QUATORZIÈME STATION. — JÉSUS EST MIS DANS LE SÉPULCRE
Le litre de celle station, fixé par la Sacrée Congrégation des Indulgences^ est aussi explicite que possible et ne donne lieu à aucune équivoque. Le texte évangélique n'est pas moins clair et précis. Nous ne chercherons donc pas ailleurs le type iconographique dont nous avons besoin, car aucun des monuments que nous avons sous les yeux n'offre la rigueur d'interprétation nécessaire.
Tous les artistes sont tombés dans deux fautes qu'il importe de signaler, afin qu'on les évite à Tavenir. Les « Mises au tombeau » ne sont pas rares au moyen-âge ; aux xv* et XVI® siècles surtout, elles abondent.
Aussi haut que nous pouvons remonter dans l'histoire ai'tisliquo do l'Italie, nous trouvons cette dernière scène de la Passion peinte à fresque, dans l'église de Saînt-Françoisd' Assise, par Cimabué ', et à Sainte-Croix de Florence par Giotto^ Le XIII® siècle s'éteint et le xiv® projette déjà sur le monde ses vives clartés.
Au xm* siècle, l'idée dominante, c'est l'onction du corps de Jésus, avant qu'il soit confié à la terre. L'ivoire du Louvre et un vitrail de Bourges^ ne disent pas autre chose. Même la belle Vierge ouvrante va jusqu'à reproduire la table de ronction, que l'artiste eût creusée, ne fut-ce que légèrement^
• Seroux d*Agiiicourl, t. V, pi. ex.
• Ibidem, t. VI, pi. cxiv.
• Vitraux de Bourges, pi. V.
s'il eût voulu en faire un sépulcre. J'y vois de plus une infraction au texte de saint Jean, qui ne mentionne que Joseph d'Arimathie et Nicodème^ comme ayant rendu les derniers devoirs à leur divin Maître. Pas un apâtre n'est présent à la cérémonie funèbre. Quel est le troisième personnage qui, âgé comme les deux autres, leur prête assistance? A son bonnet juif, je reconnais le timide Nicodème, qui avait acheté un mélange de myrrhe et d'aloès pour embaumer le Christ. Mais la châsse des grandes reliques à Aix-la-Chapelle représente les trois mêmes personnages barbus, occupés, celui du milieu, à répandre les parfums, et les autres à envelopper la tête et les pieds.
La présence de ce troisième disciple avait déjà fait supposer au R. P. Martin une tradition populaire, mais il n'appuie d'aucun document écrit cette hypothèse et, comme lui, je dois me borner ici à constater un fait iconographique dont il a parlé en ces termes : « Nous venons de voir trois bergers et trois rois autour do la crèche, et nous retrouvons trois disciples autour du tombeau. Pourquoi trois, quand TÉvangile n'en cite que deux : Joseph d'Arimathie, qui s'est procuré le linceul et donne le sépulcre vierge ; et Nicodèine, qui vient d'apporter le mélange de myrrhe et d'aloès? Ici, encore, l'artiste chrétien a voulu ajouter au fait évangélique le charme des traditions populaires. A défaut des traditions n'eùt-il pas trouvé dans son cœur que le disciple demeuré, seul d'entre les douze, au pied de la croix, était, jusque dans le sépulcre, le modèle do l'amitié constante ' ? »
Cette dernière phrase laisserait entendre que saint Jean pourrait bien avoir été présent à la pensée de l'artiste, lorsqu'il taillait dans l'ivoire ou ciselait dans le métal la sépulture du Sauveur. Mais rien n'autorise à voir, dans Tune ou Vautre des deux figures âgées qui occupent les extrémités du tableau, l'apôtre bien-aimé que le moyen-âge a toujours distingué par un air de jeunesse.
* Mélanges d* archéologie ^ t. I, p. 25.
Pour bien établir que la pierre de ronciion fut distincte de la pierre du sépulcre, j'emprunterai à l'illustre de Chateaubriand le texte d'un voyageur du xvu*' siècle, qui décrit Tune et l'autre fort exactement :
(c En entrant dans l'église^ on rencontre la pierre de Fonction, sur laquelle le corps de Notre-Seigneur fut oint de myrrhe et d'aloès, avant que d'être mis dans le sépulcre» Quelques-uns disent qu'elle est'du même rocher du Mont- Calvaire, et les autres tiennent qu'elle fut apportée dans ce lieu par Joseph et Nicodème, disciples secrets de Jésus-Christ, qui lui rendii^ent ce pieux office, et qu'elle lire sur le vert. Quoi qu'il en soit, à cause de rindiscrétioii de quelques pèlerins qui la rompaient, Ton a été contraint de la couvrir de marbre blanc et de Teutourer d'un petit balustre de fer, de peur que l'on ne marche dessus. Elle a huit pieds moins trois pouces de long, et deux pieds moins un pouce de large, et au-dessus il y a huit lampes qui brûlent continuellement.
« Le Saint-Sépulcre est à trente pas de cette pierre, justement an milieu du grand dûmo dont j'ai parlé. C'est comme un petit cabinet qui a été creusé et pratiqué dans une roche vive, à la pointe du ciseau. La porte qui regarde l'orient n*a que quatre pieùs de haut et deux et un quart de large ; de sorte qu'il se faut grandement baisser pour y entrer. Le dedans du sépulcre est presque carré. Il a six pieds moins un pouce de long, et six pieds moins deux pouces de large ; et depuis le bas jusqu'à la voûte huit pieds un pouce. Il y a une table solide de la même pierre qui fut laissée en creusant le reste. Elle a deux pieds quatre pouces et demi de haut, et contient la moitié du sépulcre : car elle a six pieds moins un pouce de long, et deux pieds deux tiers et demi de large. Ce fut sur cette table que le corps de Motre-Seigneur fut mis, ayant la tête vers l'occident et les pieds à l'orient'. »
Le parement d'autel du Louvre manque, lui aussi, d'exactitude surplus d'un point.
1 De Chateaubriand Jténéraire de Paris à Jérttsalem, 4« partie.
Jésus y est couché sur un linceul que soutiennent les deux disciples fidèles. Joseph d'Arimathie et Nicodème portent à la tête le nimbe de la sainteté, à bon droit, puisque TËglise les vénère et les a placés sur ses autels. Puis, à Marie qui embrasse son Fils au visage, font cortège saint Jean et deux saintes femmes, dont une tient, trop prématurément, un vase à parfums, puisque ce n'est qu'au matin de la Résurrection que les myrrophores viennent au tombeau avec des aromates, à moins que dans l'intention du peintre narboniiais, par ce vase, il n'ait voulu désigner Madeleine dont il est l'emblème ordinaire.
Quoi qu'il en soit, nous blâmons ce corps nu, qui se reproduit aussi à Nuremberg et, en général, à tous les sépulcres, parmi lesquels je citerai ceux de Sairit-Remy de Reims, de Chaumont, de Moutiers, deMoulînset de Notre-Dame de Poitiers. On comprend, jusqu'à un certain point, que la Renaissance, passionnée pour le nu et les reproductions anatomiques, ait aimé à figurer des cadavres. Pour elle, c'était plutôt une étude d'art qu'une œuvre de piété. Aussi, au lieu de ces personnages vivants qui sommeillaient ou priaient sur les tombes, elle a préféré coucher le corps inanimé du défunt, roidi par la mort, amaigri, les os saillants, les chairs affaissées, parfois déjà entamées par les vers, ou même le squelette dans son effrayante réalité.
Ces tombeaux repoussants, on peut les voir à Rouen, à Gîsors, à Saint-Denis, à Notre Dame de Paris, à Oyrou*. Qu'il y ait de l'art dans ces tours de force de la sculpture qui copie la nature, je l'accorde, mais l'art chrétien n'est certes pas là, car il s'inspire à des sources plus élevées, le respect et la convenance.
Rien n'est plus bizarre que la dévotion quand elle est arrivée à son paroxysme, parce que, émoussée par des pratiques incessantes, il lui faut, pour l'entretenir et la stimuler, des spectacles extraordinaires, des visions anormales. Si l'art hu-
1 BuUetm des wmités historiques^ 1844, p. 67.
main, paganisé, a pu faire accepter les Christs morts et ensevelis, il faut bien avouer que la piété peu réfléchie de certaines personnes exagérées a pu faire la fortune de semblables images.
Dans la crypte sombre de Téglise Saint-Leu à Paris, sons l'autel, gît un Christ fort laid ; j*y ai vu prier dévotement. A Saint-Laurent-sur-Sèvre, dans la chapelle des Vierges, égale* ment sons l'autel où l'on célèbre la messe, est étendu un corps livide, ensanglanté : c'est hideux. Néanmoins, on y accourt enfouie. Quel spectacle pour des jeunes filles élevées à l'ombre du cloître I
0 vous qm vous repaissez les yeux et l'intHlligence de ces images immondes et de ces méditations intempestives, allez plutôt à la Morgue ! Vous y verrez une nature plus vraie, plus réelle. Mais n'imposez pas à nos églises ces représentations faites pour en éloigner quiconque conserve en soi un sentiment de pudeur et de respect.
D'ailleurs, cette nudité révoltante est contraire au texte sacré et je vais le démontrer rapidement, en faisant concorder le récit des quatre évangélistes.
Joseph d'Arimathie demanda à Pilate le corps de Jésus et l'obtint. Aussitôt qu'il eut reçu ce dépôt sacré, il le parfuma d'aromates, l'enlaça de bandelettes et l'enveloppa dans un linceul, selon la coutume des Juifs. Le pusillanime Nicodème l'aida, au témoignage de saint Jean, à rendre au Maître, qu'il n'avait osé reconnaître pendant sa vie, les derniers devoirs d'un filial dévouement. J'insiste sur les textes, parce que de leur étude réfléchie ressort l'enseignement iconographique que nous cherchons ;
« Quum autem sero factum es set, vcnit quidam homo dîves ab Arimathaea, nomine Joseph, qui et ipse discipulus erat Jesu. — Hic accessit ad Pilatum et petiit corpus Jesu. Tune Pilatus jussit reddi corpus. — Et accepte corpore, Joseph învolvit illud in sindone munda. » (S. Mat th., xxvii, 57-59.)
(( Venit Joseph ab Aiimathœa nobilis decurio, qui ipse erat expectans regnum Dei et audacter introivit ad Pilatum et
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petiit corpus Jesu... donavit (PUatiu) corpus Jesu. —Joseph autem mercatus sindonem et depooens eum involvit sindone. » <S. Marc., xv, 43-46.)
« Et ecce vir nomine Joseph, qui erat decurio, vir bonus etjustus... ab ArimathaBa civitateJudes... Hic accessit ad Pilatum et petiit corpus Jesu. — Et depositum involvit sindone. » (S. Luc, XXIII, SO-53.)
« Rogavit Pilatum Joseph ab ArimathaBa... ut toUeret cor^ pus Jesu. Et permisit Pilatus. Yenit ergo et tulit corpus Jesu. — Yenit autem et Nicodemus, qui venerat ad Jesum nocte primum, ferens mixturam myrrhse et aloes, quasi libres centum. — Acceperunt ergo corpus Jesu, et ligavenmt illud linteis cum aromatibus, sicut mos est Judseis sepelire. » <S. Joann., xix, 38-40.)
Joseph, surnommé d'Arimathie à cause de la ville de Judée qu'il habite, est un homme riche et en même temps un décurion. Ses vêtements doivent donc indiquer, soit par leur forme spéciale, soit par les ornements qui les couvrent, la fortune dont il jouit et la haute position qall occupe. De plus, son caractère personnel qui n'admet pas la crainte, se reflète sur sa figure, heureuse de son audace et du succès obtenu : « Audacter inlroivit ad Pilatum et petiit. » (S. Marc, 43. xv.)
Nicodème, lui aussi, est grand seigneur, puisqu'il est prince parmi les Juifs : « Erat autem homo ex Pharisasis Nicodemus nomine, princeps Judœorum. )) (S. Joann., m, l). Il porte des vêtements somptueux et a tous ces dehors attrayants que le Sauveur signale chez les Pharisiens, secte fate et orgueilleuso à laquelle il appariient (S. Matth., xxm). Mais il a de plus, pour le caractériser, sur ses traits, cet air de timidité et d'embarras qui ne lui permet pas d'agir au grand jour, et à ses pieds, le vase plein de parfums qui a aervi à embaumer le Sauveur.
Tous les deux ont déjà achevé les préliminaires de la sépulture, accomplie selon le rite judaïque et suivant les détails fournis par les évangélistes, qui parlent de bandelettes
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et d'an suaire. Les bandelettes liaient le corps, et tel est Lazare sur les sarcophages des catacombes ; un voile couvrait la tète et un grand linceul enveloppait le corps entier. Turin conserve ce suaire, à titre de relique, et les copies n'en sont pas rares : on y voit la trace du squelette de Jésus figuré dans ses contours osseux.
Après la Résurrection, il est encore question des linges du sépulcre, et saint Jean en parle en ces termes, après saint Luc : « Potrus autem surgens, cucurrit ad monumentum et prO" cumbens vidit lintcamina sola posita. » (S. Luc, xxiv, 12.) — « Et quum se inclinassct (S. Joannes), vidit posita lintea-
miua Venit ergo Simon Petrus et vidit lin-
teamina posita, et sudarium quod fuerat super caput ojus, non cum linfeamînîbus positum, sed soparatim involutum in unum locum. » (S. Joan, xx, 5-7.J
C'est seulement après avoir été drapé dans son linceul que Jésus est déposé dans le sépulcre. L'Écriture sainte le dit expressément : agir en contradiction avec cette donnée historique serait tout à fait condamnable. Un Christ ne peut donc, en cette circonstance, être représenté nu, ou couvert seulement aux reins. Ni la figure ni le corps ne doivent paraître et, malgré cette exigence historique qui contrarie nos habitudes, il ne s^erisuit pas un tableau disgracieux. Qu'il me suffise de citer, à la fois en témoignage et comme modèle, la magnifique sculpture de Tensevelissement du diacre saint Etienne, qui orne le tympan do la porte des martyrs, à la métropole de Paris '. Jam.is Part inimitable du xm* siècle n'a été ni plus vrai, ni plus < iiaste. 11 donne l'idée de la mort, mais en lui ôtant ce qu'eli ; a de hideux ; il exprime les funérailles avec une touchanie simplicité, sans que le spectateur puisse trouver quelque chose de repoussant dans cet acte solennel.
Ainsi lié de ses bandelettes, parfumé d'aromates et roulé
* Afmaies Archéologiques, 1862.
dans son suaire, Jésus est déposé dans le sépulcre par Joseph d^Arimathie et Nicodème, qui le tiennent Tun à la tète, l'autre aux pieds.
Le moyen- âge a fait du sépulcre un sarcophage posé sur le soi et, quoique ce soit contraire à la vérité historique, il faudra, en bien des cas, recourir à cet expédient, imposé par l'habitude et la convention. Pour être dans le vrai, il serait nécessaire, comme firent les artistes des premiers siècles, de placer le Christ debout dans le monument funèbre, ainsi qu'une momie encadrée dans sa niche. Lazare n'a pas été traité autrement par cet art chrétien primitif qui s'étend du u* au v* siècle.
Ce monument, en effet, est une grotte taillée dans le roc, fermée par une pierre et où l'on peut entrer, car elle est assez spacieuse pour contenir plusieurs corps juxtaposés. Écoutons ce que nous en apprennent les évangélistes :
a Et posuit illud in monumento suo novo, quod exciderat in petra. Et advolvit saxum magnum ad ostiummonumenti. » (S. Matth., xxvii, 60.)
« Et posuit eum iu monumento quod erat excisum de petra, et advolvit lapidem ad ostium monumenti. » (S. Marc, XV, 46.)
a Et posuit eum iu monumento exciso, in quo nondum ^isquam positus fuerat. » (S. Luc.,xxiii, 53.)
« Erat autem in loco ubi cruciflxus est, hortus ; et in horto monumentum novum, iu quo nondum quisquam positus erat. » (S. Joan., xxiii, 53.)
Le verset de saint Jean est plus développé, malgré sa concision, que les textes précédents, car il nous révèle deux faits qu'il importe à Tarliste de connaître pour donner à la dernière station la couleur locale qui lui convient. En effet, l'évangéliste détermine la position du sépulcre, lorsqu'il le place sur le Calvaire, au lieu même de la crucifixion ; de plus, il ajoute quo cette partie de la sainte colline était plantée d'arbres et de fleurs, de manière à lui donner Taspect d*an jardin cultivé et d'une propriété réservée. Aussi, lors
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de sa première apparition à Madeleine, dont les yéuz n'étaient pas encore ouverts, Jésus-Christ est-il pris pour nu jardinier et c'est à lui que, confiante et empressée, elle s'adresse pour savoir ce qu'est devenu le corps de son Sauvenr. « nia existimans quia horlulanus esset, dicilei... » (S. Joann., XX, 15.)
Alors que les apôtres avaient fui, que deux disciples étaient restés, qui assistait encore au funèbre convoi ? Quelques saintes femmes, dont deux du nom de Marie, tristes, assises près du tombeau et suivant du regard Tensevelissement de celui qu'elles aimaient : « Erat autem ibi Maria Magdalene et altéra Maria, sedentes contra sepulchrum. » (S. Matth., xxvn, 61.) — « Maria autem Magdalene et Maria Joseph adspiciebaut ubi poneretur. )> (S. Marc, xv, 47.) — « Subsecnt» autem mulicres quaB cum eo vénérant de Galilaea, videruht monumentum^ et quemadmodum positum erat corpus ejns.» (S. Luc, xxiii, 53.)
L'ivoire du Louvre complétant, par un symbole, l'iconographie de la sépulture du Sauveur^ place, au dessous de la pierre de l'onction, un jeune lion que le souffle de son père rappelle à la vie. C'est, il est vrai, une légende fondée sur une étude inexacte de la nature, mais que je ne puis omettre, parce qu'elle a longtemps été en vogue et qu'on l'a directement appliquée à la mort et à la résurrection du Sauveur.
Voici en quels termes le Physiologus raconte le fait et en tire une déduction morale :
<c Quum loaena peperit catulum, générât eum mortuum, et custodlt eum tribus diebus, donec venions pater ejus die tertia insufflât in faciem ejus et vivifleat eum. Sic omnipotens Pater Dominum nostrum Jesum Christum fllium suum tertia die suscitavit a mortuis, dicente Jacob : Dormivit tanquam leo et sicut catulus leonis ; quis suscitavit eum *? »
Et le lionceau qui dormait s'est réveillé : le lion de Juda s'est levé, il a triomphé de la mort, et, pour mieux assurer
* Mélanges d'archéologie, i. H, p. 111.
victoire, il Ta renversée et a mordue » ^ comme sa proie. Aussi la liturgie imagée du moyen-âge a-t-elle^ dans^june des antiennes de l'offlce de Pâques, entonné un joyeux Alléluia pour le Christ Fils de Dieu, qui, semblable au lion, a déployé sa force au jour de sa résurrection : « AUeluia. Resurrexit Dominus hodie. Resurrexit Léo fortis, Christus ûlius Dei. »
Si le cierge pascal, dans nos églises, a pour but de représenter la vie de Jésus sur la terre jusqu'à son ascension au ciel, rÉglise romaine entre plus avant encore au cœur de cette pensée symbolique, en donnant pour support à ce cierge le lion qu'ont présagé les livres saints, et cela^ aux plus hautes époques de Tart, alors que la main de Tartiste, savante et inspirée, sculptait et émaillait de ses plus unes mosaïques les candélabres de marbre blanc qui figurent parmi les meubles les plus gracieux des basiliques de Saint-Paul-hors-les-murs, de Saint-Clément, de Sainte-Marie-in-Cosmedin, des Saints- Côme-et-Damîen, etc.
Au moyen-âge, la liturgie voit ses paroles traduites par les monuments imagés, et le peuple retient plus facilement les textes qu'il récite à l'église et saisit mieux Tà-propos des allégories qull a sans cesse sous les yeux. L'art embellit la matière, la science vivifie l'esprit, et tout, jusqu'au moindre détail, devient une aspiration pieuse, im cantique de joie et une salutation d'amour.
Un chemin de croix, traité avec cette élévation de pensées, cet enthousiasme du vrai et du beau^ sera nécessairement un chef-d'œuvre» et, par lui, Ton aimera à suivre la voie de la douloureuse Passion de Notre Seigneur Jésus Christ.
* « G mors, ero mors tua : morsus tuus ero, inferne. » {Office du Samedi^ .)
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