-Sylvestrein-Capite ' ; le Christ peint par saint Luc ou par les anges, qui

1 « Qui cum impollutis maoibus formaverit hominem, homo ipse ex sancta

Virgine ac Dei génitrice Maria sine mutatione aut variatioue factus, caroi

coflUDnnicaTit et sanguini, animal rationale, intelligentiae et scienti® capax,

trînm forte cubitorum magnitudine, carnis crassitie circumscriptus, nostr»

einiili forma conspectus est, matemse similitudinis proprictates exacte refe-

Teui, Adamiqne formam exhibens. Quocirca depingi eum curavit (Constant!-

nos Magnus), quali forma veteres historici descripsere : prœstanti statura»

confertis snperciliis, Teuuetis oculis, justo naso, crispa ctesarie, subcurvum,

eleganti colore, nigra barba, trilicei coloris vultu pro materna similitudine,

longis digitis, yoce sonora, suavi eloqaio, blandissimum, quietum, longani-

mem, patientem, bisque affines yirtatis dotes circumferentem, quibus ia

proprietatibus Dei virilis ejus ratio reprœsentatur; ne qua mutationis obom-

. tkraiio, aut diversitatis variatio in divina Verbi bumanatione deprehenderetor

' ^elnU manichœi delirarunt. » (Op. S. Joh Damas., tom. I, p. 630h}31) — c La

'Urbe du Cbrist, ordinairement rouss&tre aujourd'hui, était noire à cette

.^*poque. I»

- * V Annie liturgique à RomCf p. 190.

74 LIYKB SISPTIÈICB.

est enseveli dans le Sancta Sanctonim ' ; et TeflOgie du Sauveur j donnée par saint Pierre au sénateur Pndens, que montre, le ^ jour de Pâques, Tabbé du monastère de Sainte-Praxëde *. i

On fouille à grands frais les catacombes pour y chercher les ^ traces les plus anciennes du christianisme et de Tart primitif, r^ tandis qu'on a sous la main et qu'on néglige les trésors les ^ plus précieux. j

De ces trois portraits du Sauveur, l'un, également imprimé m sur linge comme la sainte Face, est peu visible ; l'autre s'al- ,;i tère, oublié dans la sacristie des Bénédictins de Yallom- ^ breusc ; enfin le troisième, recouvert d'une lame d'argent par Innocent III, laisse mal apercevoir une simple copie sur toile de la figure sous un cristal obscurci par la poussière. Pour nous^ ce serait le plus intéressant, parce qu'il est le plus complet, le Christ y étant représenté en pied ; mais, outre qu'on le voit rarement, on ne peut s'arrêfer à le contempler ; à peine est-on admis à passer devant. Il a fallu, pour' coastater qu'on n'y voyait pas grand'chose, une patience et une bonne volonté à toute épreuve. Force nous est donc de dire do ce portrait ce qu'en a dit un Romain, d'après un manuscrit de la bibliothèque Vaticane : « Hanc vero (imaglnem)apatriarcha1i domo accepit, mensuram habentcm statis, et fignram, et reliquas figurai proprîetatos, quales, ut aiunt, tradiderunt hi qui Cliristum nobiscum conversari viderint, ut mensura quidem ad très extondebatur ulnas ; figura autem'l parva et incurva, et mausuetudo in facie exoriens. Partes autem faciei, superrilia compta, unila vero, et in se ipsa respi-^ cientia, pulchris oculîs, pulchris naribus ; color mixtura ex excellentissimis coloribus, quemadmodum natura optime" misceret. Caput crispis capillis, flava cœsarie paulatim auruni referens, manus (qu% omnia operatœ sunt) digitos in longius' protrahebant ; ut autem in universum dicam, totus character' talis erat, qualis et ejus quas immaculate eum peperit. Coi

^ L'Année liturgiq, à Rome, p. 190.

< U>idem, p. 202.

ssimilari poterat is qui in terra sine pâtre fuit, ut a 0 sinematre*. »

rmine cet article en traduisant en mesures modernes ressions <( trois coudées^ trois aunes, » qui se renconeins les documents anciens. La taille de Notre* Seigneur quée dans le cloître de Saint-Jean-de-Latran par une que supportent quatre colonnes : or, cette tablette usqu'au sol 1 mètre 85 centimètres, mesure identique ç|ue j'ai vue à Grotta-Ferrata (États-Pontiflcaux), qui y 16 centimètres pour les épaules*.

lÈME STATION. — JÉSUS TOMBE POUR LA SECONDE FOIS.

jculptures de Nuremberg, et les bulles de Benoit XIII et de Benoît XFV (1741), rapportant les indulgences es par les souverains pontifes aux stations de Jérusa- 3 mentionnent qu'une seule chute, it à parler ici d'une seconde chute et, plus tard, d'une le, il no sera pas inutile de rechercher l'origine de ces successives, sur lesquelles se taisent à la fois l'Écriture 3res.

mon avis, l'origine en est dans les visions qu'eurent, entes époques, des personnes extatiques, comme celles vais parler.

ne citer que des faits récents qui montrent la conti-

3 cette tradition, en voici un qui a d'autant plus d'ac-

que rhumble religieux qui fut l'objet de cette grâce

lière sera bientôt placé sur les autels à titre de bien-

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