‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églisesChapitre 148 sur 234 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LE CIMETIÈRB

1 . Le mot cimetière, calqué sur le latin cœmeterium qui vient directement du grec, signifie littéralement dortoir. C'est là que les corps dorment et reposent, en attendant le réveil du dernier jour et la résurrection glorieuse qui les joindra de nouveau aux âmes dont elles ont été séparées par la mort'.

2. Le cimetière est un lieu sacré, exclusivement affecté à la sépulture perpétuelle des fidèles, ainsi que s'exprime le Pontifical*.

t « Onmium interticionim et candelarunif quibus defuncti cadaver io iti nere ad ecclesiam tumulantem associabitur^ nccnoQ omnium interticiorum et candclarum quae in eadem ecclesia circa cadaver vel etiam in altaribus in die

funeria accenduntur retentis tamcn sibi candelis manualiter per viam de-

latis... M

s « Utrum in exequiis^ v. g. paupcrum, ccrei accensi in altari pauciores esee poasint numéro quam sex, et in missis quotidianis cantatis pro defunctis quam quatuor? S. R. C. resp.: In missis de requie cum cantu saltem quatuor >» (12 aug. 1854,m Briocen.)

s « Hoc cœmeterium... ad nostrœ peregrinationis corpora quiescenda, donec per D. N" J. C. de pulvere ad gloriam doues resurgenda. » — a Ut ait poiyandrum seu cœmeterium dulcis requies et pausatio mortuorum, quorum anims, quorum corpora hic sepulta... sunt, jucunditatis tuse dulcedine potiantur, sintque intérim in super na Jérusalem gaudentes et laetantes, donec in magno judicii die de sepuicbris propriu corpora recipiant et sic venienti Domino ad judii aii'l ::ji oliviam cum fructu bonœ operationis occurraui ^{Oraisons du Pontificat.)

^ « Ut quicumque baptismi sacramentum perceperint et in fide catholica ntque ad vit» terminum persévérantes fuerint, atque decurso hnjus œvi ter-

LES RITES l'LiNÉBHES. 401

Il est sacré, parce qu'il a reçu la bénédiction ecclésiastique * et les seuls catholiques peuvent y être enterrés, parce qu'eux senls appartiennent à TËglise.

3. De cette bénédiction il résulte que le lieu, cessant d'être profane^ doit être traité avec vénération, respect et religion et que, comme le prescrit Grégoire X au concile de Lyon, il faut en bannir rigoureusement tout ce qui serait capable, même momentanément, de le transformer en un lieu d'affaires, de plaisir ou d'agitation'.

Quoique les communes aient généralement revendiqué la pleine possession des cimetières, ils n'en restent pas moins, en tant que choses ecclésiastiques, sous la dépendance primordiale et directe de l'Église. L'évêque, chaque année» par lui* mâme ou ses co- visiteurs, en fera la visite minutieusement et, au besoin, prescrira les mesures qu'il jugera opp(»innes pour qu'ils soient constamment dans un état décent.

4. Autrefois, les cimetières avoisinaient on entouraient les ^isee, ^nrtout dans les campagnes. Actuellement, ils sont relégués au loin'. L'emplacement doit en être choisi avec soin et préalablement approuvé par Tévêque. Il convient, pour éviter les exhalaisons fétides, qu'ils soient placés au nord.D'après

ndiio, oorpora sua in hoc cœmeterio requiei commendaverint. » — « Corpolibai in hoc cœmeterio quiesceiitibus et tubam primi archangeli hic expectanzfba0, consolatianem perpetuam largiter impertire. » — Gorporibus humanis in hune locnm advenientibus sinceritatem perpetuam tribuere non desinas. » (hmi-Bom.)

s « l)eii8... concède ut imposterum inviolabilis hujus loci permaneat conseeratio. 9 (Ibid.)

* « Ceseent in eccleeiis eorumquc cœmcteriis negotiationes et prscîpuc nundlnamm ac fori cujuscumquc tumultus, omnis in eis sœcularium judiciorum ttrepitns conquiescut, nulla inibi causa per laicos criminalis agitetur, sint loea eadem a laicorum cognitionibus olicna. » {Concii. Lugdunen.) — « Absit... oonds res, lod sanctitati, religioni et dccori repugnans » (S. CaroL)

' « Ancone inhumation n*aura lieu... dans l'enceinte des villes ot des bourgs. — n 7 aura hors de ces villes ou bourgs, & la distance de 35 à 40 môtres au moins de leur enceinte, des terrains spécialement consacrés à Tinhumation des morts. — Les terrains les plus élevés et exposés au nord seront choisis de prôférence ; ils seront clos de murs de deux mètres au moins d'élévation » (Décret Ou tifirairial an XIL)

402 LIVRE l'OUZIÈMK,

la tradition, le nord est considéré rommo emblème de la mort, à cause du froid qui y règne. I^ situation sur uoe coUineesl préférable à toute autre, parce qu'alors l'air est plus pur el que le terrain plus sec conserve mieux les corps. Toute servitude doit être sévèrement interdite, c'est-à-dire qu'on ne souffrira ni passage à travers le cimetière, ni maisons adossi'OS à ses murs ou ayant vue sur l'intérieur du champ fuuèbre que la loi civile, du reste, écarte autant que possible, des habitations.

5. Le cimetière s'oriente comme une église. Ainsi sa porie d'entrée ouvrira à l'ouest et sa chapelle mortuaire regardera par son chevet le soleil levaut. Dans l'acte de la bénédictioai révêque s'adresse au Christ, h jour éternel, lumière sans fin, clarté sempiternelle, <i tous attributs exprimés par l'orient'.

En plan, il dessine un carré parfait ou un rectaugie et sa grandeur est proportionnée à la populatiou du pays.

Pour la commodité du service, on le partage en allées droites et régulières, évitant de le faire ressembler, par la sinuosité dos sentiers, à un jardin anglais. De cette façon on ne perd pas une parcelle de terrain et un ordre parfait y est établi.

6. 11 est nécessaire de faire dans le cimetière trois parts iué-^ gales. La plus considérable est affectée à toutes les personnes du commun, qui n'ont pas de sépulture propre. Une antre est réservée à celles qui ont obtenu des concessions perpétuelles ou temporaires. Une troisième, régulièrement destiné» aux enfants morts sans baptême, devient indispeusable, avec les mœurs actuelles, pour y réunir les corps des suicidés, des hérétiques, des schismatiques, en un mot de tous ceux gui sont morts séparés de l'Eglise.

Cette troisième partie est nécessairement très-restreinte : elle ne reçoit pas la bénédiction, estséparée du reste du cimetière par un mur ou une haie et a sa porte spéciale*.

I « per Chrietum D. N., qui eit aies nternos, Inz iDdcGcieni. ctaritu ■empitema ; qui aie leqnaces euos in Incem pnecipit ambutare ut noctia «ternK valeant cail^nem avadere et ad lucie patriam felieiUr perrenlre x {Pontifie.)

* t. Dans les coaunoDes où plntiean cultes sont profeiati, chaque cuit* doit

7. Le cimetière est clos de tous cAtés par un mur qui aura deux mètres d'élévation. Au cas où la commune ne pourrait fBÛre les frais d'un mur en pierres, solidement bâU et appareilléi il faudrait tout au moins l'entourer d'une haie vive, afin d'en éloigner les animaux et de l'isoler.

8. La face de l'ouest sera percée de trois portes. Celle du milieu ne s'ouvrira que pour les enterrements. Une des portes latérales servira aux visiteurs de chaque jour et la troisième donnera directement sur l'enceinte réservée aux non-catholiques.

Ces portes sont en bois ou en fer^ pleines ou à claire-voie et munies de serrures, afin qu'on puisse les fermer à clef. Régulièrement, on les ouvre au jour et on les ferme au soleil coudiant, comme les églises. Il y aurait de graves inconvénients à ce qu'on pût pénétrer la nuit dans un cimetière.

9. Dans une grande ville, l'entrée sera flanquée d'une ou deux habitations, nécessaires pour le logement d'un gardien et d*un chapelain^ s'il y a lieu.

10. Ainsi constitué dans ses parties essentielles, le cimetière sera béni, soit par l'évêque, soit par un prêtre qu'il aura délégué. Dans le premier cas, la bénédiction se fait solennellement, conformément au Pontifical ; la seconde, plus restreinte, se trouve dans le Rituel.

il. Le cimetière n'a pas de vocable déterminé. D'après les prières liturgiques, il est dédié à Dieu et à la Trinité ^

12. La cérémonio de la bénédiction achevée, on remplace la croix de bois, qui a été plantée au milieu ', par une croix

avoir en principe un cimetière particulier : et s'il n'existe qu'on seul lieu d'inhumation, ce lieu doit ètie partagé par des murs, haies ou fossés, en autant de parties qu'il y a de cultes diflérents, avec une entrée spéciale pour chacune d'eUes » (Décr, du 23 prairial an XII, art, 15}

* « Domine sancte, Pater omnipotens, œtemc Deus, trina Majestas et una Deltas, Pater et Filius et Spiritus sanctus,... prœsta propitius ut hoc cœmete. rium in honoiem nominis tui compositum henedici et sanctificari concédas. » {Pont. Rom.)

* « Pridie quam flat henedictio, ponitur in medio cœmeterii benedicendi iignea croz, alta ad staturam hominis. (Rittial.)

monumentale et fixe, en pierre, marbre ou métal. On relèvera de quelques degrés et^ pour qu^elle soit mieux en vue, on la placera au sommet d'une colonne. Si, faute d'argent, cette croix était en bois, on la peindrait en noir.

13. Suivant l'usage romain > il serait plus respectueux d'y entretenir, au moins la nuit, une lampe allumée, qui brûlerait ainsi en l'honneur des morts. A Brescia (Italie), tous les soirs, au milieu du campo santo^ on allume un vrai phare. A défaut d'autres ressources, les fidèles, s'ils en étaient priés, ne refuseraient pas de contribuer, par une offrande spontanée, à la dépense qu'occasionnerait ce luminaire. On continuerait de la sorte l'ancienne et pieuse tradition du moyen-âge, qui plaçait dans les cimetières un fanal monumental, dont quelques spécimens existent encore, surtout en Poitou, sous le nom de lanternes des morts.

14. Dans un coin du cimetière, il est indispensable d'établir un charnier ou ossuaire, édicule bâti et abrité par une toiture, dans lequel seront déposés les ossements, au fur et à mesure qu'on les exhume pour faire place à de nouvelles sépultures.

15. Dans les cimetières un peu vastes, on pourrait également établir, près de la loge du gardien, une salle d'attente qui recevrait les cercueils, avant qu'ils soient confiés à la terre, pendant une demi-journée ou une nuit, dans le but d'éviter les inhumations précipitées.

A Rome, au cimetière de saint Laurent, la salle mortuaire, bien ajourée et aérée, est constamment arrosée et rafraîchie d'eau courante. Les cercueils sont rangés tout autour sur des tréteaux de fer. On lit, à l'entrée, cette inscription, d'une diction fort élégante :

CADAVERIBVS ADSERVANDIS IN DIEM ALTERVM SEPELIENDIS

16. Dans les cimetières des grandes villes, une chapelle mortuaire est de première nécessité pour satisfaire la dévotion des fidèles, qui y viendront prier et feront célébrer des messes pour les défunts qui leur sont chers. Elle sera placée sous l'in-

vocation du Christ, mort ou ressuscité^ et le retable, peint on sculpté, représentera une des deux scènes évangéliques.

A la frise extérieure, une inscription précisera le vocable. On y gravera ce verset expressif de saint Jean (xi, 28) : « Ego sum resurrectio et vita : qui crédit in me, etiam si mortuus fuerit, vivet » ou, comme en 1566, sur une tombe de l'église San Spîrito in Sassia, à Rome : lESV CHRISTO SPEI VITAE FVTVRAE.

Je donne volontiers, comme exemple de dédicace au Cbrist ressuscité, cette belle inscription qui date de Tan 1568 et que j'ai copiée à Naples, dans Téglise de Monte Oliveto :

TIBI CHRISTO DEC OPT. MAX. iETERNI DEI PILIO

DE MORTE DEVIGTA TRIVMPHANTI

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