LE PAIN BÉNIT
i. Le pain bénit n'entre pas dans les habitudes romaines, sinon à l’état d'exception. Mais alors chaque fidèle reçoit un pain entier, vrai pain de table, comme à Sainte-Marie in via lata , pour la fête de saint Cyriaque. Quelquefois aussi cette pagnotte perd ses dimensions habituelles et diminue considérablement son volume, comme le pain de saint Bernard, distribué, le jour de sa fête, dans l’église dédiée au saint docteur. A saint Augustin et dans les autres couvents de l’ordre, le jour de saint Nicolas de Tolentin, le pain que l’on bénit est également arrondi, d'un diamètre un peu moindre de celui de
nos sous, et à la partie supérieure est empreinte en relief, à Faide d’un moule en creux, l’image du saint confesseur.
A la messe grecque, qui se célèbre pontificalement, à Rome, pour l’Epiphanie et la fête de saint Àthanase, l’évêque officiant donne aux fidèles, à l’issue de la cérémonie, des petits pains ronds en pâte fermentée.
Nous sommes loin ici de Feulogie, qui est essentiellement azyme. Nous revenons à la tradition avec le rit arménien. Ainsi, chaque année, l’évêque qui pontifie, la veille de Noël et de Pâques, dans l’église de sa nation, à Rome, distribue après la messe de grandes hosties, de forme carrée, en pâte légère et sans levain, qui portent en relief un agneau couché, comme le décrit saint Jean dans son Apocalypse. Des moulures forment comnîe le cadre de ce tableau pieux.
2. Le pain bénit est très-populaire en France et à juste titre puisqu’il compte parmi les sacramentaux. Dans la pratique, il s’est glissé une foule d’abus qu’il importe de relever ici, afin de ne pas rester davantage dans l’illégalité ou tout au moins la singularité.
Quelques églises de campagne, en Poitou, en Anjou et en Yendée, ont conservé l’usage de faire bénir du pain véritable, tel que celui qui se sert sur nos tables. C’est, en effet, le seul auquel puisse s’appliquer strictement la bénédiction du Rituel, car elle le nomme pain et, à son sujet, rappelle la bénédiction des pains dans le désert et invoque Jésus-Christ, pain des anges et pain vivant, descendu du ciel pour donner aux hommes la vie et le salut : «Domine Jesu Christe, panisangelorum, panis vivus æternæ vitæ, benedicere dignare panem istum, sicut benedixisti quinque panes in deserto... Domine sancte, Pater omnipotens, æterne Deus, benedicere digneris hune panem... per Dominum Nostrum Jesum Christum Filium tuum, pauem vivum qui de cœlo descendit et dat vitam et auluLüin mundo. »
Presque partout, on offre, au lieu de pain, une brioche ou un gâteau, c’est-à-dire une chose, qui comme préparation, aspect
LES OBJETS 1)E DÉVOTION
et dénomination, n’est pas du pain. Par un raffinement de délicatesse, on lui substitue une pâte légère, azyme, il est vrai, mais altérée substantiellement par le mélange de matières étrangères, beurre, œufs et sucre, introduits uniquement pour flatter le goût. Le but n’est donc pas atteint.
3. L’offrande du pain bénit est une charge et un impôt; impôt, parce qu’on ne peut s’y soustraire et que chaque paroissien doit y passer à tour de rôle, selon une liste dressée par le curé; charge,, parce qu’il s’en suit une dépense réelle, qui se complique de deux pièces à donner, l’une forte au curé, l’autre moindre au sacristain. Depuis longtemps, les fidèles les plus pieux et les mieux disposés protestent, à huis clos, contre cette exigence importune qu’ils n’osent secouer. Je leur en fournis l’occasion, car je ne suis que l’écho de leurs plaintes réitérées : or, en droit, ils ne sont pas tenus à cette offrande. S’ils veulent la faire spontanément, très-bien ; mais, en principe, c’est à l’église elle-même, curé ou fabrique, à donner le pain bénit gratuitement aux fidèles. Le leur faire payer, c’est aussi absurde que si l’on exigeait d’eux le prix des hosties qu’ils consomment à la communion.
4. A moins d’un induit spécial, la bénédiction du pain se fait sans solennité et à la sacristie, avant l'office. Il n’y a pas de place dans liturgie pour cette prière et l’y glisser frauduleusement, sous prétexte d’une plus grande pompe, est porter atteinte aux rubriques d’une manière notable.
A Paris, cette pompe est encore plus exagérée, car on a inventé un cérémonial particulier pour le transport solennel de la sacristie à l’autel : les gâteaux sont étagés en pyramide sur un brancard, soulevé sur les épaules de deux clercs et entouré de cierges. En ferait-on autant pour les saintes reliques? Rite vain et qui porte à faux.
5. La distribution se fait dans une corbeille d’osier, revêtue d’un linge blanc. Que la répartition soit plus généreuse, car il s’en faut qu’elle atteigne tout le monde. Les premiers rangs seuls sont servis d'ordinaire.