‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églises, selon les règles canoniques et les traditions romaines, avec un appendice sur le costume ecclésiastiqueChapitre 110 sur 244 · LA CHASUBLE · texte numérisé non relu

LA CHASUBLE

1. Chasuble vient de casula , qui signifie petite maison. C'était, en effet, dans le principe, une vaste rotonde qui enveloppait complètement le prêtre : au centre, il y avait un trou pour passer la tête et on la relevait de chaque côté sur les bras pour dire la messe, en sorte que l’étoffe retombait en avant et en arrière. A force d’échancrer les côtés pour laisser plus grande liberté aux mouvements, on l’a réduite à ce qu’elle est actuellement.

2. La chasuble est l’ornement propre au prêtre et le seul avec lequel il puisse célébrer.

L’évêque, à la cérémonie de l’ordination, la lui met sur les épaules, mais pliée en arrière. La prière dont il l’accompagne lui en montre le symbolisme, qui fait allusion à son ampleur et à sa rotondité, deux choses par lesquelles sont exprimées la charité et la perfection.

« Postea imponit cnilibet successive casulam usque ad sca pulas , quant quilibet teneat super humeros complicatam, a parte anteriori deorsum dependentem , singulis dicens : Accipe vestem sacerdotalem per quam charitas intelligitur ; potens est enim Deus ut augeat tibi charitatem et opus perfectum. »

A la fin de la messe, l’évêque déplie la partie postérieure de la chasuble en disant : Que le Seigneur te revête de la robe d’innocence, ce qui développe le symbolisme précédent, en l’appliquant directement au prêtre.

« Explicans casulam , quam unusquisque habet super hume -

et subdiaconum paratos esse inferiori dalmatica et tuuicella ? S. R. C. resp. : Congruere quod dalmaticæ et timicellæ, si fieri potest, conformes sint planetæ celebrantis, quia sacra hæc indumenta non ministrorum ornatui, sed ecclesiasticæ functionis decori inserviunt. «

LES ORNEMENTS. 341

ros complicatam , induit ilia quemlibet , singulis dicens : « Stola innocentiæ induat te Dominus. »

Dans l’oraison que récite le prêtre avant la messe, en revêtant la chasuble, le symbolisme prend une nouvelle forme. Ce vêtement représente le joug du Seigneur que la grâce rend léger. « Domine qui dixisti : Jugum meum suave est et onus meum leve, fac ut istud portare sic valeam quod consequar luam gratiam. »

3. La chasuble romaine se décompose en deux parties : le derrière et le devant.

En arrière, elle tombe droit et est partout de la même dimension. Un petit galon, dentelé à l’extérieur, contourne les côtés et le bas, arrondi aux angles. Deux galons larges, formant orfroi, partagent le dos en trois parties égales ; ils sont rejoints en bas par un galon analogue, qui s’appuie sur celui de la bordure et arrêtés en haut par le col. L’échancrure du col est triangulaire ; un premier galon large suit l’ouverture, un second pareil vient à une petite distance : ils sont unis au milieu par un autre galon de même largeur et posé verticalement. Ce double galon mis en pointe rappelle l’amict paré qui jusqu’au xvie siècle, en se rabattant sur la chasuble, entourait le col de son orfroi.

La partie antérieure, un peu plus courte, aune échancrure, bordée d’un galon large, par laquelle se passe la tète. Cette échancrure va en diminuant de haut en bas. Immédiatement au dessous commence la croix, qui est en forme de tau. Son contour est dessiné par un galon large : les bras vont presque d’un bord à l’autre et la tige s’appuie sur le galon dentelé qui fait le tour comme en avant.

Cette forme de croix et à cette place nous semble anti-française ; aussi est-elle rejetée à l’iinanimité. Et pourtant nous Lavions jadis toute pareille ! Au porche méridional de la cathédrale de Chartres, une statue du xm° siècle a, sur la chasuble, une croix en tau (. Monogr . de la cath. de Chartres , pl. xx ); dans le diocèse de Paris, à Villeron, six pierres tombales, datées de 1549, 1560, 1578, 1595, 1620 et 1648, sont gravées

aux effigies des curés de la paroisse, vêtirs d’une chasuble, avec une croix en avant, dont la tête est très-peu développée ’.

La chasuble romaine est aussi plus étroite à la partie antérieure, qui des épaules à la croix diminue, tandis qu’elle s’élargit de la croix au bord inférieur dont les angles sont arrondis.

4. Voici les dimensions de la chasuble romaine : longueur en arrière : i m, 10 c ; en avant : 0,97 c ; largeur en arrière : 0,72 c ; en avant : en bas : 0,65 c ; à la naissance de la croix : 0,48 c ; largeur dos bras de la croix : 0,41 c ; de l’orfroi, y compris le galon : 0,22 c ; ouverture du col, en haut, 0,28 c; en bas : 0,04 c ; largeur de contour du col, y compris le galon : 0,12 c.

5. Aux offices pontificaux, quand les chanoines sont parés, ceux de l’ordre des prêtres portent la chasuble comme insigne: ils la prennent alors, non pas sur l’aube ainsi qu’à la messe, mais sur le rochet, recouvert d’un amict. Les cardinaux prêtres se distinguent aussi par la chasuble aux pontificaux du pape.

6. Aux temps de pénitence, dans les grandes églises, la dalmatique du diacre et la tunique du sous-diacre sont remplacées par des chasubles violettes, pliées en avant ou coupées à la hauteur de la tête de la croix. Les chasubles se prennent pendant l’Avent, le Carême, aux vigiles-jeûnes et pour la bénédiction des cierges, excepté le troisième dimanche d’Avent et le quatrième de Carême1 2.

Elles sont l’insigne des cardinaux-diacres et des chanoines diacres et sous-diacres, lors des pontificaux qui se tiennent en ce temps.

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