‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églises, selon les règles canoniques et les traditions romaines, avec un appendice sur le costume ecclésiastiqueChapitre 149 sur 244 · LE CATAFALQUE · texte numérisé non relu

LE CATAFALQUE

1 . A l’église, le corps reste sur le brancard pour la cérémonie funèbre ou on le pose à terre, ce qui ne se fait que pour les princes et nobles : dans ce dernier cas, on forme avec des bancs une enceinte rectangulaire autour de la bière et on la recouvre de tentures noires.

2. Si l’on dresse le castrum doloris , suivant l’expression du Cérémonial des évêques, ce doit être, non au bas de la nef, ni dans le chœur pour le clergé, mais au milieu de l’église2.

Sa forme est celle-ci : deux tréteaux inégaux, celui de la tête plus haut, supportent une table qui se trouve ainsi en plan incliné. La table et le pourtour disparaissent sous les tentures noires. Le cercueil se place sur la table, recouvert du drap mortuaire.

3. Les insignes du défunt parent le catafalque, comme ils ont déjà paré le cercueil : chapeau rouge pour les cardinaux, vert pour les évêques, violet pour la haute prélature. Ce chapeau s’applique à la partie correspondant aux pieds, en attendant qu’on le suspende au-dessus de la tombe. Pour les autres, ce sont un livre pour les docteurs ; les décorations, les divers i ordres chevaleresques, une épée et les épaulettes pour un général ou un officier ; l’insigne canonial pour un chanoine, l’étole violette pour un prêtre ou curé, la barrette pour un clerc.

1 « Si sermo habendus erit in laudem defuncti, pro quo missa celebrata erit, tune ea finita, ante absolutionem accedet sermocinaturus, vestibus nigris indutus, sine cotta... ascendet pulpitum, panno nigro coopertum »(lbid., n. 10.)

2 « Feretrum collocetur in medio ecclesiæ » [Cær. episc., lib. II, cap. xxxvm,

h. Au pied du catafalque est une petite table, avec un bénitier et son aspersoir, pour l’absoute.

Tout autour, des chandeliers de fer sont rangés en carré et quatre autres de bois argenté portant des torches flanquent les quatre coins du castrum.

Pour un cardinal, tout le temps de la cérémonie funèbre, quatre valets en noir tiennent aux quatre coins une petite bannière carrée et noire, aux armes du défunt, fixée au sommet d’une hampe également noire.

5. Aux anniversaires du 3e, 7% 30e jour ou de fin d’année, qui se comptent à partir de la mort ou de l’enterrement, on fait un échafaudage, plus ou moins pyramidal, qu’on décore de statues allégoriques, d’inscriptions rappelant les traits saillants de la vie, de draperies noires, etc.

Au service du grand duc de Toscane, Léopold II, célébré dans l’église nationale de Saint-Jean des Florentins, à Rome, le catafalque qui s’élevait jusqu’à la voûte, portait à la base ces inscriptions :

In ferendù legibus — in re pnblica administranda — imperio suo — subjectorum secur it as et félicitas — llli nnice cordi fuerunt.

On lisait pour celui du cardinal Altieri les principaux traits de sa vie :

Nobilissimo . loco . natu9 vitæ . sanctimonia . modestiæ . exemplis sacrarum . rerum . scientia perpetuo . inclaruit.

Cultu . modicus . aditu . facile.

ingenio . misericors avitam . gentis . ampiitudinem virtutis . gloria . superavit.

In . summo . gregis . discrimine bonus . pastor . semel . suaque . omnia ægrorum . animis . corporibusque . sanandi sponte . devovit fortiter . oppetita . morte gloriosi . martyrii triumphum . et . palmam promeritus.

Germanica . legatione aliisque . publicis . muneribus egregie . functus rei . catholicæ . incremento concordiæ . et . felicitati . populorum studia . omnia . impertiit,

Prudentiæ . farna opportunitate . consiliorum æqui . rectique . custodia sibi . romanæque . sedi amorem . hominum . et . obsequia mire . devinxit.

Sacræ . purpuræ . decus pietatem . dignitati . anteferens suis . ipse . ornamentis . auxit a . Pio . IX . pontifice . maximo ecclesiæ . nostræ . rector . datus sanctissimorum . ex . omni . vetustate antistitum

religionem . et . animi . magnitudinem in . se . revivescentem exhibuit.

6. Pour les souverains et les évêques, quatre escabeaux, placés aux quatre coins, servent à asseoir les quatre évêques qui feront les premières absoutes : l’évêque officiant a un faldistoire.

7. A la suite de la cérémonie funèbre, si le défunt est patron de l’église ou simplement d’une chapelle, on affiche tout autour de l’église ou de la chapelle, à l’extérieur, une litre funèbre en papier noir, dont les carrés portent alternativement un écusson ou un squelette.

A la cathédrale de Parme, j’ai vu, à la suite du décès d’un évêque, coller sur chaque pilier de la nef son écusson sur un carré noir en papier. A Modène, cet écusson se place en haut des vantaux de la grande porte.

Ce procédé vaut mieux que le système usité en France avant la révolution et qui consistait à peindre la litre sur le mur1.

Cette litre, en Italie, se nomme prega Dio. Elle invite ce-

1 A Marseille, quand un marguillier meurt, on met une litre au banc d’œuvre et sur cette litre un carré de papier noir, aux armes ou au chiffre du défunt.

lui qui la voit en passant à prier Dieu pour le repos de l’âme du patron.

Page 1