‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églises, selon les règles canoniques et les traditions romaines, avec un appendice sur le costume ecclésiastiqueChapitre 104 sur 244 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

LE SPOLIUM

1. Le spolium est la dépouille des hauts dignitaires, cardinaux, évêques et abbés, qui doit revenir au trésor de la chapelle Sixtine ou à leur cathédrale et abbaye, à titre de choses

1 « Pro offertorio, intortitia duo, quatuor librarum quodlibet ; duo panes magni et duo barilia vini : panes et barilia ornentur, duo videlicet videantur argentea et duo aurea, hiuc et inde insignia consecrationis et electi habeDtia, cum capello, vel cruce vel mitra pro cujusque gradu et dignitate, » (Pont. Rom.)

sacrées qui ne peuvent être affectées à des usages profanes et aussi à cause de la gratitude contractée envers l’Église dont ils ont reçu un traitement honorable.

2. Urbain VIII, dans sa constitution Æquum est , datée du 24 juillet 1642, renouvela les dispositions prises par S. Pie V, en 1667, au sujet des legs de vases sacrés et d’ornements que doivent faire les cardinaux, patriarches, métropolitains, évêques et abbés, soit à la sacristie du palais apostolique, soit à l'église de leur titre ou siège respectif. Sous le pontificat de Grégoire XVI, le cardinal Ostini, alors évêque d’Iesi, proposa, sur l’interprétation de la constitution de 1642, quelques doutes qui furent levés par Sa Sainteté Pie IX, dans un bref donné à Rome, près sainte Marie-Majeure, sous l’anneau du pêcheur, le 1er juin 1847. On y lit les articles suivants :

3. Les cardinaux, qui sont en même temps évêques, sont tenus à la constitution de saint Pie V, c’est-à-dire qu’ils instituent leur cathédrale seule héritière, tandis que les cardinaux et évêques suburbicaires ou abbés commendataires ne peuvent léguer qu’à la chapelle papale, dite la Sixtine.

Une clause nouvelle, ajoutée au bref Cum felicis recordationis Urbanus VIII , qui donne aux cardinaux la faculté de tester, les exhorte à ne pas oublier, dans la distribution de leurs legs, les diverses églises qui ont pu leur être confiées. Les cardinaux ne jouissent de cette faculté qu’autant qu'ils versent pour le droit d'anneau , à la Sacrée Congrégation de la Propagande, une somme de 600 écus (3,210 fr.)

4. La bulle de S. Pie V, Romani Pontificis , décrit et énumère tous les objets qui reviennent de droit aux églises cathédrales. Ce sont les mitres, les chasubles, chapes, tunicelles, dalmatiques, sandales, gants, aubes et cordons, amicts et autres linges semblables ; missels, graduels, livres de chant et de musique, pontificaux, canon de la messe, calices, patènes, pvxides, ostensoirs, encensoirs, bénitier et aspersoir, aiguière et bassin, burettes, vases aux saintes huiles, bougeoirs, clochettes, paix, croix archiépiscopales, chandeliers et croix à l’usage de l’autel, crosse, faldis-

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toire, et autres choses sacrées, comme parements, ornements, vases destinés d’une manière fixe au culte divin et aux fonctions saintes. On excepte toutefois les anneaux et les croix pectorales, même celles qui contiennent des reliques ; en un mot, tout ce qui n’a pas été acheté avec les revenus de l’Église ou donné en vue de l’Église. Aussi il est exigé que l’évêque tienne un inventaire exact des ustensiles sacrés qu’il possède, afin qu’il n’y ait point de contestation sur leur provenance.

5. Quant aux cardinaux qui doivent léguer à la chapelle papale, ils sont soumis à la constitution Æqaum est d’Urbain VIII, qui spécifie comme matière du legs les sandales, gants, amicts, aubes et ceintures, pyxides, ostensoirs, bénitiers, aspersoirs, vases aux saintes huiles, aiguières et bassins, clochette, crosse, faldistoire, paix, encensoir et autres choses semblables, excepté les croix pectorales, même avec reliques et les anneaux.

6. Si un évêque occupe successivement plusieurs sièges, il laisse à chaque église en proportion de la durée de son épiscopat dans chacune et des revenus locaux. Si toutefois il n’avait acheté les vases sacrés qu’avec les revenus d’une seule de ces églises, celle-ci serait seule de droit instituée héritière.

7. Ces trois constitutions de S. Pie V, d’Urbain VIII et de Pie IX, ont force de loi : par conséquent, elles sont obligatoires jusqu’au for intérieur pour tous ceux qu’elles concernent. Nous y trouvons une preuve manifeste de la sollicitude paternelle des papes, qui ne permet pas que l’église à laquelle un évêque a été uni pendant de longues années soit dépossédée de son mobilier sacré en faveur de personnes qui ne recueilleront, la plupart du temps, cette succession ecclésiastique que pour s’en défaire au plus vite et en tirer un parti plus avantageux que celui de sa conservation. Nous y voyons encore pour nos cathédrales de France, dépouillées par la révolution, quelquefois aussi par la mode, un fonds de richesses inaliénables que la reconnaissance et l’amour des arts s’empresseront de déposer avec soin dans le trésor qui, d'année

en année se grossissant, aura bientôt une haute valeur et l’utilité d’une collection complète. Puisse le bref de Pie IX, qu’une si haute sagesse recommande, obtenir parmi nous son plein effet !

8. Le spolium de Pévèque s’étend aussi, sur les revenus de sa mense ou de son traitement, à la réparation et à l’ameublement de sa cathédrale.

La S. Congrégation des Évêques et Réguliers écrivit, en 1709, au cardinal Orsini, archevêque de Bénévent, la lettre suivante :

« L’éminentissime Corsini a fait un rapport à la S. C. sur la cause de la dépouille du défunt évêque de Tricaric.o. On a discuté sur la question de savoir si le testament fait par cet évêque doit être maintenu. Les éminentissimes cardinaux sont d’avis que non et que l’on ne peut laisser subsister les legs faits par lui à diverses églises, à cause du mauvais état où il a laissé sa cathédrale et de la nécessité où elle se trouve, nonseulement d'être réparée, mais encore d’être pourvue du mobilier sacré. En même temps, ils sont d’avis de confiera Y. E. le soin de pourvoir, conformément à la bulle d’innocent XII, par l’entremise d’une personne sûre et soigneuse, à ce que, avec l’argent restant de l’héritage de l’évêque, on fasse les réparations les plus nécessaires et urgentes que requiert la cathédrale et qu’elle soit pourvue également de tout le mobilier sacré dont elle a un besoin urgent. Si, après ces premières dépenses pour la cathédrale, il reste encore quelque argent, Y. E. le fera appliquer à six églises déterminées, soit pour leur restauration, soit pour l’achat de mobilier et au cas où la réparation de ces églises serait à la charge des communes, l’argent sera mis en achat de mobilier sacré. S’il restait encore de l’argent, V. E. le placera d’une manière stable, afin que le revenu serve au clergé de Monte-Albano à faire célébrer une messe les jours de fête d’obligation dans l’église de saint Nicolas de l’abbaye, qui dépend de la mense épiscopale. Comme le vicaire capitulaire écrit que l’exécuteur testamentaire, désigné par le défunt évêque, a payé sur l'héritage plu-

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sieurs sommes qui n’étaient pas dues et satisfait à plusieurs legs, Y. E. devra forcer l’exécuteur testamentaire à rendre ses comptes, afin qu’il n’y ait de payées que les sommes dues et que ceux qui ont reçu l’argent le rendent dans le but d’appliquer le tout aux réparations susdites et à l’achat du mobilier sacré. »

9. Yoici le texte latin de la constitution de S. S. Pie IX sur les legs des évêques à leurs cathédrales respectives :

Plus Papa IX

Ad perpetuam rei memoriam

« 1. Quum illud plurimi référât, ut in Apostolicis concessionibus nullus delur dubitationi locus quæ animos torqueat, ac controversias excitet, idcirco si quam existere ambiguitatem noverimus, ad eam avertendam curas nostras libenter intendimus. Jam vero præler indultum testandi de propriis bonis, quod venerabilibus fratribus nostris S. R, E. cardinalibus Sancta hæc Sedes tribuere solet per Àpostolicas litteras in forma brevis incipientes De benignitate Sedis Apostolicæ , iisdem per alias similes litteras in forma brevis, quarum initium Cum fel. rec. Urbanus VIII , facultas conceditur disponendi de sacris utensilibus favore alicujus ecclesiæ, seu capellæ, vellocipii, non obstante constitutione Urbani VIII, Æquum est , édita die 24 Julii anno 1642, qua sacra cardinabum utensilia pontiflcio sacrario attribuuntur. Verum quum in memorato postremo brevi, etiam quando agitur de cardinalibus, archiepiscopis et abbatibus, ex quodam invecto usu addi consueverit clausula : Salvaque in præmissis quoad ecclesias cathédrales, metropolitanas , aut patriar châles, quibns præfueris, seu quas alias ex concessione vel dispensatione Apostolica in titulum , administrationem , seu commendam obtinueris, dispositione constitutionis fel. rec. Pii PP. V, anno 1567, tertio kalendas Septembris , anno secundo ; sæpe sæpius dubia exortasunt circa interpretationem et vim hujusmodi reservationis, eo vel ma-

gis quod in superms memorato brevi De benignitate Sedis Apostolicæ, præfatæ S. Pii V eonstitutioni in una parte, quæ sacra utensiiia respicit, aperte derogatür. Si namque Romani Pontifices cardinalibus, quoque archiepiscopis, episcopis et abbatibus privilegium disponendi de sacris utensilibus conce- | dere soient, illud frnstaneum et iilnsorium foret, quatenus i adjecta clausula eam vim haberet, quam verba præseferunt. I His quoque accedebat, quod nonnulli sacrorum canonum interprètes doceant, cardinales utpote qui in memorata S. Pii Y constitutione speciatim nominati non sint, ea lege minime teneri, etsi alii contrariam sententiam tueantur.

» 2. Quæ eum ita essent, ven. frater noster Petrus cardina- ' lis Ostini, nunc episcopus Albanensis, qui tune temporis épis- | copalem ecclesiam Æsinam regebat, enixe postulavit a fel. rec. Gregorio XVI, prædecessore Nostro, ut rem certo definiret atque expresse declararet, an cardinales episcopi, seu abbates Nullius in Apostolicis memoratis litteris S. Pii Y, prædecessoris nostri, comprehendantur, ac statueret quænam sacra ornamenta et supellectiles et utensiiia S. R. E. cardinalium ad sacrarium pontificium ex memorata constitutione Lfrbani YIII, et quænam patriarcharum, archiepiscoporum, episcoporum et abbatum Nullius , sive cardinalitia dignitate fulgeant, sive ilia careant, ad ecclesias cathédrales ex superius citata Sancti Pii Y constitutione révéra spectent, et quomodo facienda sit divisio sacrarum supellectilium et utensilium, quando episcopus sive successive, sive simultanée plures ecclesias gubernaverit.

» 3. Nos igitur qui in memorati decessoris Nostri bon. mem. Gregorii XVI locum, licet immerentes, suffecti sumus, ad præcidendas omnes bac super re dubitationis ac controversiæ causas, de consilio VY. FF. Nostrorum S. R. E. cardinalium negociis et consultationibus Episcoporum et Regularium præpositorum, bæc quæ sequuntur auctoritate Nostra Apostolica decernimus et mandamus : I. Cardinales episcopoo iciieri quoad sacra utensiiia lege lata in constitut. S. Pii Y, incipiente Romani PonLificis, exceptis tamen cardinalibus

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episcopis suburbicariis, nec non exceptis pariter cardinalibus abbatibus Nulliiis , qui in Romana curia morantur, quorum sacra utensilia, attenta citata constitutione Æquiim est Urbani VIII prædecessoris nostri, ad pontificium sacrarium spectabunt. — II. Firmis remanentibus clausulis derogatoriis constit. S. Pii V, eu jus initium Romani Pontificis providentia , in litteris in forma brevis incipientibus De benignitate Sedis Aposlolicæ apponi solitis, in altero brevi quod incipit Cum fel. rec. Urbanas VIII , auferatur clausula, qua salva edicitur eadem Piana constitutio, ejusque loco substituantur ea quæ sequuntur : Quod si ecclesiis abbatialibus , cathedralibus , metropolitanis, patriarchalibus præfueris, seu quas alias ex concessione et dispensatione Aposiolica in titulum , administrationem , seu commendam obtinueris , te vehementer hortamur , prout jam Bened. XIV , prædecessor noster , in sua constitutione in cipiente Inter arduas cardinales hortabatur , ut in prædictis rebus disponendis eas ecclesias præ oculis habeas , cæterisque præferas. Quæ vero hoc in articulo præscripsimus ea ad singulos cardinales extendimus, qui ante præsentium litterarum publicationem enunciatam testandi ac disponendi facultatem obtinuerunt, perinde ac si in respectivis indultis expressa essent. —III. Sacra utensilia quæ vigore constitutionis S. Pii V, incipientis Romani Pontificis, ecclesiis cathedralibus debentur, hæc esse edicimus : Mitras scilicet, planetas, pluvialia, tunicellas, dalmaticas, sandalia, chirothecas, albas cum cingulis, lineos amictus, et his similia; item missalia, gradualia, libros cantus firmi et musicæ, libros pontificales, alterura cui titulus canon missæ ; item calices, patenas, pixides, ostensoria, thuribula, vas aquæ benedictæ cum aspersorio, pelvim cum urceo, vasa saerorum oleorum, et urceolos una cum pelvibus, et tintinnabulo, palmaiorias, icônes pacis, cruces archiépiscopales, candelabra cum cruce pro altaris usu, baculum pastoralem^ faldistorium, aliasque res sacras, sive paramenta, sive ornamenta, sive vasa, si quæ sunt etiam ex eorum natura usui profano congrua ; dummodo non per accidens, sed permanente!’ divino cultui sacrisque functionibus fuerint des-

tinata ; exceptis annulis et crucibus pectoralibus etiam cum sacris reliquiis, et iis omnibus utensilibus cujusvis generis, quæ légitimé probentur ab episcopis defunctis comparata fuisse bonis ad ecclesiam non pertinentibus, neque constet ecclesiæ fuisse donata. Volumus propterea teneri ac debere episcopos conficere in forma authentica inventarium sacrorum utensilium, in quo pro rei veritate exprimant quando acquisita fuerint, et speciali nota describant, quæ ex ecclesiæ redditibus ac proventibus sibi compararunt, ne alias præsumi debeat ea omnia redditibus ecclesiæ comparata fuisse. Quod vero pertinet ad utensilia sacra S. R. E. cardinalium ad sacrarium sacelli summi pontificis spectantia, nullam haberi volumus rationem qualitatis et naturæ reddituum, quibus comparata fuerint, et præter ea quæ in constitutione Urbani VIII, incipiente Æqiium est , in specie enumerata sunt, alia verbis generalibus tantum expressa intelligi volumus, sandalia, chirothecas, lineos amictus, albas cum singulis, item pixides, ostensoria, vas aquæ benedictæ cum aspersorio, vasa sacrorum oleorum, et urceolos cum pelvibus, ac tintinnabulo, tandem baculum pastoralem, faldistorium, palmatorias, icônes pacis, thuribulum, et his similia, exceptis annulis et crucibus pectoralibus, etiam cum sacris reliquiis. —IV. Quando episcopus duas vel plures ecclesias successive rexerit, sacra utensilia dividi volumus proportionaliter inter ecclesias cathédrales, habita ratione fructuum ac temporis, juxta constitutionem S. Pii V, incipientem Romani pontificis. — V. Ubi vero aliquis episcopus simul præfuerit duabus vel pluribus ecclesiis unitis, vel in perpetuam administrationem concessis, quæ habeant capitulum et cathedralem ecclesiam propriam ac distinctam, sacrorum utensilium divisionem faciendam esse edicimus æquis partibus singulis ecclesiis cathedralibus, quatenus earumdem ecclesiarum unitarum seu in perpetuam administrationem concessarum redditus non sint divisi, sed unam episcopalem mensam perpetuo constituant ; si vero redditus divisi fuerint ac scparati, divisionem fieri volumus singulis ecclesiis cathedralibus proportionaliter ratione fructuum. — VI. Quod si cons-

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tet episcopum, qui per translationem duabus ecclesiis successive præfuerit, comparasse sibi omnia sacra utensilia redditibus tantum unius ecclesiæ, nulli divisioni locus erit, sed eadem sacra utensilia ad ecclesiam cathedralem tantum spectabunt illius diœcesis, ex cujus episcopalis mensæ proventibus fuerint acquisita. Ilæc volumus et mandamus, decernentes has litteras firmas, validas atque efficaces esse et fore, suosque plenarios et integros effectus sortiri ac obtinere, eisque ad quos spectant seu spectabunt plenissime sutfragari ; sicque in præmissis per quoscumque judices ordinarios et extraordinarios judicari ac définir i debere, irritumque et inane quidquid secus super his a quoquam, quavis auctoritate, scienter vel ignoranter contigerit attentari. Non obstantibus, si opus fuerit, nostra et Cancellariæ Apostolicæ régula de jure quæsito non tollendo, aliisque Apostolicis, atque in universalibus provincialibusque et synodalibus conciliis editis generalibus, vel specialibus constitutionibus et ordinationibus, cæterisque etiam speciali et individua mentione, ac derogatione dignis in contrarium facientibus quibuscumque.

» Datum Romæ apud sanctam Mariam Majorem sub annulo piscatoris die I Junii mdcccxlvii, pontifîcatus nostri anno primo.

» Aloisius card. Lambruschini, a brevibus apostolicis. »

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